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Géopolitique du Pacifique

 

RAPPEL HISTORIQUE DE GÉOPOLITIQUE

Cours de géopolitique d'Alain Lizellmann

 

Le terme de géopolitique a pour la première fois été employé par le Suédois Rudolf Kjellen dans un article publié en 1901. Ce dernier a influencé d’autres géopoliticiens, notamment Karl Haushofer, par son ouvrage « L’État comme une forme de vie », publié en 1916. Toutefois, c’est l’Allemand Friedrich Ratzel qui est considéré comme ayant le premier théorisé la géopolitique.

Friedrich Ratzel (1844-1904) : la nécessité de l’expansion

Principaux ouvrages : « Géographie politique » (1897), « L’espace vital » (1901).

Il est important de situer le contexte dans lequel Friedrich Ratzel a étudié les rapports entre la géographie et la politique. Son oeuvre a eu pour cadre l’Allemagne de la fin du XIX° siècle. Celle-ci avait pour double souci de contrer la puissance britannique et de détourner la France de toute idée de revanche contre elle après sa défaite de 1870 et la perte de l’Alsace-Lorraine. En l’encourageant dans ses visées coloniales, elle visait ce double objectif : la France entrait en concurrence avec la Grande-Bretagne et oubliait quelque peu ses ambitions territoriales en Europe. L’Allemagne elle-même avait ses propres ambitions coloniales. L’apogée de cette politique a été le congrès de Berlin en 1885.

Cette époque était celle de l’exaltation du nationalisme et du colonialisme. Nationaliste, Ratzel l’était : il était membre de la Ligue pangermaniste et militait au parti national libéral. Colonialiste, il l’était également : il était membre fondateur du Comité colonial.

À l’époque où il a développé son œuvre, Ratzel était titulaire de la chaire de géographie à l’université de Leipzig. Il s’intéressait avant tout aux rapports entre la géographie et la politique. Sa vision était celle d’États continents démesurés, surtout après avoir voyagé aux États-Unis, et il refusait l’enfermement géopolitique de l’Allemagne dans l’Europe. Conscient de l’avance prise par la France et la Grande-Bretagne dans le partage de la puissance maritime, il préconisait une alliance avec l’Asie, représentée avant tout par la puissance émergente qu’était le Japon.

Pour Ratzel, l’État était comparable à un organisme vivant, idée que développera Kjellen. Il est constitué d’une fraction de l’humanité rassemblée sur une fraction du sol. Les deux éléments principaux caractérisant l’État sont donc le peuple et le sol. La notion de peuple n’impliquait aucune connotation raciale : il s’agissait d’un ensemble d’individus liés non par la race ni par la langue mais vivant sur un même sol. Kjellen refusait la politique des nationalités qui était déjà en vogue et triompherait après la Grande Guerre. Il s’agissait d’une conception impériale de l’État, conception qui évoquait l’Empire austro-hongrois mais peut être rapprochée de la notion moderne d’État pluriethnique.

Quant au sol, il est caractérisé, de façon décroissante, par sa situation, son étendue et ses frontières. La situation de l’État peut être mondiale, périphérique ou médiane. Quant à son étendue et à ses frontières, elles nous conduisent à étudier le type et la forme du sol, la végétation, les voies fluviales et les communications avec le reste du monde.

Dans « L’espace vital », publié en 1902, Ratzel définissait 7 lois qui régissent l’expansion d’un État :

  • La croissance spatiale va de pair avec le développement de la culture, ce qui justifie l’expansion au détriment de peuples moins avancés.
  • L’étendue de l’État s’accroît en proportion de sa puissance économique et commerciale, et aussi en fonction de son idéologie : l’expansion est affaire de moyens et de volonté.
  • L’expansion se fait par absorption d’entités politiques moins importantes : le mouvement est donc auto-alimenté.
  • La frontière est vivante : elle marque les limites temporaires d’un État entre deux phases d’expansion.
  • La logique géographique prévaut sur toute autre considération dans le processus d’expansion de l’État.
  • L’expansion est favorisée par la proximité d’entités politiques moins importantes : l’État ne peut pas se développer si ses voisins sont également puissants.
  • Le mouvement est alimenté par la généralisation des expansions territoriales : les conquêtes territoriales d’États rivaux accentuent la nécessité d’expansion de l’État considéré.

On a reproché à cette géopolitique primitive de donner une explication déterministe de l’histoire. C’est là un mauvais procès fait à Ratzel : il considérait les lois objectives qu’il énumérait comme subordonnées à la volonté politique et prenait en compte l’influence des représentations géographiques et des idées religieuses et politiques sur l’expansion des États. Ne visant qu’à définir les invariants géopolitiques dans la définition des politiques des États, il peut être considéré comme un des précurseurs de la Realpolitik.

Karl Haushofer (1869-1946) : le temps des hégémonies

Karl Haushofer est celui par qui la géopolitique est descendue dans l’enfer des disciplines politiquement incorrectes de 1945 au milieu des années 1980. Cela est dû à l’exploitation idéologique que les nazis ont faite de ses théories. Était-il un nazi lui-même ? Certainement pas. Certes, ses rapports avec le parti au pouvoir ont été ambigus, comme l’étaient ceux de tous ceux qui avaient une position en vue et s’efforçaient de survivre. Mais lui-même et sa famille ont souffert des persécutions nazies.

Le contexte historique dans lequel s’inscrit l’œuvre de Karl Haushofer est opposé à ce que nous avons décrit à propos de Friedrich Ratzel. Général de l’armée allemande, Haushofer a quitté l’armée, profondément traumatisé, en 1918 et ne s’est plus préoccupé, jusqu’en 1945, que de géopolitique, discipline qu’il définissait comme une « conscience géographique de l’État. C’est à l’occasion de voyages aux Indes, en Extrême-Orient, en Sibérie et en Russie qu’il a pris conscience, comme Ratzel après avoir visité les États-Unis, d’une géographie des grands espaces. Influencé par le livre « l’État comme une forme de vie » de Kjellen, il attachait une importance fondamentale à la relation organique entre le territoire et la population.

Deux concepts sont au centre de la géopolitique de Haushofer : celui de Deutschtum, que l’on pourrait traduire « germanité », communauté de civilisation allemande, et celui de Lebensraum, mal traduit « espace vital » (il vaudrait mieux dire « espace de vie »), impliquant la nécessité pour l’État de déployer librement ses virtualités. Cela impliquait la création de grands ensembles, avant tout d’une grande Allemagne. L’idée était de permettre à l’État d’être économiquement autarcique afin de disposer d’une totale liberté d’action. Fidèle en cela à la géopolitique de Ratzel, il considérait que l’espace vital d’un État en phase de croissance était constitué par des pays dont la démographie était moins vigoureuse et dont la puissance économique était moindre. La France de l’entre deux guerres ne constituait donc nullement l’espace vital de l’Allemagne qui se situait bien plutôt en Europe de l’Est.

Le plus sûr moyen d’atteindre à cette autarcie est, naturellement, d’imposer son hégémonie sur le monde mais cela n’est pas réalisable.  Les États politiquement forts doivent donc se ménager des zones d’hégémonie leur conférant l’accès à toutes les ressources nécessaires. Le pétrole n’apparaissant pas encore comme une ressource essentielle, cela conduisait à l’idée de grandes zones d’hégémonie du Nord sur le Sud, ce que Haushofer appelait les Pan-Ideen. François Thual et son disciple Aymeric Chauprade traduisent ce mot « panismes ».

Il y a, en fait, une certaine ambiguïté dans ce terme de Pan-Ideen. Il recouvre à la fois l’idée déjà ancienne d’unités géographiques, ethniques et culturelles comme le pan-islamisme, le pan-turquisme ou le pan-slavisme et l’idée de domination de groupes ethniques et culturels sur leur espace vital. À cet égard, Haushofer distinguait essentiellement quatre zones d’hégémonie :

  • une zone pan-européenne recouvrant l’Afrique ; l’hégémon en aurait été, bien sûr, l’Allemagne,
  • une zone pan-américaine dominée par les États-Unis,
  • une zone pan-russe incluant l’Asie centrale et le sous-continent indien,
  • une zone pan-asiatique dominée par le Japon, recouvrant l’Extrême-Orient, l’Asie du Sud-Est et le Pacifique Nord.

À l’idée pan asiatique, Haushofer opposait l’idée pan-pacifique répondant au désir des Américains de s’ouvrir le marché chinois. La Grande-Bretagne, on le voit, n’avait pas sa place dans ce vaste projet. Bien au contraire, l’idée centrale était de disloquer l’empire britannique : dans ce but, Haushofer ajoutait une idée pan-indienne incluant l’océan Indien et une idée pan-australienne impliquant une domination australienne sur le Sud-Pacifique.

D’ailleurs, Haushofer constatait que le leadership britannique était en déclin et que les États-Unis étaient en passe de lui succéder. Pour l’Allemagne, l’essentiel était de rompre la ceinture coloniale qui la plaçait en situation de dépendance.

Il est quelque peu humiliant pour nous de constater que la France était absente des projets de Haushofer et ne figurait pas non plus comme l’ennemi à abattre.

Alfred Mahan (1840-1904) : le chantre de la puissance navale

Nous voilà revenus à l’époque de Ratzel mais dans un contexte différent : celui de cette Amérique dont Ratzel, précisément, pressentait qu’elle supplanterait la Grande-Bretagne dans la domination des océans. Les États-Unis, en effet, étendaient leur emprise sur le Pacifique Nord : achat de l’Alaska en 1867, soutien de la révolte de Cuba contre les Espagnols en 1895, acquisition de Guam, Porto Rico, Hawaï et les Philippines à l’issue de la guerre contre l’Espagne en 1898, percement du canal de Panama et création de l’État panaméen à leur dévotion en 1901, ouverture du Canal en 1914.

Amiral, Mahan a fait davantage œuvre d’historien de la stratégie navale que de soldat. On peut hésiter à le définir comme un géopoliticien ou un stratégiste : stratégiste, il l’a été indubitablement, proposant à son pays une stratégie fondée sur le sea power, la puissance maritime, mais ses thèses sont fondées sur une analyse géopolitique originale de la situation des États-Unis.

Mis à part une somme gigantesque consacrée à l’analyse historique des guerres navales, son apport à la géopolitique tient dans un livre, « The interests of America in Sea Power » (1897). Prédisant la domination mondiale des États-Unis grâce à la maîtrise des mers, il y exposait les trois impératifs de son pays dans la conquête de la puissance :

  • s’associer à la Grande-Bretagne pour le contrôle absolu des mers,
  • contenir l’Allemagne dans un rôle continental en lui déniant le contrôle des mers,
  • mettre en place une défense coordonnée des Américains et des Européens.

Dans ce but, il préconisait non seulement la conquête de points d’appui et de positions solides sur les détroits et les routes maritimes mais aussi la construction d’une flotte puissante apte à assurer au pays la maîtrise des mers.

Il n’est pas inintéressant pour nous de rappeler que Mahan est l’inventeur de la notion de « péril jaune » qui fera florès plus tard : dans son esprit, la menace qui pesait à terme sur les intérêts américains était la montée de la puissance japonaise, avant même avant la victoire japonaise sur la Russie à Tsushima. Il traduisait ainsi l’intérêt des Américains pour l’Asie et le souci de contrôler les communications maritimes dans le Pacifique, ainsi qu’une vision très claire des intérêts géopolitiques du Japon. Quelque cinquante ans plus tard, l’attaque japonaise sur Pearl Harbor lui donnerait raison.

Halford J. Mackinder (1861-1947) : la théorie du pivot

Ratzel et Haushofer avaient une conception géopolitique de la puissance allemande, Mahan de la puissance américaine et, accessoirement, de la puissance britannique et japonaise. Avec le Britannique Mackinder apparaît une vision mondiale de la géopolitique. Il a exposé ses théories dès 1904 et les a révisées quarante ans plus tard, dans le contexte de la 2ème Guerre mondiale.

Cette vision est celle d’une « île mondiale » organisée autour d’un pivot, le heartland, centre de gravité de tous les phénomènes géopolitiques. L’Eurasie, inaccessible à la puissance maritime, a pour cœur la Russie. Celle-ci est protégée par un croissant de zones faisant obstacle à la pénétration depuis les côtes, l’inner crescent constitué par la Sibérie, l’Himalaya, le désert de Gobi, le Tibet. Au-delà se trouvent les pays ayant accès aux océans, le coastland. Au-delà des mers et du Sahara qui délimitent l’île mondiale se trouve l’outer crescent composé de la Grande-Bretagne et du Japon. Enfin, plus loin encore est situé le Nouveau Monde dont le cœur est les États-Unis.

L’ensemble des phénomènes géopolitiques se résume en une lutte entre le heartland et l’outer crescent. La doctrine de Mackinder, contrairement à celle de Mahan, est celle d’une suprématie de la puissance continentale : « Qui tient l’Europe orientale tient le heartland, qui tient le heartland domine l’île mondiale, qui domine l’île mondiale domine le monde. » La hantise de Mackinder était une alliance entre l’Allemagne et la Russie qui auraient ainsi dominé l’île mondiale.

En fait, la théorie de Mackinder était irréaliste. D’abord, les géopolitiques respectives de l’Allemagne et de la Russie n’avaient aucune raison de converger. L’alliance germano-russe a bien été réalisée, mais c’était un traité de circonstance qui ne pouvait qu’être dénoncé. Par ailleurs, comme tout le monde à son époque, Mackinder surestimait les progrès de la technique, notamment le développement des chemins de fer et de l’aviation, imaginant qu’ils abolissaient les obstacles que constituaient la Sibérie et les montagnes.

Spykman (1893-1943) : l’importance des franges continentales

Le journaliste américain Spykman s’est intéressé particulièrement au Moyen-Orient et à l’Asie. Il a enseigné la science politique à l’université de Californie et a dirigé l’Institut d’études internationales à l’université de Yale. Il est surtout connu pour avoir élaboré la théorie de l’endiguement qui sera mise en œuvre par les États-Unis durant la guerre froide, ce qui n’est que partiellement fondé.

Spykman jugeait trop déterministe la géopolitique de Haushofer et contestait le rôle central attribué au heartland par Mackinder. En effet, il observait que la théorie du heartland était invalidée par la première guerre mondiale au cours de laquelle l’Angleterre et la Russie s’étaient alliées. Sur la fin de sa vie, il observerait de plus le front commun américano-russe contre l’Allemagne.

La démarche de Spykman est pourtant assez proche de celle de Mackinder : Sa vision géopolitique s’organise autour d’une zone pivot, dont le cœur stratégique est cependant situé plus à l’ouest, en Europe orientale. Tous les pays qui bordent l’Eurasie constituent un croissant marginal ou rimland. Au-delà se situent les mers et les déserts qui séparent l’Eurasie des terres du croissant insulaire extérieur : Amériques, Afrique sub-saharienne et Australie.

La différence capitale est que, pour Spykman, ce n’est pas le heartland qui compte mais le rimland. C’est dans cette zone que se joue le vrai rapport de forces entre la puissance continentale et la puissance maritime, entre l’URSS et les États-Unis. Ainsi inverse-t-il le théorème de Mackinder : « Celui qui domine le rimland domine l’Eurasie, celui qui domine l’Eurasie tient le destin du monde entre ses mains. »

En fait, la politique de l’endiguement sera une stratégie défensive visant à contenir l’expansion impériale soviétique, ce qui donnerait en quelque sorte raison à Mackinder. Néanmoins, cette politique constituera une reconnaissance de l’importance des marges eurasiatiques énoncée par Spykman.

Jacques Ancel (1879-1943) : pour une géographie des nations

Bien entendu, les géopoliticiens allemands et anglo-saxons ont eu des émules dans bien d’autres pays, notamment en France. Nous ne pouvons pas nous étendre ici sur l’œuvre de Paul Vidal de la Blache(1845-1918) ni sur celle d’André Chéradame qui ont tous deux pris le contre-pied de la théorie de la puissance allemande de Haushofer. Nous ne pouvons, en revanche, nous passer de citer le géographe français Jacques Ancel. Le contexte est toujours l’entre deux guerres mais c’est surtout le dépècement des empires austro-hongrois et turc qui a influencé Ancel. S’intéressant avant tout aux Balkans et à l’Europe centrale, il a élaboré la plus fine des études sur les lignes de force tracées par la nature et sur les combinaisons de genres de vie réalisés dans les territoires des nouveaux États. Il s’est particulièrement penché sur la question des frontières (« Géopolitique » 1936, « Géographie des frontières » 1938) et la façon dont la géographie conditionne la formation des nations et du sentiment national.

La frontière est soit imposée par la nature, soit le résultat d’un équilibre atteint par deux groupes humains. Ancel favorisait la seconde hypothèse, démontrant que les obstacles naturels ne constituent pas nécessairement des frontières naturelles : la mer rapproche davantage les peuples qu’elle ne les sépare, les montagnes les plus élevées sont bien souvent occupées de part et d’autre par un même groupe humain, les grands fleuves ne constituent qu’exceptionnellement des frontières. Seuls les vides d’humanité, déserts, marais, forêts, pourraient constituer des frontières naturelles. Les vraies frontières sont le produit de faits humains comme la disparité linguistique.

Tout oppose donc Ancel à Haushofer. Tous deux, d’ailleurs, ont analysé leurs différends dans une abondante correspondance.

Disparition et renaissance de la géopolitique

Que le contexte des années d’après guerre ait été défavorable à l’étude de la géopolitique, c’est peu dire. D’abord, elle souffrait de l’odeur de soufre que dégageait la géopolitique allemande. Par ailleurs, la thèse d’une opposition exclusivement idéologique des relations internationales (le « camp de la liberté ») ne pouvait s’accommoder de la géopolitique. Enfin, la nécessité d’une réintégration de l’Allemagne dans l’Europe excluait des études démontrant les intérêts opposés de ce pays et de la France. En 1950, au cours d’une réunion des historiens et géographes français et allemands, il était décidé de faire disparaître la géopolitique de l’enseignement universitaire. Dans le reste du camp occidental, le même interdit pesait sur la géopolitique.

En Russie et dans le bloc de l’Est, l’affaire était entendue : une discipline qui voyait dans le déclenchement des conflits autre chose que la lutte des classes ne pouvait qu’être mensongère.

Pourtant, très vite, des fissures dans l’homogénéité des deux camps ont montré que l’analyse uniquement idéologique ne tenait pas : à l’ouest, sortie de la France des organes intégrés de l’OTAN, Ostpolitik allemande ; à l’est, rupture soviéto-yougoslave, écrasement du soulèvement de Berlin et de la Hongrie, occupation de la Tchécoslovaquie, rupture sino-soviétique ; entre les deux, apparition du Mouvement des non alignés.

Pourtant, il a fallu attendre les années 1980 pour que Yves Lacoste ose militer pour la réhabilitation d’une géopolitique française.

Avec l’effondrement de l’Union soviétique, la géopolitique, toujours présente dans les faits, a fait son retour dans les discours. Certes, « La fin de l’histoire » de Francis Fukuyama peut être considérée comme le chant du cygne d’une théorie des relations internationales fondée sur l’idéologie. En revanche, « Le choc des civilisations » de Samuel Huntington est plus ambigu. Certes, la notion de civilisations vient à point nommé se substituer à celle d’idéologies pour délimiter les lignes de fracture. Le discours américain depuis le tragique 11 septembre 2001, encourageants les partisans de Huntington, même ceux qui ne l’ont jamais lu, a lui aussi un contenu hautement idéologique : lutte du bien contre le mal, axe du mal… Pourtant, il faut bien être honnête : les lignes de fracture que dessinent les civilisations ainsi que la répartition de ces civilisations sur le globe se relèvent incontestable.

 

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