| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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CHAPITRE I : LES ORIGINES Nous venons d'évoquer l'opinion des experts, qui tiennent pour pratiquement certain que le phénomène guerre - action violente, collective, préméditée, organisée - n'a commencé qu'avec le "faciès culturo-industriel" Néolithique, qui débute il y a près de cent siècles au Proche/Moyen Orient, mais 40 à 50 seulement en Europe occidentale. Cette affirmation pose plusieurs questions : - la violence entre humains était-elle inconnue avant cette période ? - pourquoi cette conviction, presque unanime - et pourquoi le Néolithique, et non les périodes précédentes - le Paléolithique supérieur, le Mésolithique - ou après - le Chalcolithique, l'âge du bronze ?
A. Nos ancêtres n'étaient certainement pas les "bons sauvages" chers à Rousseau et à ses disciples. Le meurtre, conséquence de la compétition pour la domination du petit clan, a sûrement existé des milliers de siècles avant la phase néolithique. Ceci, d'ailleurs, différencie radicalement un aspect du comportement humain de celui des mammifères supérieurs vivant en société; par exemple loups, primates supérieurs, où le "duel" entre le dominant actuel et le candidat à la suprématie s'achève - sauf blessure mortelle accidentelle, car "non-voulue" - par la soumission du vaincu. Mais le cerveau humain voit plus loin que l'immédiat : il sait que le rival, non résigné à la défaite, attendra l'occasion favorable. Le vainqueur doit donc tuer s'il ne veut pas vivre dans l'appréhension de l'assassinat par surprise. Konrad Lorenz, homme pacifique s'il en fut, a réfléchi à l'apport positif de l'agressivité tout au long de la lente évolution qui a conduit aux espèces actuelles, spécialement au cas de l'homme.6 Il estime que l'agressivité a été un facteur fondamental de la survie et du développement des espèces à travers l'évolution. - par la sélection sexuelle : le plus fort, agressif ( et intelligent, chez l'hominien ), a le plus de chances de procréer. A noter que dans certaines espèces ce comportement s'étend aux femelles, entre elles; par exemple chez le loup. Mais, plus cruelle que le mâle, la louve dominante tue la jeune rivale qui recherche les faveurs de son conjoint ; pour la défense du groupe, spécialement des jeunes, contre les prédateurs; - pour la conquête de l'alimentation du groupe face à la concurrence des autres espèces du même biotope ; les carnivores dans le cas de l'homme. ( Des études récentes, au microscope, de dents fossiles, ont montré que la base de l'alimentation de l'homme a été, en moyenne, de plus en plus carnée jusqu'au Néolithique - ce qui constitue une différence radicale avec les grands primates, encore que le chimpanzé puisse, à l'occasion, être carnivore. Ceci, avec une prédominance marquée pour l'homme-mâle chasseur-pourvoyeur, par rapport à la femme qui, plus contrainte à la sédentarité par ses charges maternelles, trouvait plus souvent un complément par la cueillette de végétaux. Conséquence millénaire, ou meilleure adaptabilité de la femme, les restrictions du dernier conflit ont montré qu'elle s'accommode plus facilement que l'homme d'une alimentation surtout végétale). Or les capacités physiques de nos ancêtres hominiens - dentition, ongles, musculature, rapidité à la course, etc. - étaient bien médiocres pour assurer la pérennité d'une espèce à la fois prédatrice et proie; vivant dans une zone, la savane, où, si le gibier est abondant, les grands carnassiers ne le sont pas moins et les refuges rares. Très tôt il a fallu suppléer aux déficiences physiques par des moyens artificiels, les armes de chasse, et par l'intelligence. Par ailleurs, que cela nous plaise ou non, descendants de ceux qui n'ont pu nous transmettre la vie que parce qu'ils étaient parmi les plus forts, les plus rusé et les plus agressifs surtout, nous portons leur héritage biologique : par nature l'être humain est agressif. La civilisation, la conscience individuelle, peuvent canaliser cet instinct, voire le sublimer. Mais nier cet héritage est une naïve absurdité.(a)
B. Pour cette très longue période des origines, et des rapports d'alors entre petits groupes d'hominiens, nous nous sommes représentés jusque vers la fin des années 1960 le comportement de nos prédécesseurs sous une forme très proche de celle popularisée par des romans; par exemple, ceux de J.H.Rosny aîné ( La guerre du feu etc. ): le combat à mort, livré comme par réflexe, lors de la rencontre de ces petits clans; combat qui décidera de la survie de l'un des groupes de nomades chasseurs et dont seules les jeunes femmes seront épargnées, pour être absorbées par le clan vainqueur. Romans intéressants à un double titre : d'abord par le récit - bien supérieur au film qui a prétendu s'inspirer de l'un d'eux - et plus encore par le fait que l'auteur, ayant pris conseil, ces romans reflètent les vues officielles de la période allant de la charnière entre les XIX° et XX° siècles jusqu'après le second conflit mondial. Les très récents progrès de la paléo-antropologie ont fait justice de ces tableaux dramatiques. Ce bouleversement a résulté des travaux de médecins ( dits souvent des paléopathologistes ) sur les maladies des hommes préhistoriques ( en France, Mme de ley, le Pr. Jean Dastugne, etc). Naturellement, ces recherches n'ont pu s'appuyer que sur les seuls documents disponibles : les squelettes ou fragments de squelettes mis au jour par les fouilles. On a pu reconnaître des déformations arthritiques, des coxalgies, des ostéosarcomes - à une époque sans pollution - et aussi l'existence de fractures y compris de la boite crânienne, qui, si elles sont ressoudées, montrent la survie du blessé. Les caries dentaires sont rarissimes jusqu'au Néolithique. Mais l'important, dans notre optique, réside dans le fait que jusqu'à ce Néolithique les blessures relèvent évidemment d'accidents, le meurtre avéré étant tout à fait exceptionnel, et le massacre collectif inconnu (b). C'est donc à partir du nouveau "faciès" qu'apparaissent les preuves de morts violentes et collectives, par exemple, pointes de flèches encore fichées dans telle ou telle partie du squelette; crânes fracassés et non "ouverts" pour un rite inconnu; découverte de charniers contenant, pêle-mêle, les corps d'hommes, femmes et enfants, massacrés simultanément de toute évidence. En France, par exemple, l'"hypogée" de Roaix - au 3ème millénaire, donc encore au néolithique dans nos régions - évoque irrésistiblement les tueries de Vendée, des camps d'extermination nazis ( toutes proportions gardées ), celles d'Oradour-sur-Glane, de Katyn, Hué, ou du Cambodge. Par ailleurs - et alors que l'on n'a jamais retrouvé le plus faible indice d'organisation défensive à l'entrée des grottes du Paléolithique - si les habitants de la première Jéricho ont cru nécessaire de fortifier leur ville, au 8ème millénaire, et si ceux de Catal-Hoyük, dix siècles plus tard, ont bâti leur cité de manière à la rendre imprenable, on peut penser que ces sociétés avaient de fort bonnes raisons pour s'imposer, l'une, la réalisation épuisante de remparts défensifs considérables, l'autre, un mode de circulation dans leur ville tout spécialement pénible.
C. Que s'est-il donc passé au Néolithique ? Les fouilles archéologiques, menées désormais selon un protocole très strict - car elles détruisent à jamais l'objet de leur étude - donnent des indications nombreuses et concordantes dont l'ensemble forme un tableau de plus en plus fiable puisque chaque découverte y prend place sans grande difficulté. En résumant grossièrement, on peut dire que lorsque l'être humain inventa - progressivement - l'agriculture et l'élevage, produisant ainsi sa nourriture au lieu de la prélever par la chasse et la cueillette, il a bouleversé radicalement son économie, son mode de vie, et sa démographie, car ces découvertes se sont traduites par une prodigieuse augmentation des possibilités alimentaires par rapport aux surfaces.(c) On estime en effet qu'en zone tempérée non montagneuse - cas de la France après fin de la dernière grande glaciation - l'économie d'aubaines" exigeait une cinquantaine de km2 par individu pour assurer la survie7. Le petit clan "standard" d'une vingtaine d'adultes et 10 à 15 enfants ( devait donc explorer sans cesse une surface de l'ordre de 1500 km2 ( ce qui implique d'ailleurs une "base" permanente ou semi-permanente - grotte, huttes - pour les femmes ayant des enfants en bas âge, au moins, ainsi que les vieillards perclus... ceux de plus de 40 ans). On arrive ainsi8 à une population de l'ordre de 10 000 à 12 000 individus sur la surface actuelle de la France9 c'est à dire, une densité de 0,02 au km2. A titre de comparaison, notre densité moyenne ( une des plus faible d'Europe ) est de 105 au km2 mais descend à 12 pour le département le moins peuplé, y compris petites villes et bourgs; à 2 hors ces bourgades. C'est pourtant là 100 fois la densité de cette économie d'aubaines. Avec l'agriculteur, la surface nécessaire pour la survie de l'individu s'effondre, tout au moins en zone favorable ( température, pluviométrie, nature du sol). Elle se mesure en hectares - 1/100 de km2 - voire en fraction d'hectare dans les meilleures conditions. En outre le cultivateur du Néolithique a déjà un petit troupeau vivant des restes (porcins) ou de la pâture sur les parcelles impropres à la culture (ovins et caprins). Alors, et malgré la mortalité infantile considérable, se produit une explosion démographique à côté de laquelle celle dont nous menacent - de moins en moins - les néo-malthusiens, n'est, toutes proportions gardées, qu'un léger infléchissement.- Mais il se trouve que tous les êtres humains n'ont pas vocation à être des agriculteurs sédentaires, ou n'en n'ont pas la possibilité dans certaines conditions climatiques : d'autres se limitent donc aux techniques de l'élevage, qui comprend la protection du troupeau contre les prédateurs. Ce seront les nomades-pasteurs, qui se sont maintenus pratiquement jusqu'à nos jours. Les problèmes furent, pour les uns, de trouver de nouvelles terres cultivables quand le sol est épuisé; pour les autres, de disposer de zones de pâture. Et alors, aussi, apparaît le phénomène-guerre, coïncidence qui ne peut être fortuite et qu'il faut tenter d'expliquer. L'hypothèse la plus vraisemblable est la suivante : les chasseurs-cueilleurs étaient en nombre si faible que les rencontres entre petits groupes ne pouvaient qu'être très rares. Lors de ces rencontres l'emploi de la violence était sans objet, puisqu'en économie d'aubaines les réserves alimentaires sont nulles et que chaque groupe possède déjà son "outillage" ( mot pris au sens large). Les "étrangers" à une zone, en état psychologique d'insécurité puisque se trouvant en territoire inconnu, pouvaient aller chercher fortune ailleurs, sur un territoire apparemment sans limites. Pourtant, certaines circonstances favorables (gibier pléthorique ? déséquilibre complémentaire des sexes ?) ont nécessairement donné lieu à fraternisation, voire à fusion, si le total des individus ne dépassait pas une certaine "masse critique". En effet, sans ces rencontres pacifiques et au moins quelque peu durables on ne saurait expliquer la diffusion des nouvelles techniques : taille des silex; aide au lancement par propulseur; beaucoup plus tard, arc et flèches; production facile du feu par choc de la pyrite contre une pierre dure, etc. Par ailleurs les associations de clans ou les échanges de jeunes gens ont permis d'éviter une consanguinité qui, si elle avait été indispensable pour l'apparition d'une nouvelle espèce, eut été néfaste à long terme. Revenons au Néolithique. Une notion nouvelle apparaît, jusqu'alors inconnue : celle de l'attachement du paysan à la terre qu'il travaille, devenue un bien précieux, surtout là où elle ne s'épuise pas, c'est à dire - Égypte par exemple - quand chaque année se dépose une nouvelle couche de limon fertile. Simultanément, le paysan s'attache à son habitation, beaucoup plus confortable et solide que les huttes de ses prédécesseurs, et aussi à son petit troupeau. De même, le pasteur se préoccupe de son cheptel, qu'il a appris à gérer avec sagesse, et aussi aux zones de pâture indispensables à ses bêtes. Apparaît aussi, alors, une nouveauté extraordinaire : désormais les périodes de disette doivent normalement disparaître !
Mais la croissance démographique explosive10 amène rapidement des problèmes : - pour l'agriculteur, une année trop sèche, trop humide, trop froide, se traduit non plus par la disette, mais la famine, ou presque; pour le pasteur, les mêmes causes peuvent rendre les pâtures très insuffisantes, et, pire encore, les épizooties constituent des catastrophes. La survie du village des agriculteurs, ou du clan des nomades-pasteurs étant alors menacée, un code moral externe - c'est à dire, vis à vis de ceux qui ne font pas partie du groupe - se fait jour : ce n'est pas un crime, mais un devoir que d'attaquer l'"étranger"11 pour se procurer par la violence ce qui assurera la survie de la communauté. Est Bien ce qui est nécessaire ( qui ne peut pas ne pas être ) à la collectivité; est Mal ce qui est préjudiciable à cette collectivité. En d'autres termes, seul le résultat compte. Pragmatisme encore inconscient, mais qui se maintiendra jusqu'à nos jours, après que les théoriciens politiques de la Renaissance, Guichardin, Machiavel... lui aient donné ses "lettres de noblesse" en affirmant que l'acte ne doit pas être jugé selon son contenu moral, mais en fonction de son succès ou de son échec. D'ailleurs, code de morale externe qui n'a jamais été mieux résumé que par la célèbre formule britannique : " right or wrong, my Country ". L'appropriation des biens par la force s'étendra vite à celle des hommes, esclaves ou populations soumises à un despotisme étranger, considérés comme une sorte de réservoir d'énergie musculaire. ( Nous verrons plus loin que la disparition de l'esclavage en Europe, aux débuts du Moyen Age et sous l'influence de l'Église, a été une sorte de premier "choc pétrolier"). Naît aussi la pratique du tribut périodique, à fournir en nourriture, en métal ou/et objets précieux; voire en hommes : esclaves, auxiliaires militaires. Encore une fois, ce qui précède n'a que valeur d'hypothèse : celle qui découle du vieil adage romain de criminologie "His fecit cui prodest". Mais, hypothèse exacte ou non, le fait demeure; l'archéologie préhistorique montre que si le meurtre est aussi vieux que l'Homme - au moins l'Homme moderne, le "Sapiens-Sapiens" - la violence collective, avec ses hécatombes, n'est apparue qu'au Néolithique, c'est à dire il y a 10 000 ans environ dans certaines régions, et beaucoup plus récemment dans d'autres, alors que cet Homme moderne existait depuis des dizaines de millénaires. 1. L'ETAT DES TECHNIQUES. Agriculture et élevage sont les caractéristiques du faciès culturel néolithique. Mais, à ces inventions vinrent s'ajouter de nombreuses innovations, comme le tissage, la poterie ( conservation des grains, cuisson), l'amélioration de la "boiserie" ( la fabrication d'objets de bois à usage domestique) grâce à un outillage de pierre toujours plus perfectionné, puis de métal, etc. Plus tard viendra s'ajouter la domestication du bœuf, animal de trait, et de l'âne, animal de trait et de bât, ce qui constitue une première révolution énergétique, et aussi pour le rendement agricole par le labourage - à l'araire - plus profond et rapide que la bêche de bois. A. Le cheval sera domestiqué en fin de cette ère néolithique, mais il ne deviendra la véritable source d'énergie de trait, qu'ont encore connu nos pères en France, qu'au Moyen Age, avec le collier d'épaule de traction. Il faut bien voir toutefois que pour l'outillage en général, l'arme en particulier, Néolithique n'est que l'aboutissement d'une très ancienne évolution, car l'engin de chasse au gros gibier du Paléolithique supérieur et du Mésolithique aurait déjà valu comme arme de guerre. Une mention spéciale concerne les engins de navigation, pour lesquels on constate qu'à un décalage dans l'espace de 15/20 000 km correspond, semble t’il, un décalage dans le temps de l'ordre de 25 000 ans. (Ce qui suppose un "transfert de technologie" si lent, surtout pour un objet mobile par définition, que se pose une énigme non encore résolue. En effet nous revenons provisoirement très en amont du Néolithique) - en Europe et au Proche/Moyen Orient, on ne trouve aucun indice de navigation sur "grande" (et petite) distance avant le 10ème millénaire; nous y reviendrons; - en revanche, le 35ème millénaire environ a vu se produire, et réussir, une vaste migration maritime depuis l'Asie du S-E - "plate-forme" de la Sonde, où l'H.Erectus avait pu passer à pied sec, vers l'Australie, - "plate-forme" de Sahul : Nlle Guinée et Australie - toujours restée séparée par un bras de mer dont la largeur, aux moments des eaux les plus basses - par les glaciations - n'est jamais descendue au-dessous de 90 km.12 De pareilles traversées massives d'émigrants, avec familles, outillages, chiens, n'ont pu réussir que par l'emploi d'embarcations beaucoup plus importantes que les petites pirogues "monoxyles" retrouvées en Occident et plus récentes de quelques 25 000 ans. On peut supposer qu'il s'agissait de grands catamarans, assez analogues à ceux qui furent dessinés "sur le vif" par W.Hodges lors du second voyage de Cook, capables de transporter plusieurs dizaines d'individus et une masse importante de vivres et matériels.
Cette conquête des îles de la plate-forme Sahul pose de multiples problèmes : - pourquoi avoir eu l'idée de se lancer sur une mer sans fin en apparence ? - pourquoi, ensuite, avoir attendu quelques 30 000 ans pour atteindre la Micronésie ? - pourquoi, et comment, ces hommes du Paléolithique ont-ils pensé à réaliser, avec un outillage très primitif des embarcations capables d'affronter la haute mer ? - pourquoi cette invention n'a pas diffusé, de proche en proche, vers l'Ouest ? - pourquoi les descendant d'hommes qui avaient osé et su réaliser un tel exploit ont arrêté leur effort intellectuel et technique, au point d'être devenus - redevenus - quand ils ont été retrouvés, une des populations les plus primitives ? Enfin, quel a pu être l'événement qui, à peu près simultanément, a provoqué les migrations de l'homme moderne vers l'Australasie, vers les Amériques par le détroit de Behring - passage alors possible à pied - et vers l'Europe, où il supplantera le Néandertalien ?
En Europe, précisément, et ses abords orientaux, les restes nautiques les plus anciens ne remontent qu'au 9ème millénaire : pirogues "monoxyles" ( taillées dans un seul tronc ) pagaies, retrouvées plus spécialement en Europe du Nord, dans des tourbières qui les ont protégées. Dans cette zone nordique, le Néolithique était encore à venir alors, de quelques 5 000 ans. Nous connaissons aussi quelques sites Mésolithiques de Grèce continentale contenant des pièces d'obsidienne identifiées comme ne pouvant venir de l'île de Samos, ce qui implique la connaissance de l'art navigation. Mais les petites pirogues d'Europe n'autorisaient guère que la navigation côtière, où d'îles en îles proches, par beau temps et sans jamais perdre une terre de vue. Ce n'est pas avant le milieu, environ, du 2ème millénaire, que des marins oseront se lancer en haute mer - par exemple, de Crète vers l'Egypte. ( Et cette audace sera très lente à se généraliser : la navigation côtière restera pratiquement la règle jusqu'à la fin du XVème siècle de notre ère. ( De toute façon, ce n'étaient pas les petites pirogues de notre néolithique qui eussent été utilisables. Il faudra attendre les embarcations composites - cuir, puis planches sur membrures - de l'antiquité, pour que leur taille autorise un "rayon d'action" non négligeable). Nous avons dit que, bien après le chien, compagnon de l'homme depuis 20 ou 25 000 ans, le Néolithique a connu la domestication du porc, des ovins et caprins, puis de bêtes de trait ou/et bât, bœuf, âne, onagre, chameau. Celle du cheval, si longtemps gibier, parait avoir commencé en Asie Centrale vers le milieu du 4ème millénaire, mais encore comme animal de boucherie. Il ne servira de monture que vers la fin du 3ème, toujours en Asie Centrale ( où, chez le nomade, il devient l'animal noble par excellence). En Chine et en Europe cet emploi comme monture peut remonter aux débuts du 2ème millénaire ( gravures rupestres en Allemagne du nord et Scandinavie ), mais en Chine pour la guerre il tire le char léger jusque 3 ou 4 siècles avant notre ère, alors qu'en Europe et au Proche Orient les "charreries" ont presque entièrement disparu. Rappelons que si le cheval et le chameau avaient bien existé aux Amériques, ils avaient été radicalement anéantis par l'homme dans sa progression vers le sud depuis le détroit de Behring. La survie du bison, du caribou et autres gros gibiers a reçu multiples explications, malheureusement non concordantes. Le fait reste que, tout autant que l'être humain actuel, l'homme du Paléolithique bouleversait déjà équilibre écologique. ( Et c'est aux débuts de notre Néolithique que le "français" de l'époque a fait disparaître pour toujours ( les hautes futaies qui s'étendaient depuis le Massif Central jusqu'à la Méditerranée).
2.LES FONCTIONS MILITAIRES AU NEOLITHIQUE.
( Le lecteur devra tenir compte du fait que, à part la fonction agression la plupart des considérations qui suivent ne constituent que des hypothèses, vraisemblables, mais qui ne peuvent recevoir de confirmation).
21. PROTECTION.
A. Protection individuelle. Les trop rares représentations de combat au Néolithique - Espagne, Sahara, etc - n'évoquent en rien l'existence d'une protection individuelle, même réduite à un bouclier primitif. Pourtant cette pièce de l'équipement devait avoir été inventée à la fin de cette période puisque, sous une forme déjà élaborée, elle apparaît sur les premiers bas-reliefs de la haute antiquité ( avec d'ailleurs d'autres éléments de protection : jambières et corselets, de cuir peut-on penser). Il est donc possible ( vraisemblable ? ) que la protection individuelle élémentaire se soit imposée dès la réalisation des premiers sabres-épées, de cuivre, du Chalcolithique.
B. Protection collective. La protection collective, c'est à dire la fortification, se fait jour dès les débuts du Néolithique, donc à des dates très différentes selon les régions. Mis à part le cas unique de Catal-Hoyük, les principes de la fortification sont à peu près identiques partout dans le monde, bien qu'il soit peu probable que cette invention se soit diffusée par tache d'huile en raison de la diversité des matériaux pouvant être mis en œuvre. En effet, l'idée d'utiliser une hauteur, naturelle autant que possible; de creuser ou plusieurs fossés concentriques; d'employer la terre extraite à augmenter la hauteur de l'escarpe et, enfin, de couronner cette escarpe par un rempart couvrant le défenseur jusqu'à la poitrine, procède de la logique la plus élémentaire. Dans le détail, pourtant, si la "coupe" fossé-escarpe est partout à peu près analogue - de la première muraille de Jéricho jusqu'au "camp anglais" du Herefordshire - le parapet est constitué avec les moyens disponibles sur place : roches à Jéricho, palissade de bois en terrain mou, briques crues ailleurs. Mais, très vite la fortification élémentaire se révélera insuffisante : partout où le matériau disponible le permet et la population assez nombreuse, la palissade de faible hauteur est remplacée par un rempart de roches qui préfigure les réalisations mycéniennes. (d) C'est ainsi que dès le 8ème millénaire la première Jéricho13 reçoit un rempart d'une hauteur de 10 m, coupé de tours qui ont actuellement la même hauteur mais devaient être plus élevées à l'origine, en raison de leur diamètre : 8 à 10 m. La fortification était précédée d'un fossé d'une profondeur de l'ordre de 3 m. Il est évident que les habitants de Jéricho ne se sont pas lancés dans des travaux d'une telle ampleur sans raison vitale. Le cas de Catal-Hoyük mérite sans doute quelques développements : dans leur vallée, ces Anatoliens ne disposaient pas de roches. Ils auraient pu utiliser la brique crue, mais - expérience malheureuse ? - ils n'eurent pas confiance dans ce matériau pour constituer un rempart solide. On décida alors que la cité entière - ordre de 15 000 personnes à son apogée - constituerait la forteresse. A cet effet, la ville fut composée de maisons accolées, sans aucune rue; donc sans portes ni fenêtres : seule entrée/source de lumière, une trappe dans le toit terrasse. Mais ces terrasses étaient à des niveaux différents : pour circuler dans la ville il fallait sans cesse emprunter des échelles, et de plus grandes échelles pour y pénétrer. Pas de fortification, donc, au sens habituel du terme, mais un alignement de murs aveugles vers l'extérieur, et aussi, en ville vers de minuscules courettes, presque des puits, dont l'utilité nous échappe. En cas d'attaque, il est évident que toutes les échelles d'accès extérieur eussent été retirées; et celles de circulation intérieure selon la situation tactique. La prise de cette "très grande ville" - pour le 7ème millénaire - aurait exigé des effectifs importants lancés dans une lente et difficile conquête, maison par maison. Le "système" Catal-Hoyük fut sans doute dissuasif, puisque dans la partie déjà dégagée de la ville les archéologues n'ont pas relevé de traces de combats, incendies ou massacres. Pourtant cette très grande ville - pour l'époque - fut abandonnée sous la pression d'un ennemi qui ne pouvait être contenu : la désertification progressive de la zone. Pour conclure ce paragraphe sur la défense collective, rappelons dès ce premier chapitre les caractéristiques des ouvrages défensifs, au moins jusqu'au canon ( puis au moteur allié à la chenille et au bombardier) : - Ils permettent à un nombre restreint de combattant de résister à une force ennemie beaucoup plus importante. Ceci donne le temps de réunir des troupes de secours dans l'arrière pays - s'il en existe un - ou d'attendre l'arrivée d'alliés; ou encore, de faire renoncer l'ennemi à son entreprise en le décourageant. - Ils permettent aussi à des individus peu entraînés de contribuer efficacement à la lutte contre un adversaire mieux exercé. Par exemple, du haut d'une muraille élevée des femmes et des enfants peuvent avoir une action non négligeable en jetant des objets pesants sur l'ennemi donnant l'assaut. ( Beaucoup plus tard ( en - 272 ), Pyrrus aurait été tué au siège d'Argos par une lourde tuile lancée adroitement par une vieille femme..). Naturellement, des réserves de vivres et de projectiles, et un moral solide, sont les compléments indispensables d'une bonne fortification.
22. MOBILITE.
A. Mobilité terrestre. Depuis l'époque de l'Australopithèque et jusque vers la deuxième moitié du Néolithique - encore une fois, date variable selon les zones - les hominiens n'ont pu compter que sur leurs jambes pour se déplacer, leurs bras ou leurs épaules pour porter des charges.14 Nous avons déjà évoqué la domestication des animaux de trait, de bât et de monte. On peut noter que, déjà, les plus anciennes représentations trouvées au Moyen Orient montrent des bœufs attelés à des chariots à quatre roues. Cette invention de la roue pose quelques problèmes : l'opinion générale est que sous cette première forme, primitive et lourde ( planches reliées par des traverses chevillées)15 elle dérive de celle du potier : un inconnu génial aurait eu l'idée de placer le disque verticalement, et de le grouper par essieux de deux.16 La roue, unique, de brouette, figure sur les plus anciennes représentations chinoises de matériels agricoles. Mais l'Amérique précolombienne a ignoré la roue... Certes, le lama ou la vigogne sont trop faibles pour servir de bêtes de trait, mais la non-existence de la brouette montre que les hommes qui ont franchi le détroit de Behring, bien avant le Néolithique il est vrai, ne connaissaient pas la roue. Fait presque incroyable, il existait encore dans l'Europe des débuts du XXème siècle des populations qui n'avaient encore jamais vu une roue : c'est ce que découvrirent des unités françaises opérant en 1917/18 dans des zones très montagneuses, proches du lac Okrida, vers la frontière entre Grèce et Monténégro. Pourtant, les sentiers de cette région avaient donné passage aux voiturettes porte munitions, tirées par mulets, de ces unités. Revenant à ce qui semble bien avoir été la première forme de la traction animale, celle utilisant les bovins, on notera que pendant très longtemps le joug n'a été qu'une sorte de morceau de poutre, fixé à demeure sur le timon du chariot ou de l'araire, attaché par des lanières aux cornes de l'animal. L'effort de traction était donc uniquement supporté par ces cornes, donc très limité; la lanière passant sous le cou ne servait qu'à mieux maintenir la position de ce joug. ( Attelage que l'on trouve encore dans certaines régions "agriculturement" peu évoluées). On ne sait pas et quand - au Moyen Age, mais entre VIème et VIIIème siècle - fut inventé le joug moderne, taillé sur mesure qui, emboîtant le front du bœuf l'utilise comme surface de poussée, les cornes ne servant plus que pour le maintien en place.17 Au plan militaire, le bovidé, trop lent, ne présente guère d'intérêt pour la bataille. En revanche le chariot peut constituer le moyen de transport logistique des assaillants d'une cité ( vivres, échelles, réserves de projectiles ). En cas de succès, il permet de ramener les blessés et un volume/poids de butin beaucoup plus important que ce qui aurait pu être transporté à dos d'homme. Nous avons vu plus haut que l'emploi du cheval ne semble pas avoir commencé avant la fin du Néolithique. En revanche il est plus que probable que l'âne, domestiqué sans doute avant le bœuf, servait comme animal de bât, voire de monture puisque, malgré la tenace légende, il est beaucoup plus docile que le cheval et facile à dresser. ( Nous ne savons pas, malheureusement, quand le mulet est "entré en scène" : les bas-reliefs les plus anciens ne permettent guère de distinguer entre âne et mulet. Pourtant, plus robuste que l'âne, plus frugal, docile et intelligent que le cheval, on peut supposer que son utilisation a été précoce). En tout état de cause, la vitesse du combattant de l'ère néolithique doit avoir été celle limitée par ses propres capacités : - 4 à 5 km/h entre pauses, pour les étapes sur longues distances; ( et seulement 3 à 1/2 s'il doit mener un attelage de bovins - 8 à 10 km/h sur des distances de quelques dizaines de km, en adoptant un rythme trottinant coupé de marches de récupération; mais cette capacité n'est accessible qu'à des hommes robustes et entraînés - 20 à 25 km/h sur quelques centaines de mètres; ( c'est à dire le 100 m "plat" en 14,5 à 18 secondes, mais la nature n'est pas une piste de stade et le combattant porte un armement).
B. Mobilité nautique.
( Nous ne reviendrons pas sur le problème mystérieux de l'Australasie). Il n'existe aucun reste d'embarcations du Néolithique aux Proche et Moyen Orient, peut être en raison de l'absence de tourbières; peut être aussi parce que les premières barques y furent constituées du matériau le plus facilement disponible, faisceaux de joncs, de roseaux, voire de papyrus en Egypte : ce moyen fluvial de navigation se voit encore actuellement sur le Tigre, l'Euphrate, le Nil, comme sur le lac Titicaca, à des milliers de km,18 mais il s'agit précisément d'un matériau de très mauvaise conservation. Il serait surprenant qu'au moment ou une Europe prénéolithique connaissait déjà la pirogue monoxyle (e), des zones culturellement beaucoup plus avancées aient tout ignoré de la navigation, au moins fluviale. En Méditerranée orientale, plus particulièrement dans la Mer Egée aux multiples îles et îlots, le 4ème millénaire voit apparaître des canots longs, étroits, à armature de bois et bordé constitué de peaux cousues. Ils permettront la colonisation des îles et, déjà, les échanges commerciaux entre les rivages Ouest et Est de cette mer, puis, de proche en proche, avec l'Egypte qui connaît les marins-commercants de la Crète - les "Keffious" - dès avant l'an - 3000. Mais, au plan guerrier, la navigation fluviale est probablement plus intéressante pour cette époque que celle en mer, encore qu'il faille, encore, se livrer aux suppositions : les plus vraisemblables. Que peut apporter l'embarcation fluviale à la guerre ? - elle a pu faciliter certaines entreprises qui, sans elle auraient imposé de très longues marches ( en portant des vivres ) pour remonter un fleuve jusqu'à trouver un gué; - même très primitive, avec seulement un ou deux hommes aux pagaies, elle a pu servir au "transport logistique lourd" à l'aller si la rivière se dirige vers la ville à attaquer, et à celui du butin "inerte"19 au retour. On peut penser que des combats sur l'eau ont été tout à fait exceptionnels, les canots n'y servant que de moyen de déplacement. S'il y en eut, ils devaient se faire aux armes de jet jusqu'à l'abordage, puis au corps à corps. L'éperon, arme navale par excellence de l'antiquité, ne sera inventé qu'au premier millénaire; d'ailleurs il ne peut être mis en place que sur des navires robustes, à forte membrure et à bordé de planches, assez grands pour recevoir de nombreux rameurs.
23. SOUTIEN.
La "fonction soutien" comporte trois volets - la Logistique : vivres, munitions, sous-ensembles et pièces détachées ainsi que carburant de nos jours; - le Soutien des matériels : entretien, dépannage, réparation; - le Soutien santé : soins aux blessés et malades, prévention des épidémies. ( Naturellement les soutiens matériel et santé sont dépendants de la logistique).
Il est plus que probable qu'au Néolithique, mis à part l'emport de vivres et d'une réserve de projectiles, d'échelles d'escalade peut-être s'il faut prévoir de forcer un rempart, l'ensemble logistique-soutien des matériels devait être bien faible. Le Soutien santé, devait être à peu près nul pour les assaillants; plus exactement, réduit à la bonne volonté des camarades s'ils en avaient le loisir. , Les citadins, défenseurs, pouvaient être soignés par des femmes (f) conseillées par les "spécialistes" de la ville : prètres-sorciers. La découverte, dans les ruines de bourgades néolithiques, de squelettes d'individus ayant été, de toute évidence, blessés au combat - par exemple, fragment de pointe de flèche resté dans un os - mais ayant survécu à la blessure - cicatrisation osseuse - montre que ces soins n'ont pas toujours été inutiles. Toutefois la mortalité par infection de la blessure devait être considérable. Elle le restera jusqu'à la deuxième moitié du XIXème siècle.
24. COMMANDEMENT. Encore ici, c'est un point sur lequel nous ne pouvons que formuler des suppositions, ( appuyées sur des analogies, telles les "guerres indiennes" aux Etats-Unis, et les guerres maories en Nouvelle Zélande). Le chef unique devait être de règle pour la bataille n'engageant qu'un seul clan : à la fois chef militaire et politique parfois religieux peut-être. En cas d'alliance entre plusieurs groupes, on peut penser à un chef élu par ses pairs. Toutefois, de l'Illiade aux deux conflits mondiaux, on constate que l'unité de commandement est difficile à réaliser pleinement, sauf si l'un des groupes possède déjà une suprématie incontestée sur les autres dès la période normale. , Si l'on se fie à une constante ancienne et universelle, l'attaque d'une cité devait être préparée par un "conseil de guerre" regroupant le chef et ses principaux lieutenants, mais aussi des sages c'est à dire des anciens ayant dépassé l'âge de se battre, mais pouvant apporter une précieuse expérience : stratagèmes divers, ruses, moyens de tromper l'ouïe et l'odorat des chiens, etc; en particulier si ces anciens avaient eu à se mesurer au même adversaire dans leur jeunesse. Symétriquement, il est vraisemblable que des conseils de défense devaient se tenir dans les cités : pour étudier les améliorations à apporter aux fortifications, le stockage d'armes, de munitions et de vivres - dont l'eau - organiser l'"armée permanente" (g), la diffusion de l'alerte, la meilleure répartition des défenseurs ( sur les remparts et réserve mobile), etc.
25. LIAISONS. Ce problème ne devait pas poser de graves difficultés, puisqu'il ne s'agissait encore que de rencontres ponctuelles, n'opposant que des effectifs très limités. Toutefois, pendant le combat, il est évident que le chef de chaque parti devait pouvoir faire diffuser des ordres aux groupes de guerriers trop éloignés pour être directement touchés à la voix ( d'ailleurs couverte par le tumulte de la bataille ) et recevoir des renseignements sur ce qui se passait hors de sa vue, pour prendre ce que le langage militaire appelle des "décisions de conduite". L'emploi de signaux visuels pouvait - s'il y en eut alors - servir à donner des ordres généraux, convenus à l'avance. Mais dès qu'il s'agit d'ordres ou de renseignements tant soit peu complexes, le seul moyen de liaison possible devait être le coureur ou "agent de liaison" ), combattant à tâche obscure, sans gloire, mais essentielle, que l'on retrouvera tout au long de l'histoire - parfois à cheval - jusque dans la guerre de tranchées malgré le téléphone; et encore dans bien des circonstances au cours du second conflit mondial, même dans les armées ayant banalisé l'émetteur-récepteur radio de faible volume et poids. Paradoxalement, alors que ce poste de coureur-agent de liaison a presque toujours été un des plus dangereux, les volontaires n'ont jamais manqué pour en prendre les risques.
3. FONCTION AGRESSION.20
Pour ce premier chapitre nous nous bornerons à énumérer les armes dont disposait le guerrier du Néolithique : héritage direct de ce dont disposaient ses prédécesseurs pour la chasse au gros gibier ou se défendre contre les carnassiers assez puissants pour oser attaquer l'homme. Il y a lieu de noter que cette fonction est la seule sur laquelle nous ayons bon nombre de certitudes : parce que nous avons découvert des armes ou des fragments assez caractéristiques pour reconstituer l'arme, et aussi parce que des représentations de combats ont été retrouvées : gravures rupestres. ( Par la suite, dans tous les autres chapitres, nous serons de plus en plus amenés à n'évoquer que les réalisations les plus significatives, ou à regrouper sous un seul vocable des armes très voisines les unes des autres. Par exemple, vers le XVIème siècle de notre ère, c'est par centaines que le spécialiste peut distinguer les armes "blanches". Dans le cadre de cette étude il est hors de question de les énumérer toutes. Nous nous contenterons donc de parler des grandes familles, telles qu'armes de taille, d'estoc, de poignards; d'armes à feu à main et d'épaule quand elles se présenteront, etc).
A. Armement de main
- L'épieu. C'est la plus ancienne arme retrouvée dans son emploi, de chasse alors. Il s'agit d'un épieu fiché dans le squelette d'un mammouth tué vers - 30 000 et dont le bois s'est conservé par minéralisation. Cette arme d'"hast" évoluera sous diverses formes telles que lance, pique...jusqu'à son dernier avatar, la baïonnette, encore en usage sur la plupart des fusils d'assaut.
- La massue. On trouve la représentation de massues composites très semblables aux traditionnelles "knoberries" zouloues, sur des gravures rupestres bien antérieures au Néolithique local. (Par exemple, au Sahara avant sa désertification). A l'échelle des chasseurs représentés il s'agit d'un manche de bois, de 1 m de long environ, auquel est fixé une pierre sphérique d'une dizaine de cm : très exactement la knoberry. Il est évident que ces massues, déjà élaborées, ont été précédées par des engins plus simples : des gourdins taillés dans une branche. D'ailleurs le chimpanzé sait fort bien menacer un prédateur de jeunes ( la panthère le plus souvent ) en brandissant une branche de diamètre respectable, ce que lui permet une musculature stupéfiante pour le poids de ce primate ( Mais il faut se méfier d'une trop facile comparaison : ce n'est pas là un outil au sens humain; le danger passé, l'animal abandonne son gourdin : il ne peut pas concevoir qu'il puisse y avoir avantage à choisir, conserver et transporter l'arme qui lui a été utile). La massue existe encore, sous la forme usuelle des matraques des forces de maintien de l'ordre.
- Le poignard. Celui d'os a été retrouvé depuis le niveau de l'Aurignacien ( - 30 à -25 000 ), mais il est probable qu'il existait déjà depuis longtemps : les restes antérieurs ont été éliminés par le temps. Ce poignard d'os manque de poids - ce serait plutôt un ancêtre du stylet - et aussi de solidité pour donner les coups les plus meurtriers. Au Néolithique les techniques de taille, très élaborées, ont permis la réalisation de poignards de silex et d'obsidienne, très élégants avec formes de lame, de poignée et de pommeau. On peut toutefois se demander s'il ne s'agissait pas là d'armes de parade plus que de combat, car la minceur de la lame de pierre aurait mal résisté à un emploi réel. Les premiers poignards de bronze copieront souvent ces armes de pierre. Il est inutile de s'étendre sur la survivance du poignard jusqu'à nos jours.
- La hache. Le "coup de poing" remonte au Pléistocène moyen (H.Erectus et plusieurs centaines de milliers d'années). Mais les spécialistes, dans l'ensemble, ne croient plus que, tenu à la main, il ait été utilisé pour donner le coup mortel à un animal piégé dans une fosse : l'épieu était plus pratique, surtout s'il s'agissait d'une bête aux réactions dangereuses, car il aurait fallu descendre dans la fosse pour frapper avec le coup de poing. Plus probablement ( confirmation par le microscope ) c'était l'outil servant à écorcher l'animal de sa précieuse peau - vêtements, "toiles" de tentes, lanières ; sandales primitives ? - et à le débiter en quartiers : un couteau en somme. Mais l'homme moderne a su fixer le hachereau, taillé en forme de lourd coup de poing, au bout d'un manche pour augmenter la vitesse de frappe, donc l'énergie cinétique du coup, et il s'agit alors d'une arme. La hache de combat, avec ses dérivés - marteau d'armes, etc - subsistera, mais sous forme métallique, y compris souvent le manche, jusqu'au XVIème siècle de notre ère.
B. Armes de jet. - Le javelot. C'est un épieu léger, lancé. La projection à la main donne une portée utile et vulnérante de l'ordre de 30 m. ( Peut-être un peu plus pour le robuste Néandertalien). Le premier perfectionnement ( vers - 30 000 ? ) a consisté à le munir d'une pointe dure et perforante ou tranchante : silex, obsidienne ou os appointé : la sagaie. Puis, vers - 25 000 l'homme fait une découverte surprenante : celle du propulseur qui, par allongement du bras de levier, accroît sensiblement la vitesse initiale, donc la portée, proportionnelle à Vo2, ou/et la puissance de pénétration. ( Par exemple, à vitesse égale de détente du bras, si le propulseur augmente la longueur du bras de levier de 1/2, Vo augmente d'autant, et un calcul simple montre - en négligeant le frottement de l'air - que la portée passe de P à 2,25 P). Le javelot subsistera comme arme pendant des millénaires. Le propulseur rigide sera remplacé par une lanière qui, en outre, permet de donner au projectile une rotation contribuant à maintenir son axe tangent à la trajectoire, donc conserver la pointe en avant et être freiné au minimum par l'air. ( Ce sera, sous cette forme, l'"amentum" des troupes légères auxiliaires romaines, par exemple).
- La fronde. Elle devrait être une invention du Néolithique, c'est à dire une arme destinée à la guerre ( avant de tenter d'être utilisée pour la chasse ), pour le tir sur zone car elle est beaucoup trop imprécise pour le "tir au but" lointain. ( Nous aurons à revenir sur ce point, et sur les exploits attribués à certains frondeurs). Par ailleurs, à défaut de l'arme, très périssable, aucun "stock" de projectiles antérieur à la première Jéricho n'a été découvert. La plus ancienne fronde connue a été découverte en Egypte ( datée de - 2000 ). Les matériaux dont se compose l'arme, fibre et/ou cuir, se conservent mal, même en zone de climat sec; à plus forte raison sous des climats plus humides. La fronde et son dérivé - "fustibale" - s'est maintenue jusqu'au Moyen Age, car très efficace en tir sur zone, mais seulement aux mains de spécialistes très entraînés, faute de quoi elle eut été plus dangereuse pour leurs voisins que pour l'ennemi. En dériveront aussi les lanceurs lourds moyenâgeux : trébuchet et mangonneau.
- L'arc. De nos jours le tir à l'arc est une discipline sportive, pratiquée avec des engins dont l'extraordinaire complexité21 n'a qu'un but: faciliter le tir précis de flèches légères malgré un entraînement relativement limité. L'invention de cette arme - la première machine conçue par l'homme - a constitué une percée intellectuelle exceptionnelle : un anthropologue enthousiaste n'a pas hésité à écrire que l'inventeur se situait sur le même plan qu'Archimède, Newton ou Einstein. Pour la première fois, en effet, l'homme a conçu un dispositif mécanique indirect, capable d'emmagasiner de l'énergie, puis de la restituer brutalement à un projectile, lui donnant ainsi une vitesse, donc une portée, très supérieurs à tout ce qui peut être obtenu directement par la détente musculaire. On a pu dire que, toutes proportions gardées, l'arc et la flèche ont été l'équivalent préhistorique du missile à tête nucléaire. Exagération mise à part, il est certain que jusqu'à présent l'arc a supprimé beaucoup plus de vies humaines que l'arme atomique, et en des temps où la Terre était, elle, beaucoup moins peuplée. Nous sommes certains que l'arc remonte au moins au Solutréen espagnol ( -20/15 000, pointes à crans ), au Capsien et à l'Atérien, d'Afrique du Nord, etc, ( et peut-être au Gravettien -20/ 25 000 ans ) pour avoir retrouvé ce qui ne peut être que des têtes de flèches, de silex - perforantes, mais aussi, et souvent, tranchantes - dans les sites de ces faciès culturels. Mais il est permis de penser que bien avant avoir pensé à fixer des pointes, l'homme a commencé par lancer des flèches de bois dur, empennées. En effet, et puisque les amérindiens et les Mélanésiens ont connu l'arc, de deux choses l'une : - ou bien l'invention s'est produite puis diffusée nettement avant - 30/35 000 - ou bien le hasard a voulu qu'à quelques milliers d'années près, cette invention se soit produite presque simultanément dans le Vieux Continent, aux Amériques, et dans les îles de la plate-forme de Sahul, alors que l'homme moderne existait depuis des dizaines de milliers d'années, sauf en Europe. Coïncidence peu vraisemblable. De nombreuses figurations de chasse à l'arc, bien antérieures au Néolithique local, ont été retrouvées. En revanche celles d'emploi au combat - Sahara, grotte de Catillon, etc - plus rares, ne se trouvent pas avant le 8ème millénaire. Le plus ancien exemplaire d'arc actuellement connu a été daté de - 6000 ( tourbière de Hamelgaard, au Danemark). Taillé dans un bois d'if, c'est un engin "à courbure "simple" - nous aurons à revenir sur cette question - très analogue à ce que sera le "long bow" britannique sept millénaires plus tard, mais moins puissant. Son état de conservation a permis d'en fabriquer une réplique qui, aux essais, ( mais avec des flèches optimales dont nous ignorons si elles correspondent à celles de l'original, et avec une corde moderne ) a donné une portée maximale de 225 m, et un tir de précision à 75 m. - Autre point non déterminé : le moment où fut inventé l'empennage de flèche, stabilisant le trait sur sa trajectoire. On peut penser que cette amélioration fut immédiate, ou presque, car envoyer un très léger bâton pirouettant dans l'espace ne présente guère d'intérêt. Malgré la création de "plumes" en matière plastique, plus résistantes à la pluie, aux chocs et manipulations, la plupart des champions actuels restent fidèles aux plumes d'oie ou de dinde ( imperméabilisées). Relevons encore le fait que les archéologues ont retrouvé, dans des sites du 8ème millénaire et postérieurs, des "calibreurs" de pierres dure, et des "rectifieurs" d'os absolument semblables à ceux qu'utilisaient des amérindiens il n'y a guère plus d'un siècle.22 L'homme avait compris, expérimentalement, que la précision du tir exige l'emploi de traits de a/ longueur, b/ diamètre, c/ poids, et d/ flexibilité constantes. Le dernier point a été redécouvert il y a seulement quelques dizaines d'années. La "fenêtre" du corps de l'arc moderne élimine ce problème.23 L'arc subsistera, comme arme de guerre, respectivement en Europe occidentale et en Russie jusqu'aux débuts du XVIIème et du XIXème siècles. ( Archers écossais du raid anglais sur l'île de Ré en 1630 et, même, archers baschkirs de l'armée du Tsar agissant contre Napoléon, 1807 et 1812-1814).
Remarque: Les pointes de flèches ( et javelines ) de la fin du paléolithique supérieur sont parmi les premiers exemples d'emploi de microlithes, ( et pour cause : une pointe lourde n'aurait donné qu'une portée dérisoire). Il semble légitime de se demander si ce n'est pas par le biais de ces armes, alors de chasse essentiellement, que l'homme a réalisé - qu'au lieu de gaspiller la majeure partie du précieux silex pour servir de manche au tranchant, au grattoir ou au burin, il était préférable de monter des petits éclats, les microlithes, sur des supports-manches de bois dur, d'os, de bois de rennes, etc, par collage en rainures, pincement ou/et ligature - autre avantage, que désormais l'outil était réutilisable "indéfiniment" en se contentant de remplacer les microlithes émoussés, ou brisés, par d'autres - enfin, que remplacer la surface, de pierre, de prise de l'outil par celle d'une matière mieux adaptable au travail attendu constituait un progrès décisif. Il est certain que, sans les microlithes, il eut été bien difficile - pour ne citer qu'un exemple du Néolithique - de faire la moisson sans la faucille courbe de bois, à multiples petits tranchants, ou le couteau à moisson rectiligne. Mais nous retombons ici sur la perpétuelle querelle de l'apport, ou du non-apport, de l'armement au domaine civil. 4. CONCLUSIONS PARTIELLES. Le Néolithique est une époque déjà trop perdue dans la nuit des temps pour que nous ne soyons pas réduits, trop souvent, à formuler des suppositions : celles qui semblent les plus vraisemblables, mais n'en demeurent pas moins des hypothèses. Résumer l'essentiel de la révolution néolithique revient à souligner le remplacement de l'"économie d'aubaines" qu'avaient connu les hominiens depuis plusieurs millions d'année par l'apparition de deux nouveaux modes de vie, d'ailleurs presque radicalement différents l'un de l'autre : - celui du cultivateur sédentaire, pour lequel l'animal, selon son espèce, constitue un "moteur" pour faciliter les travaux agricoles ou un appoint pour l'alimentation. Mais appoint seulement : l'examen au microscope de la dentition de ces premiers agriculteurs montre, rappelons-le, que leur nourriture était à base végétale : céréales, fèves, lentilles, etc. C'est dans cette population, et à cause de cette nourriture, que vont se multiplier les caries dentaires jusqu'alors rarissimes; - celui du pasteur nomade, que ses pérégrinations constantes conduisent à conserver une activité de chasse importante, action qui le prépare mieux au combat puisqu'il emploie souvent ses armes. Cette supériorité technique militaire va engendrer un mode "de vie "noble" : la pratique du rezzou qui procure à bon compte les biens et les esclaves. Ce pasteur-guerrier, méprisant le citadin-agriculteur, existera presque jusqu'à la période contemporaine. ( Dans notre ère : Huns, Mongols, etc, jusqu'aux Touaregs enfin).
Quelques constantes sont déjà apparues; par exemple :
- la préparation ( armes, plan de campagne ) du conflit; le recours aux ouvrages de défense; dans les cités, la division du travail entre spécialistes : on a retrouvé dans la première Jéricho les échoppes de divers corps d'artisans. On peut supposer que, dès alors, l'abondance des ressources nutritives permettait à la cité d'entretenir un certain nombre de guetteurs-défenseurs permanents : les premiers "soldats de métier". ( Chez le nomade, l'homme libre est nécessairement un guerrier;) - la rareté, que nous avons cru devoir souligner, de l'abandon immédiat d'une arme ancienne au profit exclusif d'une autre faisant appel à de nouveaux principes. Notons encore le fait que, sans doute comme conséquence de la diversité nouvelle des activités humaines, et par sélection, c'est au Néolithique que se produit la différenciation des chiens entre races "spécialisées" : de garde du troupeau, de chasse, de combat ( guet, défense, attaque ). Paradoxalement, nous ne savons toujours pas quelle fut l'origine du premier animal domestiqué par l'homme : loup, chacal doré, etc ? Résultat de croisements entre sous-espèces interfécondes ? Six hypothèses principales s'affrontent dans les querelles opposant les spécialistes de l'espèce canine. NOTES-COMMENTAIRES DU CHAPITRE PREMIER. a/ Pour certains philosophes, l'instinct de curiosité et de recherche, qui nous a donné l'énergie nucléaire, l'informatique ou le laser, et conduits sur la Lune, serait un substitut à l'agressivité; de même, naturellement, que la plupart des sports où la chose est plus évidente. Reculer les bornes du savoir serait une sorte de "riposte-attaque" au défi lancé par notre ignorance. Peu avant sa mort, le polémologue Gaston Bouthoul notait, avec tristesse mais sans surprise, qu'ayant souvent eu à parler devant des auditoires se réclamant du pacifisme le plus intégral, il y avait toujours senti les réactions haineuses d'une idéologie combative. Il remarque ( Lettre ouverte aux pacifistes ) que " Les pacifistes se croient pacifiques, mais leur subconscient ne l'est pas ". ( Le langage courant actuel échange souvent, et abusivement, les termes pacifique et pacifiste, qui ont pourtant des significations très différentes). b/ Nous avons dit que s'il n'y eut pas de "guerres" avant le Néolithique, il est plus que probable que le meurtre a un très lointain passé. Mais le constater est exceptionnel, ce qui explique l'intérêt des paléontologues pour, par exemple, l'homme assassiné au Mésolithique retrouvé lors des fouilles de l'îlot de Teviec. ( L'examen de la position et de l'angle de la pointe de flèche encore fichée dans la colonne vertébrale a permis au Pr. Dastugne, de l'université de Caen, d'établir l'équivalent d'une autopsie). , Le constat de meurtres est, disons-nous, exceptionnel. En effet, il fut sans doute rare, et le nombre de squelettes - ou fragments - retrouvés est d'autant plus faible que plus ancien. ( Population infime, et disparition des restes avec le temps). La combinaison de ces deux faibles probabilités explique ce caractère exceptionnel.
c/ Cette considérable diminution de la surface vitale est, naturellement, est surtout vrai pour le cultivateur. Le pasteur nomade a un besoin impératif d'une vaste superficie d'errance pour son troupeau. Nous ne saurons jamais si, comme le paysan actuel des régions pauvres montagneuses, ce pasteur pratiquait le "brûlis" des zones à buissons, genêts, etc, pour obtenir une extension des zones de pâture l'année suivante. Par ailleurs le nomade "classique" ne fait pas de provisions de fourrage pour l'hiver - ou la saison très sèche - car il serait contraint à en venir à la sédentarité. L'approche de la mauvaise saison a donc du se traduire par la transhumance vers les régions où le troupeau pouvait subsister. Cette recherche du pâturage n'a pas manqué de provoquer des conflits pour s'assurer des meilleures zones. Le nomade ne se limitait donc pas à la guerre-pillage des cités d'agriculteurs. La bataille pour la possession des meilleures régions a été une des constantes de l'histoire. Par exemple, nous savons qu'avant établissement de la domination absolue de Gengis Khan, les tribus mongoles étaient en état de conflit presque permanent pour disposer des pâtures nécessaires à leurs "ourdous".
(d) Ce renforcement de la fortification pendant le Néolithique est surtout marqué pour la zone allant du bassin oriental de la Méditerranée jusqu'à la Mésopotamie. L'Europe occidentale en reste essentiellement au rempart de pieux en bois - ce qui rend souvent difficile la distinction, en l'état actuel, entre fortification légère de plaine et parc à bestiaux. On trouve pourtant des restes de réalisations sans univoque, combinant des remparts de faible élévation avec palissade, mais aussi tours de guet et de défense ( par exemple, Champ-Durand, en Vendée). Dans les zones au moins vallonnées, calcaires et volcaniques donnant des falaises, l'homme a utilisé les bouts de monde qui ne se raccordent au plateau principal que par une bande de terrain étroite, donc facile à défendre, le reste étant protégé par la configuration même du terrain. ces "bouts de monde" ont très souvent été des lieux privilégiés d'établissement et maintien de cités - par exemple, Saint-Flour, d'abord oppidum néolithique puis arverne, qui n'a jamais été prise d'assaut dans les temps historiques au moins - mais avec cet inconvénient que la ville, ou la partie de ville défendue par la nature, ne peut avoir qu'une surface limitée. Les habitants de la "ville basse" se réfugient dans la "ville haute" en cas de danger. Signalons encore, en fin de Néolithique local, les curieux "brochs" d'Ecosse : sortes de donjons creux, ou cylindres, à la muraille d'une telle épaisseur que les logements - sommaires - et salles de stockage de vivres pouvaient y être ménagés. L'établissement de ces brochs sur sol rocheux - nécessité pour supporter un poids considérable sans fondations - défiait d'éventuels travaux de sape d'approche, donc de minage.
e/ Au sujet de ces embarcations monoxyles, l'habileté technique d'hommes qui, munis seulement d'outils - haches, herminettes, racloirs - de pierre, parvenaient à creuser ces pirogues dans un gros tronc d'arbre, est stupéfiante. L'examen de celles dont les restes ont été découverts - Hollande -8000 ans; Noyen ( Seine et Marne ) - 6000 ans, etc - dans des tourbières a montré que ce creusement s'effectuait selon une méthode encore utilisée par les indiens et les "trappeurs" blancs aux Etats-Unis et au Canada dans la première moitié du ( XIXème siècle - mais avec un outillage d'acier qui ajoutait la plane, le ciseau et la gouge, la besaiguë et la doloire aux anciennes haches et herminettes de pierre. Très sommairement, après taille des formes extérieures, le travail consistait à allumer des foyers de très faibles dimensions sur le tronc; puis le bois superficiellement carbonisé est extrait à l'herminette, laissant un creux. A l'époque de l'outil de pierre l'opération devait être recommencée des centaines et centaines de fois avant d'obtenir des épaisseurs de fond de l'ordre de 5 cm, et de bordé de coque de l'ordre de 1 centimètre seulement.. f/ Nous disons bien : des femmes, et non, les femmes de la cité, car il semble bien constant, chez les peuples dits primitifs que les femmes si elles ne participent pas aux opération d'agression, contribuent énergiquement à la défense. Dans la période contemporaine par exemple, dans les tribus Hmongs des hauts plateaux indochinois ( avant leur extermination par armes chimiques à la fin des années 1970), face à l'ennemi viet-minh, puis Viêt-cong, l'attaque - embuscades essentiellement - était l'affaire des hommes. Mais pour la défense du village hmong assailli par les bo-doï, les femmes adultes se battaient avec le même acharnement que les hommes, voire avec férocité pour celles qui avaient des enfants. Ce concept de la jeune femme, de la jeune mère de famille surtout, mêlée à la fureur du combat, est radicalement à l'opposé de nos concepts qui, découlant d'une vieille tradition judéo-gréco-romaine, sont devenus la "norme" mondiale ou presque. C'est là pourtant un réflexe très commun dans les espèces animales supérieures : la mère défend ses jeunes avec une ténacité inflexible; et que nous le voulions ou non, l'évolution du mammifère à l'homme ne représente qu'une très faible partie de la durée de la vie sur Terre. ________ Notes: 6 K.Lorenz : L'Agression. Ch.3 : A quoi le mal est-il bon Densité qui semble avoir été celle de la majorité du territoire des Etats-Unis et du sud du Canada avant l'arrivée des blancs : environ 800 000 indiens aux U.S.A. ( En l890, 18O OOO environ; actuellement de 2 000 000 en comptant ceux, majoritaires, totalement intégrés au mode de vie moderne). Cf. estimations I.N.E.D. ( Populations et sociétés. N° 224 de mai 1988). Et nettement moins, sans doute, au Moustérien - H. Néanderthalensis - en raison des conditions climatiques. ( Ce qui explique la prédominance des sites dans des zones à température alors modérée : premiers contreforts S-W du Massif Central en France, surtout; proximité des rivages de la Mediterrannée en Espagne, France, Italie et Thrace). Estimation voisines des démographes C.Masset ( Histoire de la famille) et J.N. Biraben ( Histoire de â population française ) : de 10/12 000 avant le Néolithique local, la population de la surface actuelle de la France passe à 100 000 vers - 3700, puis à 1 000 000 vers - 2700; 4 000 000 au moins vers - 1800. Au sens "stranger" anglo-saxon ( celui qui ne fait pas partie de la communauté ), très distinct du "foreigner" : de nationalité étrangère. Bras de mer formant la célèbre ligne Wallace affinée depuis en ligne Huxley qui marque une discontinuité entre zones biologiques ( faune et flore ). Fouilles du tertre Tell el Sultan à quelques km de la Jericho actuelle. Malgré sa taille médiocre, l'H. sapiens néanderthalensis parait avoir eu une musculature très nettement plus puissante que celle de l'H. sapiens-sapiens, moderne. La "tranche" circulaire, perpendiculaire à l'axe d'un gros arbre, même mouillée en permanence pour ne pas se fendre, ne résisterait pas aux efforts. Le véhicule à 4 roues remonte à la plus haute antiquité. Mais le pivotement de l'essieu avant n'a été imaginé - où, par qui ? - qu'à la veille de la Renaissance. A chaque tournant des chemins cet essieu fixe ne pouvait que riper, avec donc fatigue et usure des roues. Mais ce joug moderne devient nécessairement amovible, pour passer de la charrue au char, au tombereau... ce n'est plus le joug de tel matériel, mais de telle paire de boeufs, taillé exactement selon leur conformation; au point que "Baïssou" va se placer, de lui-même, à droite et Fierrou à gauche. Si l'on change de boeufs, dans la mesure du possible ce joug est adapté par retaille ( creuser), ou mise en place de pièces de cuir ( combler ). Si l'adaptation est impossible, un nouveau joug doit être fait, et par un artisan hautement compétent puisqu'il doit sculpter en creux la forme de l'ensemble front-cornes des animaux. Une des "lois" de l'ethologie indique que : placé devant un même problème, et disposant de matériaux et outillages analogues, l'homme résoud ce problème par des solutions très voisines. C'est à dire céréales, objets divers. Les captifs et le bétail conquis se déplacent, encadrés, par propres moyens. Pour n'avoir plus à y revenir, redisons que le mot agression fonction spécifiquement militaire, désigne la caractéristique des engins exerçant une action vulnérante ou/et destructrice, même s'agissant de matériels ou dispositifs défensifs.( P.ex, une fosse dont le fond est garni de piques, dissimulée par des branches ou mottes d'herbe, est défensive, mais présente bien la fonction agression). "Corps" ( partie centrale) rigide, muni de branches amovibles en matériaux de fibres artificielles, et comportant une "fenètre" évitant la flexion initiale de la flèche. Deux compensateurs à amortisseurs, de liaison corps-branche et un de poignée; un "stabilisateur" de corps; viseur-hausse; clicker ( ou contrôleur d'allonge ); repose-flèche à bouton écarteur; "tranche-fil" de corde, etc...Et depuis peu, viseur laser à compensation de distance ! L'homme de Cros-Magnon ou l'archer du Moyen Age seraient sans doute abasourdis par la complexité du faible arc moderne. Point relevé notamment dans les correspondances des officiers blancs de liaison auprès de la division sudiste indienne pendant la Guerre de Secession. ( La 13 ème étoile du drapeau sudiste -le "Stars and Bars" - était celle de la "Nation Indienne" : les "Yankees" n'oublieront pas, de longtemps, l'alliance sudistes-indiens). Le corps de la flèche doit suivre le bord de la poignée; mais pendant la poussée, la corde dirige la queue de flèche vers l'axe de cette poignée. Il en résulte au départ une flexion du trait; flexion qui ne mortit que progressivement et qui dévie la trajectoire, mais de manière identique d'un tir à l'autre si les flèches sont standardisées y compris au plan de leur flexibilité.
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