Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains

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CHAPITRE III : L'ANTIQUITE GRECO-ORIENTALE.

( Du dernier quart du VI ème à la moitié du II ème siècles av.J-C.)

 

NAISSANCE DE L'HISTOIRE MILITAIRE.

 

Avec ce troisième chapitre nous entrons dans l'Histoire au sens qui nous intéresse plus particulièrement pour cette étude : l'enquête en principe scientifique, objective et détaillée sur les "faits et choses" militaires d'une certaine période.

On fait parfois remonter l'Histoire à Hécatée, de Milet - né vers -550 - et aux mythographes visant à insérer dans l'aventure humaine les actions prêtées aux dieux et héros. Toutefois, l'écrivain "Père de l'Histoire" est, sans contredit, Hérodote d'Halicarnasse - environ -483 à -424 - qui, le premier, refuse de se contenter des récits légendaires et, grand voyageur, se rend sur place en Asie, Europe, Afrique, pour s'informer : interroger des témoins ou leurs descendants, recouper les récits, en s'efforçant de dépasser un étroit ethnocentrisme . Il donne aux neuf livres qui composent son oeuvre le titre significatif d'ê æO ê , c'est dire : enquête. Mais, cherchant la vérité, il rencontre des contradictions insurmontables. Son souci d'objectivité le conduit alors à présenter les diverses versions entre lesquelles il n'a pu choisir, donc éliminer : Mon seul dessein est de consigner ce que j'ai pu entendre dire aux uns et aux autres.69 Relevons encore à son sujet que : - certains lui ont reproché, notamment pour les livres I à V - fondation de l'empire Perse par la dynastie Achéménide - de ne pas se dérouler selon un ordre chronologique rigoureux. Il nous semble injuste de demander à l'"inventeur" de l'Histoire de n' avoir pu atteindre, d'emblée, la rigueur scientifique moderne; - pour le VI ème siècle oriental, il rapporte surtout les résultats politiques des campagnes menées par les souverains perses. Soit par manque de données, soit scrupule à rapporter des renseignements trop évidemment douteux, Hérodote ( hélas ) ne fournit que trop peu d'informations sur les combats livrés au cours de ces campagnes.

Dans notre optique donc, l'Histoire ne devient histoire militaire qu'à partir des Guerres médiques : au V ème siècle avant notre ère. A l'œuvre d'Hérodote s'ajoute celles de Thucydide, de Xénophon, puis nous entrons dans la période "classique". Les écrits des historiens, "professionnels" ou "amateurs" ne constituent d'ailleurs pas nos seules sources. Par exemple, on peut relever le récit de la bataille de Salamine dans la tragédie d'Eschyle, "Les Perses". A t'il pris part à cette bataille, nous l'ignorons, mais il serait surprenant que l'ancien combattant de Marathon n'ait pas avidement recueilli les détails relatifs au désastre de la flotte perse.

Désormais - précisément, à partir de Marathon - nous pouvons reconstituer assez exactement les grandes rencontres : armement, répartition des forces, tactiques et manœuvres... Un point toutefois, doit être reçu avec une nette prudence : celui des effectifs. Il existe, en effet, une évidente tendance à surestimer ceux de l'ennemi, sans doute par chauvinisme inconscient et désir d'exalter le mérite des concitoyens.

Le scrupuleux Hérodote, lui-même, n'échappe pas à ce travers quand il donnes des effectifs de 1 700 000 hommes - non compris les marins - pour l'Armée de Xercès ( d'après un décompte ordonné par le roi et fait à Doriscus). De toute évidence ce torrent humain n'aurait pu être ravitaillé depuis l'Asie Mineure, même compte tenu des minces ressources fournies par le pillage local. Et où, dans la petite Grèce montagneuse, cette multitude aurait-elle trouvé un champ de bataille à sa mesure ? ! ( Mais, en ramenant les effectifs réels aussi bas que le 1/10 ème de ceux indiqués, c'était encore une formidable armée pour l'époque.)

Nous ne nous aventurerons guère sur ce terrain controversable : il nous suffira de prendre les nombres fournis par la critique moderne, d'où nous tirerons que pour telle bataille le rapport des forces était "de l'ordre" de N pour l'infanterie lourde, de P pour l'infanterie légère, et de Q pour la cavalerie. Avec plus de précision, que cette bataille s'est engagée dans telles formations pour les deux adversaires; sur tel type de terrain; qu'elle s'est effectuée par telle et telle manœuvre; et, surtout, en quoi l'emploi d'armes et équipements nouveaux a conduit à modifier les procédés tactiques, les formations des unités, les habitudes de l'engagements des forces...

x x

( Par la suite, et parce qu'il n'est pas question ici d'un cours historique de l'Histoire - qui nous dépasserait d'ailleurs - nous ne mentionnerons les noms des historiens que pour des cas particuliers, relatifs à un point important de l'étude.

1. L'ETAT DES SCIENCES ET DES TECHNIQUES.

 

Nous entrons dans la période souvent dite : "le miracle grec".

C'est en effet à juste titre que l'on peut être surpris, et émerveillé, par le fait u'en une période relativement si courte le mélange des sangs des habitants primitifs - aux deux sens du terme - avec celui des brutaux envahisseurs, venus du Nord, ait engendré une civilisation et une culture si brillantes et raffinées qu'elles imprègnent encore nos mentalités, et que sur bien des points nous ne les ayons guère dépassées., Pourtant, certes, les civilisations matérielles orientale et égyptienne dépassaient sans conteste ( et depuis longtemps ) celle des peuples grecs, Crète mise à part, comme le constateront plus tard - non sans étonnement - les soldats d'Alexandre. Mais, à partir du VII ème, et surtout du VI ème siècles, les Grecs vont montrer d'extraordinaires aptitudes pour, non seulement assimiler les connaissances des autres peuples, mais aussi, chose plus importante, le faire de façon féconde et faire éclater les limites de la pensée contemporaine : pour reprendre l'expression de Nietzsche, Ils ont su ramasser le javelot de la pensée là où d'autres l'avaient abandonné, et le lancer beaucoup plus loin.

Quelles est la cause - ou quelles sont les causes - du miracle ? Une multitude d'auteurs en a disputé avec passion. Pour notre part, nous avons un net penchant pour la théorie suivante ( encore qu'elle n'explique pas tout) : ! Jusqu'alors, pour les peuples dits civilisés et tout particulièrement en Orient, mot connaissance a un sens bien particulier, ésotérique et mystique. L'homme qui "sait" est l'initié aux mystères divins, aux étroites relations entre le surnaturel et le monde tangible : sorcier, devin, prêtres de religions toujours peu ou prou ésotériques. Non seulement les phénomènes naturels s'expliquent par des caprices divins, mais aussi le comportement des individus soumis au destin dicté par ces dieux. ( Illiade, XIX : " Ce n'est pas moi le coupable, mais Zeus, le Destin, la ténébreuse Erinys. Ce sont eux qui mirent dans mon esprit une folie farouche. Que pouvais-je y faire ? " Celui qui sait, l'initié, peut tenter grâce à certaines incantations, d'infléchir la colère ou la fantaisie des dieux; mais seulement tenter.(a)

Or les Grecs - qui réalisent vite que leurs dieux à la conduite dissolue, capricieuse, d'ailleurs soumis eux aussi au destin, sont trop humains pour être les objets d'une aveugle vénération - ont dès lors senti un impérieux besoin d'expliquer le monde de manière rationnelle. Aventure intellectuelle qui allait faire de ce petit peuple, partagé en cités hostiles, et trop souvent déchiré à l'intérieur même de la cité, le précurseur de la pensée moderne.70 Mais, dépourvus des moyens d'analyse ( les mathématiques au premier chef, mise à part la géométrie ) pour les philosophes grecs l'étude des phénomènes naturels devra se limiter souvent à l'analyse, aussi objective que possible, et une tentative verbale d'explication rationnelle. On peut noter que l'utilisation des découvertes à des applications pratiques sera considérée avec un détachement trop souvent voisin du mépris, avec reflet dans le statut social des hommes assimilables à nos ingénieurs.

Seules les nécessités pressantes de la guerre ont permis à quelques praticiens de sortir de l'anonymat. Exception illustre, pourtant, que celle d'Archimède, à la fois mathématicien en avance de vingt siècles sur son époque, et physicien, mais aussi ingénieur mécanicien génial. ( Mais il ne faut pas oublier qu'il jouissait aussi de l'amitié admirative de son souverain, Hiéron II tyran71 de Syracuse; par ailleurs la multiplication des machines de guerre, entre le VIème et la fin du IIIème siècles avait nettement amélioré le prestige des ingénieurs.)

Le dédain des applications pratiques de la science à la vie quotidienne ( hors les urgences décisives de la guerre ) semble s'expliquer par l'existence de la très nombreuse main d'œuvre servile, dont le travail suffisait amplement à la vie de la minorité "démocratique" des hommes ayant le statut de citoyens.

Sans l'expliquer, on peut noter que la quasi totalité des scientifiques grecs sont "issus des "colonies" extérieures : Ionie d'abord et Mer Égée; puis villes de la Sicile et du Sud de l'Italie : la Grande Grèce ; enfin, Grecs d'Égypte, ( surtout après la fondation d'Alexandrie). La glorieuse Athènes - où beaucoup ont séjourné - leur a fourni les fermes bases intellectuelles : catégories de la pensée rationnelle; logique; sens de la généralisation, mais elle n'a guère contribué au progrès scientifique.

11. LES SCIENCES.

Mathématiques.

Il ne saurait être question de reprendre ici une sorte d'histoire des mathématiques dans la Grèce classique, question que le lecteur peut trouver dans de très nombreux ouvrages. Nous citerons seulement quelques noms; les plus célèbres :

- Thalès de Millet, ainsi que les Ioniens Anaximandre, Anaximène, Héraclite;

- Pytagore, de Crotone, et ses disciples;

- Oenopides, de Chio et Hippocrate ( à ne pas confondre avec le médecin) né à Cos;

- Archytas, de Tarente;

- Parménide et Zénon - le fameux auteur des paradoxes - d'Elée;

- Euclide, à Alexandrie ( mais - exception - né à Athènes );

...........

- Archymède, enfin, de Syracuse, l'"Homère" des mathématiques.

L'étude, même résumée, des apports nouveaux dus à ces hommes ( et à bien d'autres que nous n'avons pas cités ) serait donc trop longue pour trouver place ici. Mais le fait capital est que "La Mathématique" passe, enfin, d'une collection de recettes à une discipline stricte, avec démonstrations rigoureuse des théorèmes par méthodes inductives ou déductives, à partir de vérités en nombre limité, non démontrables parce qu'évidentes, les axiomes, et des postulats.

Le tout forme un ensemble cohérent qui permet, par algorithmes, le passage du cas général à tous les cas particuliers de même type. Par exemple. le théorème de Pytagore s'applique à tous les triangles rectangles. , Toutefois, il est évident que le système de numération gréco-latin ( Cf. note b/ du a constitué un frein considérable pour le développement des mathématiques, en particulier, et des sciences en général. Ceci, tant par l'effroyable complexité des calculs les plus élémentaires ( les fameuses 4 opérations maîtrisées au niveau des titulaires du défunt Certificat d'Etudes ) que par la difficulté à manier des nombres importants, à comparer deux fractions72, etc. Ceci explique, sans doute, pourquoi les mathématiciens Grecs se sont plus spécialement illustrés dans la géométrie et dans les problèmes concernant les nombres entiers.73 Archimède, pourtant, créant un outillage intellectuel en avance de près de deux millénaires sur son époque, se montra le précurseur de Newton et Leibnitz.( Par l'ébauche, notamment, des calculs infinitésimal et du intégral.)

Ceci dit, il reste bien que les mathématiciens Grecs ont fait passer cette branche de l'activité intellectuelle du niveau de procédés utilitaires peu ou pas liés entre eux à celui d'une véritable science.

Physique.

La distinction entre sciences n'avait pas la rigueur, inévitable, que nous connaissons actuellement : la plupart des mathématiciens s'intéressaient aussi à tout ou partie des sciences de la nature; et notamment à la physique. Mais ceci, nous l'avons noté, sans intention d'applications pratiques en règle générale. Nous noterons la théorie des atomes, de Démocrite. Certes, elle peut faire sourire s spécialistes; pourtant elle comporte, de notre point de vue, un point capital: la subdivision d'un corps ne peut être indéfinie : la rupture d'une molécule donne des corps simples... plus simples et différents, ou des atomes; et celle d'un atome ne donne pas une plus petite parcelle de cet élément mais deux (ou plusieurs) atomes d'éléments autres, plus légers. Relevons le fait que, malgré leur très ancienne utilisation, il fallut attendre Archimède pour que soit établie la théorie exacte ( mécanique ) des trois types de leviers. ( Et n'oublions pas l'épisode, si célèbre par ses détails pittoresques, de sa découverte de la mesure de la densité des corps.)

Il faut bien reconnaître, pourtant, que faute notamment de l'existence d'instruments d'observation et de mesure précis, dans l'Antiquité classique le niveau des sciences physiques resta très inférieur à celui des mathématiques. Ici encore, on peut parler de "recettes" ( au reste fort utiles pour les ingénieurs ) plutôt que de théories générales.

Chimie.

Elle n'en est qu'aux balbutiements des "4 éléments".

Géographie/cartographie et Astronomie.

Nous traitons ces trois domaines dans un même paragraphe, car si les deux premiers sont évidemment très voisin, le troisième a fourni l'apport indispensable aux progrès de la "figure de la Terre".

Nous avons déjà dit que les marins de la Haute Antiquité, et spécialement les Phéniciens, avaient de bonnes connaissances de certains trajets. Mais, jaloux de ne pas perdre l'exclusivité de négoces fructueux, ils observaient un secret rigoureux sur leurs routes maritimes : les indications nécessaires pour les périples semblent avoir été exclusivement transmises, entre pilotes, par voie verbale. C'est à Milet, au VI ème siècle, qu'Anaximandre aurait tracé la première carte non secrète. Mais elle a disparu; nous ne savons donc pas quelle zone elle couvrait. Toutefois on peut penser que cette carte a été connue et utilisée par Aristagoras, lui aussi de Milet, quand vers -500 il dresse une carte gravée sur cuivre. Elle ( ou sa copie ) sera offerte à Sparte pour tenter - en vain - d'obtenir son appui contre les Perses. D'après Hérodote, on y voyait les contours de toute la terre, toute la mer, "et tous les fleuves". Traduisons : on y voyait sans doute les rivages de la Méditerranée orientale et de la Mer de Marmara ( le Pont Euxin ) et de manière de plus en plus vague avec l'éloignement, la Méditerranée occidentale, la Mer Noire et la Mer Rouge. Peut-être une ébauche du Golfe Persique ? Pendant trois siècles, environ, la géographie et la cartographie ne semblent pas avoir progressé. Mais "semblent" seulement, car des connaissances se sont accumulées cessairement pour permettre à Eratostène de Cyrène ( vers -275 à -193 ) le jeune directeur de la "Bibliothèque" d'Alexandrie   sous le règne de Ptolémée Evergète de rédiger le premier traité appelé "Géographie" et se rapprochant de ce que nous entendons par ce mot : cartes, description des régions connues, évaluation des populations, des productions principales...

C'est aussi Erathosthène, sachant par la forme de l'ombre lors des éclipses de la Lune que la Terre est ( à peu près ) sphérique, qui tente, le premier, une évaluation scientifique de la circonférence terrestre par un moyen d'une géniale simplicité. Le résultat de ses mesures lui donna, en termes S.I, 39690 km. Précision admirable ! En réalité l'application de la méthode, avec les moyens disponibles à l'époque, donnait lieu à quelques erreurs mais qui, en gros, se compensaient. On peut notamment admirer la précision de la visée du soleil : à 3 minutes d'angle près, seulement - diamètre d'une pièce de 1 F vue à 25 m - mais cette valeur est peut-être due à un coup de chance ? Quoiqu'il en soit, la valeur de la circonférence terrestre d'après Erathosthène ne sera améliorée qu'à la fin du XVIII ème siècle de notre ère. ( Pendant 2 siècles on adoptera la mesure proposée par Posidonios d'Apamée en -70, ordre de 36 000 km, avant de verser pour longtemps dans l'erreur de Ptolémée.)

Si les cartes terrestres étaient encore très limitées, et entachées de multiples erreurs, celles du ciel boréal étaient déjà remarquablement exactes - toujours eu égard aux instruments disponibles. On ne peut douter qu'elles aient été très utiles aux navigateurs, au moins pour connaître leur latitude.

Notons encore la cosmologie d'Aristarque de Samos ( v. -310 à -230 ), qui propose le soleil comme centre de notre système. Malheureusement c'est le géocentrisme, système de Claude Ptolémée, qui prévaudra à partir du II ème siècle de notre ère et jusqu'au milieu du XVI ème ( avec l'héliocentrisme du chanoine Copernic, mais qui ne sera vraiment accepté qu'à la fin du XVII ème.)

Mentionnons encore deux expéditions lointaines : - le célèbre voyage de Pithéas le Massaliote, qui vers -380 après avoir franchi le détroit de Gibraltar remonta très haut vers le Nord; peut-être jusqu'en Islande. Son traité de géographie mathématique, l'Océan rencontra une très large audience dans les milieux scientifiques grecs;j - les observations et relevés faits pendant les campagnes d'Alexandre vers l'Est jusqu'à l'Indus; au N-E jusqu'à l'actuel Uzbekistan. ( Il faudra attendre Bonaparte en Egypte pour qu'un conquérant se fasse, à nouveau suivre d'une sorte d'"Institut" scientifique.)

En résumé, peu après -200, et grâce à la synthèse d'Erathosthène surtout, les voyageurs disposent d'une représentation assez précise de la Méditerranée ( les distances et angles ) pour pouvoir s'y lancer dans des trajets de haute mer où toute terre est perdue de vue. ( Mais la navigation côtière, malgré la lenteur qu'imposent les détours, gardera encore très longtemps la préférence). Pour les zones maritimes voisines, et les zones continentales, les cartes ne sont alors que des ébauches peu fiables.

12. LES TECHNIQUES.

Métallurgie.

On peut considérer que celle du bronze avait largement atteint la maturité. En revanche celle du fer - des aciers, de la fonte - bien que remontant à plus d'un millénaire, était encore susceptible de grandes améliorations. ( N'oublions pas que, faute de pouvoir atteindre des températures suffisantes, le sidérurgiste en est encore à la loupe chauffée vers 1300°, dont les scories sont chassées par de multiples passes de martelage et réchauffe.)

Trois faits nouveaux interviennent pourtant, le dernier étant apparu en Grèce bien avant de se généraliser :

a/ des découvertes certainement fortuites ( erreurs involontaires par rapport à la routine ) améliorent peu à peu la qualité du métal, comme le montre l'analyse d'objets trouvés dans des sites datés. Les premières carburations superficielles ont sans doute été accidentelles, mais la cémentation volontaire devient indiscutable avec l'existence d'une graduation, en profondeur, des proportions de carbone optimales pour l'emploi de l'"outil" ( au sens large : une arme est un outil.)74

b/ la production croît rapidement, si bien que la diffusion d'objets faits d'un métal dont les minerais sont beaucoup plus répandus que ceux ( cuivre et étain ) du bronze, se banalise.( Toutefois, ce qui est vrai pour les armes et outils ne l'est pas, en règle générale, pour les équipements : longtemps encore l'armure et les cnémides, à faire sur mesure75 devront être de bronze, donc coûteuses. Le combattant peu fortuné se contentera d'équipements de protection de cuir, renforcé si possible - pour la cuirasse - par des écailles métalliques.)

Notons que la soudure du fer, attribuée à Glaucos de Chio, au VII ème siècle, ne devint réellement fiable qu'au cours du III ème siècle. Et si l'on peut fondre puis refaire par coulée un objet de bronze brisé, la réparation d'un instrument de fer sera tardive.

c/ enfin, apparaît une forme de production jusqu'alors inconnue : la manufacture, avec ébauche du travail à la chaîne., Naturellement, l'artisan subsiste en majorité ( tisserand, orfèvre, menuisier, armurier, etc. ), secondé par quelques aides, hommes libres ou esclaves - dans ce cas, esclaves spécialistes, qui représentent un "investissement" important : jusqu'à 5 mines d'argent. Mais dès la fin du V ème siècle vont se créer de modestes mais véritables usines, où le travail était organisé de manier rationnelle. Ainsi peut-on citer à Athènes, en -404, une manufacture d'armes comptant 120 ouvriers. Le père de Démosthène possédait deux petites usines: une fabrique d'armes et une de meubles, avec respectivement 34 et 20 ouvriers.

Il y a lieu de noter que les produits de ces usines - parce que chaque stade de fabrication passait par un spécialiste ? - étaient considérés comme étant de qualité technique supérieure. En revanche la série ne se prête guère aux raffinements ornementaux personnalisés. Le citoyen fortuné continuait donc à se fournir chez l'artisan; ou mieux encore, achetait un équipement de série - choisi dans la "meilleure qualiré" - à confier ensuite à un artisan décorateur pour les ciselures et/ou incrustations de métaux précieux.

Nous ajouterons un mot sur le plomb. Son obtention à partir des minerais est facile en raison de la faible température de fusion. Mais les minerais en sont rares. Pourtant, et bien que ne connaissant pas les lois de l'aéodynamique, les frondeurs avaient vite remarqué qu'à masse égale, le projectile le plus dense offrait de plus grandes portées et avait des effets vulnérants supérieurs. Sans prétendre que le premier millénaire avant notre ère soit directement passé du galet au projectile de plomb, de forme oblongue, force est de constater que nous n'avons guère retrouvé de balles de bronze ou de fer. , Les projectiles de plomb, d'une masse de 25 à 40 g. le plus souvent, étaient coulés dans des moules qui, souvent, leur donnaient une inscription en léger relief. Par exemple : " Voila pour toi ! ".

Travail du bois

La menuiserie et - ce qui nous intéresse surtout : navires, machines de siège, artillerie "névrobalistique" - la charpente, sont en très nets progrès. Ceci pour trois raisons :

- Les développements de la géométrie permettent de tracer les "traits de coupe" avec précision, avant sciage dans les plans verticaux et horizontaux par rapport aux faces de la pièce de bois; ( mais pour les plans obliques par rapport aux trois dimensions le coup d'œil - remarquable - de l'artisan sera la seule solution jusqu'à Gaspard Monge). Dès lors les assemblages précis, renforcés par pièces métalliques si nécessaire - tiges; clameaux à 1 et à 2 têtes ; plaques - vont permettre des liaisons très solides; par exemple de quilles composites de grande longueur, ou de grosses catapultes capables de résister à la violence du choc de départ, ou encore de gigantesque tours d'assaut ( les héléopoles ).

- L'amélioration des aciers se répercute sur la qualité du tranchant des outils : les dents des scies, le fil des ciseaux, bédanes, gouges; de celle des lames de rabots, haches, herminettes, etc. ( Par ailleurs, les temps entre affûtages augmentent.)

- L' invention d'outils nouveaux : soit par leur conception découlant de l'emploi de la géométrie; par exemple, trusquin, compas - simple et d'épaisseur - "fausse" équerre (c.à. d. à angle réglable ); soit grâce, ici aussi, à l'amélioration des aciers, avec les scies "à deux mains"76, à chantourner, à débiter les planches et plateaux ( de scieurs de long ), les besaigües, mèches à bois, planes, râpes, outils de tours à etc., tous instruments irréalisables avec du bronze ou les premiers fers, de trop médiocre qualité.

Le menuisier-charpentier du III ème siècle avant notre ère possède une panoplie d'outils devant laquelle les artisans ruraux français de 1930 ne se seraient pas sentis dépaysés.77

Il faut souligner encore, peut-être, que jusqu'aux bombardes et canons, c'est à dire les armes à feu de gros calibre, les armées ne déplaçaient pas avec les engins lourds de siège ou d'artillerie névrobalistique, ( sauf les lanceurs légers transportables sur chariots et utilisés sur le champ de bataille plus qu'on le pense souvent). Tous ces matériels lourds devaient donc être construits sur place pour les sièges, ce qui implique :

a/ des ingénieurs, artisans et aides qualifiés b/ le transport de l'outillage et de diverses fournitures métalliques, ainsi que de cordages

c/ la proximité de forêts offrant des arbres d'essences utilisables de grande taille

d/ des délais incompressibles.

Travail de la pierre.

Ici aussi, l'amélioration et la diversification de l'outillage ( barres à mines, ciseaux et broches de toutes dimensions, pics, masses, massettes, marteaux à dresser, bouchardes, coins à pierre, rabotins, etc ) facilitent et banalisent la taille de pierres non seulement parfaitement équarries, mais ornées, et dont les dimensions et l'assemblage ont été jusqu'au raffinement de la prise en compte des effets de perspective : les lignes de certains monuments grecs ont été imperceptiblement "gauchies" dans le but d'en améliorer l'harmonie visuelle.78

Nous noterons le passage à l'emploi des pierres boutisses traversant l'épaisseur des murailles d'un parement à l'autre. Leur rôle est de renforcer la cohésion d'ensemble, à la place des poutres de bois qui avaient longtemps joué ce rôle mais qui, une fois pourries, ne pouvaient être remplacées sans démolition et reconstruction.

Cet méthode de construction est dite, précisément, "appareil" grec du 1er type.

La stabilité offerte par des pierres bien taillées, par rapport à celles simplement équarries et calées, permet, à épaisseur égale du rempart, d'en augmenter la hauteur ce qui présente deux avantages pour les défenseurs :

- Accroissement de la portée des machines de jet en tir tendu, c'est à dire précis. Par exemple, on montre facilement que si la machine est installée à une hauteur double, tirant horizontalement au départ du coup, la portée est multipliée par 2, soit peu près 1

- Pour l'assaillant, nécessité de construire des tours d'assaut mobiles plus hautes, donc plus lourdes et difficiles à mouvoir : si l'on passe d'une tour de hauteur H à une autre, de mêmes proportions et même solidité, mais de hauteur 1,5 H, la masse est en gros multipliée par (1 3 soit 3 4 environ.

( Contre des remparts de plus en plus élevés, la taille des machines de siège suivra et jusqu'à atteindre une sorte de mégalomanie avec les engins construits sur ordre de Démétrios le "Poliorcète" ( le "preneur de villes" ) fils d'Antigonos, un des Diadoques qui se disputèrent l'héritage d'Alexandre. L'hélépole du siège de Rhodes, la plus formidable jamais construite - hauteur 43 m, base carrée de 22 _ 22 m, au moins 150 tonnes sur 8 roues de 4 60 m de diamètre - frappa les esprits au point d'avoir été décrite en détails par de multiples auteurs, dont Vitruve, Diodore, Plutarque...)

Utilisation de la force animale.

Nous n'avons que très peu de chose à ajouter au chapitre précédent. Toutefois :

- Rappelons que la première utilisation d'éléphants contre, puis par, des occidentaux eut lieu pendant les campagnes d'Alexandre, puis de ses successeurs, les diadoques, qui manifestèrent une sorte d'engouement pour cette arme nouvelle au point de consentir des dépenses considérables, voire des sacrifices territoriaux pour acquérir des "éléphanteries" importantes. , ( En fait, après la première surprise, les parades furent vite mises au point : soit purement défensives, comme par mise en place de grilles hérissées de pointes qui perforaient les pattes de l'animal; soit défensives-offensives en criblant de flèches l'éléphant et son cornac. La bête, affolée de douleur, s'élance dans les couloirs qu'ont ménagé les défenseurs ou, avec un peu de chance, elle revient semer le désordre dans son propre camp. La contre-mesure consiste à cuirasser le cornac, et caparaçonner l'animal; mais cette protection, nécessairement souple, est traversée par les flèches des oxybèles de campagne, beaucoup plus puissantes que celles de l'arc. )

- Relevons aussi les échecs des tentatives d'emploi des antiques charreries; leurs missions seront désormais remplies par la cavalerie montée.

- Enfin, il faut signaler le développement de la "production" et de l'emploi du mulet au détriment de celui de l'âne. Il combine en effet une taille, donc une force, proche de celle du cheval, tout en conservant la rusticité de l'âne pour son alimentation. Son sens de l'équilibre le rend précieux pour les opérations en zones montagneuses et, animal trivalent, il peut être bâté, attelé ou monté. Pae ailleurs le mulet est moins émotif, plus intelligent, et - malgré la légende - plus docile que cheval. Il constitue, en somme, la "jeep" de l'époque pour les expéditions lointaines en zones semi désertiques .

 

2. LES FONCTIONS MILITAIRES DANS L'ANTIQUITE GRECO-ORIENTALE.

 

( Nous soulignons, encore, le fait que l'emploi du mot orientale ne doit pas faire illusion : faute de documentation nous devrons nous limiter vers l'Est aux zones conquises/explorées par Alexandre : le cours de l'Indus, la Bactriane et la Sogdiane, c'est à dire, actuellement, les 2/3 Ouest, environ, du Pakistan, et le Sud du Turkménistan et du Tadjikistan.)

21.PROTECTION. 

A. Protection individuelle.

La différenciation allant en augmentant entre les diverses formations79, nous avons examiné séparément leurs protections respectives; et, d'abord, celle du combattant de l'Infanterie lourde, la phalange, noyau de l'armée pendant plusieurs siècles.

A1.Infanterie lourde.

Casque. , Celui de métal se généralise pour cette troupe d'élite. Les divers modèles grecs ne diffèrent guère que par des détails. Les plus répandus, et représentés - dorien, béotien, corinthien - protègent bien le crâne et la figure, mais sont si enveloppants qu'ils gênent la vision et l'audition. Le casque perse se réduit, le plus souvent, à une sorte de calotte maintenue par une jugulaire.

Cuirasse., L'armure typique, en cloche et "musclée" reste réservée aux citoyens qui, justement, formeront exclusivement la phalange pendant longtemps   : en Grèce, comme dans la !Rome de la République, seul le citoyen, propriétaire aisé en général ( mais citadin, alors que la Légion sera plutôt d'origine rurale ) a le devoir et le droit d'être un combattant. Les citoyens de condition modeste doivent se contenter soit de cuirasses antiques, achetées d'occasion ou héritage d'un ancêtre, soit de cuirasses de cuir ou de plusieurs couches d'étoffe collées, renforcées d'écailles métalliques. Le bas du tronc reste plus ou moins bien protégé par des lanières ( ptéruges), auxquelles peut s'ajouter une plaque de métal suspendue à la cuirasse.

Jambières., Cf. chap. précédent. Les cnémides de bronze et fabriquées "sur mesure" pour les citoyens fortunés, sont en cuir et sans doute standardisées en quelques "pointures" pour les autres.

Bouclier. , C'est le lourd hoplon de bois, circulaire, qui protège le centre et la partie gauche du corps du hoplite, couvert à droite par son camarade de la file voisine. Les !soldats se présentant au combat en ordre serré, c'est à dire à intervalle de 0,90 m, en dépit du courage de l'hoplite, chacun a tendance à serrer à droite pour être certain d'être bien couvert par son voisin. De ce fait il est arrivé dans certaines batailles des glissements d'ensemble, fatals à l'une des armées adverses.

( Nous en avons dit assez, sans doute, pour faire comprendre que les splendides représentations de la phalange pèchent quelque peu par idéalisation. Dans la réalité les hoplites étaient loin de porter un équipement uniforme au sens où nous l'entendons actuellement.)

A2.Infanterie légère.

Elle était, si l'on peut dire, le prolétariat des armées; par le statut social de ses membres, et par sa mission, jugée très secondaire pendant longtemps : escarmouches préliminaires à la "vraie" bataille, puis poursuite des vaincus en déroute. Cette infanterie légère comporte d'une part les archers et frondeurs, pratiquement sans protection puisqu' agissant à grande distance; d'autre part les peltastes lanceurs de javelots, qui doivent avancer jusqu'à 25/30 m de la ligne ennemie - et sont alors des cibles pour les archers et frondeurs adverses (tirant de flanc) - puis replient entre les files de hoplites avant que ces derniers aient pris la formation serrée. Le peltaste - spécialité de mercenaires Thraces - doit son nom, comme l'hoplite, à son bouclier, le peltè d'osier recouvert de peau, beaucoup plus léger que l'hoplon de bois et cuir, mais qui n'a à arrêter, en principe, que les flèches et les balles de frondes, pas les coups de lance appuyées de tout le poids de l'hoplite, ni de violents coups de pointe de glaives. Ce soldat porte en général un simple bonnet de cuir épais, parfois doublé d'une calotte de métal. Il devra se contenter de cette faible protection pour le cas où il ait à affronter un adversaire avec l'épée dont il est muni.( Non freiné par la cuirasse, il n'est jamais contraint au corps à corps avec le hoplite, mais peut avoir à se mesurer avec son homologue ennemi). Toutefois, Iphicrates d'Athènes, au début du IV ème siècle, voit conforter ses idées sur l'équipement et l'emploi des peltastes à l'occasion de leur victoire de Lechaion sur des hoplites spartiates. Il renforce quelque peu leur protection - casque, peltè plus résitant, jambières de cuir - sans trop les alourdir. Bien que désormais munis d'une courte lance, ils restent une infanterie légère.

( Assez curieusement, le soldat grec porte le nom de son bouclier, et non de son arme. D'ailleurs le déserteur est, littéralement, celui qui abandonne son bouclier... sous entendu : pour fuir.)

A3.Cavalerie.

Nous n'avons que très peu d'indications sur la cavalerie grecque - voire son existence même - pendant les guerres médiques et celles du Péloponnèse. ( Nous avons déjà dit que le coureur de Marathon implique qu'il n'y ait eu aucun cheval disponible sur place). Il est vrai que le terrain rocheux de la Grèce se prête mal à l'emploi d'animaux qui n'étaient pas ferrés. En revanche la cavalerie macédonienne, arme d'élite et à l'action souvent décisive, nous est beaucoup mieux connue. ( On peut supposer que Philippe - organisateur de l'armée qu'emploiera son fils - avec son esprit toujours en éveil sur ce qui pouvait favoriser ses entreprises, s'était intéressé aux possibilités de vitesse dans l'action qu'avaient montré les cavaliers thraces et perses, mais avec une toute autre optique d'emploi.)

La cavalerie d'Alexandre va comprendre :, - la formation "lourde" des compagnons porteurs du casqué béotien ( qui des trois les plus courants offre le meilleur champ de vision ), la cuirasse de bronze prolongée par les prériuges, les cnémides de bronze aussi, mais mince. Muni d'une lance de 7 coudées - ordre de 3,50 m - et d'une épée, le compagnon fait penser à un hoplite monté. Mais l'emploi tactique est radicalement différent. , - la cavalerie légère, portant un casque léger de métal - de cuir à défaut - et une cuirasse de cuir ou de couches d'étoffes collées. Cette cavalerie légère, agissant surtout à l'arme de jet ( javelines ), limitait essentiellement son rôle aux reconnaissances et harcèlements. Toutefois celui, fréquent, de couverture du flanc gauche pendant la bataille justifie la nécessité d'une certaine protection.

A4.Autres armes.

Outre les fantassins et cavaliers, les seuls autres corps prenant part à la bataille étaient les artilleurs chargés de la mise en oeuvre des lanceurs légers ( quand il y en eut ) et les sapeurs-mineurs. , Nous ne savons rien, pratiquement, de l'équipement des premiers. Toutefois, exposés qu'ils étaient aux projectiles des archers et frondeurs, on peut supposer que ces précieux spécialistes bénéficiaient d'une protection... peut-être par pavois, car le port d'une cuirasse solide aurait gêné leur activité, donc réduit la cadence de tir. ( D'ailleurs un tir de "contre-batterie" des lanceurs adverses aurait traversé les plus épaisses cuirasses portables concevables.)

Pour les sapeurs, nous avons vu que dès l'époque assyrienne ils étaient munis d'un casque renforcé, d'une longue tunique doublée de plaques de métal ( sans doute fort lourde ), et abrités au pied des remparts par des pavois appuyés à la muraille et maintenus en place, obliquement, par un auxiliaire. Le pavois est ici une sorte de grand et lourd bouclier, rectangulaire, souvent muni de deux roues ( amovibles ? ) à la base pour en faciliter le déplacement, qui protège le sapeur et son aide. ! Cet équipement est resté pratiquement inchangé, mais on ne s'avisa que tardivement, à la fin du IV ème siècle, de munir d'épées le sapeur et son camarade, afin qu'ils soient en mesure de se défendre contre quelques assiégés dévalant par surprise du haut du rempart : " Les bons mineurs sont rares, et nos ancêtres étaient assez fous pour les envoyer sans armes exercer leur art bien en avant des autres combattants." disait Dmétrios Poliorcète, pour une fois plein d'un bon sens qui, jusqu'à nos jours n'a guère laissé de traces.(b)

B. Protection collective.

B1.Protection terrestre.

Nous nous sommes déjà largement étendus sur le résultat des progrès réalisés dans l'art de la taille des pierres, notamment la possibilité de créer des murailles stables de même épaisseur mais très nettement plus hautes que par le passé. C'est ainsi que celles de Tyr - siège de 7 mois par Alexandre - auraient eu une hauteur de l'ordre de 45 m ( 90 coudées.)

Par ailleurs, l'expérience avait déjà montré que les tours rondes résistent mieux au travail du sapeur que celles de section carrée ou rectangulaire. Pourtant leur diffusion sera très lente80 : - soit, pour les constructions neuves, parce que la taille des pierres est plus difficile, donc lente et coûteuse, - soit, pour les fortifications existantes, parce qu'il est plus facile de renforcer les tours existantes que de démolir et reconstruire sur le nouveau type. ( En outre, s'il faut une fortification, ce n'est pas sans raison; le temps presse et l'on préfère une protection rapide, même si elle n'est pas parfaite, à celle qui risque d'être prète trop tard). La solidité des portes bénéficie de l'emploi du fer de qualité : traverses métalliques reliant les madriers; barres de fermeture; barres d'appui mobiles partant des murs internes, etc; par ailleurs les pierres parfaitement taillées permettent d'améliorer les ouvrages de défense avancée des portes : le "réflexe" préférentiel de leur attaque va en disparaissant quand elles deviennent plus difficiles à prendre de vive force que les remparts.81 Dans l'ensemble, pourtant, la fortification n'a pas suivi les progrès de l'attaque par les engins de siège. Si l'on a souvent dit qu'Alexandre n'a jamais perdu une bataille rangée, il faut aussi souligner qu'il n'a jamais été tenu définitivement en échec lors d'un siège, et Tyr mise à part, ses victoires sur les fortifications ont été rapides.82 Mais ceci suppose un corps de spécialistes : les Spartiates, malgré leur légendaire courage, mais dédaigneux de la technique, ne purent faire capituler e qu'après 3 années de siège et par la famine.

Parlant de fortification, nous devons dire un mot de l'"artillerie" lourde. Elle constitue un fait nouveau d'une importance telle qu'elle est prise en compte par les penseurs au plan de l'urbanisme. Ainsi Hippodamus de Millet, architecte partisan de plans rationnels, avec rues et avenues se coupant à angles droits, se heurte t'il à Aristote ( La Politique ) qui oppose la nécessité militaire de conserver des tracés irréguliers, aussi en arrière que possible à l'intérieur de murailles très hautes et résistantes.

B2. Protection navale.

Après la birème phénicienne- deux rangées de rameurs, superposées, pour gagner en puissance motrice, donc vitesse, sans dépasser la longueur d'une quille tirée d'un seul arbre - les progrès des assemblages de charpentes permirent de passer à des quilles plus longues, navires plus larges, et portant 3 rangées de rameurs : la fameuse trirème grecque vers -500. Ce qui nous intéresse ici est le fait que ces navires étant armés outre l'équipage, de soldats ( Infanterie de Marine, avant le nom ) les rameurs devaient être protégés contre les projectiles ennemis. Les deux rangs inférieurs le furent par le doublage de l'assemblage "outrigger" par des planches. La rangée supérieure, dont le torse dépassait cet assemblage, par des écrans de cuir épais, les ù ùÿí óù ù, littéralement "barrières de défense".

22.MOBILITE.

Mobilité terrestre.

1.Mobilité tactique.

Mis à part l'abandon presque général du char de guerre, au plan technique la mobilité reste identique à ce qu'elle était dans la période précédente : ni l'homme ni l'animal ne sauraient dépasser leurs capacités physiques. En revanche, l'importance croissante de la cavalerie, surtout à partir de la seconde moitié du IV ème siècle, va lui donner souvent un rôle décisif dans la bataille, bien que ses effectifs soient en général très inférieurs à ceux de l'infanterie.

La supériorité technique de la cavalerie réside évidemment dans sa vitesse : capacité de manœuvre tactique que ne peut avoir l'homme à pied. ( Par action rapide de renforcement ou de choc sur un point de la ligne de bataille, ou - ce mouvement est très efficace - prise à revers de l'adversaire, etc.). L'importance acquise par la cavalerie découle de l'invention qui précéda le ferrage : nous avons dit - chap.2 - que le cheval, après un trajet en terrain rocheux, avait trop souvent les sabots blessés. Au moment de la bataille une forte proportion des animaux, clopinants, était indisponible. On ne pouvait donc faire fond, a priori, sur la cavalerie puisque l'on ignorait quels en seraient les effectifs disponibles le moment venu. C'est aux débuts du IVème siècle qu'un bricoleur génial une idée simple : l'homme a besoin de chaussures pour circuler sur un sol "agressif". Pourquoi ne pas chausser aussi le cheval ? Le résultat fut l'hipposandale, fixée à la patte par des lanières. Naturellement cet accessoire ne convenait guère pour le trop, et moins encore pour le galop, mais il permit l'acheminement des bêtes en bon état, même après de longs trajets, jusqu'à l'endroit de la rencontre décisive. , La "chaussure" du cheval ne lui est retirée que juste avant la bataille, où il doit donner toute sa vitesse. ( 23 siècles plus tard, aux États-Unis et dans les guerres indiennes on retrouvera l'infériorité du cheval non ferré face à ceux des régiments de l'U.S. Cavalry).83

Désormais la disposition d'une bonne cavalerie constituera souvent un facteur décisif. ( Mais les Romains ne s'en rendront compte que tardivement, sans doute à la fois parce que l'excellente infanterie de la République semblait apte à faire face à tous types d'ennemis; et aussi parce que la longue période de combats pour la survie puis l'hégémonie en Italie s'était déroulée surtout dans des zones montagneuses où le cheval n'avait guère sa place.)

Un nouvel agent de la mobilité tactique fut constitué par le rôle croissant de l'infanterie légère, qui pendant des siècles n'avait guère été considérée que comme un appoint. Son importance commence à se manifester lors de batailles telles que celles de Sphactérie ou de Lechaion, mais c'est surtout la "Retraite des Dix Milles" qui montre définitivement les limites de la phalange : lourde et peu manœuvrante, dans des zones défavorables - en terrain montagneux notamment - elle ne peut percer souvent que par l'intervention, de flanc, que l'infanterie légère peut exécuter en temps utile grâce à sa mobilité. En quelque sorte, sur terrain très mouvementé, difficilement accessible à la cavalerie, l'infanterie légère peut en jouer le rôle... jusqu'à un certain point.

2. Mobilité opérationnelle.

L'importance de la rapidité dans les mouvements opérationnels paraît n'avoir guère été saisie avant la seconde moitié du IV ème siècle. Pourtant, à Marathon ( -490 ) immédiatement après avoir défait les forces grecques débarquées, c'est bien le retour à marches forcées des Athéniens vers leur capitale qui avait dissuadé la flotte ennemie, portant une autre armée, de la débarquer au Pirée. C'est Alexandre qui, le premier, réalise vraiment le net avantage des déplacements opérationnels rapides : la possibilité de prompte réunion des différents détachements de l'armée pour la bataille décisive. Il est ainsi le premier des grands capitaines à découvrir le principe consistant à marcher séparés et combattre réunis ; principe qui sera oublié puis retrouvé. ( L'esprit ne peut s'empêcher de rapprocher les opérations du Macédonien de celles du jeune général commandant l'Armée d'Italie). Toutefois le plus souvent Alexandre n'exploite pas les occasions de surprendre ennemi et de lui imposer la bataille dans la situation défavorable que ces rapides déplacements pouvaient lui apporter. Bonaparte les fera naître et en profitera de manière systématique.

3.Mobilité stratégique.

C'est à l'Empire perse que revient l'invention de la stratégie des opérations combinées avec la campagne de Xercès au cours de laquelle la flotte - support logistique et réserves - suit un itinéraire parallèle à celui des forces mises à terre. Mais c'est le fiasco de la flotte de guerre à Salamine qui le contraint à replier le plus gros de son armée vers l'Hellespont. Le détachement laissé aux ordres de Mardonius, privé de ce soutien stratégique, se fait battre à Platée ( -479 ), et d'après Hérodote, c'est le même jour que les restes de la flotte perse sont détruits à Mycale. N'ayant plus les moyens de leur stratégie combinée, les Perses se résignent à admettre, au moins pour un temps, l'indépendance des cités grecques du bassin et de la rive orientale de la mer Égée.

Les campagnes d'Alexandre ont été surtout terrestres. Il semblerait donc qu'il y ait lieu de parler plus de mobilité opérationnelle que stratégique à leur sujet. , Mais ce serait oublier son action "anti-maritime" contre les ports de Phénicie : la flotte perse n'ayant plus de bases se désagrège rapidement ( car la "vie" des galères de bois était brève ) et le jeune roi peut se lancer dans ses conquêtes terrestres sans craindre un débarquement ennemi en Grèce continentale ou en Thrace, que les maigres forces laissées "à l'arrière" auraient sans doute été bien en peine de contenir.

Il y eut là un exemple, bien rare, d'une marine vaincue par une stratégie indirecte puisque purement terrestre.

x x

B. Mobilité navale.

1.Navires de combat.

Le bâtiment de guerre suit déjà cette "loi" que nous retrouverons tout au long de l'histoire dans la plupart des domaines militaires, et plus particulièrement celui du "capital ship" : la course au tonnage. , Après la birème phénicienne, la trirème grecque se généralisa donc en Méditerranée orientale au début du V ème siècle. C'était une galère d'une quarantaine de m de longueur, à "bau" de 35 m pour la coque, 55 m en ajoutant les outrigger latéraux, les supports de tolets, en encorbellement, rappelons-le. , L'avant reçoit un éperon de bronze - moins sujet à la corrosion marine que le fer - à la hauteur de la ligne de flottaison. Le navire n'est plus désormais seulement un transport rapide de rameurs-combattants, mais par son éperon il devient l'élément essentiel du combat naval. Typiquement l'équipage comprend : a/ 170 rameurs, dont 62 au rang supérieur ( les thranites ), 54 à chacun des rang moyens et inférieur ( "zygites" et thalamites ), b/ une quinzaine d'hommes de pont : capitaine, maître d'équipage adjoint, homme "de barre" - si l'on peut dire puisque avirons-gouvernes - 12 gabiers et... le joueur de flûte rythmant la nage; c/ un nombre variable de fantassins de marine : par exemple 10 hoplites et 4 archers pour Athènes mais jusqu'à 40 hommes pour d'autres cités. (Ce nombre paraît varier en fonction inverse de la confiance accordée aux qualités manoeuvrieres, c'est à dire à l'emploi décisif de l'éperon.)

Plus tard viendront s'ajouter des "artilleurs" pour le service de machines de jet.

Mais la course à la puissance propulsive continue : il faut augmenter le nombre des rameurs, donc les dimensions des navires. En fait, il est à peu près certain que l'on ne dépassa jamais 3 rangées de rameurs : la hauteur de coque aurait compromis la stabilité. Mais on s'avisa du fait qu'il était possible d'affecter plusieurs hommes à chaque rame, plus longue et plus robuste. Ceci permit d'ailleurs de revenir parfois à deux rangs, voire un seul, pour des navires légers et rapides, de liaison, très stables - tout est relatif - grâce à leur largeur et la faible hauteur des "oeuvres mortes"84, capables d'affronter la tempête jusqu'à un certain point. On voit ainsi apparaître les quadrirèmes, quinquérèmes, heptérèmes( ou heptères ) etc., mais le plus souvent les textes ne sont pas assez explicites pour que nous sachions ce que signifie exactement une dénomination. ( Par exemple, quinquérème peut désigner un navire portant de chaque bord soit trois rangées de rameurs, avec répartition ( de haut en bas ) de 2, 2 et 1; soit deux rangs avec respectivement 3 et 2. En fait, c'est un bâtiment "5 fois équipé".

Nous possédons une description détaillée d'un "Dreadnought" de Démétrios Poliorcète, décidément adepte du gigantisme :

- Heptère à deux rangées de rames; de chaque bord 4 et 3 hommes;

- Bau de coque, 6,60 m ( et d'outrigger 8,5 m );

- Rames supérieures de 11,6 m, inférieures de 9,8 m;

Tirant d'eau de 1,70 m, ( lest de rochers);

- 350 rameurs, 20 hommes de pont, 200 soldats, 16 artilleur.

Entièrement ponté, ce navire portait 5 catapultes de "moyen calibre".

Il est évident que la maniabilité de ce monstre par l'action des rames-gouvernails des flancs de poupe devait être plus que médiocre.

Il y a lieu de noter que - le rameur grec n'est pas un esclave ou un condamné, dont la motivation et la fidélité seraient douteuses. C'est un homme libre, mais de la classe pauvre donc payé, et très entraîné. A Salamine il est certain que la valeur professionnelle et le patriotisme des rameurs grecs ont joué un rôle aussi important que la supériorité de la manœuvre tactique. Du côté perse les rameurs d'origine ionienne ne firent sans doute guère d'efforts pour combattre leurs frères de sang. Par ailleurs les rameurs grecs et ioniens étaient bons nageurs : ceux des navires coulés survécurent; ceux d'origine perse non. Après la bataille, Xerxès aurait pu faire reconstruire sa flotte rapidement, mais, mis à part les Ioniens récalcitrants, il ne disposait plus des effectifs rameurs nécessaire pour les armer ; - en règle générale les trirèmes et autres navires hauts sur l'eau ne portaient plus mats - même repliables - et, par conséquent, de voile : ceci en raison de leur médiocre stabilité.

2. Navires de transport.

Les Egyptiens avaient donné l'exemple du gigantisme dès la fin du 2 ème millénaire, mais seulement pour la navigation fluviale : aussi fort que soit le vent, les vagues du Nil ont un "creux" très faible.

Dans la période considérée ici, il faut distinguer déjà entre les bâtiments de transport militaire - armada de Xerxès, par exemple. - dont les dimensions et le tonnage restent volontairement limités ( manœuvrabilité, facilité de mise à terre hors des ports ), et les navires marchands proprement dits ( sans compter ceux de pèche ) subdivisés en petites unités de commerce et en véritables "cargo mixtes" de fort tonnage ( pour l'époque ) embarquant marchandises et passagers. (c) On trouve même mention de paquebots destinés au service de passagers en cabines, avec personnel de service - un luxe qui ne reviendra qu'après deux millénaires - mais aussi avec un détachement de soldats pour le cas, trop fréquent, de rencontre avec des pirates.

Terminons sur deux améliorations importantes apportées aux navires au cours de cette période:

a/ Les voiliers à plusieurs mâts font leur apparition et la voile carrée unique, qui eut été trop lourde pour être manœuvrable ( hissée, déferlée, ferlée ) sur les unités importantes, a commencé à laisser place à deux voiles superposées à chaque mât. Ce, ou ces mâts, seulement appuyés par cordages d'étai longitudinaux ne pouvaient guère supporter les efforts latéraux. Or la voile supérieure, au moins, reçoit une vergue inférieure ce qui permet d'utiliser les vents de "petit largue" et de travers par rapport au cap suivi. Les mâts vont donc être étayés latéralement par des haubans qui les relient au bordé; or, entre deux haubans proches, il est facile de nouer des cordages horizontaux, les enfléchures qui permettent aux gabiers de monter dans la mâture ou d'en descendre facilement et sans danger ( au moins par temps calme). Dès lors le navire à voile(s) n'est plus confiné aux seules "allures portantes" du vent. On peut estimer qu'il peut l'utiliser dans des angles d'une centaine de degrés de part et d'autre de l'arrière., Les spécialistes n'ont pu se mettre d'accord pour déterminer si la pratique de "prendre des ris" ( réduire la surface d'une voile par vent trop fort ) avait été découverte dès l'antiquité, puis oubliée, ou si elle avait été inventée au Moyen Age ns les mers nordiques.

La voile "latine" fait son apparition, mais sur les petites embarcations d'abord.

b/ L'ancre primitive, lourde pierre taillée souvent en pyramide tronquée, commence 

23.SOUTIEN.

A.Logistique. 

La bonne vieille, et traditionnelle, pratique du pillage ne pouvait suffire pour des armées aussi nombreuses que celles de Xerxès ou d'Alexandre, à très grande distance de la base territoriale et avec, parfois, la traversée de régions presque désertiques.

Le problème logistique pose donc deux questions fondamentales :

- trouver, là où ils existent, les vivres et fourrages nécessaires; produire ou faire produire les armes, munitions, matériaux divers que l'armée ne peut fabriquer lors de ses pauses; réunir les animaux de monte, b et trait destinés à remplacer ceux perdus par faits de guerre, blessures ou maladies

- acheminer en temps et lieu à l'armée ces divers ravitaillements.

Le premier point est résolu au départ par constitution d'un stock, mobile autant que possible. Puis il faudra recourir dans les zones conquises à la réquisition, forcée, mais organisée et éventuellement - chose "extra-ordinaire" - payée : Alexandre tient à marquer que les peuples des zones conquises sont bien ses sujets.

Les réquisitions faites, il faut les grouper dans les équivalents des dépôts de nos intendances, puis les acheminer de ces dépôts vers les corps de troupe.

Sur le système de Xerxès nous ne savons pratiquement qu'une chose : son transport par voie maritime, prévu pour suivre la progression de l'armée débarquée, chose que nous avons déjà évoquée.

En revanche les historiens se sont plus étendus sur celui d'Alexandre. Il avait placé à la te de sa logistique Eumène, de Cardes, décrit comme ingénieux et plein de ressources par ailleurs travailleur infatigable, chant s'entourer d'hommes compétents et honnêtes, et totalement dévoué au roi ( qui lui fera cumuler la charge de grand Chancelier de l'Empire.)

Eumène avait créé deux formations; l'une composée d'administratifs, comparables à nos modernes commissaires85, l'autre de troupes chargées de l'exécution matérielle des réquisitions, d'acheminer et escorter les convois, de garder les dépôts.

L'ensemble para t avoir fonctionné d'une manière satisfaisante que l'on ne retrouvera guère qu'à Rome puis dans la période presque contemporaine.

( Il faut aussi tenir compte du fait que pour les déplacements sur longue distance entre villes-étapes ou dépôts, chaque homme, officiers compris, pouvait recevoir l'ordre de transporter de quoi assurer sa subsistance en rations réduites pour une durée de 15 jours, voire plus. La charge individuelle maximale était fixée à 30 "mines-poids" d'eau et 22 mines-poids de nourriture, soit 23 kg et près de 30 en y comprenant les "emballages" ( gourdes, sacs...). Ceci pour des étapes quotidiennes de 3O km, mais qui pouvaient aller jusqu'à 45/ 50 en cas d'urgence.

Les convois logistiques suivaient, mais à leur rythme nécessairement lent. Cette méthode du transport de son propre ravitaillement par chaque homme permettait d'accélérer les opérations d'une manière déroutante pour l'adversaire perse.

( Ici encore, on ne peut s'empêcher de faire le rapprochement avec l'Armée d'Italie de Bonaparte - mais Armée qui pillait beaucoup - et la lourdeur processionnelle des forces autrichiennes envoyées successivement contre elle.)

Soutien matériel.

B1.Guerres médiques et du Péloponèse: La proximité des cités grecques et le faible nombre de machines de guerre construites ( à part les navires) permettent de penser que les problèmes furent mineurs.

B2.Alexandre. Nous avons déjà indiqué qu'à part les pièces légères de artillerie de campagne névrobalistique, tous les engins lourds de siège, tours, béliers, catapultes lourdes, etc., ne pouvaient qu'être fabriquées sur place. Ceci, sous réserve de disposer des pièces métalliques, cordages, échevaux névrobalistiques, etc, et de l'outillage nécessaire: en dehors des zones "civilisées" avec villes importantes, tous ces matériaux et matériels devaient être transportés. Le commandant du Corps du Génie-Matériel-Ponts et Chaussées d'Alexandre était Cratère chef qui n'hésitait pas à payer de sa personne puisqu'il fut blessé plusieurs fois, notamment et avec Alexandre, au siège de Cyropolys.

Pour les spécialistes de Cratère, capables de construire rapidement de puissantes machines, la réparation des chariots de transport et autres menus travaux de soutien ne devait pas poser de problèmes. (d)

Soutien santé.

C1.Guerres médiques et du Péloponnèse. Pour les forces grecques, la conclusion est analogue à celle de B1 ci-dessus : la proximité des cités devait permettre d'y transférer les hommes dont les blessures n'étaient pas mortelles à très court terme. Ils y recevaient alors les soins des médecins de la ville. , Pour les perses, il semble que rien n'ait été organisé : disposant d'un "réservoir" humain inépuisable, Xerxès parait avoir considéré qu'un soldat n'est qu'un pion, remplaçable.

C2.Alexandre. Sur ce point nous sommes, par rapport aux autres, très mal renseignés et nous en sommes pratiquement réduits à renvoyer le lecteur au paragraphe correspondant du chapitre précédent. , Nous savons toutefois que Philippe de Macédoine préparant l'expédition menée, après son assassinat, par son fils, avait eu conscience du problème : il avait nommé un médecin-chef pour l'Armée, Philippe d'Arcanie, lequel, sachant fort bien que son maître avait l'œil à tout et ne se laissait pas bercer de vaines promesses, organisa certainement son service du mieux possible. Mais les rares exemples de soins prônés par les auteurs de l'époque - par exemple, étancher le sang d'une blessure par un tampon de bourre d'âne en sueur - permettent de se demander s'il n'eut pas mieux valu laisser agir la nature. Plusieurs auteurs - Arien, etc. - rapportent qu'après les batailles Alexandre ne manquait jamais de réconforter les blessés, le fût-il lui même comme à Issos ou à Cyropolis. Il eut été surprenant qu'il n'ait pas ordonné que les thérapeutes attachés à la personne de ses grands subordonnés se soient occupés de la troupe après avoir traité leurs maîtres respectifs. ( Il est vrai que, entré en guerre avec 40 000 hommes contre les multitudes de Darius, il devait avoir beaucoup plus conscience du "capital" que représente un combattant courageux et bien entraîné. On retrouvera ce sentiment, clairement exprimé, chez Isabelle de Castille.)

24. COMMANDEMENT.

Pendant la période couverte par ce chapitre, la fonction commandement revêt trois formes principales, très différentes les unes des autres.

A. Système grec.

Au cours des guerres médiques puis du Péloponèse, le système grec fut, en général, celui de l'élection. Choix d'ailleurs limité en pratique aux personnages influents et/ou sachant se gagner les suffrages des citoyens, ce qui n'est pas nécessairement un gage de compétence militaire. Le cas de Démosthène, lion à la tribune, lièvre au combat est exemplaire à cet égard. , Chaque année, par exemple, l'Assemblée d'Athènes désignait les dix généraux ( strategoï ) responsables pour les 12 mois à venir et le polémarque, ou commandant en chef. A Sparte, on se limitait à deux rois qui en fait n'avaient d'autorité que sur l'Armée, et sous le contrôle étroit de l'Assemblée des Anciens, la gérousie, par l'intermédiaire des 5 éphores. Le titre de roi équivaut donc ici à celui de général dans la "stratocratie" que formait Sparte.

Le système grec, déjà entaché par le fait que la démagogie pouvait y tenir lieu de talents militaires - et l'on est surpris qu'il n'y ait eu qu'une minorité d'incapables - donnait lieu à des difficultés graves pour la prise de décisions en cas de coalition d'alliés : le problème du commandement unique se traduisait par des conseils de guerre aussi fréquents que longs, et où se déployait l'éloquence grecque en discussions acharnées. Pour la guerre contre Xerxès, la Grèce dut sans doute son salut au fait que s'était ê posé un homme d'une exceptionnelle envergure ( malgré une jeunesse pour le moins dissolue) : Thémistocle, qui réussit à faire accepter le meilleur plan : le sien.

B. Système perse.

Le cas de la Perse est nécessairement différent : c'est un empire soumis à un monarque absolu. Le fondateur, Cyrus, commande directement l'Armée ( mais pratiquement nous ne savons rien de son état-major ni des délégations et initiatives accordées à ses grands subordonnés). Cambyse, ensuite, imite son père; mais lorsque la couronne revient à Darius Premier, s'amorce l'évolution tendant de plus à réserver la stratégie générale au souverain - qui assiste aux batailles mais n'y participe pas - l'opérationnel et la tactique étant confiés à ses généraux qui peuvent être l'objet de disgrâces subites. , Malgré la célèbre mosaïque de Pompéi, montrant Darius III combattant sur un char de guerre, nous savons que tant à Issos qu'à Arbelès il se limita au rôle de spectateur, ce qui lui permit de s'enfuir au plus vite, abandonnant sa famille ( qu'Alexandre traita avec la courtoisie d'un parfait gentilhomme). Naturellement, et pour une armée peu motivée, l'exemple de la fuite du souverain fut contagieux : le rôle du commandant en chef n'est pas d'être au premier rang, mais il doit parfois payer d'exemple, comme le feront César, Gustave-Adolphe ou Bonaparte.

C. Système macédonien.

Philippe II revint à une pratique voisine de celle de Cyrus, et sera suivi en cela par son fils, à des détails prés : le roi commande normalement l'armée à la bataille, et y participe. Il y a là, d'ailleurs, une certaine contradiction qui n'a jamais été entièrement éclaircie : on ne peut être à la fois au premier rang et avoir la vision d'ensemble ainsi que, immédiatement disponibles, les moyens d'envoyer des ordres. Pour le cas d'Alexandre, pourtant, la question est plus claire : il surveille le début du combat, donne les ordres nécessaires, et ne "disparaît" pour combattre que pendant le temps très bref où il mêne la charge décisive de cavalerie qui "perfore" la ligne adverse; après quoi il redevient le roi-général en chef.

Le système macédonien donne toutefois une assez large part d'initiative aux subordonnés immédiats. Exécutants, certes, mais exécutants choisis pour leur intelligence à agir dans le cadre général de la bataille. On notera que certaines expéditions, considérées comme secondaires, peuvent être mises sous la responsabilité totale de l'un des grands subordonnés. ( Par exemple, retour depuis l'Indus d'une partie de l'armée, confiée à Cratère, pendant que le roi mène l'autre partie, plus au Sud, à travers le désert côtier de Gédrosie). Alexandre sut s'entourer de "maréchaux" à la compétence incontestable : Parménion, Ptolémée, Antigone, Cratère, Eumène, Néarque (son amiral ), Hephesteion. C'est parce qu'il est assuré de leur fidélité - pour certains, les futurs diadoques, elle s'arrêtera à sa mort et son enfant sera assassiné - qu'il leur délègue des responsabilités en rapport avec ces compétences. Si nous connaissons très mal l'organisation de l'État-major, placé sous les ordres d'Hephesteion sauf la logistique relevant d'Eumène, il est hors de doute que cet État-major a existé : les résultats le montrent.

( Par ailleurs, en déplacement à des milliers de km pour des périodes pouvant atteindre plusieurs années, Alexandre ne pouvait tenir solidement en main la partie occidentale de l'Empire, depuis l'Illyrie jusqu'à l'Égypte, sans l'existence d'une sorte d'E-M politico-administratif solide et compétent. Peut-être, ici aussi, Eumène le Grand Chancelier et Hephesteion camarade d'enfance au dévouement sans faille .)

25. LIAISONS.

A. Liaisons tactiques.

Les historiens de l'antiquité n'évoque pratiquement jamais cette fonction, ou se !limitent à des anecdotes pittoresques, telle celle du coureur de Marathon ( en fait, plus une liaison politique86 que tactique ou opérationnelle ), ou celle du signal donné par le reflet du soleil sur un bouclier, à Salamine. ( Si le temps avait été couvert, les galères des Egéniens et de Mégare seraient-elles sorties au bon moment de leur position d'embuscade ?) Mais il serait inconcevable que des batailles telles que Platée, Leuctres, ou Mantinée, où le front des troupes se déployait sur plusieurs km, aient pu être coordonnées autrement que par l'emploi d'agents de liaison, coureurs ou/et cavaliers, venant transmettre des informations et des ordres.

Dans l'armée d'Alexandre l'existence de liaisons tactiques est indirectement prouvée par le déroulement de certaines batailles. A Issos, par exemple, le front de ligne s'étend, de la mer jusqu'aux premières fortes pentes, à l'Est, sur 2,5 km environ. Parménion commande le flanc gauche, Alexandre le droit. Il est à plus de 1,5 km de l'extrémité l'aile gauche quand la cavalerie perse la met en danger, mais il "contre" immédiatement en y entraînant la fraction thessalienne de cavalerie lourde. , Les Perses cherchent à exploiter la brèche ainsi créée à droite. Alexandre, qui est 2 km, revient immédiatement. Il comble la brèche en faisant s'étendre la ligne des !compagnons ( l'autre fraction, d'élite, de la cavalerie lourde) et en portant de l'infanterie légère sur la ligne de combat. Puis, front rétabli, il se lance dans une furieuse charge à la tête des compagnons, perce la ligne adverse et se rabat sur ses arrières. Les Perses voient la bataille perdue et s'enfuient, Darius en tête - pour une fois - abandonnant sa famille. Le Macédonien, quel que soit son génie, n'avait pas le don de divination : on peut déduire qu'il disposait d'officiers de liaison à cheval, capables d'apprécier une situation locale, pour aller rendre compte en urgence ou/et porter des ordres. (e)

B. LIAISONS OPÉRATIONNELLES ET STRATÉGIQUES.

Rappelons, une fois encore, les faibles distances sur lesquelles se déroulèrent les guerres du Péloponèse : il ne pouvait guère y être question de liaisons stratégiques87, mise à part l'expédition d'Athènes contre Syracuse, alliée de Sparte, en -416. Bien que cette expédition se soit terminée par un désastre, la supériorité navale d'Athènes lui permit certainement d'assurer sans difficultés majeures les liaisons - Grèce-Sicile - avec son corps expéditionnaire. Pour les guerres médiques, et plus particulièrement la dernière, l'énorme supériorité numérique de l'armée et de la flotte perses permit sans doute à Xerxès de disposer de liaisons ( et de lignes de communication )88 faciles et sûres. Mais après Salamine puis le retrait du Grand Roi et de la majeure ( partie de son armée, il semble que Mardonius, le commandant du corps expéditionnaire resté en Grèce, n'ait reçu que de rares directives au cours de l'année qui s'écoula jusqu'à son écrasement à Platée.

Venons-en à Alexandre. Après l'élimination de la trop puissante flotte perse de la Méditerranée orientale, par stratégie indirecte, ses liaisons et ses lignes de communication maritimes avec l'ensemble gréco-macédomien étaient assurées. A terre le système de liaisons fut repris, en gros, de celui mis en place par Cyrus : cavaliers - éventuellement escortés - porteurs de dépêches. Il se montra efficace dans l'ancien empire Perse. Mais, de -327 à -324, ( campagne de la Sogdiane vers l'Indus, retour à Suse ) il paraît avoir mal fonctionné : puisqu' Alexandre eut à sévir sur de nombreuses affaires de corruption et certains complots dont il avait tout ignoré. On peut noter que pour ses campagnes d'Illirie, Thrace, Grèce, Philippe II avait eu parfois recours au pigeon voyageur, système sans doute ancien, mais d'origine non connue. Pour les messages, l'esprit retors du roi se manifeste souvent par deux envois : le premier, le vrai, est confié à un cavalier suivant une route complexe, mais sûre; le second, faux mais vraisemblable, est acheminé ostensiblement, et de manière telle que son porteur sera très probablement intercepté par l'ennemi.

 

3. LA FONCTION AGRESSION.

 

31. ARMES DEJA EXISTANTES.

Dans la période couverte par ce chapitre, l'emploi du métal s'est banalisé; puis se produit le remplacement du bronze par le fer/acier, sauf quand le bronze est employé à titre ornemental, ou pour les objets ne pouvant être obtenus que par coulée, ou encore pour ceux qui doivent rester à l'abri de la corrosion., Il convient, semble t'il, de remarquer que le niveau technique de la métallurgie de certaines régions "barbares" - par exemple, civilisations de Hallstatt, puis de la Tène - n' a rien à envier avec ce qu'il était au même moment depuis la Méditerranée orientale jusqu'au Moyen Orient. A noter aussi que la vision classique de l'envahisseur triomphant, par son arme de fer contre celle de bronze, est abandonnée : plus simplement les peuples nomades, très généralement, ont fait preuve de plus d'agressivité que ceux sédentarisés. Nous nous limiterons à un survol des améliorations apportées à quelques-unes des armes qui existaient déjà.

La lance.

Mis à part le remplacement de la pointe de bronze par celle d'acier, elle ne subit guère de modifications au cours de la période de la "Grèce classique". ( Longueur de 2,60 à 3 m). Mais la "sarisse" de la phalange macédonienne va passer à 11 coudées, soit 5,7 m environ. Combinée avec une protection individuelle élaborée et une tactique sur laquelle nous reviendrons, la lance sera, par excellence, l'arme de l'Infanterie lourde qui va dominer le champ de bataille pendant plus de 3 siècles.

( Quoique ne disposant que de très minces renseignements sur les premières forces de Rome, la tradition continua à donner aux hommes de la centurie de première ligne le nom de hastaires - hastatis : munis de la lance, arme d'hast - bien des siècles après que tous aient reçu l'équipement standard du glaive et pilum. Elle nous montre que ces premiers légionnaires étaient armés à la grecque, mais sans peut-être avoir l'équipement de protection).

L'arc et la flèche.

L'arc de bois, à simple courbure, existait depuis au moins 15 000 ans, et sans doute beaucoup plus. Il va recevoir deux modifications techniques importantes, mais dans certaines régions seulement :

- celle dite de "la double courbure" - obtenue par torsions du bois frais et humide, qui se maintient après long séchage . Elle permet, à égalité de longueur ( plus exactement, d'encombrement ) de l'arme, et de force de traction sur la corde, de gagner 20 à 25 % en portée; ou, à performances égales, de diminuer nettement la longueur de l'arc sous tension;

- celle du passage de l'arc simple ( d'une seule pièce de bois ) à l'arc composé de deux, voire trois lames d'essences différentes, puis au "composite" qui utilise des matériaux de natures diverses. En général on trouve de l'intérieur - creux concavité - vers l'extérieur - dos convexité : * deux lames de corne ( résistance à la compression ) placées de part et d'autre de la poignée centrale; ( au Japon l'arc, immense, n'est pas symétrique );

* l'âme, médiane, de bois; * une couche de "nerfs" d'animaux ( résistance à la traction ) sur toute la longueur e la partie externe. ( Ce "nerf" est normalement le tendon "ligamentum nuchae" qui court le long de la colonne vertébrale des mammifères. Sa résistance à l'allongement est de l'ordre de 20 kg par mm2, quatre fois celle des meilleurs bois d'Europe. Les lames de corne, en général, lamelles de cornes de buffle, résistent à une pression de 12 kg par mm2, trois fois celle du bois.)

Les arcs composés, puis composites, sont assemblés par collage puis ligature sur toute la longueur. A poids et dimensions égales, l'arc composite - toujours à double courbure - gagne encore 15 à 20 % en puissance sur le composite. Il permet donc de diminuer plus encore l'encombrement une fois la corde mise en place : longueur de 1,00 à 1,15 m.

Ce sera donc, par excellence, l'arme des archers à cheval.

Cet arc, composé et composite, de fabrication longue, coûteuse, et réservée à des spécialistes, ne se répandra pas en Europe centrale et occidentale sous cette forme89, mais il y constituera l'"arc" de l'arbalète - besoin de forte puissance sous faible longueur - jusqu'à son remplacement sur ces engins par des lames d'acier.

Le composite n'atteindra la Chine, semble t'il, qu'avec les premiers raids des peuplades mongoloïdes. Il restera l'arme normale des Proche et Moyen Orient jusqu'au XIV ème siècle de notre ère, ( et chez certains peuples, presque jusqu'à nos jours): En Occident, l'archer, même s'il se déplace à cheval - ce qui est rare - est un fantassin qui, visant de pied ferme pratique le tir au but avec un arc dont la grande longueur n'est pas une gène - et qui est relativement peu coûteux. En Orient, l'archer-cavalier avait besoin d'une arme courte, mais de puissance suffisante. L'emploi, souvent en pleine course du cheval, ne pouvait prétendre à la précision; l'archer pratiquait donc un "tir sur zone" pouvant se contenter de flèches de qualité médiocre, alors que l'extraordinaire précision de l'archer occidental ne peut être obtenue, comme nous l'avons dit, que de projectiles parfaitement standardisés ( longueur, diamètre, masse et flexibilité). (f)

La fronde.

L'arme, proprement dite, n'a guère subi de modifications. Mais les spécialistes, qui sont souvent des mercenaires originaires de Rhodes et des Baléares, sont porteurs, en général, de 3 frondes de longueur croissante. ( Les deux qui ne sont pas utilisées sont enroulées autour de la tête). Ceci peut ( correspondre à des formes de tir allant du jet relativement précis mais à courte distance, jusqu'au tir à portée extrême, pour harcèlement sur zone.

En revanche, nous l'avons évoqué, le projectile de plomb se généralise, avec forme d'un ellipsoïde de révolution et non d'une sphère : meilleure tenue dans la poche de l'arme. Masse pouvant atteindre, voire dépasser 40 grammes. En cas d'épuisement des projectiles réglementaires le frondeur se rabat sur des galets, de petites pierres plus ou moins rondes, voire des boules d'argile cuite.

Les exploits attribués aux frondeurs en matière de précision du tir paraissent avoir été très largement exagérés (g).

L'épée, le sabre et le poignard

Ils bénéficient, nécessairement, des progrès de la métallurgie, et plus spécialement de la sidérurgie car le bronze a pratiquement disparu dans cet emploi ( selon les zones ) entre le VIII ème et le VI ème siècles.

A cela, deux raisons - le bronze est un alliage de deux métaux semi-rares donc coûteux, alors que le minerai de fer se trouve presque partout;90 le fer ou l'acier, même de qualité médiocre, est nettement plus résistant au choc que le bronze. Certes, un objet de bronze brisé peut facilement être fondu et passer à nouveau à la coulée; mais au combat mieux vaut une épée de fer plus ou moins tordue que l'on redresse aussitôt sous le pied, qu'une de bronze en deux morceaux. Comme nous l'avons annoncé, nous ne nous lancerons pas dans la classification des très nombreuses armes relevant du type épée/sabre ou poignard de l'époque : nous nous limiterons à citer celle, à peu près standard du hoplite : c'est un sabre-épée de fer, droite, souvent avec garnitures décoratives de bronze, à lame de 60 cm pour une largeur maximale ( double tranchant ) de 6 cm. Pouvant servir d'estoc et de taille, elle est portée dans un fourreau de bois recouvert de cuir.

- Engins de sièges "classiques".

Toujours grâce aux progrès de la boiserie elle même due à ceux des outils, les tours d'assaut et béliers purent arriver aux gigantesques dimensions nécessaires pour être efficaces contre des fortifications sans cesse améliorées. Nous avons déjà évoqué la fameuse hélépole de Démétrios pour le siège infructueux de odes, qui, pour avancer, nécessitait les forces conjuguées de 2000 hommes pour ses 170 tonnes environ. Nous n'avons que très peu de renseignements sur celle que le même Démétrios fit bâtir pour le siège de Thèbes. Toutefois sa masse aurait été telle u'il fallut 2 mois pour l'avancer de 400 m : moins de 14 m par jour ! ( -l est vrai qu'il peut y avoir eu là une question de pente de terrain mal appréciée.)

Les auteurs de cette époque font également mention, ( et comme d'engins non extraordinaires ) de béliers oscillants, suspendus à un cadre mobile, de 1000 talents-poids, soit près de 30 tonnes, manœuvrés par un millier d'hommes.

Mais la grande nouveauté des tours d'assaut, nous allons y venir, fut d'être munies d'une artillerie névrobalistique qui en faisait des batteries mobiles... lentes.

32. Armes et engins nouveaux.

Pendant la période traitée dans ce chapitre il n'y eut pas création d'armes individuelles nouvelles, à part le gastrophète, première ébauche de l'arbalète - peu répandu d'ailleurs - et que, jusqu'à un certain point, on peut considérer comme une sorte de modèle réduit de ces machines de jet qui caractérisent l'époque comme la première ayant utilisé l'artillerie lourde et de campagne : machines n'utilisant pas directement la force musculaire. ( Passage comparable à celui du javelot à l'arc.)

C'est en -399 que Denys l'Ancien, tyran de Syracuse, inquiet de l'expansion de Carthage en Sicile, fit oeuvre de précurseur en lançant une sorte de "programme" de recherche et développement avec l'aide d'ingénieurs recrutés - parfois sans grands ménagement - dans tout le monde grec. Il sut constituer des équipes spécialisée, créer une ébauche d'organisation rationnelle du travail et - chose importante - créer l'émulation entre ses équipes d'ingénieurs par un système de récompenses.

En réalité, il serait invraisemblable que l'artillerie névrobalistique ait été alors créée "ex nihilo" par ces chercheurs. On peut supposer que, partant de machines déjà connues, ils ont à la fois donné un coup d'accélérateur et rationalisé ce qui n'était encore qu'un échantillonnage construit à l'intuition.91

Ce programme d'armement conduisit d'une part à des navires plus lourds, plus rapides, et pour la première fois munis d'engins de jet capables de perforer ou démolir la protection des rameurs ( prévue contre les flèches et les balles de fronde; d'autre part aux premiers lanceurs lourds de projectiles).92

Le premier nouvel engin de jet avait été le gastraphète : arc de grande puissance puisque l'homme doit peser de tout son poids pour le tendre, monté sur un arbrier perpendiculaire portant un chariot coulissant sur rainures, et qui peut être maintenu sous tension jusqu'au moment du tir grâce à un système de retenue à cliquet et détente. La cadence de tir était très lente, comparée à celle de l'arc, mais la portée et la force de pénétration nettement supérieures; et un "bon tireur moyen" pouvait être formé rapidement. Ce tireur pouvait attendre, arme prête, sans avoir la fatigue d'exercer une traction permanente sur la corde. C'était donc plus une arme de défense de place forte que d'attaque.

Nous ignorons où et quand le gastraphète a vu le jour.

Les ingénieurs de Denys l'Ancien ont porté cette "arbalète" à des dimensions et des masses telles qu'il n'était plus question de les manier à bras. Les nouveaux engins reposaient donc sur des affûts. Ce furent les premiers oxybèles, ou "serpents". Simultanément, ou presque, fut inventée la "poche" du milieu de corde de tension, apte, au lieu d'énormes traits, à lancer avec force et précision des boulets de pierre beaucoup plus lourds que les projectiles du frondeur - jusqu'à quelques kg semble t'il, donc capable de tuer et blesser plusieurs adversaires par ricochet.

La flèche de l'oxybèle, d'une longueur de 0,80 m environ, était beaucoup plus lourde ( 0,6 à 0,9 kg ) que celle de l'arc et ( énergie cinétique, 1/2 MV2 ) capable aussi de perforer une file de plusieurs hommes. ( L'évaluation des masses est rendue difficile par le fait que le talent-poids, de 27 kg en Attique, pouvait avoir une valeur assez différente dans d'autres régions.)

Ces nouveaux engins vont prendre le nom générique, et expressif, de catapultes, c' est à dire: perceurs de bouclier ( kata peltè ) ; mais avec des appellations très diverses selon le mécanisme/principe de propulsion, le type de projectile, les dimensions et, naturellement, la langue de l'utilisateur. Parfois aucun doute n'est possible, au moins sur un point : le "lithobolos" est un lanceur de boulet; le "serpent" - qui pique - un lanceur de traits. Mais des mots tels que baliste et catapulte sont souvent trop flous pour ne pouvoir être précisés que par le contexte.

Vers -375 l'évolution conduit à des machines trop puissantes pour être tendues, directement, par les 2 ou 4 hommes robustes qui peuvent trouver place derrière l'arc de l'engin. On voit apparaître l'oxybèle, à treuil et arc de type composite mais de grandes dimensions. Plus tard, ayant épuisé les ultimes capacités de l'arc, vers -340 les ingénieurs passent à un nouveau système de stockage de l'énergie : la torsion, puis détente brutale, de deux faisceaux de cordages constitués en fait de "nerfs" d'animaux ( toujours le "ligamentum nuchae" ) ou, à défaut, de longs crins ( par exemple. de la queue de cheval ), voire de cheveux humains - de femmes, car plus longs. Chaque écheveau agit sur un levier, l'ensemble des deux leviers formant les bras de arc. Dès les premiers, les engins de ce type étaient capables de lancer à 300/400 m une lourde flèche - 7 kg environ - qui "embrochait" une file de 4 ou 5 soldats avec bouclier et armure, et 7 ou 8 non protégés. Mais il s'agissait encore de machines pouvant être hissées et transportées sur chariots. Presque aussitôt ( -335 ? ) l'appareil fut adapté au lancement de boulets, avec portée fonction de la masse du projectile et du mode de tir choisi : tendu et précis, ou "plongeant" et sur zone.93

Mais, tout en conservant les machines transportables - artillerie de campagne, en somme - les lanceurs lourds vont croître en dimensions et masse, ce qui rend leur transport impossible, donc leur construction sur place inévitable. Ce seront les engins de siège. Vers -300 les ingénieurs en sont arrivés à des catapultes d'une hauteur totale d'une dizaine de coudées ( environ 5 m ) avec longueur de l'ensemble glissière-crans de cliquets-treuil de 8 à 9 m. De tels engins pouvaient lancer des traits de 4 m; mais !ils étaient surtout utilisés pour le bombardement avec des boulets de 82 kg environ, oit 3 talents-poids.

Portée - 400/500 m en tir courbe, plongeant pour démoraliser les assiégés en fracassant les habitations et monuments - 170/180 m ( un stade ) en tir tendu, assez précis, pour détruire les merlons de protection entre créneaux au sommet des murailles. Une fois les merlons abattus sur une certaine longueur de rempart, les défenseurs tentant de les rétablir étaient soumis à un déluge de flèches; puis selon le cas ( et la pente d'approche ) une tour d'assaut pouvait être avancée, ou bien les sapeurs s'attaquaient au bas de la muraille. L'Hélepole de Rhodes ( Démétrios, en -304 ) combinait tour mobile et catapultes : sur ses 9 étages étaient placés, du haut vers le bas, 2 oxybèles, 10 catapultes à projectiles de 14 kg, 4 de 27 kg et 2 de 82 kg.

Il ne semble pas que les monstres à projectiles de 82 kg aient été dépassés. ( On peut supposer que Démétrios, là comme ailleurs, avait voulu battre tous les records de gigantisme). L'emploi des engins légers comme pièces de campagne est mentionné par de nombreux -auteurs. Par exemple, Arien le signale pour Alexandre en Illyrie ( I.6 ), et au passage de vive force de l'Iaxartès - Syr-Daria actuel - ( IV.4) pour couvrir la "tête de pont" sur la rive ennemie.

Un autre type de machine était représenté par le faisceau unique, horizontal, agissant au milieu sur un long levier pivotant dans un plan vertical. Ce levier !pouvait soit être terminé par une sorte de "cuillère" chargée d'un boulet de pierre, soit venir frapper l'arrière d'une énorme flèche engagée dans un trou cylindrique foré dans le bâti (vertical) d'arrêt du levier. La violence du choc exigeait une construction tout particulièrement solide, et le mouvement du levier rappelait celui de la ruade d'un équidé. De ce fait, le lanceur de boulets était l'onagre animal dont nous avons dit qu'il se montrait rétif au dressage. Le lanceur de trait était souvent appelé le "scorpion".

Passant sur les dispositifs mécaniques, nous relèverons un fait intéressant : les ingénieurs militaires étaient parvenus, expérimentalement, à déterminer le diamètre optimal du faisceau de "cordes" donner la vitesse/portée maximale à un projectile de poids donné. En mesures actuelles, cm et kg, ce diamètre devait être égal à 7,9 fois la racine cubique du poids du boulet. Une fois ce diamètre déterminé, toutes les dimensions des diverses parties de la machine étaient calculées par multiplication de celles du "modèle unitaire". ( Ce n'est qu'au début du XX ème siècle que nous avons réussi à justifier cette pratique par le calcul de mécanique rationnelle.)

Mais on ne savait pas, alors, déterminer une racine cubique autrement que par tâtonnements. ( Et, de nos jours, peu de nos concitoyens savent le faire avec un papier et un crayon, mais nous avons eu les règles à calcul, puis les calculettes électroniques). ! C'est un géomètre grec, non identifié, qui inventa un dispositif mécanique simple, assez semblable à un pied à coulisse, qui permit de résoudre ce problème par de simples mesures de longueur et des calculs élémentaires. (h)

Ajoutons que l'emploi des gros lanceurs se traduisit par de sensibles changements dans l'art de la fortification. Selon Philon de Bysance, l'expérience montra qu'un mur de pierre devait avoir une épaisseur d'au moins 9 coudées ( 4,50 m ) pour résister à un tir répété de projectiles de 82 kg/3 talents; et ceci sous réserve de réussir à maintenir ( par contre-batterie, fossé, obstacles divers ) les lanceurs de l'assaillant à une distance d'au moins un stade de la muraille.

Les assiégés, naturellement, ne restaient pas passifs. La succession d'actions et de contre actions pouvait imposer des efforts importants et prolongés aux assiégeants dont l'impérative nécessité de maintenir une garde importante, de nuit, autour de leurs engins, car une sortie discrète des assiégés leur aurait permis d'incendier les machines qui les menaçaient.)

Nous n'insisterons pas sur d'autres engins de siège, beaucoup plus simples, tels que la sambuque, échelle d'assaut protégée, pivotant sur affût roulant, ou le chariot porteur d'une poutre incendiaire, destiné à l'attaque des portes, etc.

Pour mémoire, relevons les premiers balbutiements de la guerre chimique : ergot de seigle; contamination du cours d'eau alimentant la cité, par racines d'ellébore; fumées de plantes toxiques... et, guerre bactériologique : projection par lanceurs lourds, de cadavres de soldats assaillants morts de maladie.

Mais, comme Philippe de Macédoine, Énée "le Tacticien" ( dans "Poliorcétique" ) fait remarquer que le plus simple est d'avoir recours à la trahison d'un certain nombre de sœurs, gagnés à prix d'or.

 

4. MISE EN APPLICATION DES FONCTIONS MILITAIRES.

Pour la première fois nous trouverons - parce que l'Histoire est née - dans ce chapitre des exemples concrets des trois niveaux des actions militaires : tactique, opératique et stratégie.

Donnons d'emblée quelques exemples pour mieux faire comprendre au non spécialiste les différences existant entre ces trois niveaux déjà indiqués au chapitre précédent ( Ch.2; s/ch.4, préliminaire). :

TACTIQUE : Art de la mise en oeuvre - immédiate ou presque en général - optimale des moyens disponibles dans une situation, sur un terrain et à un moment donnés. - Par exemple, pour s'emparer d'un centre ( une ville notamment) ou d'une ligne de résistance, on peut :

- attaquer "en force" sur un point, percer, puis "enrouler" l'ennemi démoralisé;

- l'écraser sous un déluge de projectile au préalable, pour faciliter l'assaut;

- mener un siège en règle jusqu'à obtenir la reddition par épuisement; - fixer l'adversaire par une partie des forces, le déborder et le prendre à revers avec l'autre partie des forces.

- engager les toutes les forces d'emblée, ou ( réserves ) successivement....etc

( L'ensemble, avec "dosage" des types de forces engagées selon l'objectif.)

STRATÉGIE: ( à l'autre "extrémité"). Elle vise l'obtention de résultats politiques par la combinaison d'opérations militaires ; éventuellement par la simple menace de l'exécution de ces opérations.

l'effondrement du régime nazi94 pouvait être obtenu par :

- des bombardements aériens massifs, ( idée qui se révéla fausse);

- l'asphyxie de l'Allemagne par le blocus naval, ( efficacité partielle seulement );

l'avance de l'Armée Soviétique jusqu'à libération de tous les territoires occupés en Europe, ( mais qui aurait livré tout cette Europe à l'U.R.S.S). - le débarquement d'armées occidentales allant au devant de celles de l'Est. Solution retenue ( en combinaison avec les deux premières ) et traduite par la mission donnée au "C.in.C" : Vous débarquerez en Europe et, vous portant au cœur de l'Allemagne, vous détruirez ses forces armées.

OPERATIQUE : qui se situe entre ces deux niveaux. Elle détermine la nature, la forme, le lieu d'application des opérations à mener pour obtenir le résultat stratégique.

Reprenant l'exemple précédant, débarquement en Europe, les alliés "pouvaient" - choisir un autre point des côtes septentrionales de l'Europe qu'entre Cotentin et Orne;

- porter tout l'effort sur l'Italie puis pousser vers le centre de l'Europe;, - débarquer dans les Balkans, pour rencontrer les forces soviétiques le plus à l'Est possible.

Mais le choix n'était pas "possible" pour le printemps 1944, par défaut d'un volume suffisant de "shipping" (navires de transport ) pour alimenter un front lointain.

Rappelons encore que les limites entre tactique et opératique d'une part; entre opératique et stratégie d'autre part, sont souvent floues.

41. LES TACTIQUES.

A. L'hoplite et la phalange grecque.

La tactique de la phalange - infanterie lourde - et son "environnement" - infanterie légère - est la première qui nous soit connue avec certitude, car elle a été exposée en détails par les auteurs contemporains de sa mise en oeuvre, ou qui, un peu plus tard, l'ont comparée avec celle de la légion romaine.

L'introduction du bouclier hoplon au VII ème siècle, combinée avec une protection individuelle améliorée et l'adoption de la lance comme arme principale - épée comme secours, en quelque sorte - furent à l'origine d'une unité de combat, la phalange, qui allait jouer un rôle décisif pendant plusieurs siècles.

Dans cette unité les hoplites sont disposés en files, selon deux formations successives :, - la formation ouverte, préparatoire, en files doubles ( en profondeur ) espacées de 80 m environ les unes des autres. Les "couloirs" entre files serviront au repli des eltastes, lanceurs de javelots et frondeurs; !- la formation serrée, prise immédiatement avant le choc contre la phalange adverse. } Elle est obtenue par le passage de la moitié arriere des doubles files dans les intervalles, chaque homme venant s'aligner sur le rang correspondant des demi-files avant. Puis tous les rangs se ressérèrent vers le premier jusqu'à appuyer les boucliers d'un rang sur les dos des hommes du rang précédant. ( Toute référence à la profondeur - en nombre d'hommes - des files d'une phalange est relative à cette formation serrée : celle du combat.)

Chaque file tient alors un front de 0,90 m environ, le bouclier couvrant la majeure partie du corps de son porteur et partiellement celui de son voisin de gauche. Par dessus ce mur de boucliers la phalange attaque l'adversaire à la lance ( coups de pointe vers ce qui, non couvert par le hoplon, n'est pas totalement protégé : la figure et les jambes vers la hauteur du genou. Si l'un des hoplites du premier rang est tué ou blessé, il doit être immédiatement remplacé par son suivant dans la file : il est capital, en effet, d'empêcher qu'une brèche commence à se créer dans cette sorte de muraille d'hommes. En cas de rupture de la lance, l'hoplite dispose de son épée, utilisée comme arme d'estoc surtout, mais difficile à mettre en oeuvre contre le "mur" de boucliers adverses du fait de sa faible longueur. Il est possible ( probable ) que son suivant dans la file lui passe la sienne, reçoive celle du 3 ème homme, etc, jusqu'à l'arrière où un esclave apporte une lance de réserve au dernier de la file.

Considérant le très faible nombre de morts des armées victorieuses95, beaucoup de critiques modernes estiment que le moment de l'affrontement de deux phalanges devait être plus une action de force, cherchant à créer la brèche décisive, que de combat, à proprement parler. L'action serait quelque peu comparable à nos modernes "mélées" du rugby : chaque camp pousse, jusqu'à faire s'effondrer un pan de la ligne ennemie qui, alors désorganisée, n'offre plus de résistance. Suit l'exploitation, c'est à dire la poursuite et le massacre des vaincus.

S'agissant surtout de "pousser" - admirons la résistance du premier de file, écrasé entre ses camarades, situés derrière lui, et la ligne adverse directe - la profondeur de la phalange, c'est à dire le nombre de rangs, alla en croissant. Celle de Sparte, par exemple, est décrite à 4 rangs ( toujours en formation serrée ) par Thucydide à la fin du V ème siècle. Écrivant 40 ans plus tard, Xénophon la donne à 6 rangs. Dans le premier cas une armée spartiate à 7 bataillons ( "lochos" ) 3584 hommes, couvre un front de 900 m environ; dans le second l'armée à 6 régiments ( mora ) ne couvre plus que 575 m pour 3456 hommes.96 Par la suite la profondeur de la phalange classique ira toujours en croissant. A Mantinée, par exemple ( -362 ) si la ligne de Sparte et de ses alliés est uniformément à 12 rangs, chez l'adversaire ( attaquant en formation oblique ) les Thèbains, à gauche et en avant, alignent un bloc massif sur 50 rangs; leurs alliés, en échelons refusés, présentent des phalanges de 16 rangs pour les Thessaliens, de 12 pour les autres alliés. , ( Comme le montrera Guibert, près de 22 siècles plus tard, ce fameux "ordre oblique" réside beaucoup plus dans la répartition dissymétrique des forces que dans leur échelonnement sur le terrain.)

Deux points à relever: * pour une population donnée, donc un nombre limité de citoyens-hoplites la croissance de la profondeur de la phalange se traduit par un front tenu de plus en plus étroit. Or la phalange grecque est comparable à un de nos modernes chars qui ne serait blindé et ne pourrait tirer que de face. Tournée et prise de flanc, voire à revers, elle est particulièrement vulnérable malgré l'ébauche de flanquement dont nous parlerons plus bas;

dans la plupart des cités la coutume veut que le chef combatte au premier rang. Il ne peut plus donner d'ordres dès que le corps à corps commence. Par ailleurs sa mort au combat peut être un désastre s'il s'agit d'un homme de valeur exceptionnelle. (Par exemple, Mantinée fut une victoire de Thèbes; mais Épaminondas y ayant été tué, la puissance militaire de cette ville, privée de ce chef génial, s'effondra rapidement).

Les troupes légères. Après leur mission initiale de harcèlement, elles ne restent pas inactives. En règle générale elles se portent aux ailes où elles renforcent la cavalerie - s'il y en a, ce qui paraît bien rare au moins dans les débuts de la phalange - contre une éventuelle action de l'infanterie légère ennemie, voire harcèlent