| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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Bibliographie 1
* Le nouveau programme d’agrégation en
Histoire ancienne a pour titre "Guerres et Sociétés dans les
mondes grecs de 490 à 322". Un tel libellé incite à faire
la distinction entre le monde grec péninsulaire, où les conflits opposent
les Grecs entre eux, et la Grèce d’Orient ou d’Occident, où ils sont
aussi opposés aux ""Barbares" : Perses ou Carthaginois.
Il incite à replacer le fait guerrier dans les systèmes sociaux et
civiques qui sous-tendent le monde antique : quel est l’impact de la
guerre (démographique, financier, religieux ou simplement matériel) sur
les sociétés militaires mais aussi extra-militaires, ainsi que sur les États
qui préparent et dirigent celle-ci ? Résolument hors d’une simple
histoire événementielle et d’inspiration pluridisciplinaire, un tel
programme ne pouvait manquer de susciter de nombreuses publications, manuels
pour l’essentiel (et donc rapidement rédigés pour être rapidement
sortis), ce qui n’exclut pas qu’ils puissent être des synthèses
constructives. On les classera en 4 groupes. Le premier est celui des petits
livres, clairs et élégants, de type aide-mémoire ou livre de révision,
dus à Cl. Mossé (Guerres et sociétés dans les mondes grecs de 490 à
322, Paris, éd. Marseille, 1999, 207 p.), D. Gondikas et J. Boëldieu-Trevet
(même titre, Paris, Bréal, 1999, 206 p.) ou F. Vannier et G. Miroux (même
titre, Paris, éd. Messène, 1999, 128 p.). Le second est celui des recueils
de contributions dues à différents savants, dont l’ensemble couvre plus
ou moins le champ du programme, réunis par P. Brun (même titre, Paris, éd.
du temps, 1999, 320 p., avec notamment des études sur la ruse dans la
guerre, sur Denys l’Ancien et sur les prisonniers de guerre), Fr. Prost (Armées
et sociétés de la Grèce classique, Paris, Errance, 1999, 288 p., plus
précis, avec notamment des études sur Sparte, Delphes, le financement de
la guerre, ses dieux ou l’économie rurale) ou dans le cadre du colloque
de la SOPHAU (Dijon 26-28 mars 1999 - Guerres et sociétés dans les mondes
grecs à l’époque classique, Pallas, 51, 1999, plus marqué par
l'aspect recherche). Le troisième groupe est composé d’ouvrages anciens
(les classiques synthèses d’Y. Garlan sur la guerre dans l’Antiquité
ou de P. Ducrey sur Guerre et guerriers en Grèce ancienne, opportunément
rééditées) ou nouveaux qui touchent de plus ou moins près au programme :
après avoir édité Esclavage, guerre et économie en Grèce ancienne,
hommages à Y. Garlan (Rennes, PUR, 1997, 253 p.), P. Brulé et J.
Oulhen donnent avec La guerre en Grèce à l’époque classique
(Rennes, PUR, 1999, 363 p.) un utile recueil d’articles scientifiques étrangers
traduits ou français parus dans des revues difficiles à trouver ; N.
Bernard publie sous le titre À l’épreuve de la guerre (Paris,
Seli Arslan, 2000, 222 p.) une étude originale sur l’impact de la guerre
sur les familles, les femmes et les populations civiles ; A. Bernard
enfin s’interroge, dans un travail d’anthropologie fondé sur les
textes, sur Guerre et violence dans la Grèce antique (Paris,
Hachette, 1999, 452 p.), et fait de la guerre la résultante d’une véritable
culture de violence qui caractériserait le monde antique. Quatrième groupe
enfin, celui des manuels de fond. Dans un livre bien illustré mais au point
de vue large, Les sociétés grecques et la guerre à l’époque
classique (Paris, Elipses, 1999, 175 p.), M.-C. Amouretti et Fr. Ruzé
examinent les sources, l’origine des combattants, l’argent de la guerre,
les pouvoirs civils et les pouvoirs militaires, enfin les conséquences des
guerres sur les populations. Tous ces ouvrages gomment un peu, peut-être
par manque de place, les aspects proprement militaires de la guerre et
notamment le combat, ce que n’a pas voulu le second manuel de fond, dû à
J.-N. Corvisier (Guerre et Société dans les mondes grecs, Paris,
Colin, coll. U, 1999, 288 p.), de rédaction dense, qui part des formations,
de l’encadrement et du combat et passe par la diplomatie pour
s’interroger ensuite sur guerre et territoire, économie ou religion, pour
enfin s’interroger sur la démographie et les rapports entre guerre et
société ou guerre et État. * L’intérêt pour Sun Zi ne se dément
pas. Après la nouvelle édition de la traduction de Valérie Niquet,
enrichie de fragments inédits, voici, dans la célèbre collection
"Pluriel" (Hachette), une nouvelle traduction de L’Art
de la guerre par Jean Lévi, éminent sinologue qui a déjà
traduit de nombreux textes chinois dans des genres variés. Le texte de Sun
Zi est accompagné d’extraits des commentaires traditionnels, d’un choix
de textes philosophiques ou stratégiques éclairant certains passages de L’Art
de la guerre, des exemples de plans, de manœuvres ou de stratagèmes
mettant en pratique les préceptes de Sun Zi (que le traducteur continue à
appeler Sun Tzu, d’après l’orthographe anglaise, tout en notant qu’il
devrait normalement s’appeler Souen tse !). On pourrait dire que la
traduction de Valérie Niquet est plus "stratégique", alors que
celle de Jean Lévi est plus "archéologique". La comparaison
entre les deux est un exercice intéressant. * Pierre et Solange Deyon, Henri de Rohan, Huguenot de plume et d’épée 1570-1638, Paris, Perrin, 2000. Le duc de Rohan était tombé dans un oubli presque complet, en dehors d’un cercle étroit de spécialistes, dont il est en train de sortir depuis quelques années. Le grand historien allemand Werner Halhweg avait préfacé, en 1972, une réimpression de son traité d’art militaire Le parfaict Capitaine (1636). Plus récemment, Christian Lazzeri a réédité son essai, considéré aujourd’hui comme l’un des livres fondateurs de la science des relations internationales et de la géopolitique, De l’intérêt des princes et des États de la Chrétienté. Mais on avait oublié les exploits du général qui fut l’un des plus grands hommes de guerre de son temps. Compagnon d’Henri IV, puis champion de la cause protestante et chef des armées de Venise avant de rentrer au service du roi et de Richelieu, il achève sa carrière militaire par une éclatante campagne dans la Valteline, qui servira longtemps de modèle pour la guerre en montagne mais s’achève pour son auteur par un désastre politique, puisque le traité qu’il a conclu avec les grisons sera désavoué par le roi. Cette biographie, écrite sur des sources sûres, se lit fort agréablement. On regrettera simplement que les écrits militaires du duc de Rohan ne fassent pas l’objet d’une étude plus approfondie, car la pensée militaire du xviie siècle reste très mal connue. HCB * Michel
A. Rateau, Dictionnaire des références biographiques des
militaires périgourdins. Soldats, sous-officiers et officiers du début du
xviie siècle à 1792. Collection
"Dictionnaires des références Rateau", Ed. M. A. Rateau, 1999,
tome II, vol I, 220 p. ; vol II, 280 p. 687 notices biographiques
établies à partir des registres paroissiaux. L’auteur prépare un tome
III. * Martin Rink, Vom "partheygänger" zum Partisanen, die Konzeption des kleinen Krieges in Preussen 1740-1813, Franckfort/Main, 1999, 473 p., étudie les essais de conceptualisation de la guerre des partis (troupes légères opérant sur les arrières de l’ennemi) par de La Croix, Grandmaison, etc. et de son utilisation par des patriotes allemands contre les troupes napoléoniennes après Iéna, en 1807 (avec les bandes noires de F.W. de Brunswick-Oels), en 1809 (à l’exemple de la guérilla espagnole), en 1813 (avec les chasseurs volontaires de Lützow). Ce dernier mouvement fait l’objet d’une tentative avortée de récupération de Scharnhorst et Gneisenau avec la formation du Landsturm. Cela donne naissance à un mythe exprimé par les poètes Körner et Arndt : "martyre" de von Schill, couleur noire des uniformes reprise par les corps francs de 1919 et … les SS. L’intérêt de cet ouvrage dépasse ce qu’annonce son titre. AC * Peter Hofschröer, 1815 the Waterloo Campaign. The German Victory, Londres, Greenhill Books, 1999, 386 p., tome II. Le tome 1er va du début de 1815 à la veille de Warterloo. Le tome II de Waterloo à la capitulation des dernières forteresses. Ce livre, fort bien documenté, mais polémique, relance la controverse entre partisans de Wellington et partisans de Blücher et s’efforce de montrer que c’est à ce dernier que revient le mérite essentiel de la victoire, en raison des effectifs engagés et des décisions prises. Le débat est sans fin, les français le suivent avec intérêt : leurs historiens militaires ont traditionnellement été plus favorables à Wellington qui s’était montré moins désagréable envers les vaincus. AC * Hellenic Army General Staff, Army History Directorate, A Concise History of the Balkan Wars, 1912-1913, an Army Directorate Publication, Athènes, 1998, 386 p. Hellenic Army General Staff, Army History Directorate, An Abridged History of the greek-italian and Greek-German war 1940-1941 (Land Operations), Athènes, 1997, 354 p. Hellenic Army General Staff, Army History Directorate, An Index of Events in the Military History of the Greek Nation, Athènes, 1998, 506 p. Trois ouvrages publiés par le Service historique de l’armée grecque, pleins d’informations, qui donnent le point de vue officiel grec sur des événements très complexes et très mal connus en France. MAH * Le numéro 143, 1er trimestre 2000, des Carnets de la Sabretache offre un sommaire très varié, dans lequel on relève notamment une étude de Pierre-Jean Darracq sur la cavalerie française dans la guerre de Sept Ans. Les amateurs de vexillologie se régaleront avec l’étude du général Hanotaux sur les drapeaux du régiment Dauphin-Infanterie. Relevé dans ce Carnet l’annonce de la sortie d’un livre de Jean-Pierre Tarin et Robert Ducoin, Histoire de l’artillerie, les systèmes Reffye et de Bange, 80 FF port compris. Commander à M. Yves Clabaut, 3 rue du Massif Central, 94800 Villejuif. HCB * Le Cahier n° 12 du Centre d’études
d’histoire de la défense est consacré aux Stratégies autour
de l’atome et de l’espace (1945-1998). Les thèmes abordés
sont très divers : l’échec du programme nucléaire brésilien après
la deuxième guerre mondiale ; la Grande-Bretagne et la Bombe H ;
la recherche d’un site nucléaire par la France de 1957 à 1963 (ont été
envisagées la réunion, la Nouvelle-Calédonie, les Kerguelen, Crozet, les
Marquises, voire la Crète des Pranetz et la Corse !) ; l’essor
de la politique de coopération spatiale américaine ; l’acquisition
de l’arme nucléaire par l’Inde. * Jean-Paul Brunet, Police contre FLN. Le drame d’octobre 1961, Paris, Flammarion, 1999, 347 p. L’auteur, professeur d’histoire à Normale supérieure et à Paris IV, est le seul chercheur à avoir pu consulter les archives de la Préfecture de Police, du Parquet de la Seine, de l’Institut médico-légal, du ministère de la Justice et de l’Assistance publique sur la manifestation du 17 octobre 1961. Cette consultation lui a permis de corriger les Mémoires de M. Papon, les écrits de J.H. Einaudi, Ali Haroun, Michel Levine et Pierre Vidal-Naquet. Il décrit le FLN comme un mouvement à visées totalitaires. La Fédération de France lance un mot d’ordre de manifestation pour le 17 octobre. 1658 policiers et gendarmes sont déployés face à 20 à 25 000 manifestants. Des affrontements se produisent au Pont de Neuilly et sur les Boulevards. Des manifestants sont jetés à la Seine. Ces manifestations sont renouvelées le 18 octobre à Nanterre et à Colombes. Du 17 au 19 octobre, 14 094 manifestants sont transportés au Palais des Sports, au stade de Courbertin et dans la cour de la cité, ils sont tabassés par des comités d’accueil de policiers ; 260 blessés sont admis dans les hôpitaux. L’étude des archives conduit Jean-Paul Brunet à retenir le chiffre de 31 morts. L’affaire a été juridiquement étouffée. Aucune commission d’enquête n’a été réunie. L’auteur retient la responsabilité première du FLN et l’ambiguïté de la politique du gouvernement. M. Papon a couvert ses subordonnés. Cet ouvrage constitue une bonne mise au point, mais appelle de nouvelles recherches pour différencier le probable du réel. MF * Bruno Barrillot, Audit
atomique. Le coût de l’arsenal nucléaire français. 1945-2010,
Lyon, CDRPC, 1999. Sur le modèle de l’Atomic Audit, réalisé par
la Brookings Institution et qui a suscité un large débat aux États-Unis,
le Centre de documentation et de recherche sur la paix et les conflits de
Lyon a cherché à percer le secret qui entoure volontairement le coût de
l’arsenal nucléaire français. L’étude très fouillée de Bruno
Barrillot arrive à la conclusion que le montant total s’élèverait à 1 500
milliards de francs, alors que l’évaluation officielle s’en tient à 1 000
milliards. Un tel décalage ne doit pas étonner, dès lors que la Brookings
avait constaté un phénomène semblable pour les États-Unis. L’étude de
Bruno Barillot s’appuie sur des sources solides et abondantes et elle
contient une masse d’informations très intéressantes. Néanmoins son
parti-pris pacifiste et anti-nucléaire conduit l’auteur à quelques
jugements expéditifs (il veut à tout prix démontrer que la France n’a
pas les moyens de sa politique, que son arsenal nucléaire n’a plus de véritable
justification stratégique… pour aboutir à une élimination complète des
armes nucléaires), qui jettent un doute sur l’ensemble de la démonstration.
Celle-ci requiert une confirmation. * Guy Hubin, Perspectives tactiques, Paris, Économica, 2000, 118 pages. La réflexion tactique ouverte a été laissée en friche depuis plusieurs décennies, particulièrement en France (le même phénomène peut être observé à des degrés divers dans d’autres pays, y compris aux États-Unis). La tactique a été supplantée par la technique, ce qui ne saurait surprendre à l’âge des missiles, de l’électronique et de l’information. Pour autant, la première ne saurait se réduire à la seconde. Comme la stratégie, la tactique a ses principes, qui conditionnent l’emploi maximal des moyens disponibles. Le colonel Hubin le rappelle dans cet ouvrage bref mais dense qui s’appuie largement sur les enseignements de l’histoire, mais aussi sur une connaissance directe de l’appareil militaire actuel. MAH * La Cohorte, Revue de la Société d’entraide des membres de la Légion d’honneur, n° 156, février 2000. À signaler l’article de Patrick de Gmeline. "Hérédité et tradition militaire : l’apport de l’émigration russe à l’Armée française" : les engagés pour la durée de la Grande Guerre ; les nécropoles militaires russes en France ; les émigrés russes dans la Résistance ; Saint-Cyr et les Russes de 1920 à nos jours. MF * L’association Frères d’armes vient de publier l’édition 2000 de son Annuaire des relations internationales de défense. On y trouve une présentation très pratique de tous les services officiels, sociétés ou offices d’exportation d’armements, organismes d’enseignement et de recherche et médias s’intéressant à la défense. Avantage supplémentaire : on peut l’obtenir gratuitement auprès de l’association, à l’École militaire, BP 59, 00 445 Armées (envoi sur demande contre 28 FF en timbres postes). MAH * dans la bibliothèque de l’École des Chartes, 157-2, juillet-décembre 1999, on lira avec profit la brève et dense méditation d’Olivier Forcade sur "le temps militaire à l’époque contemporaine. pratiques et représentations" qui montre l’entrecroisement du temps de l’attente et de la routine et du temps eschatologique du combat et de la mort. MAH ________ Notes: avec la collaboration d’André Corvisier (AC), de Jean-Nicolas Corvisier (JNC), de Hervé Coutau-Bégarie (HCB), de Maurice Faivre (MF), de Marie-Annick Hepp (MAH).
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