| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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LES PREMIERS VOLS DU MIRAGE IV
Nous sommes en 1959 et les essais en vol Dassault ne chôment pas. L'aventure Mirage est largement commencée puisqu'après le Mirage I, le Mirage III-001 nous en sommes, en juillet 1959, aux vols du Mirage III A n° 08 de la présérie. C'est dire que ni les pilotes ni les ingénieurs d'essais n'ont été réellement associés à la genèse du programme Mirage IV d'autant que ce programme était nimbé de secret-défense. Et c'est pourquoi il me semble indispensable que Jean Cabrière, ancien directeur général technique de Dassault, soit l'intervenant principal de cette partie, intervenant derrière lequel je vais très rapidement m'effacer. Il y a une autre raison à cet effacement. Certes j'ai effectué le premier vol et la première tranche d'essais du Mirage IV mais, regagnant l'Algérie en septembre 1959, j'ai passé la main à René Bigand qui a effectué la quasi-totalité de la mise au point. Vous savez que René Bigand s'est tué en 1967 aux commandes du Mirage F1-01. Si du programme Mirage IV on ne devait retenir qu'un seul nom ce serait le sien. Bien entendu, comme pilote d'essais responsable, j'ai été étroitement associé à la mise au point de la cabine du Mirage IVA-01 mais il existait alors une telle osmose amicale entre le Bureau d'Etudes de Deplante-Cabrière et les essais en vol qu'une telle tâche n'offrait pas la moindre difficulté. Vint le moment du premier vol le 17 juin 59 à Melun-Villaroche. Jean Robert était mon ingénieur d'essais. J'avais déjà plus de 250 vols d'essais sur Mirage et les petits pièges de l'aile delta étaient alors totalement éventés. Deux bons réacteurs Atar au lieu d'un c'était parfait. Une roulette dirigeable au sol, pour la première fois, arrangeait bien les choses. Certes, comme l'a écrit Henri Deplante, cet avion, bien avant Concorde, était déjà tout électrique, tout alternatif mais la mise au point au sol avait été minutieuse et le premier vol fut absolument sans histoire. Il en fut de même des 13 vols suivants, vols d'ouverture de domaine qui permirent, du 17 juin au 23 juillet, d'atteindre un Mach indiqué de 1,95 sans le moindre incident. Le Mirage IV était bien un avion exceptionnel et, pour moi, le plus bel avion de combat de l'après-guerre. Il était si réussi que je n'ai pas la moindre anecdote médiatique à vous mettre sous la dent sauf une, peut-être. Dès le troisième vol, ce qui ne s'était jamais vu, l'ingénieur général Bonte nous autorisa à effectuer un passage au-dessus du Salon du Bourget. Et c'est ainsi que le 20 juin 1959, je décollai en patrouille avec le commandant Pierre Faure sur Mirage III A. Le temps était douteux, la visibilité mauvaise, notre passage ne s'accompagna d'aucune excentricité mais le général de Gaulle put voir en vol la première composante de sa force de frappe. Après le 23 juillet, le Mirage IV-01 entra en chantier pour des modifications mineures. Il fut prêt à revoler le 15 septembre 1959. J'avais déjà rejoint l'armée de l'Air mais Serge Dassault obtint que je puisse effectuer le vol de contrôle après chantier. Si bien que j'ai été à la fois le premier pilote civil et le premier pilote militaire à voler sur Mirage IV. Je supervisai avant de partir la prise en mains de René Bigand qui, je l'ai déjà dit, devait faire tout le travail et fus, dix jours plus tard, en Grande Kabylie. Je souhaite en terminant saluer mes camarades du Centre d'Essais en vol qui nous ont aidé à mettre cette machine au point ; je citerai seulement Michel Marias pour les pilotes et André Cavin pour les ingénieurs. Je veux aussi rappeler que l'affaire était, du côté officiel, suivie par une équipe à laquelle on avait pratiquement confié pleins pouvoirs, procédure exceptionnelle et d'une efficacité tout autant exceptionnelle. Cette équipe était constituée, du côté Direction Technique, de l'ingénieur en chef Forestier, du côté Etat-Major de l'armée de l'Air, du colonel Villetorte. Leur rôle fut primordial. Enfin comment ne pas saluer ici le souvenir de celui sans qui rien n'aurait vu le jour, j'ai nommé Monsieur Marcel Dassault. ________ Notes: . Général de corps aérien (cr) - Ancien chef pilote d'essais du Mirage III et du Mirage IV à la Générale Aéronautique Marcel Dassault.
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