| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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HISTOIRE ET RENSEIGNEMENT
Après avoir été quelque peu négligée en France, l’histoire du renseignement connaît depuis les années 90 un certain succès, marqué par des publications nombreuses et l’organisation de groupes d’études : * articles de 1991-92 faisant suite à la guerre du Golfe (Stratégique et Défense nationale), * séminaire de l’amiral Lacoste à l’Université de Marne-la-Vallée sur la culture du renseignement (1995-1998), * commission Histoire du renseignement du CEHD, créée en 1996, * études Renseignement et Services spéciaux aux Écoles de Coëtquidan, sous la direction d’Olivier Forcade (1997-1998), * revue Renseignement et Opérations spéciales d’Éric Dénécé, lancée en 1999, * débat sur l’intelligence économique animé par Christian Harbulot, Rémi Kauffer et le général Jean Pichot-Duclos, * colloque de Caen sur le Renseignement et la propagande pendant la guerre froide (février 1998), * numéro 73 de Stratégique, Renseignement I (1/ 99), * ouvrages et articles de Paul Paillole, Michel Garder, Henri Navarre, Georges Groussard, Gilbert Bloch, Henri Jacquin, Alexander Zervoudakis, Jacques Baud, Jean Klen, Roger Cléry, Xavier Raufer, etc., à côté des ouvrages à but médiatique ou mémorialiste de Roger Faligot, Pascal Krop, Douglas Porch, Pierre Marion, Alexandre de Marenches et Constantin Melnik. Ces études historiques devraient être prolongées pour l’époque contemporaine, en partant de la création du Comité interministériel et du Comité permanent du renseignement (CIR-CPR - 1959), du 13e Régiment de dragons parachutistes (13e RDP - 1963), du Centre de formation interarmées du renseignement (CFIR-1973), devenu École interarmées du renseignement et de l’étude des langues (EIREL), du Centre d’information sur le renseignement électromagnétique (CIREM), du Centre d’exploitation du renseignement militaire (CERM -1975) et de la Direction du renseignement militaire (DRM - 1991). Les procès-verbaux de la Commission permanente du renseignement, les rapports des Groupes de recherche spatiale et des Commissions consultatives permanentes (sur le champ de bataille, l’acquisition des objectifs et la guerre électronique), le rapport Mermet et les décisions de Pierre Joxe, les études de la DGA et des états-majors sur la recherche spatiale (Samro-Spot-Hélios), sur le renseignement électromagnétique (Sarigue - Berry NG - Élodée - Elebaure - Émeraude - Rasit - Cobra) et sur le renseignement aérien (Omera - Sara - Orchidée - drônes), devraient montrer que l’effort prioritaire sur le renseignement a été long à s’affirmer, malgré de remarquables travaux des techniciens et la volonté de progrès des exploitants du renseignement dans les armées et dans les services spéciaux. Un autre aspect de la relation entre le Renseignement et l’Histoire mérite d’être évoqué. Lors de son épilogue du 11 décembre 1999 (bulletin n° 50 de la CFHM), Jean Delmas a mis en évidence la différence de comportement de l’officier et de l’historien face aux situations historiques, due à l’antinomie entre la décision au combat et la recherche historique, cette dernière étant naturellement opposée à la dichotomie ami-ennemi. On peut observer cependant une grande similitude dans les méthodes de travail de l’officier de renseignement et de l’historien, dans les domaines de la recherche, de l’analyse et de la synthèse. L’un et l’autre se trouvent confrontés à une masse de faits bruts qu’ils ont pour tâche de vérifier et de recouper. Ils doivent ensuite évaluer les possibilités matérielles et intellectuelles d’acteurs, de groupes et de forces en présence, leurs points forts et leurs faiblesses dans tous les domaines : militaire, politique, économique, social et culturel. Il leur faut alors interpréter ce que peuvent être les intentions des acteurs, en fonction de leurs intérêts et de leur psychologie. Le logo du grand-duc qui voit dans la nuit illustre cette ambition. Reste alors le travail noble de la synthèse, qui consiste à tirer la conclusion des faits observés, des capacités reconnues et des intentions imaginées. Pour le 2e Bureau, il présente en outre un aspect prospectif : à partir d’hypothèses différenciées sur les modes d’action des protagonistes, il lui revient de proposer son "impression sur l’ennemi" et d’établir une "estimation de la menace", présente et future. À ce stade, la réflexion de l’officier de renseignement se sépare de celle de l’historien. Même s’il a acquis une certaine compréhension des motivations de l’adversaire, ce dernier reste l’ennemi qu’il faut vaincre. D’autre part, la sympathie pour les amis peut entraîner l’officier à juger sévèrement les responsables d’un abandon (cas des harkis et des minorités ethniques), d’un recul ou d’une défaite. Sa reconversion en historien lui imposera de dépasser ce manichéisme, et de faire un réel effort d’objectivité pour prendre en compte, sans préjugé, les forces et les faiblesses des acteurs de l’Histoire. Maurice Faivre
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