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L’honneur du militaire français au XIXe siècle à travers Le Mémorial de Sainte-Hélène et Servitude et grandeur militaires1

 

Laurence MONTROUSSIER

 

Le mot " Honneur" est employé dans différentes expressions dont la connotation militaire est évidente : mourir au champ d’honneur, obtenir les honneurs de la guerre, la garde d’honneur, la légion d’honneur2. L’association entre l’Honneur et le monde militaire n’est pas seulement sémantique, elle est permanente depuis l’Antiquité.

En effet, les Romains ont divinisé l’Honneur : Marcellus, dit Plutarque, voulant faire bâtir un temple à la Vertu et à l’Honneur, consulta les pontifes sur ce pieux dessein : ils lui répondirent qu’un même temple était trop petit pour deux si grandes divinités : il en fit donc construire deux, mais proches l’un de l’autre, de manière qu’on passait par celui de la vertu pour arriver à celui de l’Honneur, pour apprendre qu’on ne pouvait acquérir le véritable honneur que par la pratique de la vertu. On sacrifiait à l’Honneur, la tête découverte, comme on se découvre en présence des personnes qu’on honore3. Les Romains associent deux principes moraux : honneur et vertu ; au travers de la lecture du Mémorial de Sainte-Hélène et de Servitude et grandeur militaires et nous nous interrogerons sur la définition de l’honneur dans la première moitié du XIXe siècle.

Après avoir présenté les sources utilisées (I), nous étudierons la fidélité (II) et l’obéissance (III), comme composantes de l’honneur, tout en soulignant leurs limites.

 

I. Présentation des sources 

Avant de revenir plus précisément sur le Mémorial de Sainte-Hélène et sur Servitude et grandeur militaires, observons quelques éléments biographiques de leurs auteurs.

 

 

A. Las Cases et Vigny 

Emmanuel de Las Cases est né en 1766 près de Castres dans une famille noble d’origine espagnole4. Alfred de Vigny appartient lui aussi à la noblesse d’Ancien Régime5, mais né en 1797, il est baptisé par un prêtre réfractaire, symbole d’un monde disparu. Ils sont envoyés tous deux à l’âge de 10 ans à Paris : l’École militaire de Vendôme6 pour Las Cases, le lycée Bonaparte pour Vigny afin de préparer l’entrée à l’École Polytechnique. La différence d’âge entre ces deux auteurs n’est pas seulement anecdotique, Las Cases a été enfant sous Louis XV alors que Vigny l’a été sous Napoléon : ils ne font pas les mêmes rêves, pourtant tous deux choisissent la carrière militaire.

 

Les traditions de sa famille aristocratique et militaire, les récits de son père ancien officier7, les souvenirs de son grand-père Baraudin qui avait été chef d’escadre, ceux de son oncle fusillé à Quiberon, ceux de Bougainville son parent8 et son adolescence bercée par la lecture des Bulletins de la Grande Armée expliquent en grande partie le choix de Vigny : Nos cris de Vive l’Empereur ! interrompaient Tacite et Platon. Nos précepteurs ressemblaient à des hérauts d’armes, nos salles d’études à des casernes, nos récréations à des manœuvres, et nos examens à des revues. Il me prit alors plus que jamais un amour vraiment désordonné de la gloire des armes ; passion d’autant plus malheureuse que c’était le temps précisément où (…) la France commençait à s’en guérir9. Les mobiles de Las Cases sont moins évidents, en 1782, il est garde dans la Marine, il participe à la guerre d’Amérique et au siège de Gibraltar. Il émigre pour l’armée des Princes en 1791 puis s’installe en Angleterre comme précepteur ; il prépare le débarquement de Quiberon mais n’y participe pas : la carrière militaire du lieutenant de vaisseau Las Cases est terminée après à peine dix ans de service.

La chute de l’Ancien Régime est en partie responsable de cette carrière écourtée ; et c’est à la chute de l’Empire, que Vigny entame sa carrière militaire. Il entre à 17 ans comme lieutenant de cavalerie dans les Gendarmes de la Garde. Mais, ses rêves de gloire s’effondrent rapidement, au lieu de combattre pour la France, sa première mission est d’escorter Louis XVIII10, fuyant devant le retour de Napoléon. Vigny ne participe donc pas aux combats des Cent-Jours et après la dissolution de la Maison du Roi, il obtient une nomination de sous-lieutenant au 5e régiment d’infanterie de la Garde Royale en mars 1816. Vigny connaît alors la vie de caserne ; nommé, à sa demande, capitaine au 55e de ligne en mars 1823, il espère ainsi participer à l’expédition d’Espagne. Son vœu n’est pas exhaussé puisque son régiment reste à Pau et ne traverse pas les Pyrénées. Après plusieurs congés et demandes de promotions infructueuses11, il obtient d’être réformé définitivement pour raison de santé en avril 1827. Le capitaine Vigny a servi réellement dix ans12.

 

Ces brefs séjours dans l’armée des deux auteurs ne s’expliquent pas seulement par les circonstances particulières de cette période mouvementée de l’Histoire de France, mais aussi par une vocation pour l’écriture. En effet, Las Cases et Vigny ne sont pas entrés dans la postérité en raison de leurs faits d’armes mais de leurs écrits. Le Mémorial de Sainte-Hélène est devenu un des principaux vecteurs de la légende napoléonienne et Servitude et grandeur militaires fait partie des ouvrages de références de plusieurs générations de militaires. Ces quelques lignes d’Apollinaire à son épouse pendant la Première Guerre mondiale sont significatives : si tu veux te rendre compte de cela [la guerre] lis Servitude et grandeur militaires de Vigny. Quelle admirable chose ! Quel livre ! Dire que je n’avais jamais lu cet ouvrage qui est peut-être le chef d’œuvre de la littérature française du XIXe siècle13.

 

B. Mémorial de Sainte-Hélène et Servitude et grandeur militaires

L’appartenance de ces deux livres au genre des mémoires n’est pas évidente. Las Cases n’écrit pas à proprement parler ses souvenirs. Il utilise les notes qu’il a méticuleusement prises tout au long de son séjour auprès de Napoléon14 pour raconter la vie et les conversations de l’empereur exilé à Sainte-Hélène.

Lors de la rédaction du Mémorial, Las Cases utilise des ouvrages déjà parus sur l’Empire15 et les conversations des napoléoniens qui se réunissent chez lui pour compléter ses notes. Toutefois, l’auteur se présente d’abord comme un témoin privilégié pour révéler au monde une image d’un Napoléon méconnu : L’univers est plein de sa gloire, de ses actes, de ses monuments mais personne ne connaît les nuances véritables de son caractère, ses qualités privées, les dispositions naturelles de son âme : or, c’est ce grand vide que j’entreprends de remplir ici16. Il semblerait donc plus juste de parler de mémoires à thèse pour définir le Mémorial, dans la mesure où Las Cases n’est pas l’objet principal de cet ouvrage et qu’il se fixe pour objectif de procurer quelques jouissances à ceux qui ont aimé, de forcer à l’estime ceux qui sont demeurés ennemis17 de Napoléon.

 

Le terme de " mémoires " pour désigner Servitude et grandeur militaires semble encore moins évident que pour le Mémorial de Sainte-Hélène. Vigny ne vise pas à relater ses souvenirs personnels : je n’ai nul dessein d’intéresser à moi-même, et ces souvenirs seront plutôt les mémoires des autres que les miens18. Cette volonté de ne pas se placer au centre du récit, entraîne une superposition des narrateurs : le narrateur est donc à la fois Vigny (…) et une autre personne19.

Vigny utilise dans la rédaction des trois récits qui composent Servitude et grandeur militaires des éléments qui appartiennent à la réalité et d’autres à la fiction, afin de défendre une idée : ce livre est sans doute le texte le plus personnel d’Alfred de Vigny, celui dans lequel il est assurément le plus personnellement impliqué puisque (…) l’idée prime la réalité des faits20. Pour Laurette et le Cachet rouge, Vigny s’inspire de faits qui lui ont été rapportés par son cousin M. de Bougainville21. Pour La veillée de Vincennes l’auteur utilise en partie ses souvenirs lorsqu’il était en caserne à Vincennes22. Enfin, pour La vie et la mort du capitaine Renaud ou La canne de Jonc Vigny s’appuie sur des événements relatés par un militaire de la Garde Royale23.

Vigny, comme Las Cases, fait des recherches dans les ouvrages récemment parus et notamment pour la célèbre scène entre le pape et Napoléon dans La Canne de Jonc. Georges BONNEFOY a montré24 que l’auteur utilise à la fois les Mémoires de Bourrienne pour camper le décor et le Mémorial de Sainte-Hélène pour développer les idées de l’Empereur sur la religion25. Nos deux auteurs se trouvent réunis.

 

Si le Mémorial de Sainte-Hélène et Servitude et grandeur militaires constituent tous deux des mémoires à thèse, leurs modalités de parution et leur réception par le public ont été très différentes. Las Cases fait imprimer en 1823 son ouvrage chez Lebègue, il se présente sous la forme de 8 volumes format in-8°.

Alfred de Vigny publie séparément dans la Revue des deux mondes, dirigée par Buloz, les trois histoires qui composent Servitude et grandeur militaires. Laurette et Le cachet rouge paraît le 1er mars 1833, la Veillée de Vincennes le 1er avril 1834 et La vie et mort du capitaine Renaud, ou la canne de jonc le 1er octobre 1835, les trois nouvelles réunies et accompagnées d’introductions sont publiées la même année sous le titre : Servitude et grandeur militaires. Cependant l’accueil de la critique est mitigé : le Charivari juge l’œuvre " trop littéraire pour un livre d’économie politique et sociale " ; la Quotidienne " regrette que l’auteur ne s’appuie pas sur le corps entier de l’Histoire ", et selon l’Indépendant, " il y a trop de sentiment dans ces pages éloquentes "26.

A l’inverse, le succès du Mémorial de Sainte-Hélène est immédiat : dans le dernier volume de la première édition, l’auteur annonce la réimpression de l’ouvrage. On compte 4 éditions du Mémorial au XIXe siècle, de multiples réimpressions, des traductions dans de nombreuses langues27. Ce succès ne s’est pas démenti avec le temps puisque depuis 1951, date de la première édition critique établie par Marcel Dunan, trois autres ont vue le jour28.

La postérité réunit ces deux livres comme en témoigne la place de choix réservée tant au Mémorial de Sainte-Hélène qu’à Servitude et grandeur militaires dans la littérature française. Barrès note dans son Journal29  : Je considère que tout individu qui n’est point malade d’admiration, d’enthousiasme sans issue à la lecture du Mémorial de Sainte-Hélène doit être jeté dehors à coups de pied. Camus dans ses Carnets30 écrit : Servitude et grandeur militaires, admirable livre qu’il faut relire à l’âge d’homme.

 

C. Les thèmes moraux

Afin d’étudier l’honneur du militaire français à travers ces deux ouvrages, la méthode suivante a été utilisée. Tous les passages comportant une dimension éthique ont été relevés, dans chaque extrait, une liste des thèmes moraux a été établie. A partir de ce dénombrement, il a été possible d’établir les statistiques suivantes pour le Mémorial de Sainte-Hélène. Afin d’être plus précis encore, un relevé sémantique pour Servitude et grandeur militaires a été réalisé.

On observe une répartition globalement voisine des thèmes. Toutefois, il apparaît que la servitude, le sacrifice sont plus souvent évoqués par Vigny que Las Cases ; ceci n’est guère surprenant puisque, comme en témoigne le titre de l’ouvrage de Vigny, ce dernier se propose de montrer que l’abnégation est inhérente au métier de militaire. L’importance de la responsabilité, de la compétence dans le Mémorial de Sainte-Hélène est logique dans la mesure où Las Cases fait sans cesse référence aux chefs militaires.

Ces thèmes peuvent être regroupés dans deux grands ensembles : l’autorité et l’honneur. Le premier comprenant l’autorité, le courage et la responsabilité ; le second rassemblant l’honneur, la fidélité et la servitude. Seule la question de l’honneur sera traitée ici.

L’Honneur, fait de mériter sa considération et celle des autres, sera examiné en observant d’une part la fidélité et d’autre part l’obéissance du militaire.

 

figure : Relevé de thèmes moraux

 

II. La fidélité du militaire 

La fidélité du militaire est problématique en ce début de XIXe siècle : sous l’Ancien Régime, l’armée servait le roi ; mais depuis la Révolution française l’idée de Nation s’est affirmée et la question de la fidélité est devenue plus aiguë. L’officier qui émigre pour rejoindre les Princes au nom du roi fait-il preuve de fidélité ou est-il un traître ?

La chute de l’Empire et le retour de l’île d’Elbe laisse au cœur de la société le problème de la fidélité : le combattant des guerres napoléoniennes qui a prêté serment à Louis XVIII en 1814 doit-il se rallier à l’Empereur ou suivre le roi à Gand ?

La révolution de Juillet repose la même question : le serment prêté lie-t-il un militaire au régime ou à la nation ?

Trois exemples de crises dont Las Cases et Vigny évoquent les conséquences au travers d’histoires, d’anecdotes qui nous montrent le dilemme auquel sont confrontés les militaires : fidélité à quoi ? au drapeau et à la nation ou bien à une dynastie ? A un parti ? A une opinion ? Le choix de l’opinion existe-t-il ? Le droit de choisir, l’armée l’a-t-elle ? (…) L’homme d’honneur accomplit son serment jusqu’à la mort, là est le devoir31.

 

       

    1. La fidélité 

      Cette question s’est posée aux deux auteurs : Las Cases dans la préface du Mémorial de Sainte-Hélène expose brièvement quelques aspects de sa vie, afin d’inspirer confiance à ses lecteurs32. Il revient donc sur son émigration et sur ce qui l’a motivée : Conduit par de nobles préjugés, bien plus que par des devoirs réfléchis, entraîné surtout par un penchant naturel aux résolutions généreuses, je fus des premiers à courir au dehors près de nos princes, pour sauver, disait-on, le monarque des excès de la révolution et défendre nos droits héréditaires. Mais son absence lors du débarquement de Quiberon, le pousse à réfléchir sur l’horrible situation de combattre sa patrie sous des bannières étrangères ; et dès cet instant mes idées, mes principes, mes projets, furent ébranlés, altérés ou changés33. On observe que Las Cases sent le besoin de se justifier et de souligner que s’il a émigré par fidélité au roi, il n’aurait pas été jusqu’à se battre pour lui contre la France. Évidemment, la sincérité de l’auteur peut être remise en cause : est-ce que ces aveux ne sont pas des constructions a posteriori de l’événement ? Toutefois, en dépit de la volonté manifeste de Las Cases de donner des gages aux lecteurs de son attachement à la nation, il est intéressant de noter son évolution – même plus tardive qu’il ne le prétend – dans sa conception de la fidélité.

      Vigny se trouve confronter quelques années plus tard au même problème ; lors des journées de 1830, il confie à son Journal34  : Quel est mon devoir ? Protéger ma mère et ma femme. – Qui suis-je ? – Capitaine réformé. J’ai quitté le service depuis cinq ans. La cour ne m’a rien donné durant mes services. (…) J’ai reçu des Bourbons un grade par ancienneté, au 5e de la Garde, le seul, car j’étais entré lieutenant. Et pourtant, si le roi revient aux Tuileries et si le Dauphin se met à la tête des troupes, j’irai me faire tuer avec eux. (…) J’ai préparé mon vieil uniforme. Si le roi appelle tous les officiers, j’irai. – Et sa cause est mauvaise (…) Pourquoi ai-je senti que je me devais à cette mort ? – Cela est absurde. Il ne saura ni mon nom ni ma fin. Mais mon père, quand j’étais encore enfant me faisait baiser la croix de Saint-Louis, sous l’Empire35. La fidélité au roi est réaffirmée par Vigny en dépit de ses griefs envers les Bourbons et de son opposition aux ordonnances. Cette fidélité est invoquée au nom des principes d’éducation. Comme Las Cases, la raison de la fidélité au roi est reliée à l’enfance, au passé voire aux ancêtres. Toutefois, Vigny n’aura pas à défendre Charles X et il restera auprès de sa mère et de sa femme ; pourtant, ces réflexions ne sont pas sans importance puisque le parallèle avec La Canne de Jonc est évident. C’est d’ailleurs à cette époque, que l’auteur prend les premières notes pour cette nouvelle.

       

      La dernière histoire de Servitude et grandeur militaires commence en effet par la confidence suivante du capitaine Renaud à Alfred de Vigny : J’avais aussi [comme A. de Vigny] donné ma démission il y a quinze jours, car j’ai une grande lassitude de l’Armée ; mais avant-hier, quand j’ai vu les ordonnances, j’ai dit : " On va prendre les armes. " J’ai fait un paquet de mon uniforme, de mes épaulettes et de mon bonnet à poil, et j’ai été à la caserne retrouver ces braves gens-là qu’on va faire tuer dans tous les coins, et qui certainement auraient pensé, au fond du cœur, que je les quittais mal et dans un moment de crise ; c’eût été contre l’Honneur, n’est-il pas vrai, entièrement contre l’Honneur ?36 Le capitaine Renaud fait-il preuve de fidélité envers la Restauration ? Peut-être, mais son geste illustre plus encore sa solidarité envers ses camarades et son souci d’être fidèle à des principes. Cette attitude fait échos à la définition suivante : ensemble de principes moraux qui incitent à ne jamais accomplir une action qui fasse perdre l’estime qu’on a de soi ou celle qu’autrui vous porte37. L’honneur est véritablement le mobile du capitaine.

       

      Las Cases rapporte dans le Mémorial de Sainte-Hélène les propos qu’auraient tenu Napoléon sur la fidélité : quelle conception développe-t-il ? Lorsqu’il évoque son retour de l’île d’Elbe, il souligne le ralliement rapide des soldats. Par une anecdote, Las Cases rend vivante cette fidélité, cet attachement au Petit Caporal38 : en arrivant près de Grenoble, Napoléon rencontre un bataillon dont l’officier refusait de discuter, alors l’Empereur n’hésita pas ; il s’avança seul de sa personne, cent de ses grenadiers marchaient à quelque distance de lui, leurs armes renversées. La vue de Napoléon, son costume, sa petite redingote grise surtout, furent magiques sur les soldats, qui demeurèrent immobiles. Il continua droit à un vétéran dont le bras était chargé de chevrons, et le prenant rudement par la moustache, lui demanda s’il aurait bien le cœur de tuer son Empereur. Le soldat, les yeux mouillés, mettant aussitôt la baguette dans son fusil pour montrer qu’il n’était pas chargé, lui répondit : " Tiens, regarde si j’aurais pu te faire beaucoup de mal : tous les autres sont de même. "39 Au-delà de la dimension théâtrale de la scène, il est clair que Las Cases veut souligner la proximité qui existe entre les soldats et Napoléon, mais aussi la différence entre la fidélité de l’officier au régime des Bourbons et l’adhésion immédiate des grognards en faveur de l’Empereur. C’est cette opposition qui se manifeste clairement lorsque Napoléon évoque ceux qui l’ont trahi.

       

       

    2. La trahison 

La trahison est présente dans le Mémorial dès qu’il est fait allusion à Waterloo. Cette défaite que Napoléon ne parvient pas à expliquer par des raisons stratégiques ou tactiques l’obsède tout au long de son séjour à Sainte-Hélène. Il rappelle la trahison de certains militaires : le 14 au soir, le lieutenant général Bourmont, le colonel Clouet et l’officier d’état-major Villoutreys avaient déserté du quatrième corps et passé à l’ennemi. Leurs noms seront une exécration tant que le peuple français formera une nation40. La trahison du régime est assimilée à la trahison de la Nation qui est condamnée sans appel ; pourtant il n’est pas toujours aussi strict dans ses jugements même envers des militaires qui ont trahi l’Empire.

Celui dont le titre est devenu synonyme de trahison est cité 13 fois dans le Mémorial de Sainte-Hélène : la trahison du duc de Raguse livra la capitale et désorganisa l’armée. La conduite inattendue de ces deux généraux, [Marmont et Augereau] qui trahirent à la fois leur patrie, leur prince et leur bienfaiteur, changea le destin de la guerre. La volonté d’insister sur la trahison est claire, ainsi Napoléon associe la trahison de sa personne à celle de la Nation. Et pourtant, dans son testament il affirme pardonner à celui qu’il avait aimé comme un fils. La sincérité de l’Empereur peut être remise en cause, et pourtant, il adopte la même attitude envers d’autres maréchaux, notamment Ney et Murat. Cette position de Napoléon s’explique probablement par la volonté sans cesse affirmée dans le Mémorial de faire croire qu’il a été toujours soutenu par l’ensemble des Français, que son titre d’Empereur lui avait été accordé par la Nation. J’ai plutôt été abandonné que trahi ; il y a eu plus de faiblesse autour de moi que de perfidie ; c’est le reniement de Saint-Pierre, le repentir et les larmes peuvent être à la porte. A côté de cela, qui dans l’histoire, eut plus de partisans et d’amis ?41 Ces propos sont tenus alors que Napoléon est seul à Sainte-Hélène avec trois généraux…

 

C’est pour rendre hommage aux militaires, que Vigny cherche dans Servitude et grandeur militaires à réconcilier l’armée et la Nation. L’auteur constate : L’Armée est une nation dans la Nation ; c’est un vice de nos temps42. Vigny souligne ce qu’il nous reste encore d’arriéré et de barbare dans l’organisation toute moderne de nos armées permanentes, où l’homme de guerre est isolé du citoyen43 .

Vigny en 1857 dans son Journal montre l’ingratitude de la Nation envers ceux qui se sacrifient pour elle. Il évoque ainsi la guerre de Crimée : Cent mille hommes perdus sont pour la France comme une coupe de cheveux. Ombres de Crimée, que direz-vous de cette amabilité russe ? Vous qui avez saigné avec les zouaves, qu’en pensez-vous ? Les mères, les veuves, les sœurs, ne se sentent-elles pas offensées dans leur cœur ?44

La solution selon Vigny est une armée nationale non permanente car elle permettrait d’être fidèle à la Nation. Il livre dans ses Mémoires cet exemple significatif a contrario : L’armée permanente a-t-elle le droit d’être fidèle à une dynastie ? – Non. Puisqu’un général peut dire à son corps d’armée : " Suivez-moi ! " Et ce corps d’armée marche, suit et passe à la révolte parce que le général l’a ordonné45. Ainsi on observe que la liberté d’être fidèle est limitée chez le militaire par son devoir d’obéissance, qui constitue le second aspect de l’honneur.

 

 

III. L’obéissance du militaire 

L’obéissance est indispensable à une armée et pourtant cette exigence est loin d’être aussi facile à mettre en œuvre qu’il y paraît au premier abord. Y a-t-il des limites à l’obéissance du militaire ? Jusqu’où est-il tenu d’obéir ? Il n’est pas aisé de répondre à ces questions au début du XIXe siècle ; il semble possible de distinguer le dévouement - acte volontaire - de la servitude qui elle est imposée.

 

       

    1. Le dévouement 

      Dans le deuxième récit de Servitude et grandeur militaires intitulé Veillée de Vincennes, un vieil adjudant d’artillerie raconte l’histoire de sa vie à Vigny et Timoléon d’Arc, camarade de celui-ci. L’adjudant, militaire scrupuleux, confie à Vigny : je crois que je mourrais de honte, si, demain à l’inspection, il me manquait une gargousse46 seulement ; et je crois qu’on a pris un baril au dernier exercice à feu, pour les cartouches de l’infanterie. J’aurais presque envie d’y aller voir, si ce n’était la défense d’y entrer avec des lumières47. Ce soucis de l’adjudant d’être irréprochable, le conduit à sa perte comme nous l’apprend la fin de la nouvelle. Une explosion se produit au petit matin, Vigny accoure et trouve le corps déchiqueté de l’adjudant : ce malheureux, sans doute, n’avait pas résisté au désir de visiter encore ses barils de poudre et de compter ses obus et, soit le fer de ses bottes, soit un caillou roulé, quelque chose, quelque mouvement avait tout enflammé48. L’attention portée par ce sous-officier à sa tâche n’est pas due à la contrainte mais à la volonté d’être irréprochable, d’être dévoué entièrement à son métier.

       

      Dans le Mémorial de Sainte-Hélène¸ Las Cases donne de multiples exemples du dévouement des soldats envers Napoléon, contribuant ainsi à propager la légende napoléonienne. Lors de l’expédition d’Égypte, Napoléon reçut, durant le siège de Saint-Jean-d’Acre, une preuve de dévouement héroïque et bien touchante : étant dans la tranchée, une bombe tomba à ses pieds ; deux grenadiers se jetèrent aussitôt sur lui, le placèrent entre eux deux ; et élevant leurs bras au-dessus de sa tête, le couvrirent de toutes parts. Par bonheur, la bombe respecta tout le groupe ; nul ne fut touché49. Les noms de ces soldats n’apparaissent pas dans le Mémorial mais leur évocation par Napoléon est déjà un hommage à leur dévouement. Cette histoire permet aussi à Las Cases de montrer l’attachement qu’éprouvent les soldats envers l’Empereur ; ce qui n’est pas sans conséquence sur la légende napoléonienne.

      Les dictées de Napoléon à l’ancien Chambellan sur la campagne d’Italie fournissent un exemple encore plus probant de dévouement de militaires. Lors de la bataille d’Arcole, Napoléon a été sauvé par ses soldats et plus précisément par le colonel Muiron. Ce dernier était à ses côtés sur le pont – qui n’a jamais été franchi – se jette sur Napoléon pour le protéger de son corps. Louis Bonaparte et Marmont dégagent Napoléon et le corps inerte de Jean-Baptiste Muiron tombe dans l’Adige et n’a jamais été retrouvé en dépit des recherches effectuées à la demande du général en chef. Ce dévouement porté au plus haut degré par ce jeune colonel, Napoléon ne le signale pas dans son message de condoléances50 à la famille de Muiron ; c’est à Sainte-Hélène, dans la dictée sur la campagne d’Italie51, puis dans ses confidences à O’Meara et enfin dans son testament52, qu’il reconnaît que : le colonel Muiron se jeta devant moi, me couvrit de son corps et reçut la blessure qui m’était destinée. Il tomba à mes pieds, et son sang me jaillit au visage. Il sacrifia sa vie pour sauver la mienne…53 Muiron n’a obéit à aucun ordre et c’est en ce sens que son attitude relève du dévouement et non de la servitude. Toutefois il semble intéressant de rapprocher ces événements, du troisième récit de Vigny.

       

      Dans Vie et mort du capitaine Renaud ou la canne de Jonc¸ le capitaine encore enfant, admirateur enthousiaste de Napoléon, est mis en garde par son père : tel que je te connais, tu seras un Séide, et il faut se garantir du séidisme quand on est Français, c’est-à-dire très susceptible d’être atteint de ce mal contagieux54. On peut se demander pourquoi les Français seraient plus sujets que d’autres à s’attacher entièrement à un homme, mais surtout on observe que Vigny oppose le séidisme55 à l’honneur, le dévouement à un homme au dévouement à un principe. Il est cependant difficile de savoir si Muiron s’est jeté au devant d’une mort certaine par attachement pour Napoléon ou par un sentiment d’honneur.

      En revanche, l’histoire du capitaine Renaud permet de suivre son évolution, sa libération progressive de l’emprise qu’exerçait sur lui Napoléon. C’est à l’école de Collingwood [dont il est le prisonnier] que Renaud apprend à se débarrasser de son séidisme que la lettre de son père n’a pas pu entamer. Il apprend à se dévouer à un principe non à homme et à mépriser les grandeurs matérielles.56 Le séidisme peut déjà être considéré comme une manifestation des servitudes que dénonce Vigny tout au long de son ouvrage.

       

       

       

    2. La servitude 

Vigny place en exergue la phrase suivante : Ave, Caesar, morituri te saluant…57 Cette comparaison entre le militaire et le gladiateur placée en tête de l’ouvrage58 est reprise dans les différentes histoires de Servitude et grandeur militaires, et d’abord dans Laurette ou le cachet rouge. La dimension dramatique de cette nouvelle est manifeste : le commandant d’un brick en route pour Cayenne en 1797 s’attache à un jeune couple pour lequel il a reçu comme consigne d’ouvrir une lettre du Directoire une fois passé l’équateur. Il se prend d’amitié pour les deux jeunes gens et est prêt à quitter la Marine pour s’installer avec eux à Cayenne. Suivant les ordres du gouvernement, il rompt le cachet rouge de la lettre et découvre qu’elle contient l’ordre de tuer le jeune homme parce qu’il a écrit un libelle. Le commandant obéit et le fait fusiller. Laurette devenue folle à la suite de cette exécution est prise en charge par l’officier.

Cette nouvelle émouvante permet à Vigny de souligner la dureté du métier de militaire et de dénoncer l’état de servitude qui est le sien. Le champ lexical le plus présent dans Laurette ou le cachet rouge est celui du sacrifice, de l’abnégation. (19 relevés) La cruauté d’actes exécutés par devoir est soulignée dans cette nouvelle par la jeunesse du couple, par la sympathie qu’ils inspirent au commandant, par la disproportion entre les faits reprochés et la condamnation. Vigny constate : la dureté de l’homme de guerre est comme un masque de fer sur un noble visage, comme un cachot de pierre qui renferme un prisonnier royal59. Si Vigny écrit cette nouvelle c’est pour remettre en cause le bien fondé de l’obéissance passive qui peut faire d’un homme un assassin dès lors qu’il obéit à un ordre injuste. La modernité de Vigny est évidente : il réclame pour les militaires un droit à la liberté de conscience.

Toutefois, cette nouvelle s’inscrit aussi dans le contexte de l’époque, puisque Laurette constitue une réponse à Joseph de Maistre. Dans Les Soirées de Saint-Pétersbourg60 publiée en 1821, l’auteur développait une vision divine de la guerre : Maistre fait du soldat le bourreau du ciel61. C’est pour s’opposer à cette vision que Vigny écrit la première histoire de Servitude et grandeur militaires : le militaire est une victime et non un bourreau. Pourtant, si Vigny parvient avec une grande sensibilité à montrer le conflit entre la nécessité d’obéir et la cruauté qui peut en découler, il ne propose pas de solution à ce dilemme.

 

L’histoire du capitaine Renaud nous fournit un autre exemple de servitude militaire. Lors de la campagne de 1814, à laquelle il a participé, le capitaine tue un jeune Russe, âgé de 14 ans. Horrifié, il s’écrie devant son colonel : " Quelle différence y a-t-il entre moi et un assassin ? – Et ! sacredié, mon cher, que voulez-vous ? c’est le métier. – C’est juste ", répondis-je, et je me levai pour aller reprendre mon commandement62. Le capitaine saisit alors la canne de jonc qui tombe de la main de la petite victime et se promet qu’à l’avenir il n’utilisera pas d’autre arme. En 1830, le capitaine reprend sa démission et il est blessé mortellement par un jeune insurgé dans lequel il retrouve l’image de l’enfant russe.

Vigny poursuit ainsi sa réflexion sur la guerre, la mort. Il fait dire au capitaine mourant : de combien d’assassinats se compose une grande bataille ? – Voilà un des points ou notre raison se perd et ne sait que dire. – C’est la guerre qui a tort et non pas nous63. Vigny ne condamne pas le militaire mais ne peut s’empêcher de rêver à un monde meilleur sans guerre. Toutefois, conscient de la réalité de la guerre, Vigny apporte sa réponse : c’est la religion de l’Honneur qui soutiendra le soldat.

Par conséquent, le Mémorial de Sainte-Hélène et Servitude et grandeur militaires nous ont donné quelques exemples montrant que la fidélité et l’obéissance ne sont pas des valeurs absolues. A qui être fidèle ? Jusqu’où obéir ? Y a-t-il des limites à la fidélité et à l’obéissance et quelles sont-elles ? En matière de morale, il est plus facile de poser des questions que d’y répondre, pourtant la conclusion de Servitude et grandeur militaires fournit peut-être une ébauche de solution.

Vigny expose ce qu’il appelle la religion de l’honneur : l’honneur, c’est la conscience, mais la conscience exaltée. – C’est le respect de soi-même et de la beauté de sa vie portée jusqu’à la plus pure élévation et jusqu’à la passion la plus ardente64. Il poursuit sa réflexion pendant de nombreuses années dans son Journal, il semble convaincu que la religion de l’Honneur pourra remplacer la foi chrétienne car elle n’a pas de schismes, ni d’hérésies65, car elle est universelle et puissante, car elle peut soutenir chaque homme dans ses choix.

En défendant la liberté de conscience du militaire, Vigny proposait un combat d’avant-garde. Plusieurs générations de militaires ont trouvé dans les écrits d’Alfred de Vigny un support à leurs propres réflexions sur leurs droits et leurs devoirs : des refus d’obéir à des ordres injustes66 pendant la Deuxième Guerre mondiale ou la guerre d’Algérie aux codes militaires lui ont donné raison. L’article L.122.4 alinéa 2 de l’actuel Code Pénal67 va plus loin puisqu’il engage la responsabilité pénale de celui qui exécute un ordre manifestement illégal. Ainsi, se conformer aux ordres de ses supérieurs hiérarchiques ne saurait constituer ni un fait justificatif, ni une excuse permettant d’échapper aux conséquences de l’infraction commise. Si cette législation permet de refuser d’exécuter un ordre illégal, elle ne résout pas le problème pour un ordre injuste. Le cas de conscience est loin d’avoir disparu.

 

 

Laurence MONTROUSSIER,

doctorante en Histoire - Montpellier III.

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Notes:

 

1 Conférence tenue le Lundi 6 mars 2000 à 18 heures dans le cadre du Centre d’Histoire Militaire et de Défense Nationale aux Archives départementales de l’Hérault.

2 LITTRÉ, Émile, Dictionnaire de la langue française, t.3 : " Honneur ". 1. Mort au champ d’honneur est la formule consacrée dans les billets de faire part de la mort des militaires tués sur le champ de bataille. 2. Obtenir les honneurs de la guerre, ne pas rendre ses armes en abandonnant une place. 3. Les gardes d’honneur, jeunes gens qui, sous le premier Empire, s’étant rachetés de plusieurs conscriptions, furent appelés au service militaire et formèrent des régiments de cavalerie. 4. Légion d’honneur, ordre institué en France pour récompenser les services militaires et les talents distingués.

3 NOËL, Fr., Dictionnaire de la fable, Paris, 1801, t.2, p.40, b. Cité par SAINT-GÉRAND, Jacques Philippe, Alfred de Vigny, vivre, écrire, Paris, p.154.

4 Arrivée en France au XIIIe siècle pour accompagner Blanche de Castille (17e degré). La famille est installée entre Revel et Castres.

5 Fils de Léon Pierre de Vigny et de Jeanne Amélie de Baraudin. Il est né à Loches. Seul enfant survivant du couple.

6 En pension pour Las Cases, en demi-pension pour Vigny.

7 Père capitaine pendant la guerre de Sept ans.

8 GERMAIN, François, Introduction de Servitude et grandeur militaires, Paris, Garnier, 1965, 365 pages, p.II.

9 VIGNY, Alfred de, Servitude et grandeur militaires, Paris, Gallimard, Folio, 1992, 343 pages, p. 37.

10 Vigny escorte Louis XVIII jusqu’à Béthune puis est interné à Amiens pendant les Cent-Jours.

11 Démarches pour entrer dans les Gardes du corps.

12 Sur la carrière militaire de Vigny, le point a été fait par André JARRY, " Contribution à une histoire de la carrière militaire de Vigny ", Bulletin de l’association des amis d’Alfred de Vigny, 1972-1973, volume 5, pp. 16-54.

13 Cité par SAINT-BRIS, Gonzague, Alfred de Vigny, Paris, Grasset, 1997, 316 pages, p.204.

14 Las Cases rejoint Napoléon le 25 juin 1815 aux Tuileries et le quitte le 25 novembre 1816, arrêté par Hudson Lowe. Le débat sur cette arrestation n’est pas clos et les différentes hypothèses formulées par les témoins de l’époque semblent tout à fait plausibles : naïveté de Las Cases, désir de rentrer en France pour aider l’Empereur ou pour écrire ses mémoires, volonté d’échapper aux mesquineries des habitants de Longwood…

15 Il résume ou recopie des passages entiers des Mémoires sur 1809 de Pelet, L’histoire d’Angleterre de Montvéran, du Manuscrit de 1814 de Fain…

16 LAS CASES, E.mmanuel, Mémorial de Sainte-Hélène, Paris, Flammarion, 1951, 2 tomes, tome 1, p. 1.

17 Idem, p. 1.

18 VIGNY, A. de, op. cit., ¸p. 31.

19 VANNIER, Gilles, Commentaires de Servitude et grandeur militaires¸ Paris, Livre de Poche, 1988, 217 pages, p.191.

20 SAINT-BRIS, G., op. cit., p.202-203.

21 Vigny écrit que : Mon cousin, M. de Bougainville, me raconta véritablement ce trait d’un marin qui eut le malheur d’obéir à un ordre du Comité de salut public, de fusiller les prisonniers de guerre. CASTEX pour sa thèse a recherché dans les Archives Nationales et a trouvé un rapport d’un lieutenant Charbonnier, commandant La Boudeuse qui en 1794 a fait fusiller l’équipage du bateau arraisonné en application du décret du 7 prairial an II qui défendait de faire des prisonniers de guerre anglais et hanovriens. Toutefois le navire arrêté était un navire marchand. CASTEX, Georges, Vigny. Stello, Servitude et grandeur militaires¸ Paris, CDU-Sedes, 1963, 102 pages.

22 En 1816, Vigny est en garnison à Vincennes et le 17 août 1819 au matin, le magasin d’artifice du dépôt d’artillerie explosa et un garde fut tué.

23 Bermont, auteur de La Garde royale pendant les événements du 26 juillet au 5 août 1830 rapporte cet événement : un capitaine de la Garde (Armand-Philippe Lemotheux a démissionné dès la publication des ordonnances de Charles X, mais il est rentré au régiment pour partager le sort de ses camarades et fut tué par un jeune homme qu’il voulait ménager le 29 juillet 1830.

24 BONNEFOY, Georges, " A. de Vigny lecteur des ‘‘Mémoires de Monsieur de Bourrienne’’ ", Revue d’Histoire littéraire de la France, 1939, n°46, pp. 237-244.

25 Il se réfère aux propos tenus par l’Empereur à Sainte-Hélène et rapportés par Las Cases le 17 août 1816.

26 GERMAIN, F., op. cit., p.LXIV.

27 Le Mémorial de Sainte-Hélène est traduit dès 1823 en anglais et en allemand, en 1825 en espagnol. Des extraits sont même traduits en polonais, en italien, en danois et en néerlandais.

28 L’édition établie par G. WALTER pour la Pléïade en 1957 ; celle établie par A. FUGIER pour la collection classique-Garnier en 1961 et celle établie par J. TULARD pour la collection intégrale du Seuil en 1968.

29 BARRES, Maurice, Journal, n°14, avril 1893, cité par ROZELAAR, Louis A., " Le Mémorial de Sainte-Hélène et le Romantisme ", Revue des Études napoléoniennes, 1929, octobre, p.226.

30 CAMUS, Albert, Carnets, 1941, cité par SAINT-BRIS, Gonzague, op. cit., p.201.

31 VIGNY, A. de, Œuvres complètes, Paris, Gallimard, La Pléïade, 1993, t.2 : Prose, 1849 pages, p.882. (1856)

32 Jamais je ne me suis attaché à aucune lecture historique, sans avoir voulu connaître le caractère de l’auteur, sa situation dans le monde, ses relations politiques et domestiques, en un mot, les grandes circonstances de sa vie : je pensais que là seulement devaient se trouver la clef de ses écrits, la mesure certaine de ma confiance. LAS CASES, E., op. cit., p. 3.

33 Ibid., pp. 3-4.

34 Il est important de noter que son journal n’était pas destiné à la publication ; Le Journal d’un poète ne sera d’ailleurs publié qu’à titre posthume.

35 VIGNY, A. de, Journal d’un poète, Paris, Gallimard, Pléïade, 1948, tome 2, p. 912.

36 VIGNY, A. de, Servitude et grandeur militaires, Paris, Gallimard, Folio, 1992, 343 pages, p. 163.

37 Définition de Pierre LAROUSSE, Grand Larousse universel en 15 volumes.

38 Surnom donné par les soldats à Napoléon lors de la bataille de Lodi et repris par la légende napoléonienne (Stendhal, Norvins, Abel Hugo…) et par la légende noire : la grenouille qui veut se faire plus grosse que le bœuf. Dunan développe ces éléments dans l’édition critique du Mémorial de Sainte-Hélène qu’il a établie : tome 1, p. 132, note 2.

39 LAS CASES, E., op. cit., 14 septembre 1816, t.2, p. 348.

40 Ibid., 26 août 1816, t.2, p. 250.

41 Ibid., 16 novembre 1815, t.1, p.247.

42 VIGNY, A. de, Servitude et grandeur militaires, Paris, Gallimard, Folio, 1992, 343 pages p.39.

43 Cité par VANNIER, G., op. cit., p.201.

44 VIGNY, A. de, Journal d’un poète, in Œuvres complètes, Paris, Gallimard, La Pléïade, 1993, t.2, p. 1330.

45 Ibid., Mémoires, 352, p. 345.

46 Gargousse : charge de poudre à canon dans son enveloppe cylindrique. Petit Robert 2000, p.1001.

47 VIGNY, A. de, Servitude et grandeur militaires, Paris, Gallimard, Folio, 1992, 343 pages, p.139.

48 Ibid., p.147.

49 LAS CASES, E., op. cit., 26-30 septembre 1815, tome 1, p. 165.

50 GOURDIN, Jean-Luc, L’Ange gardien de Bonaparte : le colonel Muiron¸ Paris, Pygmalion, 1996, 427 pages, p.319 :

51 Ibid., Appendice IV, Fragments de la campagne d’Italie, t.1, p. 850.

52 Ibid., Appendice XVI, t.2, testament, codicille 4°, p.890.

53 O’MEARA, Napoléon en exil, cité par GOURDIN, J.L., op. cit., p. 371.

54 VIGNY, A. de, Servitude et grandeur militaires, Paris, Gallimard, Folio, 1992, 343 pages., p.171.

55 Séide, n.m. – 1803 ; francis. de l’ar. Zayd, personnage de la tragédie de Voltaire " Mahomet ", 1741 * Adepte fanatique des doctrines et exécutant aveugle des volontés (d’un maître, d’un chef). Définition du Petit Robert.

56 DRISSA, Mohamed Ali, Vigny et le symbole, Tunis, Publication de l’Université de Tunis, 1979, 309 pages, p.191.

57 Salut, César, ceux qui vont mourir te saluent.

58 Le soldat moderne lui [Vigny] apparaît donc comme un gladiateur, c’est-à-dire comme un esclave exposé de façon permanente à mourir, si le maître en a décidé ainsi, pour une cause étrangère à son intérêt et éventuellement, détestable. CASTEX, G., op. cit., p.94.

59 VIGNY, A. de, Servitude et grandeur militaires, Paris, Gallimard, Folio, 1992, 343 pages, p. 76.

60 Dans le septième entretien des Soirées : Les fonctions sont terribles ; mais il faut qu’elles tiennent à une grande loi du monde spirituel (…) La guerre est divine dans la gloire mystérieuse qui l’environne, et dans l’attrait non moins inexplicable qui nous y porte. Cité par BERTHIER, Patrick, Préface de Servitude et grandeur militaires, Paris, Gallimard, Folio, 1992, 343 pages, p.13.

61 Ibid., p.13.

62 VIGNY, A. de, Servitude et grandeur militaires, Paris, Gallimard, Folio, 1992, 343 pages, p.227.

63 Ibid., p.237-238.

64 Ibid., p.246.

65 VIGNY, A. de, Journal d’un poète, 1849, in Œuvres Complètes, Paris, Gallimard, La Pléïade, 1993, t.2, p.1269.

66 MOHRT, Michel, Préface de Servitude et grandeur militaires, Paris, Poche, 1988, 217 pages, pp.7-8 : La dernière guerre a fourni des exmples illustres de soldats qui ont refusé l’obéissance au nom de ce qu’ils considéraient être l’intérêt supérieur de la patrie. L’Histoire leur a donné raison. Mais que penser de soldats d’un rang subalterne refusant d’exécuter un ordre qui leur paraissait monstrueux, comme de bombarder une ville ouverte ? Ce fut le cas d’un capitaine anglais qui refusa de détruire Le Havre, encore habité par une partie de sa populations civile. Il a été puni. Faut-il condamner celui qui a refusé l’obéissance passive, alors que l’on a condamné par ailleurs des soldats qui l’ont observée ?

67 Art.122-4al.2 du Code Pénal : N’est pas pénalement responsable la personne qui accomplit un acte commandé par l’autorité légitime, sauf si cet acte est manifestement illégal.

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