| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
|
||||||||||||||||||
|
|||||||||||||||||||
|
Thèses
Histoire
politique et histoire militaire de l’ancienne monarchie
En
2001, M. Amable Sablon du Corail avait soutenu à l’École des chartes une
thèse intitulée Aspects
militaires de la guerre pour la succession de Bourgogne, de Nancy au traité
d’Arras (5 janvier 1477-23 décembre 1482), marquant ainsi, après
une relative éclipse, un renouveau d’intérêt pour l’histoire
militaire à l’intérieur de ce grand établissement. Ce renouveau s’est
confirmé cette année : parmi les thèses de l’année 2002,
soutenues entre les 8 et 15 mars dernier, quatre appartenaient en tout ou
partie à l’histoire militaire de l’époque moderne et trois se
fondaient, au moins partiellement, sur les archives du Service historique de
l’armée de Terre. Toute la durée de l’Ancien Régime a été couverte,
depuis les guerres d’Italie jusqu’à la chute de la monarchie. Avec
l’amiral
Claude d’Annebault (v. 1495-1552), faveur du roi et gouvernement du
royaume au milieu du xvie
siècle, M.
François Nawrocki restitue
une grande figure bien oubliée du règne de François Ier.
Grâce à l’exploitation de sources italiennes inédites, l’auteur
jette un jour nouveau sur plusieurs épisodes des guerres du roi Valois.
Participant à la conquête du Piémont (1536), d’Annebault est fait maréchal
de France en 1538, gouverneur de Piémont en 1539, membre du Conseil étroit
en 1540, amiral de France en 1543, date à laquelle il devient la
personnalité prépondérante du gouvernement. Formé par les guerres
d’Italie comme son maître, il appartient, comme lui, à la culture
chevaleresque plus qu’à l’humanisme. Chef militaire polyvalent, il
guerroie sans cesse, en Italie, en Roussillon et en Picardie, sur terre et
sur mer, contre les Anglais et contre les Impériaux. Diplomate et politique
autant que militaire, il a songé à une alliance anglaise contre Charles
Quint, voire à une rupture commune des deux royaumes avec Rome. La mort du
roi, en 1547, et l’avènement de Henri II mettent fin à ces
audacieux projets, mais non à la fortune de l’amiral, qui, un temps
disgracié, revient aux affaires dès 1550. Comme l’ont souligné les
professeurs François Crouzet et Marc Smith, correcteurs de la thèse,
c’est toute la connaissance de la dernière décennie du règne de François Ier
qui sort renouvelée de cette étude. Grâce à M. Nawrocki, la
faveur royale n’est plus assimilable à un simple caprice, mais apparaît
sous son vrai jour : instrument de régulation dans l’entourage du
monarque, véritable moyen de gouvernement. Michel
Chamillart, ministre et secrétaire d’État de la guerre de Louis XIV,
1654-1721, d’Emmanuel Pénicaut,
major de cette promotion, nous transporte un siècle et demi plus
tard, à la cour du roi-soleil, et nous ramène aux fonds de Vincennes, qui
forment le socle de l’étude. Favori de Louis XIV, magistrat connu pour
son talent au billard, Chamillart a laissé le souvenir d’un ministre
faible et incompétent. Il n’en a pas moins été un personnage de très
grande importance, seul ministre de l’ancienne monarchie à avoir réuni
sur sa personne les charges jadis possédées par Louvois et Colbert, et mis
à la tête des affaires pendant les années décisives 1701-1709 où se
joua le sort de l’Europe. Pour prendre la mesure de ce ministère au-delà
des clichés, M. Pénicaut a eu le courage d’affronter la gigantesque et
souvent illisible correspondance générale des secrétaires d’État de la
guerre (sous-série A1 du SHAT) en un moment où elle est particulièrement
foisonnante, durant cette première guerre vraiment mondiale. Gouvernement
personnel de Louis XIV, direction de la guerre, “stratégie de cabinet”
réelle ou prétendue, structuration et organisation du département de la
guerre, ascension et clientèle des familles ministérielles : sur
toutes ces questions, M. Pénicaut apporte des vues neuves et toutes en
nuances. On voit notamment ici, que, contrairement à une légende tenace,
le roi ne prétend pas diriger le détail des opérations depuis son cabinet
de Versailles. Les généraux conservent une part d’autonomie, le
monarque jouant le rôle indispensable de coordonnateur des différents
fronts, tout en donnant la priorité aux Flandres, éternel champ de
bataille stratégique de la France. Un dictionnaire des commis des bureaux
de la guerre, donné en annexe, apporte les premiers éléments solides sur
un milieu jusqu’ici entièrement inconnu, et annonce une révision complète
de l’histoire du département de la guerre. Les professeurs Bernard
Barbiche et Lucien Bély ont souhaité la publication de cette thèse,
augmentée éventuellement de développements consacrés à Chamillart comme
contrôleur général des finances. Dans
L’administration
municipale de Sélestat au xviiie
siècle, M. Jean-François
Lutz utilise lui aussi les
archives de Vincennes, mais dans une perspective toute différente,
celle de l’histoire régionale. Fortifications construites par Vauban et
Jacques Tarade, casernes, vie de la garnison, rapports entre les populations
civiles et militaires : des pans entiers de l’histoire de la troisième
cité d’Alsace y sont traités à partir des fonds du SHAT. Dans la lignée
de la thèse classique de Georges Livet sur l’intendance d’Alsace au xviie
siècle, l’étude de M. Lutz témoigne de ce que les rapports entre
pouvoir royal et autorités locales ne peuvent être compris qu’à travers
un examen attentif des papiers du secrétaire d’État de la guerre, dont
l’Alsace releva de 1673 jusqu’à la Révolution. Leur exploitation,
celle des archives municipales de Sélestat et des archives départementales
du Bas-Rhin ont donné naissance à un monument de plus de 1 000 pages,
qui sera une référence non seulement pour les historiens de l’Alsace
mais aussi pour ceux des institutions locales, encore mal connues, des trois
derniers siècles de la monarchie. La
thèse de M. Patrice Ract, Les
ingénieurs géographes des camps et armées du roi de la guerre de Sept Ans
à la Révolution (1756-1791), étude institutionnelle, prosopographique et
sociale, touche de fort près l’histoire du Dépôt de la
Guerre, auquel les ingénieurs géographes furent rattachés de 1772 à
1791. L’auteur apporte une contribution décisive à l’histoire de cet
organisme, ancêtre direct de notre Service historique, à la prosopographie
du corps des ingénieurs géographes, marqué par les personnalités de
Berthier père et de Calon, mais aussi à la compréhension de la genèse et
de la composition des séries de cartes conservées encore aujourd’hui à
Vincennes. M. le professeur Yves-Marie Bercé et Mme Catherine Bousquet
Bressolier, correcteurs de cette thèse, ont salué la richesse et
l’originalité des découvertes qu’il contient. Coauteur du Catalogue
des cartes de France conservées au SHAT, M. Ract, qui a effectué
son service national à la division des cartes et plans du Service, a acquis
une familiarité incomparable avec les productions de ses héros. En
explorant les archives notariales de Paris et de Versailles, il a en outre
fait sortir de l’ombre le profil social de ces ingénieurs géographes,
qui apparaissent comme très liés au monde des bureaux ministériels. L’an 2002 restera donc comme une année particulièrement faste à l’École des chartes pour les recherches d’histoire militaire. Ces travaux de grande qualité témoignent de la vitalité de l’historiographie militaire à l’intérieur de celle de l’Ancien Régime. Ils illustrent aussi l’intérêt grandissante des modernistes et des contemporanéistes de tous horizons pour les archives de Vincennes comme source de l’histoire politique en général. Fruits de la coopération entre l’École nationale des chartes et le Service historique de l’armée de Terre, d’autres thèses sont actuellement en cours, sur le maréchal de Luxembourg (M. Bertrand Fonck), sur la bataille de Malplaquet (M. Clément Oury), sur le grand quartier général de 1939-1940 (Mlle Ségolène Garçon). On attend avec impatience les travaux de ces jeunes historiens et on leur souhaite le succès rencontré par leurs devanciers de 2002. Thierry
Sarmant
Le 27 avril 2002, le lieutenant-colonel Hanriot a soutenu sa thèse de doctorat en histoire sur Les casernes de Tarascon de 1616 à 2000, préparée à l’Université de Montpellier III sous la direction de Jean-Charles Jauffret, devant un jury composé des professeurs Jean Chagniot, président, Jean-Charles Jauffret, Jules Maurin, Dominique Bilogi et Jean-Pierre Bois. Il a obtenu la mention très honorable
|
||||||||||||||||||
|
|
Copyright www.stratisc.org - 2005 - Conception - Bertrand Degoy, Alain De Neve, Joseph Henrotin |
||||||||||||||||||