| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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CHAPITRE VI : DE LA RENAISSANCE AU SIÈCLE DES LUMIÈRES. ( de 15OO à 1789.)
Remarques préliminaires
A. Période considérée. Les trois siècles qui vont être étudiés dans ce chapitre relèvent, pour l'Histoire au sens classique du terme, de deux périodes bien distinctes:- La "Renaissance" dont les débuts, depuis l'Italie jusqu'à l'Europe du Nord s' étalent sur plusieurs décennies : par exemple, elle est déjà très largement en cours dans la péninsule en 1500, alors qu'elle débute dans les pays du Nord-Centre Europe et est encore totalement inconnue en Russie. - La plus grande partie de la période dite classique, couvrant à peu près les XVII ème et XVIII ème siècles. Nous suivons ici un découpage différent de celui de l'historien. En effet - ne nous lassons pas de le redire - l'historien s'intéresse aux résultats politiques des évènements, à l'activité littéraire et artistique; et depuis peu, aux conditions de la vie des populations. En revanche, et malgré d'inévitables recoupements, c'est bien essentiellement l'influence des progrès techniques sur la "chose militaire" qui nous occupe. Le créneau de temps couvert par ce sixième chapitre nous semble justifiée par les raisons suivantes : A1. Armées de Terre - pendant 3 siècles l'artillerie va connaître de sensibles amélioration - notamment pour la fabrication, la traction par train avant la bombe de mortier puis l'obus explosifs les pièces standardisées; mais ces améliorations ne remettent fondamentalement en cause ni le matériel ni son emploi, hérités l'un et l'autre des dernières années du Moyen Age; - en revanche c'est au cours de cette période que l'arme à feu individuelle fait les progrès décisifs qui vont, à son tour, la mener à une première maturité technique : mise à feu, portée, cadence de tir qui, sauf pour des points mineurs la figeront pour plus d'un siècle et demi : pendant la Guerre de Sécession et même celle de 1870, on emploiera encore, faute de mieux, des fusils qui n' auraient nullement surpris les hommes qui reçurent les premiers Mles - réglementaires- 1717. 267Point "mineur" pour le fusil proprement dit, certes, mais pas au plans de la nature et de l'organisation des forces, de la tactique plus encore, que l'apparition d'une nouveauté pourtant bien simple au plan technique : la baïonnette qui, faisant disparaître le piquier millénaire, entraîne le bouleversement de la structure des armées : avec elle tout fantassin devient simultanément fusilier et piquier. C'est aussi le début de cette période qui, grâce à la platine à rouet puis celles à silex, connait la réalisation des premières armes à feu de poing pratiques : les pistolets, qui, eux aussi, ne changeront pas fondamentalement jusque vers le milieu du XIX ème siècle, sauf passage du silex à la "capsule" à partir de 1820. A2. Marines : C'est aussi au cours de cette même période que le navire de guerre va arriver à un stade de maturité technique qui, à des améliorations près, le "figera" jusqu'au milieu du XIX ème siècle, avec le bâtiment - désormais spécialisé - muni de pièces puissantes disposées en batteries latérales : armement qui, pour la première fois, est capable de couler, de désemparer tout au moins, l'adversaire. On a pu écrire - Pr. J.P. Baxter - " que les loups de mer de Francis Drake, qui eurent affronter la "Grande Armada"268, se seraient sentis "chez eux" sur le Cumberland, frégate fédérale coulée le 8 mars 1862 par le cuirassé Virginia."269 Mais, si les matériels terrestres et navals des guerres de la Révolution et de l'Empire étaient encore ceux de la Monarchie, pourquoi arrêter ce chapitre à 1789 ? Parce que avec la Révolution et le concept de la Nation en armes, avec le volume des effectifs en ligne, avec une pensée tactique et - surtout - opérationnelle et stratégique inusité, avec enfin de nouveaux concepts d'emploi des matériels, il se produisit une de ces "ruptures" militaires - d'ampleur comparable à la rupture socio-politique - qui sont si rares dans l'histoire. Nous avons donc cru devoir arrêter ce chapitre au moment où commença ce formidable bouleversement après lequel ( comme après la fin de l'Empire romain, après celle de la féodalité ) les choses ne furent plus jamais ce qu'elles avaient été. Nous ajouterons un point, trop souvent occulté en France par la fascination - qu' elle soit attractive ou répulsive - de la Révolution : 1789 est aussi l'année de la ratification et de la mise en application ( avec l'élection du premier président ) de constitution américaine. C'était donc l'année de la naissance de la première grande nation moderne située hors d'Europe. B. Etat de l'Europe. Lorsque commence la période considérée ici, les diverses régions de l'Europe présentent des situations politiques et économiques, donc militaires, très diverses : - Quelques pays seulement en sont parvenues ( ou revenues -) au stade de nations centralisées, soumises à l'autorité d'un souverain dont les pouvoirs peuvent même étendre ( jusqu'à un certain point ) au domaine religieux. On ne trouve guère à ce niveau que la France, l'Angleterre et l'Espagne ( où, par le jeu des héritages, Charles-Quint va cumuler une puissance menaçant aussi la France par l'Est et dans une certaine mesure, l'Empire Ottoman, puisque ses seules possessions dans les Balkans représentent l'équivalent de la surface de notre pays à cette époque. - Les cas de l'Italie et de l'Allemagne sont radicalement différents : ces futures grandes nations sont - et seront encore longtemps - morcelées en petits états plus ou moins indépendants, situation à l'origine de très nombreux conflits locaux ou étendus aux nations centralisées par le jeu des ambitions de ces grandes puissances ou par ; - La puissance de grands états européens est encore à venir, ( Grand-duché de Russie, Autriche indépendante, Pologne Pays-Bas ), ou sera éphémère ( Royaume de Suède, Grand-duché de Lituanie, ...) Enfin, faisant suite aux voyages de découvertes de la fin du XV ème siècle et des débuts du XVI ème, il convient de relever les premières conquêtes coloniales européennes; dont l'extension à de véritables empires d'outre-mer sera une cause supplémentaire et séculaire de conflits. 1.L'ETAT DES SCIENCES ET DES TECHNIQUES.
11.L'EVOLUTION DE LA PENSEE. ( Nous ne parlerons pas ici des questions littéraires et artistiques, sinon pour relever - opinion personnelle, iconoclaste - que la fameuse Renaissance a été un peu trop souvent le démarquage quelque peu servile des oeuvres de l'antiquité.) Les progrès techniques réalisés depuis la chute de l'Empire d'Occident jusqu'à la fin du XV ème siècle n'avaient pas été négligeables, loin de là. Toutefois, considérant que ces progrès avaient été faits sur la durée d'un millénaire, les découvertes avaient été relativement rares, encore que l'on puisse noter qu'elles allaient en s'accélérant pendant les deux ou trois derniers siècles du Moyen Age. La lenteur de cette évolution technique semble tenir au fait qu'elle avait été à peu près exclusivement empirique : pour décider de l'épaisseur à donner aux murailles d'une fortification ou aux parois d'un canon, de la section des pièces de bois d'un navire ou de celle d'un pilier de maçonnerie, les "ingigneurs" ne procédaient pas à l'application à un cas particulier de principes généraux : ces principes n'existaient pas, ou avaient été oubliés. Il y avait eu, pourtant, des ingénieurs, mais pratiquement aucun théoricien du niveau des mathématiciens-physiciens-astronomes grecs. ( On peut rêver à ce que serait notre société, actuellement, si à chaque siècle depuis l'"an mil" était né un Archimède). Les artisans, architectes et ingénieurs employaient donc des "recettes" reposant sur celles réalisations qui avaient réussi - le canon qui n'a pas explosé; le pont ou la cathédrale qui ne se sont pas effondrés - et les extrapolaient avec prudence pour ire face aux problèmes analogues mais non identiques. Comme les Romains, on faisait généralement "trop solide" pour être certain de l'avoir fait assez; ( ce qui explique d'ailleurs la surprenante résistance des édifices religieux aix bombardements du second conflit mondial). Pourtant, l'essort de la technique entraînant celui de l'économie, il avait bien été ressenti comme un besoin par les souverains et la haute bourgeoisie marchande, à la différence de la noblesse. Ceci se traduisait par l'estime dans laquelle étaient tenus les ingénieurs de valeur; estime matérialisée par le fait que les souverains éclairés chercherent à les attirer à leur service, ou tout au moins dans leur pays, pratiquant ainsi la politique du "brain drain" bien avant que l'expression existe. ( Cas, par exemple de Charles VII, Louis XI et plus encore de François 1er, important des artistes mais aussi - fait moins connu - des ingénieurs italiens et allemands. Par ailleurs, et dès les débuts du XVIème siècle, l'imprimerie permettait enfin une large diffusion du savoir:- savoir contemporain, représenté par des manuels techniques tels que le De re metallica d'Agricola ( Georg Bauer ), la "Pyrotechnia" de Biringuccio, les multiples ouvrages consacrés aux machines, de Volterio, Rimini, Besson, Romelli, etc;- mais aussi, toujours grâce à l'imprimerie, large diffusion et redécouverte du savoir théorique de l'Antiquité. La première édition de ce qui avait subsisté de l'oeuvre d'Archimède est datée de 1554. Vers la même époque paraissentles travaux d'Euclide, d'Appolonius, de Héron l'Ancien...Pour certains hommes la révélation de la pensée de ces esprits supérieurs, de la rigueur de leurs raisonnements, fut une sorte d'éblouissement. Sans aller dans les excès de langage d'un Francis Bacon (a), traitant les philosophes avec mépris ( Platon : plaisantin plein d'enflure ; stote imbécile prétentieux ), il faut bien reconnaitre avec Pierre Pousseau 270 que ces idoles de la scolastisque pesaient d'un bien faible poids à côté d'un Eudoxe, d'un Archimède ou d'un Erathosthène dans le domaine de la science. C'était là, évidemment, aller beaucoup trop loin; mais nous savons que l'être humain est souvent porté à brûler ce qu'il a adoré. Quoi qu'il en soit, la machine scientifique est relancée à partir de la Reine et Servante des sciences, la Mathématique.C'est en Italie ( pourtant - ou parce que ? - divisée comme l'avait été la Grèce en petits états rivaux ), que commença le nouveau départ, alors que pendant plusieurs décennies - un à deux siècles pour certaines universités- le reste de l'Europe allait encore se complaire dans les subtiles et stériles controverses d'une scolastique pseudo-aristotélicienne. Appuyé par les princes, admis par l'Eglise (b), le développement scientifique franchira d'abord les Alpes en raison des guerres d'Italie, d'où la paix de Cambrai avait chassé, très opportunément pour notre pays, les hommes du parti français En liaisons épistolaires avec leurs confrères restés sur place, ces hommes serviront en somme de "relai" avec la France, d'où les idées nouvelles diffuseront vers toute l'Europe Occidentale et Centrale. 12. SCIENCES ET TECHNIQUES. Avant d'aborder ces questions il est nécessaire de faire deux remarques relatives à ce que nous trouverons dans ce sous-chapitre : - Si jusqu'au chapitre V nous avons pu citer pratiquement tous les progrès importants survenus au cours des périodes considérées successivement, cette énumération ne sera plus désormais possible en raison de l'"explosion" scientifico-technique ( avec les applications pratiques correspondantes ), qui va commencer dans le créneau de temps aité. Désormais, nous devrons nous limiter à l'essentiel de ce qui nous semble concerner le sujet traité, et donc à faire des choix, avec tout ce que cela comporte de risques de non objectivité. - L'homme de science de cette période de trois siècles est, surtout aux débuts, généralement "polyvalent ou "poly-scientifique". Il est mathématicien, astronome, mécanicien ( au sens de la mécanique rationnelle), physicien, chimiste...cumulant en général au moins deux de ces spécialités. Des amateurs assurant leur existence par l'exercice d'un métier très prenant, se feront pourtant un nom : dans les mathématiques pures en général.271 Le cas typique est celui de Fermat ( 1601-1665 ) Conseiller du Roy au Parlement de Toulouse, charge qu'il assura avec dévouement et intégrité, il sera aussi l'un des pères de l'Arithmétique supérieure branche que nous appelons Théorie des nombres et dont on a dit que sous une présentation très simple, elle est " d'une difficult à donner le frisson." 272Le scientifique du XVIII me siècle pourtant commence à se spécialiser : un individu donné sera surtout un physicien ou/et un chimiste; ou bien un mathématicien ou/et astronome. Et déjà, pourtant, on ne saurait atteindre un niveau éminent dans de nombreuses "sciences de la nature" - dans les diverses disciplines de la physique et de l'astronomie notamment - sans posséder un niveau non négligeable en mathématiques. Au moins dans certaines de ses branches; ceci explique pourquoi ( et jusque pendant une partie du XIX ème siècle ), un astronome ou un physicien pourra avoir l'occasion de s'illustrer non seulement dans sa spécialité, mais aussi de faire de brillantes découvertes dans celles des branches mathématiques qu'il utilise. 12.A - ETAT DES SCIENCES. Pour la plus grande partie de la période considérée ici, il est donc quelque peu artificiel de séparer les diverses sciences puisque nous retrouverons très souvent le même nom dans plusieurs disciplines. Nous prendrons pourtant le parti de cette séparation, mais sans chercher a faire des illusion sur une apparence de strictes subdivisions. Mathématiques. Dès les débuts du XVI ème siècle des hommes comme Tartaglia ( Nicolas Fontana, 1499- 1557, par ailleurs médecin et auteur d'un traité d'artillerie ), Jérome Cardan ( Gerolamo Cardano, 1501-1576, lui aussi médecin mais en, outre, astronome et astrologue ) renouent en Italie la grande tradition des mathématiciens antiques : la recherche de la solution générale à un certain type de problème. Le premier mathématicien français digne de ce titre fut François Viète ( 1540-1603), qui eut l'éminent mérite d'ébaucher le symbolisme algébrique ( et inventa, pour le roi Henri IV, de très nouvelles méthodes de cryptographie). Presque contemporain, l'Ecossais John Neper ( 15550-1617 ) fit, trois ans avant sa une géniale remarque à propos de la fonction inverse de celle de l'exponentielle, la fonction logarithmique : Log (a) + Log (b) = Log (a+b) et Log (a) - Log (b) = Log (a/b) d'où l'on déduit, évidemment, que : Log (an) = n * Log (a) et Log ( racine n ime de a ) = 1/n Log (a) était l'invention du calcul logarithmique avec ses tables, puis les cercles et les règles à calcul qui furent indispensables aux physiciens, chimistes, ingénieurs, ( et lycéens ) jusqu'à la très récente diffusion des calculatrices de poche : pratiquement usqu'à la seconde moitié des années 1970 273 Pour la suite, nous devrons nous limiter à citer les "grands noms" des XVII ème et XVIII ème siècles274, car la simple énumération des découvertes, avec de très brefs commentaires sur leur nature, représenterait déjà au minimum une centaine de pages. Nous renvoyons donc le lecteur aux ouvrages spécialisés. , Relevons donc les noms de : Descartes (1596-1650), Fermat (1601-1665) Pascal (1623-1662), Newton (1642-1727), Leibnitz (1646-1716), la "dynastie" des Bernouilli ( qui donna, en quatre générations, 1623 à 1807, une dizaine de mathématiciens, dont trois éminents ); Euler (1707-1783); Lagrange(1736-1813); Monge (1748-1818); Laplace (1749- La vie de ces trois derniers s'étend au delà de la période considérée ici; mais, comme presque tous les grands mathématiciens et physiciens, leur génie s'était révélé très tôt. L'essentiel de leur oeuvre créatrice appartient au XVIII ème siècle. ( " On dcouvre jusqu'à 30 ans. Ensuite on vit sur sa réputation ", comme l'indique le dicton. )â Si nous n'avons pu entrer dans le dtail des découvertes de chacun de ces mathématiciens, il convient sans doute pourtant de donner une idée du niveau atteint à la fin de cette période; niveau qui jusqu'aux premières décennies de notre siècle était bien suffisant pour la très grande majorité des applications à l'art de l'ingénieur: Notation algébrique; coordonnées cartésienne et représentation des fonctions par des courbes; algèbre et analyse algébrique; équations différentielles; géométrie analytique à 2 et 3 dimensions; mécanique rationnelle et cinématique; analyse combinatoire et débuts du calcul de probabilités; trigonométrie plane et sphérique; séries infinies; débuts de la théorie des nombres; géométrie descriptive, etc : on a pu dire que, plusieurs années après le second conflit mondial, 95 % des programmes mathématiques des concours d'entrée aux "grandes écoles" reposaient sur des travaux datant d'avant 1800; ( ce qui explique la "longévité" des meilleurs manuels de préparation à ces concours.) Astronomie. Au cours de cette période, elle présente deux traits particuliers : - Jusqu'aux débuts du XVII ème siècle, l'astronome est aussi, le plus souvent un astrologue au service d'un prince. Tout laisse penser que ces derniers astronomes- astrologues 275 n'avaient guère confiance dans leurs propres prédictions...Mais il faut bien vivre, et faire vivre son observatoire. Comme on l'a dit, si l'astrologie n'a jamais été qu'un tissu de balivernes, il faut lui reconnaitre le mérite d'avoir été bien longtemps la "nourrice" de l'astronomie. - Les astronomes du XVI ème et du début du XVII ème siècle ont été des observateurs, d'une habileté remarquable d'ailleurs, compte tenu des moyens dont ils disposaient. Leurs "catalogues" des positions des planètes ont ensuite permis de formuler les lois des mouvements célestes ( Kepler ); puis ces lois, purement expérimentales, ont été expliquées par Newton comme résultant des propriétés de l'attraction gravitationnelle de la matiere. ( Vers 1700, tout le "monde savant" distinguait parfaitement entre poids et masse...ce que ne font pas encore beaucoup de nos contemporains.) Nous citerons : Copernic (1473-1543); Tycho Brahé (1546-1601); Galilée (1564-1642); Kepler (1571- 1630); la dynastie des Cassini( de 1625 à 1845); Newton (1642-1727); Roemer (1644-1710); Laplace (1749-1827) Principales découvertes : Système héliocentrique; lois cinématiques du mouvement des corps célestes; gravitation et application à la mécanique céleste; redécouverte de la précession des équinoxes; détermination (approximative) de la longitude par les éclipses des satellites de Jupiter; premières appréciations de la vitesse de la lumiere; théorie des marées; applications de l'astronomie à la géodésie et à la cartographie. ( A noter, aussi, le fait que l'astronomie a été le "moteur" de la taille précise des lentilles). Au plan militaire, la découverte des lois de la gravitation a enfin permis de comprendre la "balistique externe" - encore qu'à ce stade on ne pouvait guère tenir compte du freinage atmosphérique - et d'abandonner le bizarre principe aristotélicien de l'"impetus". Physique. A l'encontre de ce qui existe actuellement, les applications des progrès de la physique au domaine de la guerre furent encore très rares : l'amélioration des techniques eut un rôle plus important que les sciences à cet égard. Pour les physiciens, nous citerons : Galilée (1564-1642); Descartes (1596-1650); Mariotte (1620-1684); Pascal (1623-1662); Boyle (1627-1691); Huygens (1629-1665); Newton (1642-1727); Newcomen (1663-1724); Celsius (1701-1744); Réaumur(1683-1757); Coulomb (1736-1806); Watt (1736-1819); Volta (1745-1819); Laplace (1749-1827) et pour les principales découvertes : Réflexion et réfraction de la lumiere ( d'où propriétés des miroirs plans et courbes, et des dioptres; lentilles composées); théorie corpusculaire de la lumiere; distinction entre masse et poids; entre force, énergie et puissance; inertie et centre de gravité; champ de gravitation; statique, cinématique, dynamique; proprétés des fluides ( dont hydrostatique et compressibilité des gaz); pression atmosphérique sa variation avec l'altitude; propagation du son; cavités résonnantes; température; premières notions de quantité de chaleur et de thermodynamique; électrostatique et magnétisme; applications du microscope, notamment à l'étude des métaux : alliages et trempe. Chimie. Les connaissances - purement expérimentales - qui avaient été acquises par les alchimistes du Moyen Age semblent avoir été loin d'être négligeables. Malheureusement le secret dont ils entouraient leurs travaux ne permet guère d'apprécier l'étendue de leurs découvertes; d'ailleurs ce goût du secret avait freiné la transmission des connaisances entre les alchimistes d'une même époque, et entreeux et leurs successeurs, les chimistes : il est bien probable que de notables avancées se sont perdues. Pourtant, il est certain qu'à partir des corps purs ils avaient isolé de nombreux éléments et créé de nouveaux corps purs; ils avaient distingué entre métaux et métalloïdes, entre acides et bases, par exemple. Ils avaient observé les phénomènes d'oxydation et de réduction. Le dernier grand alchimiste fut Paracelse ( Théoprastus B. von Hohenheim, 1493-1541) par ailleurs père de la "médecine hermétique". Après lui commence l'ère du chimiste au sens moderne du terme. Nous relèverons les noms suivants Boyle (1627-1691); Hales (1677-1761); Macquer (1717-1784); Bayen (1725-1798); Black 1728-1799); Cavendish (1731-1810); Priestley (1733-1804), Lavoisier (1743-1794) mort sur l'échafaud, puisque La République n'avait pas besoin de savants ( mais besoin désepérément, d'ingénieurs); Bertholet (1748-1822), lui aussi en partie homme du XIX ème siècle. Pour les principaux travaux : Notion d'espèce chimique; distinction entre corps purs et éléments; réfutation de la vieille théorie du phlogistique ; isolement de nombreux éléments, (oxygène, azote...); composition de l'air; étude de corps composés gazeux; rôle de l'oxygène dans la respiration et l'oxydation; loi de conservation des masses, etc. 12.B. ETAT DES TECHNIQUES. Travail du bois. Le niveau technique des travaux des charpentiers et menuisiers du Moyen Age ne sera guère dépassé, mais la mise en oeuvre d'outils au tranchant d'acier de meilleure qualité se traduit par une accélération du travail. Quelques points peuvent être retenus - L'importation d'essences de bois tropicaux commence. Elle offre des matériaux aux qualités différentes de celles des bois européens : dureté; flexibilité; résistance à la traction, à l'écrasement, et au pourrissement. - Bien que la géométrie descriptive n'ait été découverte qu'à la fin de cette période ( et soit restée un secret militaire jusque dans les débuts de la Révolution ), l'habitude commence à se diffuser de travailler sur croquis cotés, et non plus seulement "à l'estime" ( encore que la non uniformisation des unités de longueur soit un obstacle d'une nation à l'autre et même d'une province à l'autre). Ce point intéresse plus particulierement les navires de guerre. Non sans résistance des intérêssés, Colbert imposera aux "maîtres de haches" qu'ils fournissent une liasse de croquis cotés pour tous les bâtiments nouveaux, ce qui permet ensuite de ire une "série" quand le "prototype" a fait preuve de qualités particulieres. ( C'est aussi Colbert qui fera immerger des "billes" de chène dans des marais aux eaux pétrifiantes, afin que ses successeurs, 80 ou 100 ans plus tard, puissent disposer de bois de construction navale résistant à l'inflamation, au pourrissement et à l'attaque par les tarets). - Le débitage des troncs dans des scieries où la force motrice est assurée par des moulins hydrauliques se banalise. ( Toutefois le métier de scieur de long se maintiendra longtemps : jusqu'au premier conflit mondial dans certaines régions pauvres.) Métallurgie. Outre son influence déterminante au plan militaire, la généralisation de l'arme à feu, l'augmentation de la population - et donc des artisans - se traduisent par une demande croissante de métal d'une part ( bronze et produits sidérurgiques ), et d'autre part, par la mise au point de nouveaux procédés de fabrication. Jusqu'au XV ème siècle, en effet, le bois et/ou la pierre étaient utilisés partout où il n'était pas indispensable d'employer le métal. ( Par exemple : essieux; roulements "à rouleaux" de bois dur). L'augmentation de la demande va conduire les premiers "capitalistes" à substituer, tant au niveau de la production du métal qu'à celui de la production des produits finis, de véritables entreprises industrielles à ce qui ne dépassait guère le niveau artisanal. Dès la fin du XVII ème siècle se créent de grandes fonderies, telle celle de Monterhausen en Lorraine, mais surtout en Angleterre qui prendra une telle avance au cours du XVIII ème siècle dans cette concentration ( se traduisant par la grande série et les bas prix de revient ) qu'il faudra attendre la seconde moitié du XIX ème siècle pour qu'elle soit rattrapée par les autres nations européennes. , Ces usines anglaises sont dirigées par des ingénieurs, spéciamlistes qui se montent des embryons de laboratoires industriels apportant de nombreux progrès à l'obtention de la "nuance" attendue du métal : essentiellement par le taux de carburation, qui permet d'aller depuis le fer doux jusqu'à la fonte en passant par toute la gamme des aciers. ( Pratiquement, les aciers alliés attendront le XIX ème siècle.) Le haut-fourneau utilisant le coke fut mis au point en 1706, par Abraham Darby : la consommation de charbon de bois pour la sidérurgie était en passe de déboiser radicalement l'Angleterre. Cette substitution permit d'augmenter les dimensions de ces hauts-fourneaux car le coke peut, sans être écrasé ce qui éteindrait le foyer, supporter une charge de minerai de fer beaucoup plus importante que le charbon de bois. La production unitaire croissante alla - autre facteur - dans le sens de la concentration industriellle : l'artisan de la méthode "catalane" et ses quelques ouvriers n'eurent plus leur place dans le nouveau système. Rappelons que la fonte brute de coulée est très dure, peu oxydable, mais cassante. La majeure partie de cette fonte devait donc être traitée pour transformation en aciers et fer doux. Le seul procédé connu depuis longtemps consistait, la faisant couler, à envoyer sur les gouttes en fusion un jet d'air qui brûlait le carbonne cédentaire. C'est encore un Anglais, Henry Cort, qui inventa en 1784 la méthode du soufflage d'air dans la masse de liquide en fusion, vigoureusement brassé. La durée de l'opération de ce "puddlage" donne l'acier de la nuance recherchée; ensuite il est martelé ( corroyé ) à chaud au marteau-pilon pour améliorer sa qualité. (c) ( Notons au passage que l'ouvrier puddleur, qui brasse la fonte à l'aide de tiges d'acier, était très bien payé mais n'avait qu'une brève durée de vie active : 10 à 15 ans en raison des effroyables conditions de travail. Il faudra attendre 3/4 de siècle pour que le convertisseur de Bessemer vienne supprimer ce terrible métier et, aussi, diviser par un facteur de plus de 10 le prix de revient de l'acier brut.) La composition du bronze pour canons fut optimisée - par tatonnements - pour offrir la meilleure résistance aux pressions très élevées des gaz de poudre. Par ailleurs, et bien que la balistique interne en fût aux balbutiements, faute d'instruments de mesure adaptés, le raisonnement appuyé sur l'expérience mena à la production de pièces qui, renforcées à la hauteur de la chambre à poudre et à la bouche, avaient des parois amincies, donc allégées, entre cette chambre à poudre et la bouche. Il en résultait une sensible économie d'un métal coûteux. Enfin, on constata, toujours par l'expérience, qu'à pression égale, l'épaisseur du tube doit être proportionnelle au calibre. ( La démonstration mathématique, tardive, est à la portée de l'élève de Terminale scientifique). Le laiton, alliage de cuivre et de zinc aurait été découvert par les alchimistes arabes dès le XIII ème siècle. Mais pendant longtemps il ne fut guère qu'une curiosité. C'est à partir du XVI ème siècle que son emploi se répandit, surtout pour la fabrication d'instruments de précision : plus rigide que le cuivre, il est p ourtant facile à graver, et peu oxydable. ( Jusque dans les premières décennies du X ème siècle, par exemple, les compas - vendus en boites dites "pochettes" - étaient en laiton). Le maillechort, alliage de cuivre, nickel et zinc, ne sera découvert qu'en 1829. Taille de la pierre. Pour ce domaine les progrès se trouvent surtoutdans une plus grande rapidité de l'exécution, grâce à des outils constitués d'un meilleur acier : pics, pinces, barres à coins, masses, ciseaux, couperets, têtus, bouchardes, etc. Nous noterons toutefois : - de nets progrès - résultants de l'expérience - pour l'abattage à l'explosif; - au premier tiers du XVIII ème siècle, les premiers débitages de pierre tendre - le calcaire fraîchement extrait essentiellement - à la scie : l'opération était enfin permise par la qualité toujours meilleure des aciers. A partir de 1780 la géométrie descriptive aurait pu permettre, si elle n'avait été un secret militaire jusqu'en 1795 276 de dresser des plans rigoureusement exacts des formes à obtenir. Machines-outils. a/ Tour. Le tour à bois, à pédale et arc pour l'artisan travaillant seul; à manivelle et volant pour celui qui peut payer un aide, semble avoir été connu dans l'antiquité, puis oublié en Europe; et ne s'être à nouveau répandu qu'au cours des XIII ème et XIV ème siecles. L'entraînement par énergie hydraulique suivra rapidement. Les tours à bois de la période considérée ne furent donc que des améliorations de ceux du Moyen Age. , Pour les métaux, on attribue à Jacques Besson le premier tour permettant de tailler des filetages assez précis. Mais son tour était en bois, donc peu rigide. Besson eut l'idée d'utiliser des gabarits pour améliorer le guidage de l'outil de coupe. ( Dans les faits, son tour ne pouvait traiter que des métaux relativement mous. Il convenait bien pour le laiton, mais ne pouvait tailler que le fer très doux : après l'opération l'objet devait être cémenté au creuset, opération absolument indispensable pour des pièces telles que les vis des platines d'armes à feu). 277Au début du XVIII ème siècle les fabricants d'instruments scientifiques utilisaient plus que des tours entierement métalliques : la rigidité du bâti offrait une précision très supérieure à celle des machines de bois. En 1701 Charles Plumier construisit le premier tour capable d'usiner des pièces d'importantes dimensions. En 1770 Vaucanson mit au point le système moderne du chariot avançant sur la vis-mère. ( Machine exposée au musée du C.N.A.M). Mais il fallait disposer d'un jeu de vis-mères pour obtenir la taille de pas différents. ( C'est entre 1797 et 1810 que Henry Maudsley mettra au point les trains d'engrenages permettant de jouer sur la vitesse d'avance du chariot sur vis-mère unique.) Alésage. Vers 1660 la qualité des aciers permit la réalisation d'outils de coupe permettant l'alésage du bronze; donc celui des bouches à feu; ce qui donnait à l'âme un calibre plus précis et régulier que la vieille méthode du "noyau" placé dans le moule de coulée, avec moindres risques de coincement du boulet, donc possibilité de réduire le "vent" de la pièce, gaspiller moins l'énergie de la poudre et obtenir des vitesses initiales supérieures. Toutefois la première méthode utilisée ne donnait pas pleine satisfaction: on continuait à couler sur un noyau, de diamètre plus faible que l'âme, puis on alésait la bouche à feu. Mais l'axe de l'âme et celle de la pièce ne correspondaient qu'approximativement; l'outil ne tournait pas avec toute la régularité souhaitable - surtout si l'on cherchait à aller vite, ce qui condamnait à une opération de très longue durée. En 1739 un ingénieur bernois, Maritz, proposa à la France un nouveau procédé : la pièce était coulée sans noyau, donc pleine, puis on la forait grâce à un tour où c'était l'ébauche, couchée à l'horizontale, qui tournait devant un outil fixe. Quoique la quantité de métal à enlever soit très supérieure - on récupérait naturellement les copeaux - la taille se révéla nettement plus réguliere, et beaucoup plus rapide que l'autre méthode. En outre, axe de piece et axe d'âme étaient rigoureusement confondus ce qui permettait des tirs plus précis aux bons pointeurs. ( Le système Maritz diffusa rapidement en Europe). En 1775 John Wilkinson mit au point une machine à aléser de haute précision, mais à l'usage des cylindres de machines à vapeur, permettant ainsi de développer plus de puissance pour une même consommation de combustible, les pertes de vapeur étant devenues infimes. Cette précision était superflue pour l'artillerie, car les dépots dus à la poudre noire exigeaient la conservation d'un certain "vent".278 Perçage. Le forêt à bois ( "mèche" ) de l'antiquité avait retrouvé une large diffusion à partir du XII ème siècle. L'amélioration des aciers permit de gagner du temps sur ux plans : celui du perçage, et par l'espacement entre deux réaffûtages. Il y a lieu de noter que presque jusqu'au milieu du XIX ème siècle le coût des clous, vis, boulons, etc, fit qu'ils ne furent guère utilisés que là où l'emploi de chevilles de bois ne pouvait convenir. Le forêt à métaux n'a commencé à se banaliser qu'au XVI ème siècle279; mais la qualité des aciers en fit d'abord réserver l'usage aux métaux pas trop durs : laiton, bronze, acier doux. ( Tout perçage d'acier se faisait avant trempe de la pièce, voire avant cémentation d'une pièce travaillée en acier doux). L'amélioration des aciers permit progressivement de s'"attaquer" à des matériaux de plus en plus durs, mais la rançon de l'amélioration des forets fut leur fragilité croissante : tout particulierement à la flexion; or un bon foret coûtait très cher. Leur réaffutage était confié à des ouvriers spécialistes. L'expérience avait montré que certains minerais convenaient particulierement bien à l'obtention d'excellents forets. En réalité il s'agissait de minerais contenant, outre le fer, d'autres corps : sans le savoir, on réalisait des alliages "naturels" convenant à ce type d'outils. ( Le foret à l'acier rapide au wolfram ( tungstène ) et au chrome sera découvert en 1900 par Taylor, mais ne deviendra banal qu'après le second conflit mondial.) La presse hydraulique, l'étau-limeur, la fraiseuse, ne seront mis au point qu'après la période considérée ici. Remarque : L'amélioration de l'outillage à main, des machines-outils et plus encore peut-être celle des instruments de mesure au cours du XVIII ème siècle ont permis une importante amélioration dans la fabrication des armes à feu et leur remise en état au cours des opérations. Cette amélioration fut la standardisation des pièces composant un canon, ou un fusil, sous l'impulsion de Gribeauval.280 ( Nous laisserons provisoirement de côté la question - déjà bien ancienne à cette poque - de la standardisation des calibres.), Jusqu'alors, calibre et ( à peu près) longueur de volée mises à part, chaque "fonderie" ( établissement d'Etat, réalisant en fait toutes les opérations ) se donnait ses spécifications propres, voisines les unes des autres mais non absolument identiques : épaisseurs des parois, diamètre des tourillons, affût, roues, avant- train, caisson, etc. Gribeauval obtint, non sans difficultés, l'interchangeabilité rigoureuse de tous les éléments d'une pièce, et même celle de certains constituants de canon de calibres différents. En d'autres termes, la production dans tous les établissements de composants interchangeables sans aucune retouche, strictement conformes à des spécifications précises et détaillées. , Cette exigence, qui nous parait aller de soi, ( songeons aux pièces détachées d'une automobile ), était alors une nouveauté sans précédent. Elle nécessita : - la préparation de liasses de croquis cotés et de cahiers de spécifications pour chacun des composants des divers matériels; - la formation et la mise en place de contrôleurs, officiers d'artillerie aptes à surveiller de bout en bout les fabrications, depuis la qualité du métal à couler, du à utiliser, jusqu'aux tirs d'épreuves; la réalisation d'étalons et instruments de mesure et contrôle identiques pour toutes les fonderies. ( Les unités de longueur et poids, malgré l'existence de celles dites royales étaient pas identiques d'une province à l'autre : la standardisation de Gribeauval montrera la nécessité de l'adoption d'un système unique : ce qui sera fait pendant la Révolution). L'ensemble des travaux couvrit la période allant de 1765 à 1783, en y comprenant la standardisation du fusil dit Mle 1777 mais qui commença à être appliquée aux canons dès 1769. ( On peut noter qu'au plan technique le "1777" ne différait guère du premier fusil règlementaire français, le "1717". A part de très légers détails, il servira tel quel jusqu'en 1840; et retouché jusqu'en...1870.) Désormais il était possible, en opérations, de procéder aux réparations en puisant dans un petit stock de pièces détachées et sans avoir recours à un spécialistes pour des retouches. A défaut de pièces, la "cannibalisation" de deux ou trois armes ayant souffert de dégats différents permettait d'en reconstituer une. ( La standardisation n'entrera dans la production civile que près d'un demi siècle plus tard : elle s'imposa dans le passage des "fabriques" aux grandes usines.) Energie. Le "moteur musculaire" de l'animal avait encore une belle carriere devant lui, pour la traction surtout. Le moulin à eau, source d'énergie inlassable sauf sécheresse anormale, continuait de se multiplier, avec recherche d'un meilleur rendement, à tel point qu'en anglais le même mot, mill se mit à désigner aussi bien une usine qu'un moulin. ( La première roue en fonte, annonçant les turbines du XIX ème siècle, fut coulée en 1769 pour actionner la soufflerie de la fonderie de Falkirk, en Ecosse). Mais il n'existe pas forcément de riviere de débit et pente suffisants là où l'on souhaitait implanter un atelier ou une usine. C'était souvent le problème qui se posait à propos des mines pour entraîner les pompes d'épuisement. Une certaine forme de crise d'énergie se posa; et plus spécialement en Angleterrre, qui concentrait une forte puissance industrielle - pour l'époque - dans certaines zones riches en minerai, en charbon, mais pas en cours d'eau. C'est donc très logiquement ce pays, à la fois par le besoin et par l'existence d'un important corps d'ingénieurs, qui fut le précurseur en matiere d'énergie mécanique c'est à dire de machines à vapeur destinées à l'industrie. Les premiers modèles - qui s'inspiraient de la "marmite" de Denis Papin - furent produits par Newcomen et Calley à partir de 1712. Les puissances unitaires étaient de l'ordre de 4 kW ( 5,5 cv ). Elles fonctionnaient à la vapeur à basse pression, son rôle étant seulement de soulever le piston. Le rendement thermique était plus que médiocre : de l'ordre de 1 %.281 Vers la fin du siècle - 1775 - James Watt obtint d'importants progrès en puissance rendement dans sa machine où : a/ le condenseur est distinct du piston; b/ ce piston est à double action par admission de la vapeur successivement aux deux extrémités du cylindre : les deux temps sont donc moteurs, et sous une pression nettement plus élevée que le modèle Newcomen; c/ la transmission de puissance est assurée par arbre rectiligne, puis transformée en mouvement rotatif continu par bielle et manivelle; d/ les à-coups sont "gommés" par un lourd volant d'inertie; e/ la régulation de la vitesse est assurée par rétroaction - le régulateur à boules - premier exemple d'un système auto-adaptatif, ( c'est à dire cybernétique ). Il ne manquait plus que d'atteindre les hautes pressions (obtenues plus tard par la chaudiere tubulaire de Marc Seguin ) pour obtenir les premières machines modernes. Nous noterons au passage la construction du fardier à vapeur de Joseph Cugnot, officier du Génie, moralement soutenu et financierement aîdé par Gribeauval, car ce fardier avait pour but la traction des pièces d'artillerie. L'idée générale était saine, mais le moteur faible et gros consommateur de combustible, type Newcomen, ne pouvait qu'en faire un véhicule de démonstration Chimie. Malgrès ses progrès cette discipline n'eut que peu d'influence sur l'objet la présente étude au cours de cette période. On peut toutefois lui rattacher une amélioration de la poudre noire : vers les débuts du XVI ème siècle on s'avisa de certains défauts qu'elle présentait dans l'état où elle était employée jusqu'alors : la poussiere résultant du broyage de ses constituants, de grains de volumes très divers. Elle donnait une propagation d'inflamation très irréguliere se traduisant par une forte dispersion des vitesses initiales. Plus grave encore, il arrivait que cette inflamation soit trop rapide et fasse exploser le canon ou le fusil. Après bien des tâtonnements l'habitude se prit de mouiller cette poussiere qui, une fois sèche, donnait une sorte de galette soumise ensuite à un brayage limité. Le résultat était passé à travers des tamis : celui à mailles fines donnait le pulvérin nécessaire pour emplir le bassinet; celui à mailles larges éliminait les fragments trop importants : on procédait, en somme, à une calibration des grains de poudre noire. Les résultats s'améliorèrent, mais ce n'est qu'à l'extrème fin du XVI ème siècle que l'on comprit qu'il existait une taille optimale de ces grains selon le calibre de l'arme. Ne pouvant multiplier les qualités à utiliser en opérations, la poudre noire se présentera pendant plus de deux siècles sous trois formes : le pulvérin fin du bassinet de mise à feu; les petits grains pour armes individuelle; les gros grains pour l'artillerie. (d) Balistique. Les premières idées rationnelles sur la balistique "externe" des projectiles - c.à.d. leur trajectoire - résultent des travaux de Galilée. Mais il ne disposait pas encore de l'outillage mathématique qui permit à ses successeurs d'analyser le problème, cas particulier de la mécanique céleste ( avec correction du freinage atmosphérique, puis du phénomène d'accélération de Coriolis au XIX ème siècle ) car pour les faibles portées de l'époque la Terre pouvait être considérée comme plate.- ( Quoique Galilée ait démontré que ( résistance de l'air mise à part ), les trajectoires pouvaient être assimilées à des paraboles, plus d'un demi-siècle après sa mort la plupart des "artilleurs en chambre" en étaient encore à l'"impétus" des cathégories aristotéliciennes, survivance de la fin du Moyen Age et de la ssance.) Navires. Rappelons que les "superstructures" sont l'ensemble des éléments situés au dessus du pont supérieur. Le navire de la fin du Moyen Age portait un "gaillard d'avant" et un chateau arriere généralement à deux étages ( ponts ) mais parfois à trois, voire quatre pour le "chateau". ! Dans un premier temps ces superstructures reçurent des pièces d'artillerie légères, les canons plus lourds étant réservés au pont pour des questions de stabilité, en concurrence avec de grosses arquebuses "à croc" dont le bastingage absorbait le cul. En fait, le bâtiment de guerre à voile - les galères poursuivaient leur carriere, surtout en Méditerranée - n'étaient guère que des navires marchands armés. Les faibles calibres embarqués ne pouvaient faire plus que ravager la voilure et tuer ou blesser des marins ennemis avant l'abordage, seule forme du combat naval pendant longtemps et sans aucune idée de tactique vraiment maritime. Le premier voilier construit plus spécifiquement pour le combat fut le galion282, apparu vers 1520 et qui pendant une centaine d'années allait être le "capital ship" des escadres. D'emblée, et grâce au gouvernail d'étambot, il fut un bâtiment beaucoup plus important que la caraque ou la caravelle : 700 à 800 tonnes, ce qui était rendu obligatoire par son armement principal et la disposition de cet armement: pièces de gros calibre réparties sous le pont principal en une, puis plusieurs "batteries" qui tiraient par le travers à travers des "sabords" percés dans les murailles, ( sabords obturables par "mantelets" pour le cas de gros temps). L'artillerie, le plus souvent des couleuvrines d'abord, était - à ce stade - placée alternativement (en quinconce) pour le tir sur babord et tribord : ceci pour exploiter au mieux la faible largeur de coque des premiers galions. Il fallait en effet, reculer la pièce de près de deux fois sa longueur pour le rechargement compte tenu du fait qu'en position de tir le tube émergeait de la muraille La largeur de coque étant fixée par l'artillerie, sa longueur en découlait : le triple environ, pour obtenir des lignes d'eau satisfaisantes. Avec la rapide augmentation des tonnages il fut possible de placer les pièces tribord et babors "dos à dos" ( étant entendu que tir et rechargement ne pouvaient se !faire que d'un bord à la fois ), et le galion reçut plusieurs batteries superposées, la plus basse recevant les plus lourdes pièces toujours pour des questions de stabilité. Le tableau suivant montre l'évolution du galion avec le temps :
Le galion porte en général, outre le beaupré, trois mâts qui, pour faciliter la manoeuvre, sont gréés de trois voiles carrées pour le mât de misaine et le grand mât. L'artimon - ou les deux mâts arrieres dans les rares cas d'un 4 mât - porte(nt) une voile "latine". Le beaupré reçoit, en dessous, une petite voile carré "livarde la "civadière". Les focs et voiles d'étai sont encore inconnus. Le galion cèda la place, dans la seconde moitié du XVII ème siècle à des vaisseaux plus rapides et évolutifs, et mieux armés, les navires de ligne mais qui n'étaient pas les seuls bâtiment de guerre : ceux "de ligne" proprement dits étaient classés en rangs 1, 2 et 3 ( selon tonnage et armement ). Le 4 ème tang comprenait les navires d'escorte de convois contre des ennemis légers ( pirates), les expéditions de reconnaissance dans les eaux étrangères, les explorations. Le rang 5 recevait les missions d'éclairage des escadres et de liaisons rapides. Enfin le 6 ème rang comprenait les petites unités côtieres : surveillance, douane, etc. ( Les rangs 4 et 5 prendront les noms de "frégate" et corvette ; le rang 6 sera le lougre ou le chasse-marée ). ( Vers l'extrème fin du XVIII ème siècle les Etats-Unis innoveront en lançant des frégates lourdes - dénomination conservée en raison de l'unique pont de batterie - fines et très rapides, dotées de canons de grande puissance, donc capables de se er aux navires de ligne classiques contemporains.) Le vaisseau de ligne sera l'épine dorsale ( le "capital ship" ) des escadres pendant un siècle et demi, période pendant laquelle il évoluera surtout en accroissement du tonnage. Ce nouveau bâtiments offrait d'importantes améliorations de la construction navale, avec adoption de critères techniques précis associés à des progrès de la voilure, de l'armement et de la maniabilité. ( Progrès dont bénéficierent les unités de tonnage plus faible). Le pionnier de la nouvelle architecture fut sir Anthony Deane, à qui l'on doit les premières études rationnelles sur les formes et proportions optimales de carène, sur les rapports de surface vélique au tonnage, etc. Entre autres améliorations le vaisseau présenta vite une particularité de construction, le vaigrage revètement interne des couples quelque peu assimilable à une seconde coque, qui conférait au navire une robustesse et une rigidité inconnues jusqu'alors. L'épaisseur de coque, plus vaigrage, pouvait atteindre une cinquantaine de cm, formant ainsi une sorte de blindage de bois ne pouvant être perforé que par les plus gros calibres tirant de près. Vers 1700 et en raison des tonnages croissants, la commande du gouvernail par "barre franche" ( actionnée directement à bras ), puis par barre elle-même mue par levier pivotant démultiplicateur de force, dut laisser la place à la commande par "roue" formant une sorte de cabestan horizontal agissant dans les deux sens sur la barre.283 L'effort physique étant considérablement réduit, les dimensions du safran du gouvernail purent augmenter, à tonnage égal, avec forte amélioration de la maniabilité : notamment pour les virements de bord vent "debout"- ou : "devant".284 ( Toutefois des expressions comme barre barrer homme de barre ont subsisté jusqu'à nos jours, alors que la barre franche n'existe plus guère que sur de très s monocoques de sport). Le mât d'artimon échangea la voile latine du galion contre la "brigantine" ( ancètre de la voilure aurique ) et le mât de beaupré perdit la livarde au profit de focs. Enfin, et toujours pour améliorer la vitesse des voiles triangulaires, dites d'étai assez semblables à des focs, vinrent s'intercaler entre les mâts. Pour l'armement, les calibres continuerent à être désignés par le poids - en livres, ce qui fait différer légèrement les diamètres réels des pieces françaises ( livre royale de 489 g ) des anglaises ( livre de 454 g) - du boulet plein. On alla jusqu'à *des canons de "42" sur les bâtiments français, c'est à dire des boulets de 171 3 mm de diamètre. Les rares "48" anglais correspondaient à 174 7 mm. Les déplacements des bâtiments de ligne atteignaient ( pour ceux de 1er rang ) un rdre de 3000 t à la fin du XVIII ème siècle. Voici quelques caractéristiques de navires de ligne de ce moment :
Sur la corvette - 5 ème rang - dont le nom ne se généralise qu'au XVIII ème siècle, la hauteur de la "muraille" ( hauteur latérale émergées de la coque ), ne permettait pas d'installer l'armement en batterie., ! Le "Rattlesnake" américain de 1782 par exemple, portait 12 caronades en barbette, ( ou barbiche ), pour 428 tonnes. Remarque : Nous nous sommes étendus sur les progrès des navires de haute mer de cette période car ce développement nous a paru justifié par le fait que, pour la première fois 285 dans l'histoire, la navigation à grande distance, très loin de toute terre émergée donc de repères visuels, cessa d'être un exploit isolé ( souvent involontaire ), pour devenir une activitée presque banale. Navigation et cartographie. Le grand problème de l'époque était l'obtention d'un "point" précis, à la fois pour la navigation et pour dresser des cartes exactes des nouvelles terres découvertes; en "correlation, carte et "point" permettent de suivre les meilleures routes maritimes pour arriver en un point déterminé, compte tenu des régimes de vents dominants.In fine le problème est celui de la détermination de la latitude et de la longitude. a/ La latitude, au moins théoriquement - temps clair, pont du navire stable - est facile à déterminer : c'est l'angle formé par la verticale locale avec le plan de l'équateur, ou le complément de l'angle de cette verticale avec le pôle nord. L'étoile polaire n'est pas exactement au nord géographique, mais l'écart - faible - et l'orientation de cet écart étaient connus avec une précision largement suffisante pour le besoin. De jour, sous réserve d'être muni d'une table des éphémérides res, la visée du soleil au midi local permettait aussi cette détermination. b/ En revanche, celle de la longitude était beaucoup plus difficile. Pendant longtemps elle ne fut déterminée que de maniere empirique très approximative : d'après le cap suivi et la vitesse moyenne; ( elle même estimée d'abord, puis mesurée au "loch" périodiquement, mais avec une précision médiocre : il donne la vitesse apparente - par rapport à la surface de la mer - sans tenir compte des courants, donc avec une certaine erreur sur la vitesse vraie - par rapport au fond). La longitude est l'angle existant entre le plan du méridien local et celui d'un méridien de référence.286, La rotation de la Terre se faisant en 24 heures, elle tourne de 15° en une h, de 15' en une mn, de 15 en une s : si le navire porte une horloge parfaitement précise, réglée sur le méridien international, il suffit d'apprécier le midi local - soleil au plus haut de sa course - pour obtenir la longitude par une simple multiplication. Mais les horloges et montres furent longtemps très imprécises. Pendant un certain temps on pensa à utiliser un phénomène astronomique pour la remise à l'heure du garde temps de bord : l'observation de l'instant des très fréquentes éclipses des principaux satellites de Jupiter. Mais les éphémérides calculés se montraient très approximatifs. Ceci, parce que la vitesse de la lumiere n'est pas infinie, et que la distance Terre-Jupiter est variable.287 Cet échec eut pourtant une conséquence heureuse : en 1676 Olaf Roemer put évaluer la vitesse de la lumiere avec une précision surprenante - il trouvait 308 000 km par seconde - compte tenu des instruments disponibles et des nombreuses incertitudes existant encore sur les dimensions du système solaire ( l'étalon demi grand axe de l'orbite terrestre ), etc. , Tout le problème se réduisait donc - mais il n'était pas mince - à la mise au point "d'un "garde-temps" précis, portatif, insensible aux variations de température et de champ local de gravitation, aux vibrations, aux tangage et roulis : ces conditions éliminaient évidemment l'horloge classique, à balancier et poids. , Le premier mouvement "spiral" fut imaginé par Huygens en 1675 et la première montre construite sur ce principe fut réalisée en France par Thuret. Mais sa "dérive" pouvait atteindre 2 minutes par jour, ce qui était beaucoup trop pour des traversées d'une duré de un mois et plus. Le problème revètait une telle importance qu'au XVIII ème siècle les gouvernements français et anglais mirent au concours l'invention d'un garde-temps à la fois très fiable et assez robuste pour les besoins de la navigation. Le prix - 20 000 livres sterling, somme énorme à l'époque - fut enlevé en 1761 par hn Harisson pour son chronomètre de Marine ne variant que de 30 s par an : 13, 9 km à l'équateur. La France suivit très rapidement avec des "copies" encore améliorées. La cartographie bénéficia aussitôt des progrès de la détermination du point y compris celle, interne, des nations les plus civilisées.288 A cette question, on peut rattacher les voyages d'exploration Sans entrer dans les détails il convient sans doute de rappeler que le premier tour du monde, de 1517 à 1522, fut entrepris par Magellan. Tué aux Philippines, ce fut son lieutenant, Del Cano, qui acheva le voyage, mais ne ramenant qu'un seul des trois navires de l'expédition, et seulement 18 hommes sur les 239 partis d'Espagne. En revanche, l'idée - bien naturelle pour des nations de l'hémisphère Nord - d'atteindre la Pacifique au plus court par les "passages" du Nord-Est ou du Nord-Ouest ne put être réalisée au XVIII ème siècle. En 1789 ne restaient totalement inconnus que l'intérieur de l'Afrique, le bassin interne de l'Amazonie, la plus grande partie des régions arctiques et antarctiques, l'intérieur de l'Australie. Ce sont les caravelles, puis les galions, enfin les vaisseaux et les frégates qui montrèrent que les voyages d'exploration par la voie maritime se révélaient beaucoup plus facile que ceux tentés par la voie terrestre... chaque fois qu'il était possible de choisir entre les deux. 13. INVENTIONS ET INSTRUMENTS SCIENTIFIQUES ET TECHNIQUES. ( La liste qui suit est chronologique, à défaut d'une meilleure méthode de classement. Ne pouvant être exhaustive, elle ne saurait garantir l'objectivité.) XVI ème siècle : - 1511. Premières "horloges" portatives dont on fait montre fièrement). - 1550. Diffusion des boulons, écrous et clés de serrage, d'abord en Italie ert en France. Leur fabrication artisanale délicate en fait des pièces coûteuses. - Vers 1550 : Le théodolithe de l'antiquité reçoit une boussole permettant de rapporter les visées à une direction fixe, le Nord magnétique local. ( Deux siècles plus tard Ramsden lui ajoutera deux niveaux à bulle, assurant l'horizontalité à peu près rigoureuse, et une lunette de visée à réticule.) - 1569 : Système cartographique Mercator. - 1582 : Calendrier grégorien. ( Conseiller scientifique, Christophe Clavius). - 1590 : Premiers microscopes des frères Jansen. Améliorations ultérieures, notamment par Van Leeuwenhoeck en 1703 : mise au point à crémaillère, miroir d'éclairage, etc. , - 1992 : Thermomètre à gaz de Galilée. ( Remplacé en 1628 et par Van Helmont, par le thermomètre à alcool; puis Toricelli préconise le mercure en 1643. L'échelle de 0 à 100 degrés sera proposée par Celcius en 1742, comme plus pratique que celle - de O à 80 degrés, de Réaumur, et surtout celle - particulierement absurde - de Farenheit : 32° pour la glace fondante et 212° pour l'eau bouillante. Pourtant les anglo-saxons emploient encore - sauf les chercheurs - cette échelle bizarre.289 XVII ème siècle : - 1604 : Invention "officielle" de la lunette d'approche par Zacharie Jansen. ( D' tres inventeurs et dates sont proposées, mais les frères Jansen furent les premiers à produire des lunettes "en série"). En 1609 Galilée remplace l'occulaire divergent par un convergent, créant la lunette astronomique qui renverse l'image mais offre des grossissements supérieurs. Jusqu'à l'objectif composite, les instruments réfracteurs - lunettes - ne seront pas achromatiques, contrairement aux réflecteurs, les télescopes.290 - 1611 : Adoption du fusil à silex par la Suède, ( 80 ans avant la France.) - 1620 : Règle à calcul d'Edmund Gunther. - 1620 : Canot sous-marin de Cornelius Dreble. - 1627 : Normes d'abattage en carrieres par poudre noire. Gaspard Weindle. - 1643 : Thermomètre à mercure de Toricelli.291 - 1656 : Théorie du pendule et application au réglage des horloges. Huygens. - 1666 : Niveau à bulle, de Thevenot. - 1670 : Balance de Roberval - 1672 : Télescope réfracteur ( miroir de bronze poli ), Newton. - 1686 Explication du phénomène des vents alysées. Hadley. - 1690 Machine à vapeur ( marmite ) de Denis Papin. - 1698 Pompe à vapeur, sans piston, de Savary. XVIII ème siècle. - 1705 Manomètre de Pierre Varignon. - 1709 Premiers essais du coke en sidérurgie. ( X ?, en Angleterre.) - 1712 Machine à vapeur de Newcomen. - 1715 Emploi de la cloche à plongeurs pour travaux de maçonnerie sub-aquatiques. notamment pour établissement de piles de ponts. Lethbridge. ( Un nom "prédestiné".) - 1718 "Mitrailleuse" ( petit canon-revolver à silex ) du pasteur-notaire Puckle. - 1732 Mesure de la vitesse des fluides par différence entre pression statique et dynamique plus statique dans tubes. Pitot. - 1741 Première ébauche de fraiseuse "à engrenages". Pallen. - 1750 Première ébauche de l'aléseuse-raboteuse ( de métaux). Focq. ( Ces deux machines ne deviendront "industrielles" qu'au XIX ème siècle.) - 1751 Paratonnerre. B. Franklin. - 1757 Sextant pratique. J.Campbel. ( Inspiré du système à miroir imaginé dès 1669 par Newton, mais sur octant - 45 degrés - et seulement utilisable en site stable, à terre. Le principe fut ré-étudié au plan théorique par le mathématicien Hadley, puis "appliqué au "cercle" de 60 degrés - d'où le nom de sextant - par James Campbel pour un emploi pratique en mer.) - 1760 Calorimètre de Black. - 1761 Chronomètre de marine. Harrisson. - 1761 Premiers anémomètres, de Hanov.292 - 1768 Aéromètre de Baumé, pour la mesure de la densité des liquides. - 1768 Première carte ( très partielle ) d'isoclines de la déclinaison magnétique errestre. J.C.Wilke. - 1769 Essais du "fardier" de Cugnot. Il tracte un canon de 2,5 t environ, à une x se de 3,5 à 9 km/h selon pente. , - 1776 Sous-marin à ballast, ( ébauche d')hélices, et charge explosive : Tortue de Bushnell. Charge explosive à fixer par vis, enfoncée depuis l'intérieur de l'engin par vilbrequin. (Le système d'inflamation de la charge, sous l'eau, reste mal connu.) - 1777 Première embarcation entierement en fer. ( Barque de 3,60 m de long.) - 1775 Machine à vapeur de Watt. - 1779 Premier pont métallique ( sur la Severn ). Darby. - 1779 Première ébauche de turbine à vapeur. Pickard. - 1783 Premier laminoir industriel. Henry Cast. - 1783 Bateau à vapeur ( pyroscaphe ) de Jouffroy d'Alban. - 1783 Mongolfiere des frères Montgolfier, puis ballon à hydrogène de Charles. - 1784 Obus fusant à balles, du lieutenant Shrapnell.293, - 1785 Premiers essais de parachutes ( animaux) de Blanchard. ( La première descente humaine sera faite par Garnerin en 1797.) Remarques : - Encore une fois, cette liste est bien loin d'être exhaustive. Bien qu'elle ait été dressée avec le souci de ne prendre en considération que les inventions qui devaient, immédiatement ou à long terme, avoir des applications militaires ( ou à des fabrications militaires ), elle ne peut être considérée comme rigoureusement objective. - Nous noterons qu'après l'avoir dressée : * nous avons pensé à comparer le nombre des inventions et découvertes retenues pour chacun des trois siècles pris en considération, ( le XIII ème étant limité à l'année 1789 ). Ces nombres sont respectivement de : 7; 13; et 26 : même en tenant compte d'une involontaire subjectivité dans les choix, nous en concluons que le progrès scientifico-technique est bien allé en s'accélérant comme l'indique la théorie du savoir humain, comparable à un capital à intérêts composés; * on constate qu'à partir du XVIII ème siècle se trouve une proportion considérable - la moitié - d'inventions techniques dues à des ingénieurs anglais : si la science reste pour la plus grande part continentale, et française notamment, en revanche la technique marque une évidente supériorité anglaise, ce qui se traduira par l'avance prise par l'industrie. Ceci nous semble dù au système éducatif : les universités anglaises, y compris les plus illustres, ne pensent pas déchoir en formant, à côté des scientifiques, un corps d'ingénieurs civils de valeur. Dans le même temps les seuls ingénieurs français sont pratiquement soit les officiers des "armes savantes" 294 - Artillerie ou Génie - soit équivalent de nos ingénieurs civils de l'Equipement - pour l'entretien des routes ponts; ( corps ébauché par Sully Grand Voyer de France ), puis remanié par Colbert; soit enfin des autodidactes civils.
2.LES FONCTIONS MILITAIRES DE LA RENAISSANCE AU XVIII ème SIECLE.
Il est évident que pendant les trois siècles survolés par ce chapitre, la "chose militaire" a beaucoup évolué; les soldats de Marignan, leurs armes et équipements, sont bien différents de ceux de Lützen, eux-mêmes de ceux de Rosbach. Pourtant, si par une des ces machines temporelles chères aux lecteurs de science- fiction les deux premiers avaient pu être transportés dans un futur de quelques 120 à 130 ans, ils n'auraient sans doute pas été radicalement désorientés; et l'on peut penser qu'ils se seraient vite adaptés à ce qui n'était qu'une évolution limitée. 295Peut-être les marins du début du XVI ême siècle eussent-t-ils eté plus déroutés par la voilure et l'armement des navires de leurs arrieres petits-neveux, vers 1600; mais ces derniers, comme on l'a dit296, se seraient presque sentis chez eux à bord de la frégate Cumberland coulée le 8 mars 1862 par le Virginia-Merrimack.) A. Protection individuelle. La croissante diffusion des armes à feu, toujours plus sûres et puissantes, va entraînerla disparition presque totale de la millénaire protection individuelle : - Dans un premier temps - en gros le XVI ème siècle - l'armure complète, quoique perforée par l'arquebuse tirée à faible distance, est conservée par la cavalerie lourde: les balles arrivant de biais ricochent et, pendant le lent rechargement, elle peut semer la panique chez les porteurs d'armes à feu, voire les piquiers s'ils sont pris de flanc. L'infanterie et la cavalerie légère ne conservent que le casque otégeant le crâne et la partie de l'armure qui couvre l'homme du cou jusqu'à l'abdomen; éventuellement les jambieres : l'agilité prime une protection de plus en plus douteuse. Toutefois on continuera longtemps à produire des armures plus ou moins intégrales, symboliques mais les plus belles jamais fabriquées, pour les hauts personnages - par exemple. celle de Louis XIV - qui ne les porteront que...sur des tableaux. - Vers 1620 il faut bien se résigner à admettre qu'une armure à l'épreuve du mousquet puis du fusil aurait un poids en rendant le port impossible. Même le cavalier lourd en est réduit à ne conserver que ce qui couvre les organes dont l'atteinte entraîne la mort immédiate : le casque et un corselet qui, sous le vieux nom de cuirasse survivra jusqu'au premier conflit mondial pour certains cavaliers, bien qu'elle soit alors perforée comme du carton par la balle de petit calibre à grande vitesse., Le fantassin aurait d'ailleurs les plus grandes difficultés à recharger son arme si ses bras étaient sous la protection que le cavalier estime indispensable contre les coups de taille du sabre. - A la fin du siècle - entre 1660 et 1690 selon les armées - seuls les sapeurs, parce que très exposés au tir des assiégés, et les cavaliers lourds ( "cuirassiers" ) vont conserver la casque et la cuirasse-corselet. Malgré la constante amélioration des aciers, ces protections sont perforées par la balle de fusil tirée à une centaine de m et arrivant sous faible incidence; en revanche ces équipements protègent contre cette même balle tirée de loin ou arrivant de biais; contre celle du pistolet et, naturellement, contre le coup de taille ou de pointe du sabre., ( Dans certaines armées les régiments de cavalerie lourde disparaîtront temporairement, pour réapparaitre, paradoxalement, au moment où le fusil rayé, puis à tir rapide et grande vitesse de la balle, va l'éliminer du champ de bataille. ) B. Protection collective. Le canon et le minage explosifs avaient radicalement dévalorisé les systèmes défensifs du Moyen Age, malgré des tentatives d'aménagement telles que le renforcement des murailles par des contreforts de terre, des contre-mines, explosives elles aussi, et les tirs de contre-batterie. Le problème de la fortification devait donc être entierement repensé, aussi bien pour faire face à la nouvelle puissance du feu que pour l'utiliser en défense. , Dès les débuts du XVI ème siècle - notamment en Italie : luttes internes, campagnes françaises puis espagnoles - les architectes militaires entreprirent des études et essayèrent des réalisations nouvelles. Les multiples conflits jouèrent le rôle attribué à la Nature par Darwin dans la sélection des espèces, en éliminant vite les mauvaises solutions, c'est à dire celles qui avaient négligé les problèmes sentiels. En moins d'un siècle un certain nombre de règles se dégagèrent, mais il en fallut deux pour arriver à la perfection des ouvrages de Vauban, 3 ème manière : - a priori, abandonner la fortification en hauteur, cible immanquable pour l'artillerie et beaucoup trop sensible au minage explosif : la nouvelle fortification devait être basse et à lignes fuyantes. Mais elle devait être précédée d'un profond et large fossé, fortement défendu, pour ne pas être prise par les assaillants sur le premier élan297; il y aura donc des différences de niveau importantes, mais "en creux" surtout; - l'épaisseur du "rempart" - la muraille surplombant intérieurement le fossé - devait être considérablement augmentée pour, proportionnellement, réduire les dommages résultants du minage explosif. Mais ce rempart, jouant plus par son volume que la résistance du matériau le composant, pouvait être réalisé de terre fortement tassée pour l'essentiel, sous réserve que cette terre soit revètue d'un mur de pierre qui, simultanément : * maintiendrait cette terre en empèchant que, sous l'influence des intempéries elle se disperse et reprenne une très faible pente) * et, grâce à un "fruit" ( pente de la face externe ) soigneusement choisi, rendrait l'escalade difficile tout en faisant ricocher les boulets arrivant en tir tendu; - couronner ce rempart de créneaux et merlons permettant aux fantassins de la garnison le tir "posté" de mousqueterie - donc précis - tout en étant bien protégés; tout particulierement pendant le rechargement : debouts à l'abri d'un merlon;- aménager le terrain, au delà du fossé, de telle sorte que les assaillants n'y trouvent aucun accident de terrain et végétation les mettant à l'abri des coups et des vues des défenseurs : créer un glacis ; - adopter un tracé général permettant de battre intégralement le fond du fossé et le glacis par des feux de mousqueterie et, de préférence, aussi par des tirs à mitraille de canons - capables de "balayer" d'un seul coup un détachement important; ( ceci, autant que possible, de flanc : l'effet pratique et démoralisateur des feux de flanquement est supérieur à ceux des tirs de face ); - d'aménager des plates-formes pour recevoir cette artillerie de défense immédiate et celle des tirs de contre-batterie. Pour protéger les cannoniers contre le feu ennemi, les pièces doivent tirer à travers des embrasures d'ouverture strictement limitée au champ de tir nécessaire.( L'infériorité numérique, en général, du nombre des canons de la fortification par rapport à ceux des assaillants doit être compensée par une protection nettement meilleure.) Enfin, dès la mise en oeuvre des bombes explosives de mortiers, on réalisa la grave menace qu'elles représentaient : les points sensibles dépots de munitions - de poudre surtout - et de vivres, les casernements, etc, devaient être protégés de ces bombes par une épaisse couche de terre non tassée; ceci, pour que les bombes s'y onçant quelque peu avant d'exploser, leurs éclats partent essentiellement vers le haut. Restait le point le plus délicat : passer des règles de bon sens à leur application !pratique, et tout d'abord déterminer les tracés, en plans, et les formes, en coupes, les meilleurs mais compte tenu des situations topographiques : montagne, plaine, possibilité ou non de mettre les fossés en eau... et du type d'ouvrage : forteresse isolée ou ville fortifiée. Cette recherche prendra tout le XVI ème siècle et la majeure partie du XVII ème avant d'arriver aux systèmes à la Vauban qui par leur perfection face aux moyens de l'attaque, resteront en service pour beaucoup, pratiquement inchangés, jusqu'aux premières décennies du XIX ème siècle. Revenant en arriere dans le temps, on peut noter que les premières tentatives de modification radicale de la fortification du "type Moyen Age" prirent place en Italie dès l'extrème fin du XV ème siècle : par exemple, ouvrages de défense de la ville d'Urbino par Francesco di Giorgio. ( Auteur du Trattato dell'Architectura Civile e Militare premier essai sur la fortification post médiévale). Citer tous les architectes-ingénieurs qui étudièrent cette question tout au long du XVI ème siècle reviendrait à donner une liste aussi copieuse que fastidieuse. On y trouverait, comme dans bien d'autres domaines, Michel-Ange. Mais si l'artiste n'est pas discuté, là comme ailleurs son activité scientifico-technique continue à faire l'objet de vives querelles - solides arguments à l'appui - entre ceux qui le considèrent comme un génie précurseur, et ceux qui l'accusent d'avoir largement pillé les travaux de ses contemporains. Le bastion fut la première contribution (italienne ) à la nouvelle fortification. On tenta même de l'utiliser pour revaloriser des très anciens ouvrages, mais évidemment aucun succès.298 Il y a lieu de noter que, surtout dans le Sud européen, les premiers bastions furent en somme des tours, très basses et de section arrondie vers l'extérieur; ( les bastillons modèles réduits des vieilles bastilles protégeant l'accès au château fort ). Salses ( dans le Roussillon ) construit en 1497-98, comporte 4 bastillons, et son donjon est très bas. C'est en France - il fut construit par les Espagnols - le plus ancien ouvrage bâti spécialement pour répondre à la menace de l'artillerie à poudre. ( En 1503 le fossé fut élargi pour y installer des ravelins détachés de la masse principale et formant une première défense des murailles entre bastions.) Mais le bastion rond - ou en ogive - ne permet pas de battre intégralement le fossé par feux de flanquement. Il s'avéra donc nécessaire de revenir à un tracé tenaillé abandonné depuis des siècles. Le bastion évolua donc vers des formes angulaires dont les faces sont orientées de maniere à pouvoir prendre d'enfilade le pied de la courtine et les front des deux bastions voisins. ( Mousqueterie, et artillerie tirant à mitraille). Le croquis suivant fera mieux comprendre que de longues explications les principes d'établissement du plan de front bastionné constitué par l'ensemble de deux demi-bastions consécutifs, et de la courtine qui les relie :
Une fois déterminée la surface à défendre, le nombre des fronts bastionnés est choisi : 4, 5, 6... fronts bastionnés. L'angle des capitales Aa et Bb de deux bastions successifs est un sous-multiple de 360°. Les points A et B étant choisis sur le terrain, on élève en leur milieu C une perpendiculaire. La ngueur CD est de l'ordre de 1/6 à 1/8 de AB. Sur AD et BD on prend des longueurs, BH et AG de l'ordre de 7 de AB. De H et G on abaisse les perpendiculaires HF et GE sur les prolongements de AD et de BD. Enfin on joint F à E. La ligne brisée AGEFHB constitue le "front bastionné". AG et BH sont des fronts de bastions ; GE et HF en sont les "flancs". EF est la courtine. A et B sont les "saillants" des deux bastions consécutifs. EN est la "gorge" du bastion de saillant A; la ligne EGA est dite "angle d'épaule". Cette nécessité de pouvoir pratiquer le tir flanquant au pied des murailles allait dominer pendant des siècles l'art du tracé des plans de fortifications : qu'il s' agisse de forts isolés ou d'une ville fortifiée - en règle générale, ville placée à l'intersection d'axes routiers ou/et fluviaux. ( Une belle réalisation, présentant en outre l'avantage d'avoir été conservée pratiquement en l'état, est la ville de Naarden, aux Pays-bas, qui présente encore ses courtines, ses 6 bastions et ses 6 ravelins.) Mais le front bastionné ( de "Corps de place" ), ne détient toutes ses qualités défensives que si la contrescarpe mur externe du fossé, a un tracé parallèle aux fronts de bastion : P.O.Q sur le croquis précédent, et si le glacis a été aménagé de manière à être totalement couvert par les tirs frontaux des défenseurs. Mais on s'avisa rapidement du fait qu'en raison de la largeur du fossé, les feux frontaux de mousqueterie sur le glacis - tirs au but sur assaillants dispersés, contrairement aux tirs sur zone des batailles rangées - n'avaient qu'une médiocre efficacité : le tireur moyen ( l'imperfection de l'arme n'y change pas grand chose ), dans les conditions psychologiques du combat touche assez rarement "sa" cible, mobile, à plus d'une trentaine de m. ( Il arrive qu'il en touche une autre). L'aménagement de la contrescarpe comme première ligne de défense fut le remède à cette constatation. Ici aussi un croquis - en coupe cette fois - sera préférable à de longues explications qui, d'ailleurs, resteraient quelque peu obscures : Coupe de fossé, XVII ème / XVIII ème siècles
La banquette de tir d'infanterie, b, est aménagée pour le tir "posté" à genoux. Le chemin ( de ronde) couvert - couvrant des vues et des coups de l'ennemi - permet le rechargement debout ainsi que les déplacements, à l'abri, sur ce chemin. Quand les défenseurs envoyés sur la contrescarpe sont en passe d'être submergés, des échelles leur permettent de descendre dans le fossé qu'ils traversent rapidement vers des portes donnant sur des cheminements les amenant au niveau supérieur interne. es derniers hommes descendus culbutent ces échelles de descente, quoique leur hauteur soit insuffisante pour qu'elles puissent servir à l'ennemi pour gravir l'escarpe. Le "cordon" gène considérablement les assaillants pour la mise en place de très longues, donc très lourdes, échelles d'escalade de l'escarpe. Le problème difficile était celui de la récupération des hommes envoyés sur la banquette de contrescarpe, et pour deux raisons - il serait difficile - et immoral - d'envoyer des hommes à la mort ou la capture ertaines, car la Nature fait peu de héros - leur retour dans le Corps de place est nécessaire pour tenir solidement la contrescarpe; donc : un bon commandant de place-forte doit être avare de la vie de ses hommes. La retraite, par les échelles de descente, doit être couverte par des feux violents déclenchés au bon moment depuis le parapet de contrescarpe. Se pose alors le problème de la traversée du fossé, et de remontée jusqu'à l'intérieur de la place. Une première solution consista à aménager dans l'intérieur de l'escarpe des escaliers débouchant sur le fossé, avec herse ou porte métalliques refermées par les derniers des défenseurs. Mais cette solution laissait les fantassins en repli à découvert pendant qu'ils traversaient le fossé, et surtout pendant l'inévitable attente devant une porte de faibles dimensions. De plus, elle constituait un point faible si l'ennemi arrivait à se maintenir assez longtemps dans le fossé pour forcer des portes. ( Il y eut donc des escaliers pré-minés, avec mise à feu après fin du repli). Il fallut en venir à la solution de la caponiere à l'origine chemin couvert - au sens habituel du terme "couvert" - permettant de circuler en sécurité depuis l'extérieur jusque dans le corps de place. Il y avait alors aussi des escaliers - préminés - pour la descente depuis le chemin de contrescarpe; et la caponiere, elle-même, pouvait être détruite ( pré-minage faisant écrouler son "toit"). Mais, puisque la caponiere - en fait : les caponieres - traversait le fossé, on en profita vite pour l'utiliser comme voie d'accès à un petit ouvrage établi dans le fond même du fossé; ouvrage d'où des feux rasants de mousqueterie pouvaient être dirigés contre les assaillants à mesure qu'ils descendaient dans ce fossé. Dès lors le mot caponiere désigna plus souvent cet ouvrage que le passage protégé. ( Plus tard le terme s'étendra à des postes de tir placés dans l'épaisseur de la muraille d'escarpe). L'arme utilisée depuis les embrasures d'une caponiere était, autant que possible, un très gros mousquet - à "croc" pour absorber le recul - tirant une "mini" boite à mitraille de grosses chevrotines qui, agissant à courte portée, avait des effets tateurs.299 Le système que nous venons de décrire - d'Errard de Bar-le-Duc; du chevalier de Ville; des Hollandais, 1 ère formule etc - révéla rapidement ses faiblesses vis à vis du minage explosif : il suffisait en effet à l'assaillant de creuser des galeries passant sous le fossé, et à chacune, de faire exploser deux charges assez puissantes sous l'escarpe et la contrescarpe, respectivement, pour créer des brèches., ( Ces galeries partaient de la tête de tranchées d'approche, creusées en "zig-zags" sur le glacis.)300 On fut donc conduit à élargir considérablement le fossé, et à y placer des ouvrages avancés ( les "dehors" ) comme les "ravelins" puis les "demi-lunes" ( bizarrement nommées, puisque ne présentant aucune face arrondie ), les contre-gardes etc. Ce furent les systèmes du comte de Pagan, de Mannessan-Mallet, et de bien d'autres. Le très grand architecte-fortificateur de cette période de recherche fut le maréchal Le Prestre de Vauban ( 1633-1704 ), après qui la fortification - face à des armes qui, fondamentalement, ne changeaient pas - resta figée pendant largement plus d'un siècle. On classe les tracés successifs de Vauban, reconnu par toute l'Europe comme le maître en la matiere, selon trois systèmes défensifs - ou deux pour certains auteurs qui ne veulent voir dans le troisième qu'une amélioration du "Vauban seconde manière". Quoi qu'il en soit - dans un premier temps, il préconise le creusement d'un second fossé, en avant du fossé de glacis principal. On y aménage des demi-lunes - donc ouvrages avancés détachés - aux angles rentrants externes du premier glacis : en avant des flancs de bastions;- avec le second système ( ex : Besançon, Belfort ), Vauban pare à une forme d'attaque qu'il avait lui-même conçue en dirigeant des sièges : celle du tir à ricochets, capable d'atteindre l'artillerie de défense et ses servants malgré le parapet. A cet effet, il fait dominer la courtine par le bastion-tour qui abrite 20 à 25 pièces. Le fossé, comme dans certaines réalisations de 1 ère maniere est dédoublé, mais cette fois systématiquement, en fossé "intérieur" et principal ; !- a la fin du XVII ème siècle, ( ex : Neuf-Brisach ), les bastions-tours se situent, en plan, dans la continuité du tracé de la courtine. La demi-lune possède un réduit propre jouant pour elle le rôle de bastion-tour. Ayant eu à mener de nombreux sièges, Vauban a perfectionné son art de constructeur à la lumiere des défauts qu'il avait constatés sur les fortifications dont il s'était emparé. Pour l'époque, c'est là un rare exemple de propre remise en question par la réflexion appliquée à l'expérience; et si Vauban fut sans cesse le meilleur attaquant et constructeur c'est parce qu'il sut toujours garder un "temps d'avance" sur les spécialistes étrangers. ( Il faut bien reconnaitre que la plupart des commandants en chef de sièges ne possédaient aucune des connaissances technique et scientifiques leur permettant de tirer des enseignements. Leurs ingénieurs les auraient eu; mais le ège fini n'avaient guère "droit au chapitre" : ils n'étaient pas considérés comme de "véritables" officiers.) Soulignons encore, de Vauban, qu'il fut l'inventeur des "masses couvrantes" pour les ouvrages extérieurs : la disposition des ouvrages externes doit permettre le repli, en sécurité relative, de leurs garnisons quand il faut se résigner à les évacuer. Relevons le fait que peu avant sa mort le mathématicien d'Alembert ( 1717-1783) étudia un tracé de fortification radicalement nouveau : le tracé polygonal. L'étude fut reprisepar Carnot, mais appliquée d'abord par la Prusse dès 1816. Ce nouveau principene s'imposera pas en France avant 1840. ( Nous aurons à y revenir.) Autre point à noter, déjà brièvement évoqué, celui de l'invention de la géométrie descriptive par Gaspard Monge (1746-1818) en 1779, alors qu'il était professeur de topographie et de dessin à l'Ecole Militaire de Mézieres. Citons E.T. Bell ( "Les grands mathématiciens" ) : " Une partie importante des cours tait réservée à la fortification ( Les méthodes utilisées exigeaient des calculs arithmétiques sans fin ( Après la découverte de Monge, des problèmes qui étaient auparavent de véritables cauchemards - il arrivait souvent qu'on ne puisse les résoudre qu'en démolissant ce qui avait été fait, et en reconstruisant - étaient maintenant simples comme l'ABC. On fit jurer à Monge de ne pas dévoiler sa méthode, qui pendant 15 ans fut jalousement gardée comme secret militaire. C'est seulement en 1794 qu'il fut autorisé à l'enseigner publiquement." 301La géométrie descriptive, sans doute trop pratique, a disparu des programmes de concours d'entrée de grandes écoles françaises - comme Polytechnique - après les discutables réformes qui ont suivi les évènements de 1968 : sauf travail personnel, s jeunes ingénieurs en sont donc revenus à l'"ère pré-Mongienne" car la conception assistée par ordinateur, C.A.O, ne remplace pas entierement une éducation précoce à la vision spatiale des objets en projet sur plans.) C. Protection navale. Jusqu'au milieu du XIX ème siècle - donc pour toute la période traitée ici - il n'y eut pas de protection spécifique pour les navires de guerre. Toutefois rappelons que la coque de chène du galion avait déjà une épaisseur de l'ordre de 30 cm. Très vite, vaigrage compris, le vaisseau de ligne présentera une cinquantaine de cm de chène, et en fin du XVIII ème siècle certains vaisseaux de 1er rang eurent une épaisseur de coque, ( de "muraille" ), de plus de 70 cm.302 Sauf à très faible distance, le galion ne pouvait être perforé que par les "grandes couleuvrines" de son temps; plus tard le vaisseau seulement par les canons les plus puissants : 32, 36 et 42 livres. Mais : - les dégats provoqués au dessus de la ligne de flottaison n'avaient le plus souvent que des effets très limités; - rarissimes étaient les coups perforant les oeuvres vives ( coque au dessous de la ligne de flottaison), car sauf très court trajet dans l'eau, elle freinait énergiquement le boulet. De toutes façons le trou du calibre du boulet, ne pouvait qu'être à faible profondeur, donc sous faible pression d'eau303, facile à obstruer par des "tapes" - bouchons de bois entourés de chiffons - pour continuer le combat en attendant de pouvoir procéder à des réparations plus élaborées. Restent les "boulets rouges" ( chauffés au rouge ), pouvant provoquer les incendies catastrophiques chers aux auteurs de romans pseudo-historiques. En réalité : - Dans toute la mesure du possible l'essentiel de la structure était constituée de chène ayant séjourné pendant des dizaines d'années dans des eaux pétrifiantes; et de peu inflamable; - pour les aménagements internes, faits de bois non pétrifié - car trop rare - des bacs à sable humide et des tonnes à eau étaient répartis dans les différents ponts pour éteindre les incendies naissants. Mais bien entendu l'arrivée d'un boulet rouge sur un tonneau de poudre ( placé en batterie pour les rechargements ) pouvait avoir de graves conséquences; et le coup au but dans la soute à poudre principale ( la Sainte Barbe ) avait un effet radical. Toutefois cette vision cataclysmique de l'effet des boulets rouges doit être tempérée. En effet - le four de chauffe ( situé en général vers l'avant du navire ), constituait par lui-même un danger grave s'il venait à être frappé par un boulet normal ayant percé la muraille ; de très nombreux commandants se refusaient donc à l'employer, jugeant qu'il offrait plus de risques que d'avantages; - et ce four ne pouvait chauffer simultanément qu'un petit nombre de boulets : seules les 2 ou 4 pièces les plus proches pouvaient être alimentées ( et pas à chaque tir ) non sans un transport délicat et un rechargement très dangereux. La probabilité de coup au but étant faible - sauf de très près - sur le peu de boulets rouges échangés la majorité l'était en vain, quoiqu'ils fussent confiés aux meilleurs pointeurs.. - Longueur : lieue : 3,888 km; perche : 6,496 m; pied : 0,325 m; pouce 2,707 cm; ligne : 2,26 mm. - Masse : quintal : 48,95 kg; livre : 489,5 g; once : 30,59 g; "tonneau de mer" : 979 kg. ( Très rares étaient les personnes faisant la différence entre masse et | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||