Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains

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Stratégie comparée
Lettre d’information de l’Institut de Stratégie Comparée

Directeur de la publication : Hervé Coutau-Bégarie / Rédacteur en chef : Alexis Buvat
Secrétaire de rédaction : Isabelle Redon

Les informations qui suivent sont extraites de la lettre d'information n° 9 - avril 1998

 

Sommaire                             

Après l'assemblée générale
Impressions du Portugal
Rencontres
Assemblée générale
Partenariats
Programmes de recherche

Après l'assemblée générale

L’Assemblée générale de l’Institut s’est réunie le 12 mars 1998. Vous en trouverez le compte rendu dans cette lettre. La situation n’est pas mauvaise quant à l’activité. Les publications continuent et nous devrions sortir au moins autant d’ouvrages cette année que l’an dernier. Stratégique a retrouvé son rythme de croisière et les groupes de travail ont lancé plusieurs recherches dont on devrait voir les premiers résultats à partir de l’an prochain.

Le revers de la médaille est l’indifférence persistante des organismes officiels à l’égard de la recherche stratégique fondamentale. Nous n’avons aucune nouvelle du renouvellement de la subvention, pourtant très faible (50 000 F), qui nous avait été accordée l’an dernier. On ne peut que soupirer quant on sait le montant des crédits qui sont alloués à des organismes de recherche dont les travaux publiés peuvent paraître bien modestes. Il est parfois permis de se demander si nous ne labourons pas la mer.

En contrepartie, nous pouvons heureusement constater que la notoriété de notre Institut s’accroît. Nous avons un courant, certes modeste, mais régulier, de nouvelles adhésions, et les demandes de renseignement spontanées se multiplient. Nous allons bientôt disposer d’un serveur sur Internet qui devrait nous permettre d’accroître notre rayonnement.

Surtout, nous avons pu renforcer nos contacts internationaux. Une coopération prometteuse s’est établie avec le Portugal et avec la Grèce. Des échanges sont programmés avec l’Italie et l’Espagne. Nous pourrons bientôt mettre sur pied une coopération méditerranéenne dans les domaines de la théorie stratégique et de l’histoire militaire. Nous avons également reçu une délégation chilienne.

Si nous avions un peu plus de moyens, nous pourrions sans peine multiplier nos activités. À titre d’illustration, il suffit de dire que nous avons en attente de publication 50 manuscrits et il ne se passe pas de semaine sans que l’on nous propose un nouveau projet. La recherche stratégique française n’est donc pas anémiée, malgré la léthargie de ceux qui devraient s’en occuper. C’est pour nous un encouragement à poursuivre, avec les moyens du bord.

Hervé Coutau-Bégarie

Impressions du Portugal

Je me suis rendu au Portugal du 4 au 9 avril à l’invitation de l’Instituto da defesa nacional (l’équivalent de notre IHEDN) pour y prononcer une conférence sur l’avenir de la géostratégie.

Première impression : la place très forte que conserve encore dans ce pays la culture française, y compris dans le domaine stratégique. Presque tous mes interlocuteurs parlaient français, ou au moins le comprenaient. Tous ont insisté sur leur désir de développer des relations avec la France. Sur la cinquantaine d’auditeurs du cours de l’IDN, près de la moitié ont suivi la conférence directement en français, sans recourir à la traduction simultanée. Les auteurs français, notamment Castex et Beaufre, restent des références obligées. Il y a là un capital dont nous pouvons encore profiter pendant quelques années, mais qui s’amenuise constamment face à l’inexorable montée en puissance de l’anglais.

Deuxième impression : la richesse de la pensée stratégique portugaise, totalement méconnue au dehors. La Revista militar est probablement la plus ancienne revue militaire du monde : elle paraît sans discontinuer depuis 1849. De la même manière que nous décorons nos drapeaux, les Portugais décorent leurs revues : la Revista a reçu l’ordre de Santiago et les palmes académiques. Le dépouillement de ses tables permet de suivre l’évolution des centres d’intérêt sur un siècle et demi. Dans les premières décennies, il n’est question que d’administration et d’histoire. La géographie et la tactique n’apparaissent véritablement que dans les années 1880, la stratégie une décennie plus tard et sa place restera très modeste jusqu’à l’entre-deux-guerres. Évolution remarquablement parallèle à celle des revues militaires françaises.

Les auteurs portugais ont été parmi les premiers à développer des analyses géostratégiques. L’article fondateur du capitaine Paiva Couceiro sur le triangle stratégique portugais (métropole/Açores/Cap-Vert) date de 1906. Le mot "géostratégique", qui n’apparaîtra en français et en anglais que dans les années 40, est déjà employé par le colonel Miranda Cabral, auteur d’une remarquable géographie militaire du Portugal, en 1932.

Les auteurs portugais ont également développé une riche analyse de ce qu’ils appellent la guerre subversive, héritée de leurs longues expériences des guerres coloniales. Il serait intéressant de procéder à une comparaison avec l’école française de guerre psychologique.

Cette tradition demeure aujourd’hui. L’Institut des hautes études militaires, l’Institut des hautes études navales, l’Institut des hautes études aériennes, ont chacun leur revue, de haut niveau. L’Institut de défense nationale publie une revue plus générale, Naçao e defesa. L’Institut portugais de conjoncture stratégique publie une revue annuelle qui est l’équivalent de Stratégique : Estratégia est un fort volume, remarquable par la qualité de ses articles et la diversité des sujets traités : j’y ai ainsi trouvé une étude très érudite, sans équivalent à ma connaissance dans aucune autre langue occidentale, sur la diffusion de Sun Zi au Japon.

Il est extrêmement regrettable que toute cette littérature soit inaccessible en France. Ce n’est qu’un exemple supplémentaire de l’état désastreux de nos bibliothèques.

Troisième impression : la réorientation de la politique portugaise. Étroitement alignée sur les positions américaines jusqu’au début des années 90, elle s’oriente maintenant dans un sens européen. Tous mes interlocuteurs se sont déclarés satisfaits de la participation du Portugal à Euroforce et à Euromarfor. La coopération entre les pays du Sud de l’Europe se développe ; c’est là un mouvement qu’il faudrait encore accentuer.

L’ISC y apportera sa contribution dans la mesure de ses faibles moyens. Nous allons réaliser un échange de publications entre la France et le Portugal. Stratégique publiera des auteurs portugais tandis que Naçao e defesa accueillera des auteurs français. l’IDN va préparer un volume qui présentera au public français les grands axes de la pensée stratégique portugaise. L’organisation d’un colloque conjoint est prévue pour 1999.

Les perspectives sont donc très riches et on ne peut que regretter l’indifférence des Français à l’égard de la doctrine. Le Portugal n’est certes plus une grande puissance, mais il consacre à la réflexion stratégique un effort beaucoup plus important que le nôtre, en termes relatifs. Nous pourrions tirer un réel profit politique de ce capital intellectuel que nous laissons stupidement en friche.

 

H. C.-B.

Rencontres

L’ISC a organisé, en mai, une table ronde sur le Moyen-Orient et l’Asie centrale. Les communications qui ont été présentées seront publiées dans Stratégique.

Assemblée générale

L’Assemblée générale de l’Institut s’est tenue, le jeudi 12 mars 1998, 5 avenue de l’Opéra, dans les locaux mis aimablement à notre disposition, une nouvelle fois, par l’Institut d’Études Supérieures des Arts. 25 membres étaient présents, 83 représentés.

Le rapport moral a été approuvé à l’unanimité. Il a fait ressortir le volume respectable des publications, mais également les difficultés matérielles rencontrées. Au cours de la discussion qui a suivi, plusieurs membres ont insisté sur la nécessité d’accroître le rayonnement de l’Institut. C’est l’affaire de tous et il serait souhaitable que les adhérents participent à la diffusion des informations concernant l’Institut. ils peuvent demander des lettres d’information et des bulletins d’adhésion et les distribuer.

Le rapport financier a également été approuvé à l’unanimité. La subvention exceptionnelle reçue en 1996 nous a permis de faire face aux très fortes dépenses occasionnées par le renouvellement du matériel informatique et par la parution, en moins d’un an, de 6 numéros de Stratégique en raison du retard accumulé en 1996. Malheureusement, cette subvention exceptionnelle ne sera pas renouvelée, à moins d’une circonstance imprévue, et nos moyens ne nous permettent pas de faire face à toutes les activités qui nous sont proposées ou que nous pourrions lancer.

Les adhérents qui le désirent peuvent demander une copie du rapport moral et des comptes.

Le Conseil d’administration a été renouvelé. Il se compose désormais comme suit :

Président : Hervé Coutau-Bégarie.

Vice-présidents : Olivier Boré de Loisy, Jean-Louis Martres, Jovan Pavlevski.

Secrétaire général : Yves Decaudaveine.

Trésorier : Philippe de Padirac.

Administrateurs : Contre-amiral (2s) François Caron, Paul-Marie Couteaux (professeur associé à l’Université Paris VIII), François Thual (chargé de conférences à l’EPHE)

Partenariats

L’ISC s’est associé avec le Centre de relations internationales et de stratégie de l’Université Paris I pour publier les actes du colloque organisé par celui-ci sur la réforme de la politique de défense française. À côté de la restitution des interventions et des discussions, ce volume publie deux importantes études de Bernard Boëne sur les incidences de la professionnalisation et de Jean-Paul Hébert sur l’évolution de l’industrie française de défense.

L’ISC et le Centre d’Histoire militaire et d’Études de Défense nationale de Montpellier se sont associé pour l’édition de travaux d’histoire militaire. La thèse de Sabine-Marie Decup sur Les relations militaires franco-britanniques 1945-1962 est la première bénéficiaire de cet accord. Elle paraîtra cette année, dans les Hautes études militaires.

Suite à la mission effectuée par Hervé Coutau-Bégarie au Portugal, l’ISC s’est associé avec la Commission portugaise d’histoire militaire pour l’édition de la thèse du professeur Nuno Severiano Teixeira, La puissance et la guerre. L’entrée du Portugal dans la Première Guerre mondiale. Cet important travail existe déjà en langue portugaise. La version française paraîtra dans les Hautes études militaires.

Programmes de recherche

Le programme d’histoire de la pensée navale continue sur sa lancée avec le septième (et probablement dernier) volume de l'Évolution de la pensée navale qui est en voie d’achèvement. C’est maintenant le tour de la pensée aérienne. Un groupe de travail a commencé à explorer cet immense domaine encore peu connu en France (rappelons tout de même les très riches actes du colloque Prophètes et précurseurs de l’arme aérienne édités par le Service historique de l’armée de l’Air et l’Institut d’histoire des conflits contemporains). Deux traductions viennent d’être réalisées et paraîtront d’ici quelques semaines. La première est celle du livre du colonel John Warden, The Air Campaign, considéré comme un classique depuis que son auteur a mis en pratique ses théories durant la guerre contre l’Irak. Il s’agit d’un travail très rigoureux qui applique les concepts clausewitziens, notamment celui de centre de gravité, à la guerre aérienne. En appendice est repris l’article de Warden : "L’ennemi en tant que système", précédemment publié dans Stratégique n° 59. La deuxième traduction est celle de la thèse du major David Fadok sur Boyd et Warden, présentée à l’Air University Review en 1994. C’est le premier travail disponible en français sur ces deux penseurs qui ont théorisé la paralysie stratégique.

La pensée stratégique française s’est largement coupée, au cours des deux dernières décennies, de son homologue et longtemps rivale allemande. La langue germanique, autrefois pratiquée par tous les officiers, est devenue une langue rare. Les traductions, auparavant si abondantes, sont maintenant exceptionnelles en raison de leur coût. L’ISC a pu en lancer deux en raison du volume restreint des livres en cause. Mais il s’agit vraiment de deux classiques :

Esquisse d’une théorie de la tactique de Clausewitz, qui semble n’avoir été traduit à ce jour dans aucune langue. Il s’agit pourtant d’un texte fondamental, indispensable, dit Raymond Aron, pour comprendre la pensée de Clausewitz.

La guerre révolutionnaire des Français de Gerhard von Scharnhorst. Le nom de Scharnhorst est intimement lié à la rénovation de l’armée prussienne après la catastrophe de 1806. On sait moins que ce grand organisateur était aussi un intellectuel, auteur de nombreux écrits d’administration et de tactique. Il a tout de suite perçu la mutation de l’art de la guerre entraînée par la Révolution française. Cette analyse magistrale de la campagne de 1794 est l’une des toutes premières tentatives de théorisation des bouleversements intervenus.

L’étude des classiques de la stratégie se poursuit et s’élargit. Arnaud Blin a entrepris une anthologie de Lloyd. Plus personne ne lit sa gigantesque histoire des guerres de Frédéric II. Mais il a été le premier à formuler les concepts à partir desquels Jomini a construit son système, par exemple celui de ligne d’opérations.

 

 

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