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Aymeric Chauprade va prochainement lancer, aux éditions Ellipses, une Revue française de géopolitique, parallèlement à une collection de géopolitique.

L’Institut européen de géoéconomie, dirigé par Pascal Lorot, qui publie la revue Géoéconomie, étoffe ses activités. Après avoir repris la revue Problèmes d’Amérique latine, précédemment diffusée par la Documentation française, il s’apprête à lancer une autre revue régionale sur l’aire scandi­nave et baltique, Nordiques. Il vient par ailleurs de faire paraître un Dictionnaire de la mondialisation aux éditions Ellipses.

Le colonel Jacques Vernet a quitté, en septembre 2002, ses fonctions de rédacteur en chef de la Revue historique des armées. Son successeur est le colonel Frédéric Guelton, directeur du département recherches au SHAT. La revue est dorénavant rattachée à ce département.

Biographie et prosopographie dans les archives militaires : les projets de publication du Service historique de l’armée de terre

Les deux dernières décennies du xxe siècle ont marqué le retour de l’individu en histoire. Depuis l’effondrement des régimes communistes, les doctrines marxistes ou marxisantes ne cessent de perdre de leur ancienne influence sur l’historiographie française. De l’aveu général, les seuls fac­teurs socio-économiques ou les “forces profondes” ne suffisent plus à rendre compte du passé des sociétés humaines. L’homme est redevenu un acteur de l’histoire. Dans le même temps, la sociologie a rejeté les explications globali­santes, pour souligner le caractère essentiellement original de l’individu, voire même pour souligner l’impossibilité de réduire un même individu à une formule explicative unique : il n’y aurait pas un Colbert, un Louis XIV, ou un Napoléon, mais plusieurs avatars – au sens étymologique du terme[1] – qui se succèdent, suivant un rythme complexe, dans le cours d’une même vie. Enfin, dans la société française, la destinée individuelle n’a jamais cessé de passionner autant sinon davantage que la destinée collective : on sait le succès commercial des biographies historiques et l’intérêt toujours croissant pour la généalogie.

Les services d’archives, conservatoire principal des documents biogra­phiques ou prosopographiques, n’ont épousé qu’avec retard ces tendances récentes de leur public amateur ou universitaire. Pionnier en la matière, le Service historique de l’armée de terre avait publié, à la fin des années 1960, les quatre volumes des Contrôles de troupes de l’Ancien Régime, la somme du professeur André Corvisier. Mais, depuis lors, l’effort s’est porté sur l’inventaire et la mise en valeur de documents plus prestigieux et d’un inté­rêt non moins considérable : les grands fonds issus des instances de décision politico-militaire du xviie siècle jusqu’à nos jours.

Tout en continuant sur cette voie, le Service historique a pris acte du “grand retour de l’individu” en lançant plusieurs entreprises scientifiques destinées à mettre en valeur les ressources véritablement prodigieuses que constituent ses grandes séries de dossiers de personnel, dossiers de carrière et dossiers de pension.

Le SHAT a d’abord publié, en 2000, l’Inventaire des archives de la guerre. Sous-série Y. Archives administratives du département de la guerre, xviie-xviiie siècles, par MM. Jean-Claude Devos, Samuel Gibiat et Pierre Waksman, instrument de recherche qui répertorie, pour la première fois, les plus anciens dossiers individuels conservés à Vincennes. Dans les mois qui viennent, paraîtront deux autres ouvrages de référence d’inspiration biogra­phique ou prosopographique :

-     les ministres et secrétaires d’État de la Guerre, 1570-1792 : diction­naire biographique, sous la direction de Thierry Sarmant (en coédition entre la Direction de la mémoire du patrimoine et des archives, le SHAT et l’École nationale des chartres) ;

-     les gardes du corps de Louis XVI : étude institutionnelle et diction­naire biographique, par le lieutenant-colonel (e.r.) Gilbert Bodinier.

Sont d’ores et déjà en préparation : un Dictionnaire des officiers géné­raux français de 1760 à 1792 (Gilbert Bodinier), qui fera la liaison entre la Chronologie historique militaire de Pinard et le Dictionnaire de Six ; un Dictionnaire des officiers généraux de la Première Guerre mondiale (sous la direction de Jean-Noël Grandhomme, chargé de mission au SHAT). Ces différents ouvrages offriront de vastes corpus prosopographiques, dont les notices biographiques, plus ou moins développées selon l’échantillon retenu, auront pour point commun de renvoyer aux archives relatives à l’intéressé – et en particulier à son dossier de personnel, quand il existe.

Outil de référence et d’identification pour l’historien, ces publications seront donc de véritables inventaires-index des archives sérielles du SHAT. Le public disposait jusqu’ici, pour exploiter ces fonds, des seuls répertoires manuscrits disponibles à la salle de communication de Vincennes. Le décou­page des différentes séries et sous-séries répond, en outre, à une logique archivistique ou administrative plus qu’historique ou prosopographique. Les inventaires-index en cours de constitution recréeront des corpus plus cohérents d’un point de vue social ou chronologique.

Comme on le voit, les travaux évoqués ci-dessus intéressent principale­ment la prosopographie des élites et la biographie politique. C’est le pendant indispensable à l’accent mis par le Service historique sur l’histoire politique et administrative des hautes instances de la Défense sous la forme d’études institutionnelles et d’éditions critiques de documents (procès-verbaux des hautes instances de la IIIe République, collections de rapports d’attachés militaires ou de chefs de missions militaires, etc.). Après les ministres de la Guerre de l’Ancien Régime, il sera naturel de traiter de leurs successeurs des deux derniers siècles. Après les officiers généraux du xviiie siècle et ceux de la guerre de 1914-1918, on s’efforcera de traiter de ceux de la période 1792-1914 et de l’après 1919, etc.

À moyen terme, l’entreprise descendra les échelons de la hiérarchie militaire ou administrative. Elle pourra tout d’abord s’étendre à l’ensemble du corps des officiers : le lieutenant-colonel Bodinier a commencé à composer le Dictionnaire biographique des officiers français du xviiie siècle, Martin Barros, chargé d’études au SHAT, a fait de même pour les officiers du génie du xixe siècle – s’inscrivant ainsi dans la continuité des travaux de la regrettée Anne Blanchard sur les ingénieurs de la période 1691-1791. Il sera également loisible de répertorier les employés du ministère de la Guerre, les agents des corps techniques, les aumôniers, bien d’autres encore. Suivant la dimension des corpus, le développement des notices et les délais souhaités d’exécution, l’ouvrage pourra être le fait d’un chercheur unique, travaillant au long cours, ou celui d’une équipe d’historiens et d’archivistes. À plus long terme, on pourra envisager de réunir ces différents corpus dans une grande base de données biographique et de la rendre consultable sur internet. Ainsi sera remis à l’honneur un patrimoine dont le caractère sériel et l’immensité même ont fait jusqu’ici négliger l’exceptionnelle valeur.                 

 

Thierry Sarmant



[1]        En sanskrit, le terme “avatara” désigne les incarnations successives de Vishnou.

 

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