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LA LIBÉRATION DE LA PROVENCE

VUE D’ITALIE

 

 

Malgré la proximité géographique, le débarquement des Alliés en Provence puis la libération de la France du Sud eurent une influence négligeable et indirecte sur les opérations en Italie et sur la libération de la péninsule. Les raisons en sont, pour la plupart, évidentes. Je les résumerai donc brièvement, sans citer les sources et les recherches les plus connues.

 

Les Alliés avaient développé l’offensive en Méditerranée en 1942-1943, essentiellement parce qu’ils n’avaient pas encore les forces pour le débarquement décisif en France septentrionale. Les Anglais, en particulier, avaient soutenu une " stratégie périphérique " d’usure : la victoire en Afrique du Nord, puis en Italie, si possible un débarquement dans les Balkans, affaiblissaient la puissance allemande mais sans la toucher au cœur et posaient en même temps les bases pour un rétablissement du rôle britannique traditionnel en Méditerranée1Les Américains considéraient cette stratégie avec soupçon, craignant de se sacrifier pour les intérêts impériaux britanniques au détriment de la grande offensive vers Paris et Berlin qui aurait décidé des équilibres européens de l’après-guerre. Mais ils avaient dû l’accepter parce qu’en 1942-1943, ils n’étaient pas à même d’affronter la Wehrmacht sur le théâtre français.

 

Le débarquement en Sicile du 10 juillet 1943 avait encore une signification stratégique importante, car la conquête de l’île ouvrait la Méditerranée à la navigation marchande : la voie de Suez permettait d’économiser des navires précieux dans les communications entre l’Atlantique, le Moyen-Orient et l’océan Indien, par rapport à la longue circumnavigation de l’Afrique. Le débarquement fut mené en force (ses dimensions ne furent dépassées que par celui de Normandie), mais l’engagement allié en Méditerranée fut réduit tout de suite après. Une série de divisions expérimentées et bon nombre d’embarcations de Bretagne furent bloquées pour le même objectif : le débarquement en France du Nord en 1944.

 

La conquête de la péninsule italienne était au départ une campagne secondaire qui, quelques jours après son début (débarquement de Salerne, le 9 septembre 1943, après celui de moindre importance à Reggio de Calabre le 3 septembre), avait déjà vu se réaliser tous ses principaux objectifs politico-militaires : la chute de Mussolini et la capitulation de l’Italie (qui, bien qu’affaiblie, restait quand même le premier allié de Hitler) ; l’ouverture d’un front anglo-américain sur le continent avec la conséquente dispersion des forces allemandes (pas le " deuxième front " que demandait Staline, mais au moins un front authentique avec des objectifs prestigieux comme Naples et Rome) ; le contrôle des grands aéroports des Pouilles, utiles à l’aviation pour le bombardement de l’Allemagne méridionale, et la reddition de la flotte de combat, le seul élément restant de l’appareil de guerre italien qui intéressât les vainqueurs. Enfin, la mise en place d’un strict contrôle anglo-américain, sur l’Italie libérée et sur le gouvernement du roi, destiné à influencer tous les événements successifs, malgré le développement de la résistance et des partis antifascistes2Le fait que les Allemands aient réussi à écraser les forces armées italiennes au moment de l’armistice, en gardant le contrôle des Balkans et de l’Italie du Centre et du Nord (de grande importance économique), passait au second plan, même si G. Schreiber en parle justement comme de la " dernière victoire " de la Wehrmacht 3

 

Le développement de la guerre en Italie après septembre 1943 était donc secondaire dans la stratégie des Alliés. D’un point de vue strictement militaire, la campagne n’avait pas d’objectifs capables de marquer un tournant dans le déroulement de la guerre : même si les armées alliées étaient arrivées dans la plaine du Pô, comme cela sembla plusieurs fois possible, elles auraient trouvé dans les Alpes une barrière infranchissable pour l’invasion de l’Allemagne du Sud. Les forces allemandes sur le front italien comptèrent en moyenne une vingtaine de divisions au personnel incomplet, dont environ un tiers d’élite (Panzer, Panzergrenadieren, parachutistes). Tout en tenant compte des troupes engagées dans le contrôle de l’Italie occupée et dans la guerre contre les partisans (et du fait que, pendant les premiers mois de 1944, la tentative allemande de rejeter à la mer la tête de pont d’Anzio attira de gros renforts), il ne s’agissait que d’une petite partie de la Wehrmacht. Et pourtant, durant l’hiver 1943-1944 et au printemps suivant, les durs combats autour de Cassino provoquèrent le vif intérêt de l’opinion publique et des commandements, si bien que l’offensive fut poursuivie malgré ses échecs, les pertes et l’usure des troupes. Pendant les premiers mois de 1944, le front italien fut au centre de l’attention générale, au-delà de sa valeur stratégique effective. Et la bataille de Cassino est entrée dans l’épopée nationale des combattants polonais, indiens, néo-zélandais et français, ainsi qu’anglais et américains, et bien sûr allemands 4

 

La libération de Rome, le 4 juin 1944, après la percée du front allemand de Cassino, représenta le point culminant de la campagne d’Italie. Deux jours plus tard, le débarquement de Normandie prit la première place dans la guerre des Alliés, sous tous ses aspects, et la campagne d’Italie fut ramenée à son rôle secondaire. Ceci fut sanctionné par la soustraction de forces considérables pour le débarquement en Provence (les quatre divisions françaises et trois divisions américaines) qui furent remplacées au fur et à mesure par des unités de pays différents au rendement inégal, en permettant aux Allemands de continuer à tenir sur la " ligne gothique " étayée sur les Apennins, de Pise à Rimini. On ne peut toutefois dire que la continuation de la guerre en Italie ait été sacrifiée au débarquement en Provence, mais plutôt que cette continuation n’avait plus de grande valeur politico-stratégique. Le contrôle de l’Italie du Nord avait de l’importance pour les Allemands, pour des raisons de prestige et pour sa production industrielle et agricole qui, en 1944, fournissait environ 12,5 % de l’économie de guerre du Reich (un pourcentage qui croissait au fur et à mesure que les Allemands se retiraient de la France et de l’Europe orientale). Mais pour les Anglo-Américains, la libération de l’Italie du Nord n’avait pas d’intérêt militaire particulier (au contraire, les forces allemandes retenues sur la " ligne gothique " et pour le contrôle des arrières étaient certainement plus nombreuses que celles nécessaires à défendre les Alpes, du Brenner à Trieste), ni politique (la libération de Milan, Turin, Venise n’aurait pas eu d’écho particulier, après celle de Paris et la marche sur le Rhin). Les tentatives alliées d’enfoncer la " ligne gothique " continuèrent jusqu’à la fin décembre ; mais, dès le 13 novembre, le maréchal Alexander avait annoncé aux partisans italiens avec le maximum de publicité (et d’indifférence envers leur situation) qu’ils devaient suspendre les hostilités parce que la libération de l’Italie du Nord était remise au printemps 1945 5

L’approche du débarquement en Provence eut des répercussions indirectes sur le Piémont où, en juillet, les Allemands menèrent une série d’attaques contre les forces des partisans pour s’assurer le contrôle des vallées alpines (comme ils le faisaient sur le versant français dans la vallée de la Durance) et sur la Ligurie, soumise à de violents bombardements pour faire croire à un débarquement possible dans la région. Puis, du 17 au 22 août, la brigade de partisans " Rosselli " empêcha, par de durs affrontements, la 90e Panzergrenadieren d’atteindre le col de la Madeleine pour descendre en France. L’importance des combats fut reconnue par le bulletin allemand du 24 août en ces termes :

Dans la région alpine franco-italienne, nos troupes, malgré la résistance tenace opposée par les terroristes, ont avancé sur la route des cols vers l’Occident. Après une dure lutte, nous avons repris le col de la Madeleine6"

 

Dans les jours suivants, le versant français des Alpes fut occupé dans une certaine confusion avec la superposition des unités des FFI et des troupes françaises et américaines. Pour en donner un exemple, en septembre, la brigade " Rosselli ", contrainte fin août à passer en France avec 250 hommes, soutint une série d’affrontements avec les Allemands autour d’Isola dans la vallée de la Tinée, puis du Belvédère dans la vallée de la Vésubie, recevant même un parachutage le 9 septembre, avant d’être encadrée dans le dispositif franco-américain qui était en train de se former 7

 

Ensuite le front se stabilisa sur la crête des Alpes. Les Allemands se bornèrent à contrôler les cols avec des troupes de montagne qui se comportaient de façon strictement défensive à la fois envers les forces alliées en garnison sur le versant français et envers les formations des partisans qui se réorganisaient dans les vallées basses et en plaine. Les troupes françaises et américaines ne prirent pas non plus une attitude plus agressive.

 

Le débarquement en Provence n’avait jamais eu, parmi ses objectifs, celui d’une offensive vers l’Italie, mais seulement la progression vers le Rhin et la libération de la France du Sud. C’était un choix tout à fait logique : comme nous l’avons dit, l’Italie du Nord n’était pas un objectif important et revenait de toute façon aux armées alliées engagées sur les Apennins. En outre, franchir les Alpes de force était pratiquement impossible ; pour exiguës qu’elles fussent, les garnisons allemandes sur les cols, retranchées dans les fortifications italiennes, étaient capables d’exercer une résistance prolongée jusqu’à l’arrivée de renforts. D’ailleurs, dès octobre, la neige et l’hiver rendirent infranchissable la barrière alpine. Les Américains n’avaient aucune intention ; de l’affronter, les Français auraient voulu rendre aux Italiens la pareille de leur invasion de 1940, mais ils n’en avaient pas les moyens 8La seule initiative des commandements alliées fut d’éviter de bombarder les routes et les ponts piémontais, et de demander aux partisans de ne pas les saboter pour que les Allemands crussent à la possibilité d’une offensive au printemps 1945 qui, en réalité, n’était pas du tout programmée. Les Alpes furent donc un front statique et tranquille jusqu’en avril 1945, quand l’effondrement allemand permit aux Français d’avancer vers la plaine avec des ambitions immédiatement freinées par les Américains.

 

Le débarquement de Provence eut des conséquences non négligeables pour la résistance italienne. Les rapports entre partisans piémontais et maquisards français avaient été rares et difficiles parce que le souvenir de l’agression de 1940 et de l’occupation italienne pesait encore. Pourtant, en mai 1944, trois rencontres s’étaient tenues entre les chefs des formations " Giustizia e Libertà " de la région de Cunéo, qui représentaient le Comité de libération nationale (CLN) du Piémont, et ceux de la deuxième région FFI. Le 29 mai, D.L. Bianco et D. Galimberti, deux chefs de haut niveau de Cunéo, agissant comme délégués du CLN piémontais, avaient signé avec M. Jouvenal, commandant de la deuxième région FFI, un accord qui prévoyait une collaboration militaire et une reconnaissance politique réciproque :

Au nom des organisations qu’ils représentent, (les signataires expriment) leur satisfaction pour avoir retrouvé une base commune ; ils déclarent qu’entre les peuples français et italien, il n’y a aucun motif de rancune et de désaccord pour le passé politique et militaire récent qui engage la responsabilité des gouvernements respectifs et non celle des peuples eux-mêmes, tous deux victimes de régimes d’oppression et de corruption ; ils affirment l’entière solidarité et fraternité franco-italiennes dans la lutte contre le nazisme et contre le fascisme 9"

 

La nouvelle de l’accord fut transmise par Radio Londres et Radio Alger. Mais il s’agissait d’un pacte entre des hommes de la Résistance10destiné à durer autant que l’autonomie des FFI. L’opinion publique française était loin d’être disposée à oublier " le coup de poignard dans le dos " de 1940 et l’occupation italienne qui avait suivi. Et de nombreux dirigeants politiques et militaires français entendaient profiter de la défaite italienne pour obtenir de vastes annexions, au point de penser, en 1943, pouvoir exiger les vallées d’Aoste, Suze, Sestrières, les vallées vaudoises, l’ancien marquisat de Saluces, en somme tout le versant italien des Alpes occidentales. Le 24 novembre 1943, de Gaulle faisait présenter par le colonel Billotte, son chef d’état-major personnel, un plan plus modéré qui envisageait l’annexion de la vallée d’Aoste et des vallées vaudoises dans la double intention de " faire rentrer dans le sein de la mère-patrie " les populations de langue et de race françaises habitant le versant italien des Alpes et d’assurer à la France " la possibilité d’intervenir offensivement et par voie terrestre sur Turin d’abord, Milan et Gênes ensuite " 11 Les préoccupations du ministère des Affaires étrangères (et l’opposition certaine de la part des Américains) firent en sorte que le Comité de défense nationale optât, lors de sa réunion du 9 décembre 1943, pour un plan plus modeste de grosses rectifications de la frontière le long de tout l’arc alpin. Mais les espoirs d’annexions majeures (à commencer par la vallée d’Aoste) ne furent jamais entièrement abandonnés et même le ministère des Affaires étrangères continua à penser pouvoir imposer par le traité de paix la tutelle de la langue française dans les vallées d’Aoste, de Suze et vaudoises12

 

On comprend donc pourquoi le gouvernement provisoire français et les commandements militaires déployés le long des Alpes n’avaient aucunement l’intention de reconnaître et de soutenir la résistance italienne. En effet, le représentant du CNL piémontais auprès des autorités militaires françaises et américaines, E. Dugoni, nommé en octobre 1944, ne put rejoindre Grenoble qu’en janvier, après des pressions diplomatiques américaines, et fut expulsé en mars. Les contacts à travers les Alpes étaient devenus très difficiles après que les cols eurent été occupés par des garnisons allemandes, mais ils étaient maintenus de temps en temps grâce à des contrebandiers et à des informateurs, ou bien par l’intermédiaire des officiers de liaison américains (par exemple, pour emmener en France des aviateurs abattus dans le Piémont). Mais, quand des formations de partisans italiens se repliaient outre frontière pour échapper aux ratissages, elles étaient désarmées et internées ou refoulées. Le lieutenant-colonel Mathieu écrivait aux responsables italiens de la vallée d’Aoste dès le 25 septembre :

" Je vous demande très fermement d’empêcher le passage de vos éléments en France ; les partisans ne valent que dans leur pays et ne peuvent rendre aucun service ailleurs. Les plans de repli en cas d’attaques doivent être prévus en conséquence. Sauf cas d’urgence, où je n’hésiterais pas à remplir un devoir d’accueil, les formations italiennes seront refoulées après avoir été désarmées 13". 

Ces instructions furent appliquées, par exemple, à 200 partisans de la 19e brigade Garibaldi, obligés début octobre de passer de la vallée de Lanzo à Averole, dans la vallée de l’Arc où ils furent mal accueillis par la population (" vous êtes les Italiens de Mussolini "), désarmés sous la menace des mitrailleuses, emmenés à Grenoble comme prisonniers de guerre et là contraints de choisir entre le retour en Italie (ce que fit un groupe qui repassa les Alpes en plein hiver) et l’enrôlement dans le bataillon des volontaires étrangers basé à Menton 14

 

Il ne s’agissait pas d’un cas isolé. Le chemin d’une nouvelle amitié franco-italienne était long et difficile et il n’allait pas être rendu plus aisé par les rectifications de la frontière que de Gaulle voulut et obtint par le traité de paix 15

Giorgio ROCHAT

Professeur à l’Université de Turin

 

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Notes:

1 Il vaut la peine de souligner l’obstination avec laquelle Churchill continua à proposer comme objectif les Balkans, malgré l’hostilité des Américains et d’une partie de ses propres généraux et, nous semble-t-il, contre toute logique militaire. En effet, un débarquement dans les Balkans en 1943, à Salonique vraisemblablement, n’avait aucune chance de succès (le terrain montagneux se prêtait à une défense en profondeur sur des centaines de kilomètres) sans la possibilité pour les Alliés d’utiliser pleinement leur supériorité en avions, tanks et véhicules, et sans objectifs de prestige comme Naples et Rome. Cela aurait été encore pire si le débarquement s’était effectué en Adriatique. La seule raison des insistances de Churchill était la défense des intérêts britanniques dans la péninsule balkanique contre les Soviétiques. Au cours de l’été-automne 1944, Churchill fit encore pression pour que l’offensive en Italie soit poursuivie énergiquement pour arriver à Trieste et, de là, viser Vienne et Belgrade ; une perspective désormais perdante devant la grande avancée de l’Armée Rouge qui déferlait sur les Balkans. Plutôt qu’une anticipation de la politique de la guerre froide, destinée à contenir les Soviétiques, il faut voir dans l’insistance de Churchill la défense traditionnelle du rôle de l’impérialisme britannique qui n’intéressait évidemment pas les Américains (et que l’après-guerre réduira impitoyablement).

2 Il est intéressant de remarquer que la capitulation de l’Italie fut conclue avec les Anglo-Américains qui en écartèrent totalement l’Union soviétique, pourtant en guerre elle aussi avec l’Italie. Ce précédent empêcha les Alliés de protester lorsque les Russes les exclurent des armistices imposés aux pays de l’Europe orientale. La recherche la plus à jour sur la capitulation italienne est celle d’Elena Aga Rossi, L’inganno reciproco. L’armistizio tra l’Italia e gli anglo-americani nel settembre 1943, Rome, Beni archivistici, 1993. Pour la politique des Alliés en Italie, cf. David Ellwood, L’alleato nemico. La politica dell’occupazione anglo-americana in Italia 1943-1945, Milan, Feltrinelli 1977.

3 En septembre 1943, l’écrasante supériorité aéronavale alliée en Méditerranée ne pouvait empêcher la Wehrmacht de concentrer des forces supérieures en mobilité et en armement (et par la clarté de leurs directives) aux troupes italiennes sur le territoire national, dans les Balkans et en France méridionale, capables d’effectuer uniquement des tâches de garnison. L’écrasement de ces troupes et l’occupation d’une bonne partie de l’Italie étaient le lourd prix à payer pour la guerre voulue et menée par Mussolini. Mais il n’était pas dit que la défaite dût être aussi humiliante : le roi, Badoglio et les chefs de l’armée, effondrés sous le poids de la capitulation et de la peur des Allemands uniquement soucieux de leur propre sauvegarde et de la continuité de la monarchie (garantie par la signature de l’armistice), laissèrent le pays et les forces armées sans aucune directive face aux pressions allemandes qui mêlaient des appels à la fidélité à l’Alliance, des demandes de désarmement négocié, des promesses de rapatriement, des menaces et des agressions brutales (dans les Balkans, avec le massacre de milliers de soldats qui avaient choisi de résister les armes à la main). Cf. Gerhard Schreiber, Die italienischen Militärinternieren im deutschen Machtbereich 1943-1945, Munich, R. Oldenbourg Verlag, 1990 ; et pour un cas spécifique, La divisione Acqui a Cefalonia. Settembre 193, édité par G. Rochat, Milan, Mursia, 1993.

4 Les rapports officiels des différentes armées et les journaux des combattants privilégient la bataille de Cassino aux dépens de combats moins prolongés, mais souvent aussi durs, sur la côte adriatique en 1943-1944 et ensuite sur la " ligne gothique ", de Pise à Rimini, en 1944-1945.

5 Les hauts commandements anglo-américains s’inquiétaient aussi du poids que la libération de l’Italie du Nord aurait représenté pour leur approvisionnement. Et la situation politique italienne était désormais sous contrôle (l’accord s’annonçait entre les Américains et la Démocratie chrétienne, parti antifasciste modéré qui, fort de l’appui de l’Eglise catholique, allait caractériser la politique italienne dans la période suivante). La libération de l’Italie du Nord, où la guerre des partisans et la présence des gauches étaient plus fortes, aurait représenté une complication intempestive. Naturellement, de tels doutes sur l’utilité d’une victoire totale en Italie à l’automne 1944 n’étaient pas communiqués aux commandements et aux troupes auxquelles on demandait de continuer à combattre et à mourir. Mais les soldats ne pouvaient pas ne pas percevoir le changement de climat. Et, en effet, les combats sur " la ligne gothique " sont intéressants du point de vue tactique par la tentative d’employer la supériorité alliée en matériel (aviation, artillerie, tanks) de façon à épargner l’infanterie, pas toujours disposée au sacrifice (les recherches des Canadiens sur le gros pourcentage de leurs soldats qui refusaient de retourner à l’assaut en disent long), avec des résultats techniquement appréciables. Il est vrai que les troupes allemandes n’étaient plus à leur niveau des années précédentes.

6 Cf. Nuto Revelli, La guerra dei poveri, Turin, Einaudi, 1962, p. 295 et suivantes ; Mario Giovana, Stori di una formazione partigiana, Turin, Einaudi, 1964.

7 Cf. N. Revelli et M. Giovana, op.cit.

8 Français et Italiens avaient toujours considéré les Alpes comme une barrière défensive et non comme une voie d’invasion (la géographie favorisant les Français parce que leur versant des Alpes occidentales est plus profond que l’italien). Les systèmes de fortifications développés des deux côtés à plusieurs reprises, de la fin du XIXe siècle à la veille de la Seconde Guerre mondiale, avaient un caractère essentiellement défensif. Et l’attaque italienne du 23-24 juin 1950 était une simple marche en avant basée sur la supposition que les Français se seraient rendus sans combattre : une absurdité politique et militaire.

9 Les rencontres se tinrent le 12 mai sur le col Sautron (entre les vallées de Maira et de l’Ubaye), le 22 à Barcelonette, le 29 à Saretto (dans la haute vallée de Maira). Du côté italien, y ont participé plusieurs commandants des formations " Giustizia e Libertà " (la gauche non marxiste de la résistance italienne) de la région de Cunéo, dont justement les deux chefs Bianco et Galimberti, délégués par le CLN piémontais ; du côté français les commandants des districts d’Ubaye, R. Chabre, et d’Ubaye-Verdon, E. Aubert, le vice-commandant du secteur Basses-Alpes, Lacuyer " Sapin ", et, le 29 mai, Jouvenal et son assistant M. Plantier. Cfr. M. Giovana, op.cit., p. 109 et suivantes ; Gianni Oliva, I rapporti tra i partigiani piemontesi e la Francia libera, 1944-1945, article en cours d’impression. Dans les semaines suivantes, les partisans de Cunéo fournirent aux Français une dizaine de mitrailleuses et trois mortiers et, à mi-juillet, ils donnèrent refuge aux maquisards de l’Ubaye qui fuyaient les rafles allemandes.

10 G. Bocca, qui était présent à la première rencontre, en décrit ainsi l’ambiance : une lourde méfiance initiale, des discours concrets sur les armes, enfin " sortent d’un sac une bouteille de cognac et du jambon, la diplomatie est finie, les partisans se reconnaissent. Ils sont tous mal vêtus, mal armés d’un côté des Alpes comme de l’autre, et il est inutile de mentir : les parachutages n’arrivent pas, on manque de chaussures, de manteaux, d’armes, de munitions, les Allemands sont les plus forts, la lutte est rude. On en parle, entre amis, dans un refuge à 3 000 mètres, jusqu’à trois heures du matin " (op.cit., p. 319). Dans les travaux italiens sur la résistance piémontaise, les accords de mai occupent une grande place, mais sur la base de témoignages et de documents uniquement italiens, de même que dans le récent article de synthèse de G. Oliva, que nous utilisons largement.

11 Cf. P. Guillen, " Les revendications territoriales françaises contre l’Italie à la fin de la Seconde Guerre mondiale ", in Enjeux et puissances. Pour une histoire des relations internationales au XIXe siècle. Mélanges en l’honneur de J.B. Duroselle, Paris, publications de la Sorbonne, 1986, p. 271-282. Il était déjà plutôt absurde de considérer française la vallée d’Aoste, mais les vallées vaudoises (c’est-à-dire les petites vallées Pellice, Angrogna et Germanasca qui gravitent sur Pinérol, refuge séculaire de la minorité vaudoise réformée) n’avaient jamais été françaises, étaient de sentiment traditionnellement patriotiques et connaissaient le français comme la langue de leur Eglise, mais parlaient un patois occitan et l’italien.

12 P. Guillen, op. cit.

13 La lettre du lieutenant-colonel Mathieu est rapportée dans une communication officielle du CLN piémontais au gouvernement italien ; G. Bocca, op.cit., p. 517 ; G. Oliva, op.cit.

14 Je renvoie pour une documentation détaillée à l’article déjà cité de G. Oliva.

15 Les rectifications de frontière de Brigue, de Tende et du Petit Saint-Bernard n’étaient que peu de chose, mais elles avaient pris une valeur de revanche symbolique à laquelle même de Gaulle ne pouvait se soustraire (" Il me faut ces deux maudits villages et ce plateau ", disait-il en décembre 1945 au ministre italien des Affaires étrangères C. Sforza - cf. P. Guillen, op.cit.).

 

 

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