Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains

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Colloques

 

Colloques

Colloques passés

Le Service Historique de l’Armée de Terre et le Centre d’Études d’Histoire de la Défense ont organisé, le 25 septembre 2000, une journée d’études sur l’analyse pluridisciplinaire d’un événement d’histoire militaire : "L’exemple de la bataille de Marengo". Les actes devraient en être publiés.

La Fondation pour la Recherche Stratégique a organisé, le 27 septembre 2000 au Sénat, un colloque sur "Les opérations psychologiques au service de la stratégie militaire". Une première table ronde a permis de faire le point sur les expériences et les besoins, une deuxième sur la relation aux médias, une troisième sur les expériences étrangères avec des participants américains, allemands et britanniques. Dans ce domaine qui occupe une place de plus en plus importante dans la réflexion stratégique contemporaine, la France, du fait des séquelles de la guerre d’Algérie, a accumulé un retard considérable, qu’elle essaie de rattraper depuis quelques années. Ce colloque a permis de faire le point des problématiques actuelles. La publication des actes est annoncée.

L’Institut des Hautes Études de Défense Nationale a consacré son colloque annuel, qui a eu lieu le 13 octobre 2000, aux "Perspectives et conditions de sécurité à l’horizon 2025". Les contributions présentées étaient souvent de grande qualité, notamment sur les enjeux et bouleversements technologiques et les conditions de la sécurité à l’horizon 2025.

La Fondation pour la Recherche Stratégique, l’Institut d’Études de Sécurité de l’UEO et l’International Peace Academy de New York ont organisé, les 19 et 20 octobre 2000, avec le soutien de la Délégation aux Affaires Stratégiques, un séminaire sur "l’ONU, l’Europe et la gestion des crises". 80 participants, souvent de haut niveau, ont confronté leurs points de vue sur les leçons de la gestion des crises en Europe et les rôles respectifs de l’ONU, de l’OTAN et de l’Union européenne, avant de conclure sur les politiques de prévention et les perspectives de la gestion des crises. Il n’est pas prévu d’en éditer les actes, mais un document de synthèse rédigé en commun par les organisateurs devrait être diffusé.

Le Conseil de l’Europe, la Commission européenne, les Itinéraires culturels européens, le ministère français de la Culture et le Service des Monuments historiques du Luxembourg ont organisé, du 19 au 21 octobre 2000, à Luxembourg, un colloque sur "le patrimoine fortifié européen : connaissances et mise en valeur". Jean-François Pernot, qui représentait la CFHM, a fait la conférence d’ouverture. 80 participants, en majorité français, ont fait un large tour d’horizon comparatif : France, Luxembourg, Belgique, Pays-Bas, Allemagne, Roumanie. Le colloque a également parlé du futur musée européen de la fortification, qui pourrait être installé à Luxembourg. Le grand-duché a déjà installé deux itinéraires-prototypes remarquables. La publication des actes est prévue.

Le Centre Historique des Archives Nationales a organisé, le 7 novembre 2000, une journée d’étude sur "Une marine au tournant du siècle", à l’occasion de la publication du premier volume de l’inventaire de la correspondance adressée au ministre par les commandants des forces navales et des bâtiments de guerre en service à la mer ou en armement dans les ports pour les années 1790-1826 (série BB4). Les communications ont porté tant sur la présentation des archives que sur l’analyse des carences de la marine sous la révolution et le consulat ou la présentation de nouveautés comme les premiers voyages à vapeur ou le transport de l’obélisque à Paris.

Toujours sur Marengo, la société savoisienne d’histoire et d’archéologie a organisé, le 9 novembre 2000 à Chambéry, un colloque sur le bicentenaire de la seconde campagne d’Italie et la victoire de Marengo. L’invitation reçue ne donnait aucune indication sur le programme.

Le Centre mondial de la paix de Verdun a organisé, les 9 et 10 novembre 2000, avec le concours du CEHD, un colloque sur les villes symboles.

Colloques à venir

Les facultés jésuites de Paris organisent, les 15, 22 et 29 novembre et le 6 décembre 2000 de 9 heures à 13 heures, une série de conférences sur "Perspectives politiques et action militaire des Européens". Les intervenants traiteront successivement : le 15 novembre, du projet européen ; le 22 novembre, des menaces contre l’Europe ; le 29 novembre, de la défense commune et le 6 décembre, de l’organisation politique de l’Europe. Renseignements : 01 44 39 75 01 – mel : sjsevres@wanadoo.fr.

Le Mémorial du maréchal Leclerc de Hauteclocque et de la libération de Paris — Musée Jean Moulin organise, du 16 au 18 novembre 2000, un colloque sur la campagne de 1940, à l’auditorium Austerlitz du musée de l’Armée. Trois journées qui promettent d’être très riches. Les deux premières sont consacrées aux aspects militaires, la troisième aux aspects politiques. Renseignements : 01 40 64 39 44.

Dans la lignée de ses colloques sur les questions d’armement sous la ive République, le Centre d’Études d’Histoire de la Défense organise, les 20 et 21 novembre 2000, un colloque international sur "les questions d’armement au début de la ve République", jusqu’à la fin des années 60. En raison de l’ouverture récente des archives, on devrait apprendre beaucoup de choses au cours de ces deux journées qui auront lieu au Pavillon du Roi du château de Vincennes. Renseignements : 01 41 93 36 27 — mel : cehd01@wanadoo.fr.

L’Institut d’Histoire du Temps Présent organise, du 23 au 25 novembre 2000, à la Sorbonne, un colloque en l’honneur de Charles-Robert Ageron sur "la guerre d’Algérie au miroir des décolonisations françaises". Parmi les intervenants : J. Frémeaux, J.C. Jauffret, M. Vaïsse.

Le Centre d’Études d’Histoire de la Défense et le Centre Militaire d’information et de Documentation de l’Outre-mer et de l’Étranger (CMIDOME) organisent, les 8 et 9 décembre 2000, à l’Institut international d’administration publique, 2 avenue de l’Observatoire (l’ancienne école de la France d’Outre-mer), un colloque sur "les troupes de marine dans l’armée de terre : un siècle d’histoire" : création, organisation et évolution des TDM ; les théâtres d’opérations des TDM ; sociologie, image et traditions ; perspectives. Renseignements : CEHD : 01 41 93 36 27 — mel : cehd01@wanadoo.fr.

Le colloque annuel de la marine aura lieu le vendredi 1er décembre à l’École militaire, amphithéâtre Foch, sur le thème "De la mer vers la terre" : la marine dans la stratégie générale ; la protection des intérêts économiques à l’étranger ; les limites de nos capacités ; les bâtiments du futur. Renseignements : CESM : 01 44 38 46 49 ou 01 44 38 44 30 — fax : 01 44 38 41 20.

La Fondation Singer-Polignac organise, le 12 décembre, un colloque sur "la Légion étrangère. Mythe et réalité". La journée, entièrement présidée par M. Pierre Messmer, évoquera aussi bien la réalité historique que la naissance et l’entretien du mythe et l’originalité de la société légionnaire. La musique principale de la Légion étrangère agrémentera le colloque. Renseignements : 01 47 27 38 66.

Haxo

L’Association Vauban et la ville de Belfort, ont organisé un colloque Haxo, du 22 au 24 septembre 2000, doublé d’une remarquable exposition à partir de documents du SHAT.

François Nicolas Benoît Haxo (1774-1838) est un général peu connu. Le colonel Henri Dutailly a présenté sa vie. Il fut de la génération d’officiers-ingénieurs du Génie formés après l’École de Mézières et a suivi, désigné par la République, les cours de Polytechnique (Jean-Paul Devilliers) puis d’application à Metz. Il servit jusqu’à la mise en défense de Paris lors de la chute de Napoléon (Philippe Prost). Sa carrière est des plus intéressantes du fait des pays où il agit et des solutions qu’il proposa. Haxo donna son meilleur en réponse aux décisions stratégiques du Congrès de Vienne (Jean-François Pernot). Devant les nouvelles pratiques de l’artillerie (Michel Decker), issues des campagnes de 1792 à 1815, il réalisa, pour défendre les nouvelles frontières imposées, un type de batterie casematée qui porte son nom : les casemates Haxo. Les fortes maçonneries, recouvertes de vastes masses de terre mais ouvertes pour ventilation à l’arrière, permettent le service efficace et rapide des pièces lors de tirs de salves cadencées. Il réalisa ainsi des aménagements à Belfort (communications d’Yves Pagnot et d’André Darget) au Château (d’où le colloque), à Grenoble (Philippe Marguet), à Besançon et il proposa des ouvrages à Lyon qui furent entrepris par le général R. de Fleury (Madeleine Bunevod). Il participa également au siège d’Anvers en 1832 (Piet Lombaerde). À titre de comparaison furent étudiés le siège de Sarragosse par les Français (José-Manuel Guerrero-Acosta) et la défense de Dantzig (Igor Zbigniew Strzok).

Mais il ne fut pas le seul sapeur à son époque. On ne peut pas parler de "système Haxo" comme pour Vauban ou Séré de Rivières. Il est le pur produit de l’École française de Vauban à Metz en passant par Mézières et Polytechnique. Par son rôle à la tête du Génie, il fit oublier de remarquables concepteurs comme Simon Bernard qui avait proposé une fortification de Paris composée de redoutes de terre à réduit maçonné. Cela aurait coûté moitié moins en plus efficace que les travaux de 1840 ! Il faut redécouvrir aussi des généraux comme Michel-Brice Bizot (Martin Barros) qui travailla remarquablement, en particulier à Bitche. Tué à Sébastopol, il ne put donner tout son art.

Aussi il faudra attendre Séré de Rivières, lequel put synthétiser avec son équipe (à étudier) tout l’effort depuis 1815 : cela restera son œuvre inégalée. Il faut donc continuer les études sur l’artillerie de Gribeauval à 1918, il faut surtout analyser ce qui s’est réalisé en Italie (Palmanova, Anfo…), Dalmatie (Raguse…), Allemagne (caponnières…), Autriche-Hongie (les forts à 7 côtés de Vérone…), Angleterre (les ports, Malte…), Russie et Baltique de 1815 à 1914. Viollet-le-Duc, dans sa Forteresse, est le révélateur de cette culture en gestation, d’autant que comme lieutenant-colonel du Génie de réserve, commandant un régiment d’auxiliaires, il avait participé à la défense de Paris et relevé tous les travaux prussiens juste après la défaite. L’analyse de la construction du Fort des Barres à Belfort, de 1815 à 1870 (Antoine Brolli), terminé avant le siège par Denfert-Rochereau, permet de comprendre la nouveauté préparée : la "défense active" du siège-modèle, peu étudié et non enseigné car le colonel républicain novateur fut contesté par les conservateurs de tous horizons dès 1871.

Ainsi - unique dans l’Histoire - la transformation en un an du Génie (fin 1872 à fin 1873) peut s’expliquer par la masse critique atteinte par accumulation de Le Michaud d’Arçon à 1870 en passant par Marescot, Maureillan, Dode de la Brunerie, Cosseron de Villenoisy… Le signataire du présent compte rendu, après avoir introduit et conclu les travaux du colloque, en prépare les actes. J.F. Pernot

"Le devoir de défense en Europe aux xixe et xxe siècles"

L’Institut d’Études Politiques d’Aix-en-Provence et l’UMR n° 5609, ESID, du CNRS (Montpellier III) ont organisé, les vendredi 15 et samedi 16 septembre 2000, à l’IEP d’Aix-en-Provence, un colloque international sur le thème : "Le devoir de défense en Europe aux xixe et xxe siècles".

Sept séances réparties en quatre demi-journées permirent à vingt intervenants présents (sur vingt-deux) de développer des thèmes s’inscrivant dans une indéniable dimension européenne. En effet, dix Français, deux Suisses, deux Anglais, un Italien, un Portugais, un Espagnol, un Russe, une Polonaise, un Roumain, une Bulgare, un Allemand abordèrent des sujets concernant le devoir de défense en France, en Confédération helvétique, en Grande-Bretagne, en Allemagne, en Italie, en Espagne, au Portugal, en Grèce, en Russie et en URSS, en Pologne, en Roumanie et en Bulgarie.

Jean-Claude Ricci, directeur de l’Institut d’Études Politiques, et Jean-Charles Jauffret, professeur d’histoire contemporaine à l’IEP d’Aix-en-Provence et cheville ouvrière du colloque, présentèrent le caractère inédit d’un tel axe de recherche à une époque où le principe de la conscription est remis en question et où la construction de l’Europe est à l’ordre du jour. Quelle défense ? Contre qui ? Comment la construire ? Comment inculquer la Défense ? Quelles résistances au devoir de défense ? Autant de questions qui constituèrent la trame de la réflexion collective tout au long du colloque.

Le colloque s’ouvrit sur quelques pistes nouvelles. Annie Crépin, maître de conférences à l’Université d’Artois, parla de "Citoyenneté, devoir de défense et service militaire en France au xixe siècle", et montra comment en France le soldat-citoyen et le citoyen-soldat connurent tour à tour victoire et défaite selon les choix politiques du moment. Frédéric Rousseau, maître de conférences à l’Université Montpellier III, mit l’accent sur "les insoumis et les déserteurs dans la France du xixe siècle", et analysa le lien étroit qui existait entre la prise de conscience de la nécessité du devoir de défense et la lente diminution du taux d’insoumis et de déserteurs en France. André-Paul Comor, maître de conférences à l’IEP d’Aix-en-Provence, étudia l’évolution du "devoir de défense de la ive République à 1996", de l’apogée du service militaire obligatoire à sa disparition. Jules Maurin, professeur d’histoire contemporaine à Montpellier III et directeur de l’UMR 5609 du CNRS, rappela à ce sujet la disparition des conseils de révision cantonaux qui créaient une solidarité de classe d’âge et également l’apparition et la prise en compte des objecteurs de conscience, fait nouveau qui remettait en cause l’égalité de tous devant le devoir de défense.

Le modèle suisse fut présenté par le colonel Hervé de Weck, rédacteur en chef de la Revue Militaire suisse, et le colonel Michel Chabloz, directeur scientifique du Centre d’histoire et de prospective militaires de Pully. Hervé de Weck sut présenter avec clarté "le système de milice en Suisse de 1815 à 1990" en mettant l’accent sur l’efficacité et la crédibilité d’une défense, facteur d’évolution dans la politique intérieure et extérieure de la Suisse. Michel Chabloz montra les "perspectives de réflexion et le modèle de sécurité" que l’armée suisse 61, c’est-à-dire l’armée de la milice au temps de la guerre froide, pouvait représenter.

Concernant les expériences militaires en Europe du nord, Anthony Clayton, professeur à l’académie militaire de Sandhurst, analysa le service militaire en Grande-Bretagne (Irlande exclue) de 1900 à 1999, un service militaire "pragmatique" entre "appelés et engagés". Jean-Luc Susini, maître de conférences à Montpellier III, étudia une période troublée de l’histoire allemande, de 1918 à 1923, au cours de laquelle les étudiants furent appelés à assumer un devoir de défense contre les bolcheviks et les ennemis intérieurs.

Quant au devoir de défense en Europe méridionale, Giorgio Rochat, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Turin, parla des "fusillés pour l’exemple dans l’armée italienne en 1915-1918", montrant qu’il y eut deux fois plus de fusillés italiens (un millier) que de fusillés français avec deux fois moins de soldats et une guerre plus courte. Le colonel Jean-Pierre Renaud, président du CHMEDN de Montpellier, montra qu’en Espagne, les conséquences de "l’année tournant de 1898" aboutirent au drame de la guerre civile de 1936-1939. Alexander Zervoudakis, senior research Officer au ministère de la Défense britannique, étudia "l’armée grecque pendant la guerre civile de 1944-1950" sur le plan du recrutement, du moral, des désertions et des motivations de ses combattants. Un débat particulièrement riche, animé par le général Bach, Gerd Krumeich, Giorgio Rochat, Marc Michel, Frédéric Guelton, Frédéric Rousseau, Jean-Charles Jauffret et Jules Maurin, porta sur des sujets divers et variés.

Quittant l’Europe méridionale, le colloque se transporta en Europe orientale et balkanique. Alexandre Réviakine, professeur à l’Institut des relations internationales de Moscou, et Pierre Barral, professeur émérite de l’université Montpellier III, exposèrent le devoir de défense de la Russie (de l’Empire à la République soviétique) pour le premier et le devoir de défense en Union soviétique en 1941 pour le second. Alexandre Réviakine montra comment, de 1854 à 1917, le devoir de défense en Russie dut, en permanence, concilier un caractère national propre et une mission "ultra-nationale", avant de prendre la forme radicale d’une armée de la nation à l’issue de la victoire bolchevique. Pierre Barral étudia ce devoir de défense à un moment tragique de l’histoire soviétique : en 1941, Staline abandonna l’idéologie universaliste de la révolution mondiale, dont l’armée soviétique devait être l’instrument, pour faire du devoir de défense russe le socle de la défense patriotique de la mère patrie… du moins jusqu’à la victoire finale et l’occupation d’une bonne partie de l’Europe de l’Est. Concernant la Pologne au xxe siècle, le colonel Frédéric Guelton, directeur des études au SHAT, expliqua que le modèle polonais de l’entre-deux-guerres oscilla entre deux tendances, l’une pacifiste et l’autre activiste. Ce fut la seconde qui trouva en la personne de Pilsudski son représentant le plus dynamique pour structurer une armée nationale à partir d’éléments disparates et hétéroclites lors de la guerre russo-polonaise de 1918-1921. Maria Pasztor, docteur en histoire de l’université de Varsovie, consacra son étude au devoir de défense polonais après la Seconde Guerre mondiale : la politisation de l’armée polonaise fut un fait dominant et permanent et donna à l’armée un rôle majeur à jouer dans la construction politique du pays.

Pour les Balkans, Dimitriu Preda, professeur et directeur du Département des archives diplomatiques de Bucarest, dressa l’historique de l’armée roumaine de la naissance du pays jusqu’à l’effondrement du régime Ceaucescu. Snezama Dimitrova, docteur en histoire de l’université Neodfit Rilsky de Blagoevgrad, en Bulgarie, choisit d’exprimer quelques réflexions sur le volontariat en Bulgarie entre 1919 et 1940. Enfin, Gabriel Jandot, maître de conférences à Montpellier III, montra toute la difficulté d’appréhender au plus juste le devoir de défense albanais sous Enver Hoxha, un devoir de défense national polymorphe et un devoir international de défense du marxisme orthodoxe. Le débat qui clôtura les travaux de ces séances mit surtout l’accent sur le problème des minorités ignorées au sein des armées nationales roumaine et bulgare.

Arrivé aux termes du voyage, le colloque s’acheva par une séance qui compara le système français aux systèmes italien, allemand et britannique.

Hubert Heyriès, maître de conférences à Montpellier III, démontra que de 1861 à 1870, les systèmes français et italien ne cessèrent de s’influencer mutuellement avant d’adopter et d’adapter à leur réalité nationale respective le modèle prussien. Gerd Krumeich, professeur à l’université de Düsseldorf, montra l’émergence du concept de Volk in Waffen plus ou moins en relation avec l’idée de nation armée propre à la France. Fabrice Saliba, allocataire-moniteur à l’université Montpellier III, parla du devoir de défense en Grande-Bretagne et en France entre les deux guerres, et expliqua que la Grande-Bretagne dut concilier en permanence tradition et conscription, alors que la France jugeait vitale la conscription.

La conclusion magistrale de Pierre Barral, qui retint quelques thèmes, en s’inspirant de Clausewitz : "l’universalité de la règle de défense", une défense qui se prépare à l’avance, mais une défense qui ne peut évacuer le paramètre des résistances, achevait un colloque riche d’enseignements.

En dépit de contraintes inhérentes aux colloques aujourd’hui, contraintes qui suscitèrent parfois un classique mais léger sentiment de frustration, tous se félicitèrent des longues plages consacrées aux débats et de l’accueil très chaleureux des membres de l’Institut d’Études Politiques d’Aix-en-Provence. Il ne reste plus qu’à souhaiter la rapide publication des actes de ce colloque qui, à bien des égards, apporte des éclairages nouveaux sur la comparaison des devoirs de défense en Europe aux xixe et xixe siècles.

Hubert Heyriès, ESID-Montpellier III

26e congrès international d’histoire militaire
La guerre totale - La défense totale - 1789-2000

Du 31 juillet au 4 août 2000, la salle de conférence du Scandic Hotel Slussen à Stockholm a abrité les débats de 150 historiens, venus de la plupart des pays européens, des États-Unis, du Canada et de Brésil, ainsi que de Chine et du Japon. Les 38 intervenants ayant respecté leur temps de parole de 20 minutes, il a été possible aux auditeurs d’engager le dialogue avec les conférenciers. 22 exposés ont été prononcés en anglais, 9 en français et 7 en allemand, avec d’excellentes traductions simultanées. Plusieurs auditeurs se sont efforcés d’animer les débats en français.

Ouvert par le ministre de la Défense suédois, le colloque a été remarquablement organisé par les docteurs Norberg et Ericson, et agrémenté de prestigieuses réceptions : au musée Vasa, à la mairie de Stockholm, au musée de l’Armée et au château de Karlberg (École nationale de Défense), sans oublier le tour guidé de Stockholm, la soupe aux haricots préparée par la garde territoriale, et l’excursion en bateau jusqu’à la fortification marine de Siarö. Les personnes accompagnatrices ont en outre bénéficié d’une excursion au château de Gripsholm et à la ville de Mariefred.

En marge du colloque, le Comité des archives et le Comité de bibliographie se sont réunis le dimanche 30 juillet. Le divisionnaire Langenberger s’est félicité de la contribution de 25 Commissions nationales pour les comptes-rendus d’ouvrages, ce qui a permis la sortie du tome 21 de la Bibliographie. Il fait appel à la participation des autres Commissions, et souhaite que le délai du 31 octobre soit respecté pour le tome 22. Il souligne que la Commission internationale ainsi que les Commissions américaine et française sont désormais reliées à Internet, et que pour le tome 23, la Commission autrichienne prépare un rapport scientifique sur le Kosovo.

Enfin, l’après-midi du 4 août a été consacrée à l’Assemblée générale, à l’issue de laquelle les présidents des Commissions nationales ont élu les nouveaux membres du Conseil d’administration de la Commission internationale :

le professeur de Vos ( B) succède au docteur Schulten (NL) au poste de Président ;

les vice-présidents élus sont le général Barata (P) et le professeur Dean Allard (USA) ;

le docteur Kamphuis (NL) devient Secrétaire général à la place du professeur Lefèvre (B) ;

le professeur Allain sera le représentant français au Conseil d’administration, en remplacement du général Delmas.

Les concepts de défense totale et de guerre totale ont été abordés sous des angles différents, mais non contradictoires, par les premiers intervenants. Parmi les facteurs de totalisation, Sir Michael Howard (GB) a retenu la passion populaire manifestée lors de la révolution française, la pratique de la "terre brûlée" opposée à Napoléon en Espagne et en Russie, la politisation de la "guerre absolue" chez Clausewitz, le contrôle politico-social du peuple par Ludendorff et Mao, auxquels il oppose le consensus britannique de 1940. Les "trois piliers de la non-sagesse" de Raimondo Luraghi (I) : conscription de masse, propagande de guerre et logistique de masse, sont exacerbés selon Maurice Faivre (F) par l’idéologie qui justifie les procédés terrorisants (la brutalisation de G. Mosse) de la Convention, imités au xxe siècle par Lénine, Hitler, Tito et Milosewicz. Rudolf Jaun (CH) montre comment le concept "imaginé" par Ludendorff implique le contrôle de l’économie, et la préparation morale de la population, telle que Goebbels en fait la démonstration le 18 février 1943. La comparaison entre Clausewitz et Liddell Hart, proposée par Brian Bond (GB) met en évidence le rejet par ce dernier de la guerre totale dont il attribue la responsabilité à Clausewitz. Concluant les débats, André Corvisier observe, à compter de 1793, l’apparition de la propagande et de la terreur, dont le développement ultérieur est lié aux structures politiques et à la culture des nations. Le Roi ne peut faire ce qu’il veut.

Faisant suite à ce débat général, plusieurs intervenants ont analysé les concepts de défense et (ou) de guerre totale particuliers à chaque nation :

la défense totale de l’hellénisme aux xixe et xxe siècles, par Ioannis Loucas (GR) ;
la perception japonaise de la guerre totale dans l’entre-deux-guerres, et l’influence d’Ishihara Kanji, par Tomoyuki Ishizu (J) ;
la mobilisation des Norvégiens contre l’occupation allemande de 1940 à 1944, par Olav Riste (N) ;
la lutte pour la neutralité irlandaise de 1938 à 1944, par Donal O’Carrol (IRL),
la guerre populaire de Mao contre le Japon, par Yao Zeng Yi (C) ;
l’armée polonaise de l’intérieur de 1940 à 1945, par Tadeusz Panecki (PL) ;
la défense totale de la Suisse de 1950 à 1990, par Adrien Tschumy (CH) ;
la doctrine de l’offensive totale d’Israël après 1949, par Matitiahu Mayzel (IL) ;
l’évolution de la doctrine de l’OTAN, des représailles massives à la réponse flexible, par Massimo de Leonardis (I) ;
la dissuasion proportionnée de la France, par Ciro Paoletti (I).

Antonio Bispo (P) a proposé une analyse psychologique du processus de décision, illustrée par l’engagement du Portugal en 1914. On peut rattacher à ce débat conceptuel :

- l’échec de la "guerre du peuple" français en 1870-71, par Geoffrey Wawro (USA) ;

- la non-préparation américaine à la guerre totale de 1898 à 1941, par Brian Linn (USA).

D’autres intervenants ont étudié le rôle de la conscription pour la défense totale de leur nation :

- Rainer Egger (A) montre comment la conscription renforce l’armée autrichienne entre 1771 et 1781 ;

- Jozseph Zachar (H) expose les problèmes de recrutement pluri-ethniques dans l’empire austro-hongrois ;

- Hans Christian Bjerg ( DK) présente la conscription des paysans danois de 1788 à 1848 ;

- Aureliano Pinto de Moura (BR) décrit l’importance de la mobilisation des Brésiliens dans la guerre contre le Paraguay (1864-1870) ;

- Lars Ericson (S) traite de la Nation suédoise en armes de 1790 à 1914 ;

- Philippe Boulanger (F), présenté par Hervé Coutau-Bégarie, montre les conditions et les conséquences de la mobilisation massive des Français en 1914-18,

- Margaret Vining (USA) décrit l’influence de la conscription sur les ‘‘femmes en uniforme" dans la Première Guerre mondiale.

La mobilisation industrielle des nations a fait l’objet de quatre exposés :

- l’impulsion de la marine pour l’industrialisation du nord de l’Espagne à la fin du xviiie siècle, par Navio Jose Blanco (E) ;

- le coût des guerres napoléoniennes aux Pays-Bas, par Victor Enthoven (NL) ;

- la rivalité entre la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne dans l’exportation des armes de guerre, avant 1914 et avant 1939, par Lothar Hilbert (D) ;

- la contribution de la marine à la production économique japonaise dans les années 30, par Yoshiaki Katada (J).

Enfin, des cas concrets de bataille ou des situations particulières ont été exposés par d’autres historiens :

- l’évocation plaisante par René Pillorget des inventions guerrières de Jules Verne, moment de détente apprécié au milieu d’exposés sévères ;

- la résistance héroïque des Souloutes contre Ali Pacha de 1789 à 1803, par Nicolaos Departas (GR) ;

- la participation totale du peuple à la défense d’Erzerum contre les Russes (1877-1878), par Cemalettin Taskiran (TR) ;

- l’action des Hongrois contre les Serbes, sous la pression autrichienne, en 1914, par Ferenc Pollman (H) ;

- l’évolution des guerres coloniales, limitées avant de devenir totales (en particulier la guerre des Boers), par Erwin Schmidl (A) ;

- le rôle de la milice bourgeoise et des troupes d’insurrection en Hongrie pendant les guerres napoléoniennes, par Vladimir Seges (SK) ;

- le rôle de la Marine espagnole dans la crise d’outre-mer au xixe siècle, par Hugo O’Donnel (E) ;

- les rivalités et les désaccords des dirigeants du Reich avant l’engagement dans la guerre totale dans l’hiver 1942-1943, par Bernhard Kröner (D) ;

- l’opposition de Bonn à l’armement nucléaire, en dépit de l’accord Strauss-Chaban Delmas, par Reiner Pommerin (D) ;

- les conséquences négatives de la Seconde Guerre mondiale sur l’environnement de la Baltique, par Antoni Komorowski (PL).

Ce résumé s’est contenté de souligner les sujets traités dans ce Congrès, dont les Actes montreront toute la richesse.

Maurice Faivre

 

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