| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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Le
club des 100
La conjoncture n’incite pas guère à l’optimisme. La CFHM s’est vu refuser toute subvention au titre de l’année 2002 par le ministère de la Défense. L’ISC a perdu son partenariat avec la Fondation pour la Recherche Stratégique qui, bon an, mal an, lui procurait quelques dizaines de milliers de francs, bien utiles pour l’édition de Stratégique et éventuellement, de quelques ouvrages : les livres du général Poirier et de François Géré, du maréchal Marmont et de Lloyd en ont récemment bénéficié. Il faudra dorénavant “faire sans”. Au lieu de se lamenter sur la dureté des temps et le manque récurrent de moyens, il vaut mieux fêter un événement symbolique, qui témoigne de la possibilité de faire encore quelque chose dans un environnement défavorable : l’Institut de Stratégie Comparée a fêté, à quelques jours d’intervalle, son huitième anniversaire (il a été créé le 9 avril 1994) et son centième livre publié. La liste complète est donnée pour les incrédules dans la présente lettre. 90 ouvrages édités chez Économica dans quatre collections, 15 micro-éditions, le compte y est, et largement. Le rythme ne devrait pas se ralentir, puisqu’une dizaine d’ouvrages sont prévus pour cette année et probablement autant en micro-éditions, en partenariat avec la CFHM. Cette activité de publication constitue la raison d’être essentielle de l’Institut de Stratégie Comparée. À l’heure où beaucoup d’instituts se préoccupent de recherche appliquée, la seule qui rapporte des contrats de la part des administrations ou des entreprises, l’ISC a fait le choix de se consacrer à la recherche fondamentale, celle qui ne répond pas aux attentes immédiates des décideurs mais s’inscrit dans la longue durée. Ce créneau de la recherche est dorénavant très peu fréquenté alors qu’il est plus que jamais nécessaire. N’est-il pas navrant de constater la faiblesse de la production française dans ce domaine, carence d’autant plus scandaleuse qu’elle est récente (on se souciait beaucoup plus des classiques et de la théorie jusqu’à la première moitié du xxe siècle) et qu’elle ne correspond pas à la tendance observée dans d’autres pays (il est plus facile de trouver des éditions récentes des classiques espagnols ou italiens que des classiques français). La contrepartie logique de ce choix est un désintérêt presque total de la part des pouvoirs publics. L’ISC a produit plus de livres en huit ans que l’IFRI, l’IRIS et la FRS réunis. Le ministère de la Défense ne paraît guère s’en apercevoir. Nous recevons une subvention annuelle de 70 000 F, quand les cinq instituts conventionnés se partagent, entre subventions et contrats, une enveloppe qui avoisine les 20 millions de francs (au moins). Face aux récriminations de tous ceux qui disent que la France n’a plus les moyens d’une véritable politique de recherche en matière stratégique, on ferait mieux de se demander à quoi est employé l’argent que l’on distribue. Il n’est pas nécessaire
de reprendre le plaidoyer pour la recherche fondamentale aussi rituel
qu’inefficace. Il vaut mieux continuer, sinon dans le désert, du moins
dans la discrétion, en essayant de se convaincre que ce que l’on fait
n’est pas inutile. Il y a toujours la satisfaction de se dire qu’à défaut
d’avoir eu une efficacité pratique, ce labeur aura peut-être servi la
recherche de la connaissance et, accessoirement, aura occupé agréablement
ceux qui s’y sont livré.
Hervé
Coutau-Bégarie
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