| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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Bibliographie
Philippe Buton, La guerre imaginée, Paris, Seli Arslan, 2002, 254 p. + ill. Le professeur Philippe Buton publie les actes d’un colloque tenu à Reims sur les productions iconographiques inspirées par la guerre. Vingt auteurs ont présenté une large palette qui court de l’Antiquité au xxe siècle : vases mycéniens, stèles héroïsantes, fresques et bas-relief, peintures et gravures. L’essentiel concerne cependant l’époque contemporaine avec la multiplication des formes iconographiques : images d’Épinal, journaux illustrés, affiches, dessins, films… Les thèmes abordés se diversifient également. Ne pouvant énumérer tous les apports de ces actes, je ne citerai que deux études. L’une compare les affiches invitant à souscrire aux emprunts de guerre lancés en 1914-1918 par la France, l’Allemagne, les États-Unis, la Grande-Bretagne. L’autre analyse les affiches de l’occupation allemande et de la collaboration, où l’on voit, par exemple, la silhouette de Philippe Pétain masquant sur la carte de France la place de l’Alsace-Lorraine. L’image n’est jamais neutre, nous dit Philippe Buton dans l’introduction, et la guerre imagée devient la guerre imaginée. Laurent Gervèreau ajoute : “La vérité des images n’est pas celle du réel, mais de l’approche du réel”. Ces actes constituent une ouverture intéressante vers un domaine documentaire dont la valeur n’a été reconnue que récemment par les historiens, mais ils ne sont qu’une étape dans la réflexion et la problématique. A.C.
Nicolas Depastas, L’éducation militaire de la Crète selon les “Lois” de Platon, Athènes, 2001, 117 pages (en grec, résumé en français). La thèse de N. Depastas, est une étude de l’organisation politique et législative de Magnésie, cité fondée en Crète au milieu du ive siècle avant J.-C. On y trouve le cadre administratif et moral, les méthodes de l’éducation militaire… Quelques carrières de Crétois au service des royaumes hellénistiques permettent d’en apprécier les résultats. A.C.
Chronique d’histoire maritime, 46, mars 2002. Deux articles à relever : par un historien du droit, Alain Berbouche, une étude savante sur la justice de la Marine royale au temps de la guerre d’Amérique ; par le contre-amiral François Caron, une utile et probablement définitive mise au point sur la malheureuse bataille des Saintes, dont aucun des acteurs français ne sort grandi : les erreurs de De Grasse, l’indécision de Vaudreuil, l’indiscipline des commandants, le honteux comportement de Bougainville se sont conjugués avec la friction chère à Clausewitz (les fausses manœuvres du Zélé) pour aboutir au désastre. H.C.B.
Les éditions Tchou viennent de lancer une “Bibliothèque des introuvables”, destinée à rééditer des classiques de l’histoire navale depuis longtemps épuisés. Premier titre de la collection, L’influence de la puissance maritime dans l’Histoire d’Alfred T. Mahan, probablement le livre de stratégie navale le plus célèbre et le plus influent, à défaut d’être le plus profond. Est également annoncée la sortie de La Trière athénienne d’Auguste Cartault, l’un des chefs d’œuvre de l’érudition française de la fin du xixe siècle. H.C.B.
Jean Chagniot, Guerre et société à l’époque moderne, Paris, Presses universitaires de France, collection Nouvelle Clio, 2001, 360 pages. Guerre et société du professeur Jean Chagniot est d’ores et déjà considéré comme un ouvrage de référence. Annoncé comme un événement important par le professeur André Corvisier, et tant attendu par les amis de l’histoire militaire, cet ouvrage, sobre dans sa conception, présente une synthèse approfondie des recherches menées, depuis quarante années, dans le domaine de l’histoire militaire. Il s’ouvre sur une bibliographie thématique fort riche (667 titres), pour l’essentiel classée par pays, ce qui offre aux chercheurs des pistes de recherche dépassant le seul cadre national. Le lecteur aura la satisfaction d’y croiser des auteurs militaires connus, mais quelque peu oubliés aujourd’hui, comme G. Fournier, P. Hoste, J. Chastenet de Puységur, A. de Santa-Cruz de Marcenado, A. de Verdy du Vernois ou A. de Ville. En deuxième partie, l’auteur dresse un panorama des connaissances très instructif, dont l’articulation chronologique s’opère en trois temps : de la conquête ottomane à la guerre de Trente Ans ; le Siècle de fer (1618-1721) ; et Des guerres de rois aux guerres de peuples (1721-1791). Ces trois divisions historiques tiennent compte des facteurs politiques, économiques, sociaux, démographiques et, avant tout, institutionnels, sans lesquels aucune analyse historique sérieuse ne paraît possible. C’est à partir de cette analyse que l’auteur étudie les aspects et les enjeux pratiques de la guerre (vénalité des charges militaires, dégradation du recrutement, fournitures et logistique). Il se réfère à diverses sources (Archives nationales, Minutier central des notaires, Cabinet des manuscrits de la BNF et, surtout, SHAT - fonds des Mémoires et reconnaissances) qu’il a consciencieusement dépouillées. En troisième et dernière partie, Jean Chagniot a voulu donner, suivant le principe de la collection Nouvelle Clio, la mesure des recherches actuelles et des débats qui animent le milieu des historiens autour du concept de révolution militaire. Pour cela, il évoque notamment le recours aux analyses sérielles et dresse un premier bilan de ces enquêtes (pp. 246 et 254) tendant vers une histoire militaire globale (cf. les travaux d’A. Blanchard et du colonel G. Bodinier, p. 268), qui ont permis de découvrir le caractère social des hommes de guerre. Aujourd’hui, seule l’histoire des mentalités ne semble pas attirer la faveur des historiens qui examinent le monde de l’armée. Mais les récents travaux en histoire militaire sont encourageants et semblent marquer un regain d’intérêt parmi les jeunes chercheurs français. Enfin, l’ouvrage se clôt sur un trop bref chapitre consacré à la pensée stratégique à travers la littérature militaire. On y trouve, entre autres, cités : Brantôme, le baron d’Espagnac, le marquis de Quincy, le comte de Grimoard, Courtilz de Sandras, La Noue, Gaya de Tréville, Manesson-Mallet, le capitaine Ufano, le duc de Rohan, le marquis de Brézé, don Bernardino de Mendoza, Siemienowicz, Guischardt et, bien sûr, le chevalier de Folard et le roi Frédéric II. Le livre est pourvu d’un abondant index qui en facilite grandement la consultation. N.H.D.
Mémoires et documents inédits pour servir à l’histoire de la Franche-Comté, années 1668-1674, publiés par Maurice Gresset, Académie de Besançon, 2001, lviii + 351 p., cartes. La présentation de recueils de documents est plutôt chose rare à la CFHM. Il est cependant bon d’informer les chercheurs de la publication des ouvrages qui leur facilitent l’accès aux matériaux de l’histoire. M. Gresset, professeur émérite à l’université de Besançon, a dépouillé les 67 registres de la série A1 du SHAT relatifs aux conquêtes et à l’annexion de la Franche-Comté. On trouvera donc mentionnés la totalité des transcrits, lettres reçues et minutes, dont il donne, suivant leur intérêt, le texte complet, des extraits ou une analyse. Ainsi, parallèlement aux Mémoires collationnés par un contemporain, l’abbé Jules Chifflet, seulement publiés en 1867 et 1869, qui contiennent les sources comtoises, on aura le point de vue du gouvernement français qui n’avait fait jusque là l’objet que d’un léger écrémage. L’ensemble est encadré par une longue introduction et des notices biographiques et index. Cet instrument de recherches répond à toutes les exigences scientifiques. A.C.
Marziano Brignoli, Montebello, 20 maggio 1859. La prima Vittoria, Pavie, Gianni Luculano editore, 2001, grand format, i-40 p., ill. A ne pas confondre avec la bataille du 9 juin 1800 qui précède Marengo, la bataille du 20 mai 1859 inaugure à l’improviste la campagne qui permet l’unification de l’Italie. Tandis que Napoléon III, conseillé par le vieux Jomini, compte déborder l’armée autrichienne par le nord, Gyulai, hanté par le souvenir de la manœuvre de Bonaparte, envoie au sud du Pô Stadion avec deux divisions soit 23 500 hommes. À la tête d’une division d’infanterie, Forey, accompagné d’une brigade de cavalerie piémontaise, soit 8 000 hommes, dissimule son infériorité par une attaque hardie. Les Autrichiens surpris perdent 1 423 hommes dont 307 prisonniers, les Français 620, les Piémontais 78. M. Brignoli analyse les erreurs commises, lenteur des Autrichiens, exploitation incomplète de la victoire par les Français. Cependant le retentissement est considérable : abandon par les Autrichiens de la rive sud du Pô et fuite des princes de Toscane et de Parme, glorification du régiment des lanciers de Montebello. Ouvrage richement illustré (trois cartes successives de la bataille), comportant notamment les partitions des chants inspirés par la première victoire de l’indépendance italienne. A. C.
Philippe Truttmann, La barrière de fer - L’architecture des forts du général Séré de Rivières (1872-1914), Gérard Klopp éditeur (79 rue de Longwy, 57100 Thionville), décembre 2000, 542 pages. Le lieutenant-colonel Philippe Truttmann consacre un fort et beau volume à l’architecture du système fortifié élevé sur les frontières de la France, entre 1872 et 1914, sous la direction du général Séré de Rivières. L’histoire du système est retracée au travers du contexte militaire après la guerre de 1870, des études menées par le Comité de défense et le général Séré de Rivières. Ces études débouchèrent sur une réorganisation complète de la défense des frontières, mais aussi sur un changement radical des formes de la fortification. L’auteur expose l’organisation du service du génie et des chantiers de construction. Suite à la “crise de l’obus torpille” en 1886, on démantela une partie du système pendant que l’autre partie était progressivement renforcée. Tel qu’il avait été réalisé et modernisé pour un coût de 820 millions de francs, le système rendit de bons services pendant la Première Guerre mondiale. Les différents éléments architecturaux constituant les forts entre 1874 et 1914 sont détaillés : l’obstacle et son flanquement, les portes et poternes, les ponts mobiles, les abris de rempart, les logements, les communications, l’ameublement, l’aération des locaux, les cuirassements, les casemates d’artillerie et les moyens de communication. L’auteur souligne à la fois l’excellence des choix techniques et l’hétérogénéité des solutions adoptées après de nombreuses expériences. Il donne une place importante aux cuirassements dans lesquels le génie militaire et l’industrie française excellaient. Mais l’originalité de cette étude réside dans la beauté et l’intérêt documentaire des dessins de l’auteur. L’ensemble forme une sorte d’encyclopédie visuelle de la fortification française avant 1914. Il offre aux chercheurs une base documentaire de première importance. Malgré son prix, c’est une acquisition essentielle à la compréhension de la fortification en France et du système Séré de Rivières en particulier. M.B.
Les éditions Ysec (B.P. 405 – 27404 Louviers cédex – tél. 02 32 40 32 45 – www.ysec.fr) se sont spécialisées sur la Première Guerre mondiale. Elles publient notamment une collection de livres de 80 pages “Un jour de la Grande Guerre”, au texte très clair et abondamment illustré. Parmi les titres parus : Claire Stratonovitch, L’Argonne, le 13 juillet 1915 à la Haute Chevauchée ; Eric Labayle, 9 avril 1917, les Canadiens à Vimy ; Yves Buffetaut et Bruno Girkiewicz, 9-10 juin 1918, Paris menacé ! La bataille du Matz ; Yves Buffetaut et Bruno Jurkiewicz, Mangin sauve Paris, 11 juin 1918, La bataille du Matz II. H.C.B.
Giampietro Berti, Piero del Negro, Al di qua e al di là del Piave, l’ultimo anno della grande guerra, Milan, Franco Angeli Storia, 2001, 615 pages. En deçà et au-delà du Piave, ce sont les Actes du colloque international tenu à Bassano del Grappa (25-28 mai 2000) sur la dernière année de la Grande Guerre. Vingt-neuf communications sont regroupées en quatre parties : le cadre international ; les aspects militaires ; l’Italie : le pays ; enfin, la victoire, traitée sous forme de table ronde. Pour la première partie, à côté de six auteurs italiens, il a été fait appel à trois Anglo-Saxons et deux Français : Patrick Facon pour “Le soldat français en Italie 1917-1918” et Michèle Battesti pour “La marine française dans l’Adriatique pendant la Première Guerre mondiale”. Les organisateurs ont voulu saisir l’occasion d’un débat entre historiens italiens et étrangers dans la perspective de la nouvelle histoire-bataille ouverte en France entre l’histoire traditionnelle et la nouvelle histoire issue de l’École des Annales. Le grand nombre de communications a permis d’aborder de très nombreux aspects de cette fin de guerre, diplomatiques, économiques, humains (la grippe espagnole), outre l’art militaire. A.C.
Marcel Gaucher, Condamné à cinq ans de loisirs forcés, 1940-1945, Avignon, éditions Arts et Systèmes, 244 p. Mgr Guy Gaucher, évêque auxiliaire de Bayeux et Lisieux, a fait éditer ce livre de son père, Marcel Gaucher, lieutenant de réserve, prisonnier de guerre de juin 1940 à mai 1945. Le but de l’auteur n’était pas d’apporter des révélations, il n’en apporte d’ailleurs pas, mais de rendre hommage à ses camarades de captivité, de souligner leurs qualités humaines, et surtout de témoigner de cette amitié virile qui a permis à tous de ne jamais perdre l’espérance et de tenir jusqu’à leur libération. Le lieutenant Gaucher fut en captivité successivement à l’Oflag IIIC à Lübben-Spreewald (Brandebourg) et aux Offlag VID et VIA situés respectivement à Münster et à Söst en Westphalie. Les officiers prisonniers ne devaient pas être soumis au travail ; ils meublèrent leur temps en exerçant essentiellement des activités intellectuelles telles que les cours d’Université, la musique, le spectacle, la lecture, les Beaux-Arts, l’artisanat… et bien sûr l’information, la cuisine, le jardinage… et les évasions. L’ouvrage se lit très facilement, émaillé de pointes d’humour. S.L.
Pierre Lassalle, La liberté venait des ondes. Radio clandestin 1942-1944, Grancher, 2001, 182 pages dont 15 de documents, plus un album photo. C’est un authentique héros de la Résistance dont Raymond Muelle raconte l’histoire mouvementée. Sergent radio de l’armée de l’Air en 1939, démobilisé en 1942, Pierre Lassalle s’évade d’un camp STO de l’organisation Todt, et après un stage de sous-ingénieur radio à l’Aviation civile, rejoint un maquis du Puy-de-Dôme. Ayant attaqué la gendarmerie d’Arlac pour délivrer deux prisonniers, il est condamné le 13 juillet 1943 aux travaux forcés à perpétuité, s’évade au cours de son transfert et rejoint un maquis FTP franco-espagnol (maquis Faïta). Ses connaissances techniques le font alors affecter comme radio à la région R6 (Auvergne), puis R1 (Lyon), à la disposition du colonel Henri Zeller, commandant les FFI des Alpes. Dans le Vercors, il établit les liaisons qui permettent le parachutage de 86 tonnes d’armement. Il échappe de justesse à l’attaque allemande du 21 juillet 1944, et regagne la région de Clermont-Ferrand, en participant en chemin aux combats de Bourgoin et de Pont d’Ain. En septembre 1944, le colonel, devenu général, Zeller, l’incite à s’engager dans les services spéciaux (DGSS). De nouvelles aventures l’attendent. Ce récit passionnant nous fait découvrir la vie dangereuse d’un opérateur radio de la Résistance, qui pour survivre doit changer de cache tous les 15 jours. Il est réconfortant de noter que l’aide de la population civile d’Auvergne et de Savoie, et parfois de la police et de la gendarmerie, lui permet de déjouer les pièges de la Milice et de l’Abwehr. M.F.
Alain Ruscio (dir.), La guerre française d’Indochine, 1945-1954, les sources de la connaissance, Paris, Les Indes savantes, 2002, 1 192 pages. Une cinquantaine de chercheurs ont collaboré à ce guide de recherche monumental qui réunit pas moins de 12 000 références bibliographiques en français, anglais, vietnamien, cambodgien, russe, chinois, allemand, italien, espagnol, norvégien… Plus de la moitié des références sont accompagnées de notices explicatives ou de commentaires critiques. 335 films sont également cités. Il s’agit d’un instrument de travail qui rendra évidemment les plus grands services. Le prix (69 €) n’est pas excessif pour une telle somme. On peut la trouver en librairie ou la commander directement à l’éditeur : 128 rue du Bac - 75007 Paris – Tél. 01 45 49 09 98. H.C.B.
Les éditions britanniques Chadwyck-Healey (The Quorum, Barnwell Road, Cambridge, CB5 8SW) diffusent The Digital National Security Archive, corpus de documents sur la politique de sécurité des États-Unis de 1945 à 1991, publié par collections : les directives présidentielles sur la sécurité nationale de Truman à Clinton ; la crise de Berlin 1958-1962 ; la crise des missiles de Cuba 1962 ; la politique américaine à l’égard de l’Afghanistan 1973-1990 ; la politique américaine à l’égard de l’Iran 1977-1980 ; la politique américaine à l’égard du Nicaragua 1978-1990 ; les utilisations de l’espace par les États-Unis 1945-1991 ; la politique américaine de non-prolifération 1945-1991… Chaque collection comprend en moyenne 14 000 pages, disponibles en reproduction sur microfiches ou directement sur Internet avec des logiciels de recherche efficaces. Il s’agit d’une masse d’informations colossale, pratiquement sans équivalent, constituée grâce à un recours fréquent au Freedom of Information Act. Bien évidemment, cela a un coût : une collection coûte 2 940 £, l’accès à Internet pour toutes les collections coûte 3 500 £ par an. Site Internet : www. chadwyck.co.uk. H.C.B.
Daniel Trastour, La guerre sans armes, Société des Écrivains (147 rue Saint-Honoré – 75001 Paris), 2001, 112 pages. Le lieutenant-colonel Trastour révèle dans ce livre de mémoire un aspect méconnu de la guerre froide, à laquelle il a participé pendant 7 ans : la recherche du renseignement sur les armées soviétique et est-allemande de RDA. Parallèlement aux informations recueillies par les moyens techniques (écoutes et reconnaissance aérienne et spatiale), cette recherche est effectuée par observation humaine, exercée discrètement par les équipes françaises, britanniques et américaines des Missions dites de Potsdam. Destinées officiellement à la liaison entre les commandements alliés et soviétique en Allemagne, ces missions se livrent en réalité à d’incessantes investigations des activités, des équipements et de l’infrastructure de ces armées. Une à deux équipes françaises sont en permanence sur le terrain, se déplaçant et vivant dans des voitures de grande liaison, allant de P.O en P.O. (point d’observation camouflé), afin d’échapper à la poursuite agressive des services est-allemands et à la surveillance des jalonneurs russes. De multiples blocages, et des accidents provoqués, dont est victime l’adjudant Mariotti, conduisent les équipiers devant les Kommandantura soviétiques, et font l’objet de comparutions devant la Section des Relations Extérieures (SRE) du commandement soviétique, où chacun rivalise de mauvaise foi. Les fêtes nationales sont célébrées lors de rencontres, abondamment arrosées, où l’on s’efforce à la cordialité en évoquant l’alliance du temps de guerre. Dans des récits imagés, Daniel Trastour montre la collaboration étroite qui s’est établie entre les Missions alliées, en même temps que le courage persévérant, la résistance à la fatigue et l’astuce développées par les équipiers français. “L’existence des Missions, conclut un de ses anciens chefs, n’aurait pas empêché le déclenchement d’une attaque du Pacte de Varsovie, mais elle réduisait considérablement l’effet de surprise... Officiers, sous-officiers et militaires du rang ont été profondément marqués par leur séjour à la Mission, qui restera dans leurs souvenirs comme un temps fort de leur carrière, ou tout simplement de leur vie”. M.F.
Le Livre blanc de l’armée française en Algérie, ouvrage collectif. Éditions Contretemps, 207 pages, riche iconographie, 30 €. Cet album est dû à l’initiative d’officiers de réserve qui ont fait appel à des historiens reconnus, à des acteurs et à des témoins indiscutés et indiscutables, à des écrivains et des journalistes de talent. Cet ouvrage ne prétend pas faire l’histoire de la guerre d’Algérie, dont il se contente d’éclairer des aspects mal connus, oubliés ou contestés. Parmi ceux-ci, il faut citer les thèmes suivants : Victoire militaire et défaite politique - La guerre civile, atavique et interminable, des Algériens - Les crimes du FLN et la bataille d’Alger - La guerre en métropole et les porteurs de valises - L’action révolutionnaire des SAS face la guerre révolutionnaire du FLN - Le putsch - L’abandon des harkis. Parmi ces historiens, Jérôme Grasselli, Philippe Conrad, Laure Griffon, Marie Dumont, Raymond Muelle, Jean Monneret, Christian Brosio. Maurice Faivre. Chacun de ces chercheurs s’appuie sur les sources les plus solides, y compris celles des historiens algériens. Des répétitions et des différences d’interprétation apparaissent à la relecture, c’est naturel dans un ouvrage collectif, elles sont mineures et ne nuisent pas à la cohérence de l’ensemble (une erreur relevée p. 31 : Chevigné). Parmi les grands témoins, il faut citer Hélie de Saint-Marc et Jean-Yves Alquier, les généraux Schmitt, Gillis, Meyer et Morillon, les commandants Oudinot et Guillaume, Jean-Claude Matignon et Mohand Hamoumou. Ces témoignages sont précieux, parce qu’il rapportent des faits vécus, qui complètent le récit des historiens. Parmi les écrivains, Michel Déon, François Gibault, Vladimir Volkoff et Stéphane Denis ; ce dernier nous livre, sous une forme humoristique, les souvenirs d’un enfant de neuf ans. Le point de vue des avocats est rapporté par Tixier-Vignancour et Jean-Marc Varaut. Certains auteurs, en réponse à la campagne de presse lancée à l’été 2000 par le FLN et ses partisans en France, adoptent un ton polémique ou critique. Ainsi Claude Jacquemart et Alain Griotteray contre les porteurs de valises, Martin Peltier sur l’affaire Aussaresses, Louis Muller sur la thèse de Raphaëlle Branche, Marie Dumont sur les livres scolaires, Norbert Multeau sur les films engagés, et enfin le général Schmitt qui démolit de façon irréfutable les faux témoignages recueillis par Florence Baugé, Elise Lucet et Anne Nivat. Au moment où cette guerre est l’objet d’une certaine exploitation médiatique ci parlementaire, il ne fait pas de doute que ce Livre Blanc constituera, pour ses combattants et ses témoins, un ouvrage de référence. J.M.S.
Guy Pervillé, Pour une histoire de la guerre d’Algérie, Picard, 2002, 356 pages. Poursuivant depuis 30 ans sa réflexion sur la guerre d’Algérie, Guy Pervillé la replace dans le long terme, et analyse les grands thèmes qui ont dominé les relations entre la France et l’Algérie. Traitant des origines de la guerre, il montre que le nationalisme tardif est dû à l’inexistence d’une nation avant 1830, tandis que l’incompatibilité entre la loi coranique et la loi française rendait impossible l’assimilation culturelle, et que la faiblesse démographique de la France faisait échouer la colonisation de peuplement. Dans les deux camps, la justesse de la cause (souveraineté française contre libération algérienne) entraîne la subordination excessive des moyens aux fins. Inspirée à la fois par les valeurs de l’islam et de la démocratie, la révolution nationaliste est contrariée par l’existence d’un parti de la France qui dément l’unanimité du peuple. Ce ne sont pas les menaces de l’OAS, mais les enlèvements et les prises de butin perpétrés par les Algériens qui provoquent l’exode des Européens. La décision unilatérale du Chef de l’État aboutit à une paix manquée, et à l’épuration sauvage de l’été 1962. Après la guerre, à la volonté d’oubli de la France s’est opposée la culture de guerre dispensée par le pouvoir algérien. Depuis 1992, une nouvelle guerre se poursuit entre deux camps qui prétendent continuer le combat des moudjahidines. Il revient à l’historien de dépasser les mémoires antagonistes pour établir la part des vérités et des erreurs de chaque camp, et favoriser la nécessaire réconciliation. Cette remarquable synthèse est la première à envisager cette guerre cruelle dans la durée et dans tous ses aspects. M.F.
Patrick Rotman, L’ennemi intime, Le Seuil, 2002, 267 pages. Ce livre, qui accompagne une émission de télévision de trois heures et demi, reproduit les “confessions” d’une vingtaine de soldats qui ont assisté à des tortures et à des viols pendant la guerre d’Algérie, certains y ayant même participé avec un certain sadisme. Poursuivant “l’opération torture” lancée par la presse de gauche en juin 2000, le but de l’ouvrage est à l’évidence de condamner l’armée et le gouvernement de l’époque, et de réhabiliter les intellectuels qui se sont fait les complices de la rébellion. Sans doute les atrocités du FLN en 1955 et 1956, qui sont les causes de la répression, sont-elles évoquées, mais les massacres et exactions massives de 1962 sont occultés. Le commentaire de l’auteur comprend en outre un certain nombre d’erreurs historiques. Sur le plan de l’objectivité, on notera que les déclarations de deux officiers, qui contredisaient la thèse de la généralisation des tortures et des viols, ont été tronquées, et qu’aucun des témoignages n’a fait l’objet de vérification dans les Journaux de marche des unités ou auprès de personnels de ces unités. M.F.
Général Maurice Schmitt, Alger - été 1957 - Une victoire sur le terrorisme, L’Harmattan, 2002, 159 pages, 13,70 €. Ce livre est une réponse aux accusations de torture (troisième bataille d’Alger !), lancées contre le général Schmitt, par des terroristes algériens, relayés par Le Monde et France 3. Ces médias ajoutent à leur critique le rôle du Chef d’Etat-Major des armées dans la guerre du Golfe et dans l’assaut de la grotte d’Ouvéa. Le général Schmitt n’a aucun mal à démontrer que, sur ces derniers points, ses contradicteurs sont mal informés. Plus argumentée, sa démonstration sur la bataille d’Alger est tout aussi convaincante. Étant adjoint de la CA du 3e RPC, le lieutenant Schmitt a participé à la deuxième bataille d’Alger, du 20 juillet au 3 septembre 1957, action qui a permis de démanteler définitivement les réseaux terroristes dirigés par Yacef Saadi. Pour ce faire, le 3e RPC, aidé du 9e Zouaves et des Bleus du capitaine Léger, a procédé par infiltration et manipulation de ces réseaux, sans avoir besoin de pratiquer la moindre brutalité. En effet, l’un des accusateurs du lieutenant Schmitt, Ali Moulay, chef de région terroriste, a dénoncé tous ses complices. Depuis la mise au point du général, il n’apparaît plus dans les médias. Après avoir souligné les contradictions du récit de la soit-disant torturée Louisette Ighilariz, le général Schmitt se refuse à toute repentance. A la suite des attentats du 11 septembre, écrit-il, “il faut que l’acte terroriste soit condamné en tant que tel... Les terroristes et leurs complices sont et demeurent des criminels... Présenter ces criminels (dans les médias français) comme des militants, voire des martyrs, c’est d’abord insulter leurs victimes... et donner à penser qu’il y aurait des terrorismes légitimes”. M.F.
Jacques
Valette, La guerre d’Algérie des Messalistes. 1954-1962,
L’Harmattan, 2001, 302 p. En affirmant d’entrée de jeu que “toute
l’idéologie,
toute l’action du FLN ne peut être comprise que comme un héritage de
Messali”, Jacques Valette lance un
pavé dans la mare de la propagande du FLN et de ses thuriféraires, qui ont
répandu le mythe d’un peuple unanime autour d’un Parti unique. En même
temps, il souligne les ambiguïtés du messalisme et des tentatives de
troisième Force que constituèrent Kobus, Bellounis et Khelifa. Ayant eu
accès par dérogation aux archives du SHAT sur le sujet, et aux documents
et témoignages des généraux de Marolles, Brénac, Combette et Katz, ainsi
que de témoins directs dont l’identité n’est pas révèlée,
l’auteur reconnaît que des incertitudes demeurent, tant que les archives
de la DST et du MNA ne seront pas totalement ouvertes aux chercheurs. Cette
réserve faite, la recherche effectuée ouvre de nouvelles perspectives sur
l’évolution politique de Messali Hadj, sur la lutte entre le MNA et le
FLN en Algérie et “en France, et sur l’armée messaliste de Bellounis,
qui occupe 126 pages du livre. Les affaires Kobus et le Front algérien
d’action démocratique (FAAD), traités dans des articles précédents,
font l’objet d’un moindre développement. Fils de l’Algérie
coloniale, Messali est décrit dans toute la complexité de son engagement révolutionnaire
et religieux. S’étant libéré dès 1928 de la tutelle du PCF, il
revendique sa fidélité à l’Islam et bénéficie du soutien des
trotskistes. Après la rupture avec les berbéristes et les centralistes,
il n’est pas associé au soulèvement déclenché par le CRUA, mais tente
d’apporter à la rébellion un soutien financier, de créer des groupes
armés et d’envoyer des émissaires au Caire. Toutes ces initiatives sont
rejetées par Abane Ramdane et Ben Bella, et le Congrès de la Soummam se
prononce pour l’élimination des messalistes. Sur le terrain, c’est dès
l’été 1955 que les hommes de Krim Belkacem et d’Amirouche détruisent
les petits maquis constitués dans les régions de Bouira, du Guergour et du
Chéliff. En ville d’Alger, des collecteurs sont abattus et le FLN
s’impose. En métropole, les groupes de choc des deux partis
s’affrontent dans de sanglants combats. Le FLN s’attaque à Paris aux
hotels des immigrés, mais le MNA reste implanté dans le Nord et dans la région
lyonnaise. L’expérience Bellounis est étudiée pour la première fois
dans tous ses aspects, militaires et politiques : - après le massacre
de Melouza (28 mai 1957), le déploiement dans le Sud algérois d’une Armée
nationale populaire de 3 500 hommes armés et financés par la France,
et engagés contre l’ALN - la formation d’une “organisation
civile” politisée, qui élimine
l’OPA rebelle et se livre à des exactions hors de la zone autorisée par
le commandement - le plan d’attaque concentrique des wilayas et leurs
tentatives de subversion - l’absence d’un accord politique et l’option
nationaliste, anti-intégrationniste, de Bellounis - les hésitations de
Salan et de Lacoste et l’absence d’unité d’action des officiers de
liaison, toutes ces conditions conduisent à la décision d’abandon, et à
l’exécution de Bellounis, le 14 juillet 1958, par deux harkis désirant
venger la mort de leurs proches. L’affaire se solde par un charnier de 430
cadavres et le ralliement de 1 850 hommes, tandis que parmi 1 500
soldats non récupérés, les uns rejoignent l’ALN, les autres poursuivent
leur combat autonome. Quelques documents de la DST, exceptionnellement consultables, apportent de précieuses informations sur l’évolution de Messali, qui sous l’influence de journalistes engagés (Claude Gérard, Maurice Clavel), se rapproche de la politique gaulliste, et exprime l’espoir de participer à des négociations en faveur d’une Algérie indépendante, associée à la France et ouverte aux Français d’Algérie. Ses directives recommandent d’épargner la vie et les biens des Européens. Occasion manquée ? C’est en tout cas un combat perdu. La même politique de rapprochement est conduite à Alger en 1960-61 par le Comité politico-militaire (CPMA) de Foudili Brahim, qui est reçu à la Délégation générale. La wilaya messaliste constituée dans le Sud avec les restes de l’armée bellouniste est abandonnée par le pouvoir, et les messalistes seront traités à l’indépendance comme des traîtres. Messali meurt en France en 1974, il faudra attendre les années 1990 pour qu’il soit réhabilité par l’Algérie. S’appuyant sur des documents et des témoignages inédits, le Pr Valette renouvelle ainsi notre connaissance de l’histoire du nationalisme algérien. Il analyse avec finesse les contradictions des messalistes, et de leurs interlocuteurs français, et ouvre la voie à des recherches prometteuses, sous réserve de la publication de nouvelles archives. M.F.
Jean-Jacques Langendorf, La Suisse dans les tempêtes du xxe siècle, Genève, Georg, 2001, 250 p. Ce livre montre comment la Suisse, soumise à une pression intense des États-Unis, a dû se soumettre à un véritable chantage dans l’affaire des fonds en déshérence. Étendant son propos, il retrace l’attitude de la Suisse durant la Première Guerre mondiale, coincée entre les exigences contradictoires de l’Entente et des Puissances centrales et contrainte de renoncer pratiquement à sa neutralité et même à sa souveraineté puisqu’une commission alliée est venue sur place contrôler ses communications. Ayant su tirer les enseignements de cette humiliante expérience, le pays saura préserver son indépendance dans la Seconde Guerre mondiale et résister aux pressions du Reich et des Alliés. La grande figure du général Guisan domine la période. Des vues éclairantes, étayées par une documentation étendue et servies par une plume alerte pour comprendre la politique de la Suisse dans les tourmentes du xxe siècle. H.C.B.
Arthur Conte, Soldats de France, Plon, 2001, 494 pages, 22,70 €. Auteur prolifique de biographies, de séries historiques et d’ouvrages sur l’histoire de France et du monde, Arthur Conte trace dans ce gros livre une série de portraits des soldats éminents de la France. Des chevaliers et des croisés aux archers et arquebusiers du Roi, des volontaires de la Révolution et des maréchaux de l’Empire aux chefs prestigieux des guerres mondiales et coloniales, aucun des personnages célèbres de nos armées ne semble oublié, en même temps qu’en sont célébrés les héros anonymes : grognards, poilus, légionnaires et résistants. Même si les puristes se plairont à relever de mineures erreurs historiques, le grand public trouvera dans le destin de ces personnages de légende un ouvrage exaltant les valeurs souvent oubliées du courage, de la fidélité, de la discipline et du patriotisme. Cette épopée, qui relate dans un style très vivant les gloires de notre passé, est aussi très agréable à lire. M.F.
Louis
Larrieu, Histoire de la maréchaussée et de la gendarmerie des origines
à la Ive République.
Préface du général Georges Philippot. Maisons-Alfort, Service historique
de la Gendarmerie, Ivry-sur-Seine, Phenix Éditions, 2002, 730 pages.
Cet ouvrage est la réédition en un volume des travaux du général de
gendarmerie Louis Larrieu qui, de 1922 à 1954, publia Le Service spécial
de la gendarmerie, et deux volumes de l’Histoire de la gendarmerie
dont la suite parut sous forme d’articles pour la période allant de la Révolution
à la Seconde Guerre mondiale. Cette étude institutionnelle, basée sur les
textes législatifs et réglementaires, est chronologique mais des exposés
thématiques provoquent des retours en arrière et des anticipations. Elle
est divisée en trois parties : le Moyen-Age et l’Ancien Régime, la
Révolution et la période s’étendant du Consulat à la Ive
République. Les
officiers de la Couronne sont à l’origine des maréchaux, le règne de
Philippe-Auguste vit l’émergence du connétable, nommé chef suprême de
l’armée. Les maréchaux qui lui étaient subordonnés devinrent ses
lieutenants. La justice des prévôts des maréchaux fut établie “pour
connaître tous crimes et maléfices qui se commettraient dans les armées”.
Sous l’Ancien Régime, l’histoire de la maréchaussée fait apparaître
les conflits de la justice prévôtale avec les juridictions de droit
commun. Les ordonnances de 1439 et 1444 tentèrent de réprimer les excès
des gens de guerre et le brigandage. La création de l’armée permanente
entraîna la répartition de la maréchaussée dans les provinces et
l’apparition des prévôts provinciaux dont la compétence,
progressivement étendue, fut réglée en 1676 par l’Ordonnance criminelle
dite Ordonnance de Colbert. La réorganisation de 1720 fit de la maréchaussée
un corps homogène, soumis à des règles uniformes, mais elle ne réussit
pas à établir une réelle discipline et n’apporta pas de changement dans
la justice prévôtale. Pendant près d’un demi-siècle, beaucoup
cherchaient la meilleure formule, le service fit encore l’objet de différents
règlements. Ils furent fondus dans la grande ordonnance de 1778 qui donna
à la maréchaussée “le double caractère d’une institution militaire
par son organisation et civile par ses attributions essentielles”. La
Révolution maintint l’institution et conserva les principes de
l’ordonnance de 1778. Ils servirent de base à la loi du 6 février 1791,
qui renforça les attributions de la gendarmerie par l’augmentation de ses
effectifs et la création de brigades à pied mais des erreurs
d’organisation furent à l’origine de désordres. Le mouvement politique
ne tarda pas à imprimer au personnel “son caractère révolutionnaire”.
À partir de 1792, la gendarmerie fut épurée “jusqu’à n’y plus
laisser que des énergumènes et des machines”. Les lois du 25 pluviôse
et du 7 germinal an V furent un échec et l’ordonnance de 1778 continua
d’être appliquée, si l’on excepte la suppression de la justice prévôtale,
juridiction d’exception. La loi du 28 germinal an VI (1798) fixa les
rapports de la gendarmerie avec les autorités civiles, militaires et
judiciaires dont elle fixa les droits “par des bornes bien visibles”.
Pendant les guerres de la Révolution, la gendarmerie fournit des unités
combattantes et des détachements de force publique pour assurer la police
aux armées. Pour rétablir l’ordre public, le Premier consul renforça la
gendarmerie et la dota d’un inspecteur général. S’il ne toucha pas à
son organisation territoriale, Bonaparte entreprit, par de nouvelles épurations,
d’en rénover l’esprit qui était “vaurien”, mais l’arrêté
consulaire de thermidor an IV ne régla que de façon fragmentaire les
questions de subordination et de réquisition de la force publique.
L’empire n’apporta pas de solution aux rapports de l’arme avec les
autorités. Le ministre de la Police, rétabli en 1804, tenta de
s’attribuer une autorité absolue sur le corps. Cette action abusive des
autorités civiles persista sous les régimes suivants et ne trouva de
solution, sur le plan local, qu’en 1820 par sa subordination au seul
commandant militaire du territoire et, sur le plan ministériel, par le décret
de 1854 qui donna l’autorité exclusive au ministre de la Guerre et sauvegarda
ainsi son indépendance. Les changements successifs de régime entraînèrent
des épurations et des réorganisations, parfois éphémères. Issue d’une
révolution comme la monarchie de Juillet, la Seconde République opéra les
renforcements décidés par celle-là. Si
le Second Empire fit beaucoup pour la gendarmerie, il l’employa de façon
abusive, ce qui nuisit au “service ordinaire des brigades et à la considération
de l’arme”. Pendant la guerre de 1870, de nombreuses formations furent
prélevées sur ses effectifs qui furent modifiés après le conflit par les
réorganisations de 1873, 1879, 1880 et 1886. L’expansion coloniale
provoqua des détachements de la force publique outre-mer. L’instruction
du 31 juillet 1911 réglait le service de la gendarmerie aux armées.
Pendant la Grande Guerre, 14 officiers supérieurs, 32 officiers subalternes
et 804 hommes d’un rang se portèrent volontaires dans les unités
combattantes. Deux chapitres sont consacrés respectivement à la force publique parisienne et à la gendarmerie mobile. Les décrets de 1928 et 1935 procédèrent à une révision d’ensemble de l’organisation de l’arme. “L’évolution du service depuis la guerre 1914-1918, a posé une fois de plus le problème du maintien d’un juste équilibre entre les deux caractères d’une armée militaire par nature et civile par sa destination principale”. Cette étude enrichie d’annexes et d’une bibliographie est une source très riche de renseignements. Elle aurait mérité d’être pourvue d’un index détaillé. M.A.H.
Brian Victoria, Le zen en guerre 1868-1945, Paris, Le Seuil, 2001, 363 p., Le Néo-Zélandais Brian Victoria, “senior lecturer” au Centre d’études asiatiques de l’Université d’Adélaïde en Australie et moine bouddhiste soto-zen, s’est attaché à décrire non pas l’alliance du sabre et du goupillon mais celle du sabre et du bouddhisme zen. Examinant l’époque qui s’étend de la Restauration Meiji (1868) à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, il montre que cette forme de bouddhisme a entretenu une “relation outrancière” avec l’État et la guerre. A travers de multiples exemples tirés des théories et pratiques des diverses sectes du zen – qui se subdivisent en nombreuses branches –, l’auteur nous montre la nature de leur appui massif au militarisme nippon, allant de la collecte de fonds au travail dans les usines d’armement, qui se développe sur la base d’un discours théologique justifiant la guerre et allant même jusqu’à introduire la notion de “guerre juste”. La résistance à ce courant s’avéra extrêmement faible, s’incarnant surtout dans la personne du moine pacifiste et socialisant Gudô, exécuté en 1911. L’ouvrage de Victoria – pas très bien traduit et parfois trop sommaire, surtout en ce qui concerne les doctrines de l’état-major japonais – contribue à rectifier les stéréotypes véhiculés en Occident, en particulier en ce qui concerne l’angélisme du bouddhisme, le loup exhibant ses crocs – et quels crocs ! – dissimulés sous le masque de l’agneau. J.J.L.
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