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Géopolitique du Pacifique

 

INTRODUCTION

Cours de géopolitique d'Alain Lizellmann

 

 

Géopolitique du Pacifique : ce titre implique

  • une approche, la géopolitique,
  • un espace, le Pacifique.

 

 La géopolitique

Il existe de nombreuses définitions de la géopolitique, trahissant des approches parfois fort différentes. À l’interdit qui a pesé sur cette discipline de la fin de la 2ème guerre mondiale aux années 1980 a succédé un engouement suspect, on parle de géopolitique à propos de tout et de rien.

Les universitaires cherchent, par une définition, à cerner très étroitement le sujet. Le résultat est souvent une formulation plutôt absconse. Après tout, chacun a le droit de dire de quoi il parle et de recourir à cet effet à une définition facilement compréhensive[BD1] . Pour cela, il est important de savoir d’abord de quoi on ne parle pas :

  • nous écarterons toute conception active de la géopolitique : elle n’est pas une politique mais une méthode d’analyse au service de la politique ;
  • nous refuserons la conception militaire de la géopolitique : elle ne doit pas être confondue avec la stratégie, et même avec la géostratégie qui décrit les contraintes qu’impose la géographie au stratège.

De la géopolitique, des idées et des volontés découle la politique. La politique se poursuit, en cas d’affrontement armé, dans la stratégie.

Nous pouvons donc poser une définition simple : la géopolitique est l’étude des déterminants géographiques qui interviennent dans la politique des États, tant intérieure qu’extérieure. Ces déterminants relèvent de toutes les branches de la géographie :

  • géographie physique pondérée par l’évolution des moyens techniques,
  • géographie économique : répartition des ressources, coût de leur exploitation, problèmes de transport, relativité de leur importance, complémentarités…
  • géographie humaine : langues, religions, groupes ethno-culturels, niveau d’instruction…
  • géographie historique : l’histoire a modelé les perceptions spatiales des peuples et plus encore les mythes qui en sont nés.

La géopolitique est donc pluridisciplinaire : elle englobe des éléments de géologie, de tectonique, d’ethnologie, de climatique, de linguistique, de psychologie, d’histoire…, toutes disciplines prises en considération d’un point de vue géographique dans une perspective d’emploi politique.

Cela dit, nous pouvons approcher la géopolitique sous deux angles :

  • la vision géopolitique qu’ont d’eux-mêmes les États,
  • la vision géopolitique que nous avons de ces États.

Nous intégrerons ces approches l’une dans l’autre : la vision géopolitique des États constitue par elle-même un facteur géopolitique.

Finalement, nous nous apercevons que presque tout ce qui ne relève pas de la volonté politique peut tomber dans le domaine de la géopolitique.

Le Pacifique

Cet espace paraît, a priori, facile à définir : il s’agit de l’espace océanique délimité par le détroit de Béring, les Amériques, le continent Antarctique, l’Austrasie, le Sud-Est asiatique et l’Extrême-Orient eurasiatique. C’est le Pacifique du point de vue du géographe.

Qu’en dire ? Ce n’est que de l’eau, à peine parsemée d’île si minuscule qu’elles sont invisibles sur une carte générale de la zone. La géopolitique s’intéressant aux États, il n’y a, semble-t-il, pas grand-chose à en dire.

Cela illustre la difficulté qu’il y a à définir une zone géopolitique. Prenons un exemple dans une autre région, les Caraïbes. Qu’est-ce que les Caraïbes ? Les îles du même nom ? Ou la mer éponyme ? Dans ce cas, doit-on inclure les pays riverains ? Si oui, faut-il inclure la totalité du Mexique, ou seulement la région bordée par cette mer ? C’est un non-sens, un État ne se divise pas. Mais nous observons au passage la présence d’un canal d’une importance capitale pour les États-Unis. Nous devinons alors l’importance du contrôle de cette mer et de ses accès, et nous découvrons progressivement d’autres acteurs comme la France et la Grande-Bretagne. L’étude géopolitique d’une zone inclut donc le rôle joué par tous les acteurs même s’ils sont très éloignés.

Il en va de même du Pacifique. Un espace océanique, cela implique

  • des voies de communication : il faudra inclure les détroits, donc les États archipélagiques, donc les deux mers de Chine,
  • des ressources halieutiques : interviennent tous ceux à qui les ZEE donnent des droits souverains, qu’ils soient riverains, insulaires ou éloignés,
  • des ressources des fonds et des sous-sols : nous étudierons à qui la notion de plateau continental confère des droits,
  • accessoirement et pour mémoire, des immensités permettant les expérimentations nucléaires (Bikini, Mururoa).

Cet espace peut être perçu dans une optique d’exploitation immédiate ou de potentialités :

  • perception immédiate : disputes sur les zones de pêche et les techniques utilisées, problèmes de la liberté de circulation,
  • intérêts différés : préservation de ressources encore peu exploitées (France), option sur des ressources encore non exploitables (nodules polymétalliques) ou non explorées (pétrole, gaz),
  • intérêts stratégiques (relais océaniques),
  • intérêts politiques à long terme : être présents dans la résolution des problèmes futurs, dans les grandes décisions (mondialisation).

L’étude ne sera pas complète si elle n’inclut pas celle d’écoles géopolitiques nationales :

  • géopolitique chinoise, perception de la mer,
  • expansionnisme marin du Chili et concept de Mar presencial.

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