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Prince de Ligne

 

Préjugés et fantaisies militaires

 

Fantaisies militaires

Tome second


 

[3] Je fais un livre en vérité sans m’en douter. Le grand nombre qu’il y en a sur la guerre, la peur de passer pour un sot si je dis ce que les autres ont dit, ou pour un fou si je dis ce qu’on n’a jamais dit, m’a toujours arrêté. Ce qui m’a fait prendre mon parti, c’est que ceux qui écrivent ne vont pas aux Casernes, et que ceux qui vont aux Casernes, ne savent pas écrire. Il y en a qui aiment mieux travailler sur la. guerre que la faire. Il y en a qui savent la composition des Macédoniens et qui ignorent celle de leur Armée. D’autres savent tout et ne savent rien. Ils sont comme l’Astro­logue qui tombe dans le [4] puits. En voici pour tout le monde. Qu’on me lise ou qu’on m’écoute. Precepta non prius audita Martis Sacerdos militi­bus canto. Ou plutôt je ne chante pas. Je dis, bien simple­ment ce que six Campagnes et quelquefois six heures de ré­flexion par jour, sans en avoir l’air, m’ont appris.

De l’habillement

[5] A commencer par la tête, comme :il n’y a que la plus pe­tite partie de la plus petite partie du monde assez ridicule pour porter des chapeaux, je conseille les bonnets. Les plus légers se­ront les meilleurs ; et couverts d’une toile cirée, ils seront plus brillans au soleil et empêcheront la pluie de percer. On peut y mettre des plumes pour l’ornement, ou puisqu’elles coûtent cher, mettre à la place des panaches de fil ou de laine de plusieurs cou­leurs, qui dis­tinguent les Régimens et les compagnies. Il y a du plaisir à parer un être respectable. La parure donne de la coquet­terie et la coquetterie donne de l’ame. Il ne faut pas que le Soldat ait sur lui quelque chose de beau qui ne soit pas utile, et qu’il ait quelque chose d’utile qui ait mauvaise grace. C’est ainsi que la petite plaque pourra se baisser, comme la visière d’un casque, pour se garantir du soleil, surtout à la bataille où il empêche quel­quefois de voir ce qu’on fait. Les casques sont absolument inutiles. Pourquoi donner l’idée à l’Infanterie de pouvoir être sabrée ? Elle ne peut l’être en troupe si elle est menée passablement bien par les officiers qui la comman­dent, [6] et elle ne le sera pas en détail, si les Soldats même éparpillés cherchent à se joindre ensemble, ainsi qu’ils le doivent. Peut être que de savoir sa tête en sûreté, peut leur donner la confiance de s’écarter pour piller, ou par trop, ou par trop peu de courage. Ainsi, point de ce poids inutile, dont le service même un jour dans une Campagne, ne serait pas payé par l’incommodité de toute l’année. Une fraise au lieu d’un col, comme on donne aux enfans ; elle tiendrait à la chemise, ferait un très-bon effet et n’aurait pas les inconvé­niens dont je parle ailleurs.

Une veste, un gillet et une culotte, à-peu-près comme celles de notre Armée, qui est à présent la mieux vêtue de l’Europe. Mais une espèce de bottes de toile la plus forte, où les souliers soient attachés ; où il n’y ait point de boutons comme aux guêtres ; mais où il y ait une boutonnière pour l’attacher au seul bouton de la culotte en dehors du genou, et une agraffe en dedans pour l’y as­sujetir également. C’est le moyen d’avoir la commodité de la chaussure hongroise, sans en avoir les inconvéniens, puisqu’on peut ôter cette espèce de bas, sans ôter la culotte, que l’un et l’autre se mettent beau­coup plus vite, puisqu’il n’y a ni étriers, ni filets à passer. La petite bottine se coudrait à la seconde de ma­nière de botte, [7] quand la première serait dans le cas d’être la­vée. Par-dessus tout cela, une capotte, comme celle que nous avons, ou plutôt comme les Pékèches, dont les manches sont beau­coup plus chaudes, parce quelles se serrent au poignet. Je vou­drais seulement deux grandes poches de cuir, qui tien­nent ce creux que nous avons au dessus de la hanche : ce qui ferait qu’un régiment ne tiendrait pas plus de place avec son bagage, ce qui n’arrive pas à présent, puisque les rangs ne sont pas aussi serrés, lorsque les Soldats l’ont sur le corps. Dans l’une de ces poches se­rait la seconde chemise; la se­conde espèce de guètres, les petits linges et les petits instru­mens de proprété d’armes et d’ajustement. Dans l’autre du pain pour deux jours. On pourrait très-bien combattre de cette façon là et si le beau temps permet qu’on ôte ces capot­tes, les deux poche de cuir l’une sur l’autre, en­veloppées dans cette étoffe qui la compose, qui serait plus souple que le drap, ne tiendrait pas plus de volume qu’un havresac ordi­naire et serait attachée avec des bretelles. Il y a un capuchon pour mettre au-dessus du bonnet.

Le blanc est notre couleur et doit l’être toujours. C’est la couleur première d’abord. Les autres coûtent à teindre, ne sont jamais égales et montrent souvent [8] la corde. Le Sol­dat n’est pas bien malheureux d’avoir à se frotter de temps en temps avec la pierre de tache, qui lui, donne un air si neuf et si brillant. Si l’on n’aimait pas mes Pékèches, qu’on prenne les Képerneck. De la plus grande partie des sujets de la mai­son d’Autriche, il y a des nations entières qui en portent. Preuve encore que le blanc est bon et que cet ajustement qui a l’air militaire est extrêmement com­mode.

Je crois le prix de mon Habillement de 23 florins 41 kreutzers.

Savoir :

                                                               fl.  k.

Un Bonnet avec un Aigle,

  1  45

Un Surtout avec grandes poches où les

 

Soldats peuvent mettre leur bagage et pain,

  6  20

Un Habit,

. 5    5   6

Un Gillet,

  1  45   4

Un Culotte de drap,

  1  14   5

Deux paire s de Guêtres ou Bottes,

. 1  19

Deux Chemises,

  2

Une petite Bottine, jointe à la Guêtre,

  1  30

Une petite Cartouche,

  1

Un Ceinturon de Sabre,

  1

Une Courroie de Fusil,

. 0  20

                                                                   ____________

 Ensemble   23  41

 
De l’armement

[9] Les dessins valent mieux, que les explications. Ce que je puis dire, c’est qu’il y a de bonnes raisons pour qu’on prenne cette invention.

La première, c’est de ne pas perdre du temps à raccour­cir la baguette, que j’ai souvent vu à l’exercice oubliée, et tuer et blesser des Soldats à côté de moi.

La seconde, que l’on peut tirer beaucoup plus de coups de fusil, puisque le canon se rafraîchit toutes les fois qu’on ouvre pour mettre la cartouche.

La troisième, qu’on ne peut pas en mettre plus d’une, ce qui évite encore les inconvéniens qui font souvent créver des fusils, même encore à l’exercice, à plus forte raison à -la bataille.

La quatrième, c’est de tirer beaucoup plus vite et que je tire parti de la crosse du fusil pour y mettre des cartou­ches.

Si l’on s’imagine qu’il y a de la complication ou du danger, qu’on éprouve ainsi que j’ai fait. Tout y est simple et le mouve­ment très-facile.

On a pu voir par l’habillement de l’homme, que le reste des cartouches, que l’on tire d’ailleurs de la [10] crosse du fusil un jour d’affaire, pour mettre dans sa poche où il est plus aisé de les pren­dre que dans une giberne, est dans cette cartouchière souple que le Soldat a autour du corps, qui n’est guères plus large et plus roide qu’un ceinturon, dont je trouve le moyen de le soulager. Cela vaut bien mieux que toute la cire, le vernis, les plaques de cuivre, les petites boë­tes de bois, le cuivre chaud et pesant et toutes les bandouliè­res de cuir.

Ces épées dont on voit ici la longueur et la proportion sui­vant les trois rangs, se portent sans gêne.

On fait à présent des manières de couteaux de chasse, qui peuvent entrer dans le canon du fusil. Dès qu’une troupe serait chargée d’emporter une redoute ou un retranchement, elle s’en emparerait, l’arme de longueur à la main et le fusil attaché au travers du corps par une courroye. S’il y avait en­suite à la défen­dre pour s’y soutenir, elle se servirait de ces fusils seulement. Si ensuite la Cavalerie ennemie y entrait par la gorge, ou la prenait de revers, elle mettrait cette es­pèce de pique dan le canon du fusil, où elle tiendrait par le moyen d’un petit ressort à la branche qui séparerait la lame de la poignée, qui par cette raison serait droite et toute unie.

Je ne cite cet exemple-ci, que pour faire voir trois [11] fa­çons différentes de se servir de ce que je propose, au lieu de la fa­çon uniforme qu’on employe à présent sans jamais s’en servir.

Il me semble que le fusil ordinaire coûte cinq florins qua­rante-cinq kreutzers, compris â la vérité la bayonnette telle qu’elle est : et que le petit sabre, qui ne peut guère ser­vir qu’à couper du bois, en coûte deux.

Le mien ne coûterait pas davantage : mon fusil en coûte, sept a la vérité, parce qu’il faut qu’il soit si bien condi­tionné et qu’il y ait tant de force, et pour ainsi dire du double de fer et d’exactitude dans la partie qui s’ouvre, qu’il ne puisse jamais en résulter aucun malheur.

Des campements

[12] Ce qui a l’air d’un bâton de tente est le meilleur  de tous les chevaux de frise. J’ai imaginé de le faire servir à une pe­tite maison de toile, qui à la vérité coûte trente-cinq florins 20 kreutzers, tandis que la nôtre n’en coûte qu’un peu plus de douze, en voilà l’état.

Une Tente de Soldat pour douze hommes avec six che­vaux de frise en bois ferré, par le bout garni d’un dard.

                                                            fl.    k.

Pour le bois et façon,

  6    6

Pour les ferailles,

15

Trente-deux aunes de toile à 8 f. 3d.

13    4

Pour la façon de la tente, fil, corde et piquet

  1   10

                                                                          _______

Ensemble         35   20

Mais elle sert à douze hommes, tandis que l’autre ne sert qu’à six ; mais la toile est comme celle des voiles de vais­seau qui ne perce jamais, tandis que l’autre laisse le malheu­reux Soldat exposé à toutes les injures de l’air ; mais on peut lever le côté d’où vient le vent pour y donner de l’air, tandis que dans l’autre [13] on est condamné à mourir de chaud ou d’humidité, sans pouvoir se rafraîchir ou se sécher : mais on peut s’y tenir debout, tandis que dans l’autre on gâte, pen­dant vingt heures, la position qu’on tâche de donner au Sol­dat, pendant les quatre heures que l’on s’occupe de lui à l’appel ou à l’exercice.

Chacun porterait sur le corps, s’il était nécessaire, ces che­vaux de frise dont je fais mes bâtons de tente. Cela n’est pas pe­sant et pourrait même les aider à marcher en s’en ser­vant comme d’une canne. Si l’on croyait cependant que cela embarrassât un peu à la longue et qu’il n’y eut pas de danger d’être attaqué en chemin, on pourrait les mettre sur les mu­lets, comme nous met­tions nos bâtons de tentes ordinaires, la guerre passée.

Ceux qui, peut-être par honnêteté, ont demandé â voir mes Manuscrits et qui pour avoir l’air d’avoir tout lu et d’approuver tout, en faisant cependant quelques petites re­marques pour la forme, et qui m’ont déjà demandé, ce que deviendraient mes tentes si mes chevaux de frise étaient placés, sauront qu’elles restent au milieu du camp si l’on y est attaqué, roulées ou point roulées comme on voudra, abat­tues ce qu’il y a de sûr. Elles sont prises également, lorsque l’Armée attaquée est battue.

[14] Si l’on voulait se servir de ces chevaux de frise, même en attaquant, les tentes suivraient le sort des mulets et des casse­roles ; car il est bon que les marmites restent avec les Soldats, puisqu’ils peuvent faire la soupe en pleine marche s’ils sont bien pressés. Ces chevaux de frise sont si portatifs, ainsi qu’on, peut le voir par le plan, qu’ils se pla­cent et se déplacent bien aisément, qu’on peut sans les re­mettre en bâtons de tente, les transporter tels qu’ils sont, dune portion à l’autre, si l’on marche par file, et qu’on peut même les jetter dans un terrein inégal, puisqu’ayant des pointes de fer, ils se tiendront fichés en terre, tant qu’on vou­dra, comme une manière de chausse-trappe.

Quelle est la Cavalerie qui pourra attaquer une troupe der­rière ce retranchement extraordinaire ? S’amurera-t-elle â couper les branches à la manière des turcs de l’ancien temps ? Les sau­tera-t-elle ? II n’y en a aucune en Europe qui ait assez de religion ou d’opium pour s’y exposer. D’un autre côté, ces chevaux de frise, valent-ils la peine d’être attaqués régulièrement par l’Artillerie ? C’est aux ennemis à voir ce qu’ils auront de mieux à faire, et ce serait à nous à nous faire des ennemis.

Mes ordres de bataille

I

[15] On ne peur plus juger les camps retranchés comme au­trefois. Il y a sur cet objet de vieilles erreurs que l’exemple des anciens avait accréditées, ils n’étaient pas les­tes avec leurs armu­res. Toutes ces figures d’arsenal étaient en sûreté derrière un pa­rapet : et les autres figures devaient avoir de la peine à sauter un fossé. A présent je crois qu’il vaut mieux chercher un terrain en glacis. Point de monta­gnes surtout, ni lignes ni redoutes. On est d’abord sous le feu des uns et dans la gorge des autres. Que cin­quante bataillons, s’il est nécessaire d’occuper un grand terrein entre deux points d’appui quelconques, forment dix angles obtus de cinq bataillons chacun. Qu’ils le soient assez pour ne craindre aucuns coups de fusil d’une face contre l’autre. Comme on ne peut pas répondre de l’immobilité d’une troupe comme de celle d’une muraille, il ne serait pas possible de risquer un angle droit en formation. Toutes les troupes qui se présente­ront à l’attaque, trouveront un feu croisé qui leur tuera bien du monde. Vingt piè­ces de canon à chaque angle saillant en repareront bien la [16] défectuosité. D’ailleurs un bataillon sur deux lignes qui sera der­rière chacun de ces angles en reserve, suffira pour défendre l’Artillerie en cas que la pre­miere ligne soit battue. Et comment le serait-elle?

Outre les points d’appui dont je pourrais me passer par mes formations, dix bataillons de chaque côté en colonne de demi com­pagnie, peuvent à tout moment se porter où l’on veut en masse, rafraîchir les troupes voisines qui souffrent et se développer s’il est nécessaire.

Derrière les deux escadrons dont on à déjà vu l’emploi, il y aura cinq bataillons en ligne droite, et derrière le bataillon en deux lignes, vingt escadrons aussi en front, ce qui assure à toutes les troupes, un soutien puissant par le mélange des armes.

Il y à. de quoi boucher tous les trous, et si l’attaquant en a même par un commencement de succès, la Cavalerie si bien par­tagée, changera la défensive en offensive, et mettra la victoire de son côté.

II

[17] Quand on dit aux novateurs, l’ennemi en fera au­tant, c’est leur donner gain de cause. Le premier, qui trouve a toujours l’avantage. On a bien battu avant d’être imité. Moiewitz, Czaflau, Trautenau, Strigau, Lowositz, Prague, Rosbach, Liffa, Zorndorff, Lignitz et Torgau en sont la preuve.

Je suppose mon Armée attaquante aussi forte que l’Armée dont je viens de parler. Je la forme en deux cent seize colonnes. Cela paraîtra singulier, aussi j’aime toujours mieux à le faire qu’à le dire, chaque face des, cinq bataillons sera attaquée par vingt-quatre compagnies en colonnes, qui seront sur huit de profondeur et sur seize de largeur. C’est à-peu-près le nombre d’armes à feu que nous avons pendant la guerre dans une demi-division. Ces colonnes seront formées par le centre de chaque demi-division par files ; c’est-à-dire, que des quarante files que peut composer une demi-division, seize marchent en avant et les quatre autres se ser­rent. Six escadrons soutiennent l’attaque des vingt-quatre colon­nes, et tout se met en mouvement en même-temps pour attaquer l’ennemi tout le long de sa ligne. Les vingt canons qu’il a à chaque angle saillant s’évitent par [18] la formation de mes plésions ; ils sont tournés,et pris de revers si on perce la ligne qui attend. C’est alors que la Cavalerie doit profiter des avantages que remportent mes colonnes. Personne ne tire, et dès qu’il y en a une qui s’est fait jour au travers d’un flanc de cinq bataillons, elle fait halte, hahl­brechts, hahlblinchs, huit rangs qui sont dos-à-dos peuvent résis­ter à la Cavalerie, trois rangs derrière peuvent tirer des deux côtés à. genou, trois rangs debout au-dessus de leurs têtes et les quatre au­tres du centre leur donnent la consistance. S’ils ne sont point tourmentés par la Cavalerie, ils font rechtz und lincks aus­slaus­sen, et se déploient comme cela sans complication et sans plusieurs commandemens, qui arrêtent ou embrouillent toujours l’exécution d’une manœuvre. Six colonnes se met­tant en ligne, forment le ba­taillon en front de bandiere ; trente colonnes en forment cinq, et les deux cent seize colon­nes soixante bataillons, qui ont la droite où l’Armée battue avait sa gauche, et la gauche au point d’appui où elle avait sa droite. Comme on suppose, que ces deux points étaient, très-fortifiés, on ne les a pas voulu attaquer, pour ne pas perdre du monde inutilement, on a mieux aimé faire des trous dans la ligne, et les soixante bataillons de réserve qui suivaient les [19] colonnes, n’auront eu vraisemblablement que très peu de chose à faire.

Comme je mets les deux Armées à-peu-près égales, et leur force fondée exactement sur le mélange des armes, le plan fera voir ce que je me dispense d’écrire.

III

Je suppose une rivière à droite, un bois à gauche ou, un marais comme on voudra, et un village au milieu, bien, fortifié. Il y a toujours des églises à ces villages, des cimetiè­res à ces églises, et des redoutes à ces cimetières. Je les res­pecterais et ne songerais jamais a attaquer un endroit qui est en défense. Un grand Général avec qui j’ai été voir des champs de bataille, m’a dit, qu’il n’en fal­lait rien faire. Je formerais entre la rivière et le village et entre le village et le bois deux colonnes de toute ma Cavalerie, qui forme­raient deux obliques, dont la pointe se joindrait derrière le centre de l’Armée ennemie. Ce serait surtout après l’avoir accou­tumé à mes ordres de bataille mêlés, que je voudrais l’étonner par un ef­fort de toute ma Cavalerie qui ne trouve­rait point celle qu’elle at­taquerait en état de lui résister, puisqu’elle serait mêlée avec de l’Infanterie. Ce mélange d’escadrons portera même alors le trouble dans les [20] bataillons, et il n’y aura plus qu’à marcher pour s’emparer des deux points des ailes et du point du centre. Pour ne point être tourné ni de droite, ni de gauche en cas que l’attaqué devienne l’attaquant, j’aurai soin de faire suivre sur les flancs de ma ligne d’Infanterie, trois masses de dix bataillons chacune et d’une division de large. Ce sont trois fronts ambulans qui seraient pour l’offensive et la défensive suivant l’occasion. J’aurais deux petites colonnes moins fortes, un peu en avant plus serrées vers le centre, qui seraient char­gées de prendre de revers les retranche­mens du, village, et suivraient l’avantage remporté par la Cavale­rie, prendraient poste, s’établiraient, se serviraient des moindres petites hau­teurs, et qui par leur Artillerie acheveraient la déroute.

IV

Ce serait de mettre toute l’Artillerie de batterie du parc de réserve et les pièces de campagne des bataillons en première ligne, de n’y avoir à vingt pas derrière qu’un seul rang, ce que l’ennemi ne croirait pas, ne pouvant pas voir -à cause de la fumée que font les cinq cent pièces de canon que nous avons dans nos Armées et dont la moitié ne tire pas. Tout le reste de l’Infanterie à huit hommes de [21] profon­deur tiendrait le même terrain considéra­ble qu’occuperait la première ligne sur un rang. Mon Armée n’aurait guère plus de cent pas de profondeur et aurait cepen­dant beau­coup plus de solidité qu’une Armée ordinaire, qui a une seconde ligne, une troisième et quelquefois une réserve. Supposé que mon Artillerie ne gagnât pas seule la bataille, que l’ennemi vint atta­quer ma première ligne qui est sur un rang, il la battrait aisément à la vérité mais il ne s’attendrait pas à trouver une muraille im­perméable. Trois rangs tire­raient genou à terre, trois rangs debout, et les deux autres charge­raient les armes. Ce feu que je crois im­possible du dernier rang à trois hommes de hauteur, quoique les Français le fas­sent à l’exercice, et m’assurent que le régiment des Deux-Ponts l’a fait à la guerre, est je crois faisable à deux rangs qui en ont six devant eux. Ma Cavalerie formerait des re­doutes ambulantes, et par escadrons serrés les uns der­rière les autres, avancerait avec la ligne

V

Point d’ordonnances connues : plutôt des extraordinai­res, comme mes plans, qui aussi sont presque ceux des Chi­nois, ne paraîtront que cela à ceux qui comme les enfans ne regardent que les images. [22] Qu’y a-t-il de plus inutile que cent mille hommes occupant -deux lieues de terrain ? Sup­posé qu’on veuille conserver un passage de cette étendue, ce n’en est sûrement pas le moyen, puisqu’on peut masquer son attaque, et porter la véritable au point où des troupes, multi­pliées les unes derrière les autres per­ceront nécessairement une ligne longue et faible, dont les deux tiers seront battus sans se battre.

Je suppose deux lignes formant un angle saillant au centre. J’en suppose deux autres formant un angle rentrant, derrière cet angle saillant, une grosse colonne au milieu, deux colonnes aux angles rentrans des deux côtés. Quatre corps de Cavalerie entre la colonne du centre et celle de la droite, quatre autres pareils entre la colonne du centre et celle de la gauche. Il me semble que l’ennemi ne pourrait at­taquer que ma gauche, ni ma droite que je lui refuse. Que s’il voulait percer dans mon angle saillant ma co­lonne du centre en rendrait bon compte. Que si les trois colonnes et les huit corps de Cavalerie étaient battus, mes deux lignes qui for­ment l’angle rentrant prendraient en flanc tout ce qui aurait percé et que d’ailleurs les quatre corps de Cavalerie, qui for­meront quatre I séparément en dehors de cette espèce de lozange, pour­raient se porter dans l’,instant [23] si le besoin l’exigerait, et c’est à cette occasion-ci précisement que je vou­drais bannir à jamais la pesanteur des Armées.

VI

Cet ordre de Bataille-ci paraîtra ridicule à bien des gens. Ce seront deux colonnes de toute ma Cavalerie qui au­ront l’air de soutenir un édifice, qui ira toujours en se rétré­cissant par le bas ; de façon que ma premiere ligne sera la plus, longue, la seconde beaucoup moins, ainsi des autres jusqu’à la septième ou la hui­tième s’il le faut, qui exécute­ront à la grande course tout ce que la nécessité demandera. Les tores feront des flancs, les autres allon­geront la pre­mière, d’autres formeront des potences ou des demi-potences, et mes deux colonnes de Cavalerie se développeront là droite par la gauche, et la gauche par la droite, dès que l’ennemi marchera pour tourner mon Infanterie.  Supposé qu’il sache ap­précier la valeur de ces deux colonnes de Cavalerie, et qu’il songe à leur gagner le flanc, comme il a le plus de chemin à faire, les miennes peuvent le prévenir sur tous les objets, et traversant de droite et de gauche, l’arrêter dans ses manœu­vres.

VII

[24] Ceci est une manière d’attaque, de défense, de re­traite, de camp et de fortification ambulante. Il y aurait trois quarrés à décrire. Le premier serait de toute la Cavalerie dont les distances ouvertes, se fermeraient à la face qui se­rait menacée par l’ennemi. Les trois autres se régleraient à proportion du danger. En cam­pant toutes ces troupes forme­raient un cordon contre la désertion et contre les surprises, et en se retirant, par, un à droite et un à gauche, ferait marcher les flancs comme on voudrait. Le second quarré serait de l’Artillerie, et le troisième, serait de l’infanterie sur deux rangs pour la soutenir ; des escadrons seraient posés, dans l’intérieur pour la défense des angles ; deux réserves de Ca­valerie à droite et à gauche au milieu des faces ; deux réser­ves d’Infanterie, l’une au milieu de celle du front et l’autre au milieu de celle de l’arrière-front, et deux, grosses colonnes de l’Infanterie au milieu, de tous ces quarrés qui se porteraient soit par leur pro­pre poids, soit par des développemens a l’objet principal de l’attaque de l’ennemi.

VIII

[25] Ce que j’ai dit tantôt, du front large et de la pointe par en bas, se trouve renversé ici. C’est une espéce de pyra­mide, dont l’ordonnance ressemblerait à la tête de porc ou’ au Cunæus des anciens. Je ne l’employerais pas à l’attaque comme les Turcs, qui, sans savoir ce qu’ils font, imitent dans leurs manœuvres la ma­nière de voler des oyes sauvages. Cette manière-ci employée dans la défensive est une pyra­mide, dont les deux faces de côté seraient bordées de toute la Cavalerie rangée en échiquier ; on aurait le temps de voir venir l’ennemi. Il n’attaquera point la pointe, puis­que les deux flancs se développeraient l’un à droite et l’autre à gau­che, et que les siens seraient chargés dans l’instant par toute ma Cavalerie, dont les escadrons rangés comme je l’ai déjà dit, décriraient déjà le huitième de conversion pour se porter aux ex­trémités d’une ligné déjà reconnue. L’ennemi n’attaquerait pas, ma face droite impunément, puisque lui en refusant l’aile, j’aurais le temps avant qu’il y arrivât de faire marcher ma face gauche sur le même alignement, et de prendre de revers moyennant cela la face de l’ennemi. J’en dis autant pour ma face gauche en cas que l’ennemi voulut y porter ses forces.

IX

[26] Celui-ci est un composé de l’ordre précédent et .du sixième ordre. Mon centre ferait la séparation de ces deux. trian­gles qui représenteraient un X, les deux traits qui com­posent cette lettre de l’alphabet, seraient deux lignes obli­ques qui se croise­raient et dont la moitié servirait à prendre de revers, et à dos tout ce qui aurait battu l’autre moitié. Cet X outre cela serait farci de réserves, qui iraient toujours en diminuant vers le centre et dont les deux côtés seraient rem­plis de toute la Cavalerie. Mon Artille­rie serait partagée en quatre parties égales suivant le besoin ; mais toujours sur le côté menacé, il y aurait les chevaux les plus lestes de l’Armée. J’y ferais une dépense considérable : j’y voudrais même des relais, et les chevaux les plus forts et les plus vi­goureux. Les uns et les autres me paraîtraient bien nécessai­res, surtout dans ce temps-ci où l’on compte si fort sur l’effet du canon. Je vou­drais que les chevaux de la première espèce y fussent si bien exer­cés, qu’on ne fut pas obligé au commen­cement de la Bataille de dételer pour faire mener les canons par les Soldats. Je retranche­rais même les pièces de canon à l’Infanterie, (s’il fallait me réfor­mer sur quelque chose)

[27] Plutôt que de m’en passer à la Cavalerie. On se­rait bien surpris de savoir une Armée à huit lieues de chez soi, et de voir tout d’un coup sur son flanc cent escadrons et cent pièces de canon. C’est au commencement d’une guerre, surtout, qu’il faut étonner l’ennemi ; il faut le surprendre par les nouveautés, lui en imposer, je crois l’avoir déjà dit, affi­cher l’audace et donner de la confiance à ses Soldats par de nouveaux moyens.

X

Malgré ce principe qui a l’air de vouloir aller contre tout ce qu’on dit en faveur des attaquans, je me croirais heu­reux d’avoir à défendre un terrain bien reconnu ; quand on a tout prévu qu’on a instruit tout le monde, qu’on a calculé les hasards, qu’on a mis les choses même au pis, qu’on a bien promis des récompenses et des châtiments, qu’on a pris enfin toutes les précautions possibles, il me semble qu’on ne peur pas être battu.

Monsieur de Bonneville a ramassé une note que le Maré­chal de Saxe avait jetée au hasard, sur laquelle il avait oublié de travailler. J’y ai osé faire plusieurs changements; toute la force de cette ordonnance-ci serait en face à terre.

[28] Malgré tout ce qu’on m’a dit contre la manière de faire une autre espèce de chevaux de frise, que celle dont j’ai déjà parlé, je voudrais qu’ils eussent des roues pour passer et Manœuvrer plus aisément partout. Je voudrais que portant ma défense indif­féremment dans toutes sortes de situations, je ne fusse pas obligé d’abandonner plusieurs lieues de pays pour aller chercher un bois ou un marais où il est d’usage d’appuyer ses flancs. Je les couvri­rais de tous mes bagages dont je ferais deux Parcs bien farcis d’Artillerie. Je rétabli­rais les piques en faveur de tous les gens inutiles de l’Armée, qu’on ne songe seulement pas à faire combat­tre ; ils défen­draient mes sacs à terre et seraient soutenus de deux  rangs de fusiliers. Toutes mes réserves seraient étendues derrière ce grand front long et étroit. J’aurais soin que les troupes, ainsi que dans toutes mes autres ordonnances, enflent assez de distan­ces entr’elles, pour que le même boulet qui tombe dans une divi­sion, n’allât point tuer les Soldats de l’autre division qui serait derrière elle et assez près cependant pour pouvoir, toutes se secou­rir et se relever. Toute ma Cavalerie serait en croix au milieu de ce grand parallélograme.

XI

[29] Pour ne point répéter ce que j’ai dit dans quantité d’autres ouvrages militaires, je ne parlerai, point des lances que je voudrais voir rétablir dans la Cavalerie. C’est à quoi pourtant je pensais, lorsque j’ai parlé de gagner une Bataille avec la Cavalerie seule. Mon intention est bien que quelque­fois elle se passe d’Infanterie, parce qu’il y a des occasions où elle ne peut point ar­river à temps ; de même aussi je veux une ordonnance qui puisse mettre l’Infanterie à même de gagner des Batailles toute seule, je voudrais un mélange de bataillons dans leur largeur et d’autres en colonnes, que le mé­lange se fit en manière de quinconce ; c’est-à-dire, que cha­que colonne de la seconde ligne serait derrière les bataillons, rangés en front de bandière à trente pas de distance les uns des autres entre deux colonnes de la, première ligne, et par la même raison des bataillons formés dans leur largeur, se trouve­raient entre deux colonnes de la seconde ligne derrière une co­lonne de la première. Ce ne serait point un paralèlo­grame, pres­que vide comme le dernier ordre de Bataille, ce­lui-ci serait plein et serait également dangereux à attaquer de tel côté qu’on voulut former l’attaque. Ce serait une [30] Armée pareille que je serais bien aise de faire camper, comme j’en ai le dessein seulement pour une légion. La ma­nière de mettre tous les bagages en avant, me paraîtrait propre à empêcher une surprise. L’ennemi perdrait son temps à piller, s’embarrasserait dans les cordes, dans les char­riots, dans les piquets, dans les licols, et on aurait le temps de se former derrière tous ces embarras pour repousser l’ennemi; C’est à ce sujet-là, que je répète aussi l’exécution de mon projet pour cinq tentes par compagnie, et une sixième pour la réserve et les sur­numéraires qui y seraient attachés. Si l’on ose innover qu’on voie ce; que je dis encore là-dessus à l’Article de mes Légions.

XII et dernier De n’en pas avoir

Une Armée assez bien disciplinée, exercée et manœu­vrée, peut changer d’ordonnance sur le champ, faire voir à l’ennemi un ordre profond contre lequel il se précautionnera par l’Artillerie, qui change de place et des déploiemens pour le feu, les faire soi-même en refusant tout de suite une aîle, envoyer, toute sa Cavale­rie au grand trot sur les derrières, masquer tous ses mouvements par la première ligne, [31] le varier, en trois ou quatre- manières sous, le canon de l’ennemi (car ce n’est que lorsque son petit feu commence qu’on n’est guères le maître de son Armée), dégarnir, renfor­cer, mêler, voler presque, dépaïser toujours, étonner sans cesse. Voilà ce qui fera battre soixante mille hommes par trente mille. Qu’on en coure les risques, et qu’on me batte moi après, si par ce moyen on ne bat pas tout le monde. Ou­tre la, pour mieux y parvenir encore, tourmenter l’ennemi par les troupes légères, pour qu’il ne puisse pas s’appercevoir des mouvermens qui se font même dans la premiere ligne, en avoir assez pour être instruit des siens, empêcher par là les reconnaissances, en faire sur l’ennemi avec cinquante escadrons de Housards, avant de donner Bataille, repousser les postes avancés jusqu’aux gardes des Drapeaux. Voilà mes préliminaires qui ne m’engageraient encore à rien; mais pen­dant cette premiere attaque, qui ne serait qu’une plai­santerie, je ferais dire à mon Armée d’arriver, comme je le jugerais à propos, pour former la véritable, la grande, la sé­rieuse, la décisive. Qu’on ne consulte plus qu’une chose. Le terrein t (le seul et le premier Maréchal-des-Logis du Géné­ral) qu’on en tire parti, et qu’on prenne son parti d’après cela.

[32] Encore une fois, point de boyau. La profondeur des ap­puis, point de seconde ligne. Je n’en ai guère, vu d’effet, lorsque la premiere était battue, mais des réserves de bataillons en colonne ; pour être portée vite à l’endroit l’on est le plus vivement atta­qué. Comment y aller en front et peut-être de trois quart de lieue de distance ?

Ainsi je le répète, des principes, des moyens connus de son Armée. Mon douzième ordre est de le changer vingt fois, si l’ennemi suit ma méthode d’en changer en attaquant : et de n’en avoir, si on l’attaque, qu’à l’instant où il est menacé partout, étonné de voir que tout d’un coup ou se décide avec promptitude, et qu’on fond sur lui par la rapidité des mou­vemens dirigés parle coup-d’œil du génie.

Des légions

[33] J’ai dit dans les Préjugés que ce serait une folie de met­tre tout en Légions et de défaire la formation ordinaire pour cela ; mais on pourrait au commencement d’une guerre essayer deux corps comme ceux-ci, je crois, avec succès. C’est ce que j’ai fait étant bien jeune. On est audacieux alors. Qu’on soit indulgent à présent. Je n’y ai rien changé.

Explication des figures de la planche IV

Dragons. J’espère qu’on se doutera bien que chaque fi­gure dessinée dans chaque carreau, représente une com­pagnie entière.

Entre cette compagnie des grenadiers de l’aile et celle des fusiliers du premier bataillon, il y aura une pièce de canon de six livres.

Entre ce bataillon et la compagnie des chasseurs, il y aura une pièce de trois qui leur appartiendra.

Chasseurs. À côté des chasseurs, à l’aile du second batail­lon, il y aura un obusier. J’ai déjà dit combien il fallait de monde pour le servir. [34]

Grenadiers du centre. Entre le dernier bataillon de fusiliers et la compagnie des grenadiers du centre, il y aura une pièce de douze livres de balle, par conséquent quatre pièces de chaque côté.

Ici c’est à recommencer comme de l’autre côté, une pièce de douze, Etc.

Quoique je n’aie pas besoin de le dire une seconde fois pour la plus grande clarté de mon tableau, je marquerai ici la place de l’obusier.

Ici la pièce de trois. Il est tout simple que derrière ces ca­nons qui forment chacun une rue,  on place les deux cais­sons qui sont attachés à chaque pièce.

Entre ce quatrième bataillon et la compagnie de mes beaux grenadiers, la pièce de six. Ce qui me fait huit ca­nons et seize caissons.

Mon ordre de bataille sera mieux représenté par le plan, que je vais en faire ici dessous avec la place d’un chacun.

Général.

Colonel.

Lieutenant-Colonel. [35]

Major.

Capitaine.

Lieutenant.

Sous-lieutenant.

Enseigne.

Sergent.

6, 7, 8, 9 et 10. caporaux.

E. Adjudant ; il y en a deux qui se tiendront au­près des gre­nadiers du centre.

La Réserve.

Tentes des officiers.

Tentes des Surnuméraires.

I. J. Des Soldats.

Tentes des bas-officiers.

Compagnie des grenadiers du centre.

Compagnie de chasseurs.

Compagnie des grenadiers des aîles.

Compagnie de dragons.

On sera peut-être étonné de voir camper devant le front, les chevaux, les mulets, tout le bagage et tout ce qui est derrière ordi­nairement. C’est que je fais très-persuadé que cela pourrait garan­tir d’une surprise, l’ennemi ayant tout cela à traverser pour atta­quer mes Soldats qui auraient le temps de [36] prendre les armes et le trouveraient déjà en désordre. Leur place d’allarme est leur camp.

J’ai placé de cette façon des petits  pelotons de sur­numérai­res, les uns devant les compagnies auxquels ils ap­partiennent, et les autres derrière pour faire voir que leur place dépend du ter­rain. D’ailleurs, comme ils doivent rem­placer dans leurs rangs ceux qui en sortent, il est clair que si le régiment a affaire, ils se­ront bientôt obligés d’y entrer. Cette explication, qui n’était peut-être pas nécessaire, est pour la plus grande clarté.

W. X. Y. Z. Ces quatre lettres signifient une colonne de deux bataillons de fusiliers.

Tente du Colonel.

Tentes des deux lieutenants-Colonels.

Tentes des quatre Majors.

Ligne des piquiers.

Dans cette ligne seront placées aussi les tentes du petit État-Major et des vivandiers.

Le peuple aime la mascarade. Les couleurs sont beau­coup pour la recrue. Un uniforme bien agréable ferait bien de l’effet, et cette façon de porter l’écharpe a bien de la grâce.

Tabelle [37]                          

Général

  1

Colonel

  1

Lieurenans-Colonels

  2

Majors

  4

Adjudans

  4

Quartier-Maître

  1

Auditeur

  1

Aumônier

  1

Proviant-Maître

  1

Vagenmeister

  1

Sellier

  1

Armuriers

  2

Chirurgien-Major

  1

Prévôt cum suis

  1

tambour-Major

  1

Musiciens

  9

Charetiers de Proviant

16

Boucher

  1

Vivandier

  1

     _______

                   En tout,              50

Le noir me semble plus convenable à l’Artillerie que le couleur de rose. Ces officiers de canoniers [38] n’ont qu’à se parta­ger afin qu’il y en ait toujours un par bataillon. Chacun campera auprès de celui auquel il est attaché, dans la rue du canon qui sé­pare une sorte de troupe d’avec l’autre.

Ce Fourier, qui porte en main la banderolle, a dans sa po­che le reste de ce qu’il faut pour en faire la pique de la lon­gueur ordinaire, il sera comme les autres au premier rang, dés qu’on demandera tous les piquiers en avant.

Tabelle

Vingt-cinq compagnies à cent cinquante, sont trois mille sept cent cinquante, avec l’État-Major trois mille huit cent, et deux cent Recrues qui seront toujours au dépositoire, quatre mille hommes juste.

Cent officiers.

Deux mille trois cent quatre Armes à feu.

Quarante Lanciers à cheval.

Trois cent piquiers, sans compter ceux de la réserve et ceux de canoniers qui ne seront pas employés au canon, mettons en qua­rante-huit, voilà quatre cent. Jusqu’aux Charetiers de Proviant ils seront armés de lances, s’ils peuvent combattre, cela fera quatre cent cinquante-six armes de lon­gueur.

Tous les officiers feront le service avec l’épée ou [39] le sa­bre, excepté celui des chasseurs, ils devront toujours être les uns comme les autres en uniforme complet. Pour leur donner connais­sance de tous les services, ceux de l’Infanterie passeront quelque­fois dans les Dragons et les canoniers.

Cet officier des chasseurs étant toujours censé occupé à faire son coup de fusil, n’a pas besoin d’écharpe. Son uni­forme pour cela est le plus simple de tous. Comme on se forme mieux là qu’ailleurs pour la guerre, on changera de temps en temps les offi­ciers pour donner à tous le moyen de l’apprendre.

Dés qu’il y a quelque chose à craindre, il est tout sim­ple qu’on fasse serrer ces divisions qui forment une masse, autour de laquelle ou partage les piquiers suivant leur nom­bre. Cette colonne de deux bataillons, surtout ne pouvant être que pour la défensive ; je ne la ferais jamais plus forte que de deux divisions pour attaquer, alors les piquiers seront à la tête.

Le capitaine sera au centre de sa compagnie, entre le troi­sième rang du troisième et quatrième peloton. Le pre­mier lieute­nant qui sera le seul officier au premier rang, se tiendra à l’aîle de la compagnie. Le sous-lieutenant à l’aîle gauche du troisième. L’enseigne à l’aîle droite du troisième. Le sergent à la gauche du premier rang. Les caporaux [40] dans les pelotons. Les piquiers entre les officiers et les bas-officiers au second rang. Les tambours à l’ordinaire.

Comme je trouve que la hallebarde marque bien les sec­tions d’une troupe, j’en donne même aux bas-officiers des grena­diers; d’autant plus que je suis bien aise de pouvoir comme je l’ai dit dans une autre occasion, trouver de quoi faire mon premier rang d’armes de longueur contre la Cava­lerie.

Ce profil n’est peut-être pas fort agréable au coup d’œil : mais qu’on fasse attention à la commodité de l’ajuste­ment. Ce ca­puchon qui se met au-dessus des bonnets des grenadiers du centre et des chasseurs, se mettra sous le chapeau des fusiliers et le bon­net des autres grenadiers, et enveloppant la tête à merveille, ga­rantira le Soldat du froid et de la pluie.

J’ai mis ici deux rangs de caissons, parce que je veux qu’il ne manque pas de munitions, étant, souvent détaché et hors de portée d’en avoir : ce régiment est fait pour être toujours prés de l’ennemi et aux prises avec lui.

Ce cuir blanc qui traverse, soutient un pistolet, puisqu’à tout événement il n’est pas mauvais d’avoir un coup à tirer pour se défaire d’un importun. Sur ce bonnet de toile, cirée à l’Anglaise, il y a une petite [41] croix de fer, bien légère, qui en fait une espèce de casque, puisque les piquiers qui seront souvent exposés à la Cavalerie, doivent être à l’abri du coup de sabre.

Tous ces gens, dessinés de ce côté-ci, portent le même sur­tout que les fusiliers, donc j’ai fait voir le dessin ici plus à gauche. Je les montre ici, lorsqu’il  fait beau temps, les Char­pentiers fe­ront l’avant-garde de ma Légion.

Tabelle

Vingt-cinq compagnies à cent hommes sous les armes, font deux mille cinq cent. Les vingt par compagnie qui n’entrent point en rang et files, et qui combattent pourtant, font cinq cent. Voilà déjà trois mille combattens. La réserve qu’on ne peut déterminer, puisque le nombre de ce qui la compose dépend de tant de circons­tances, peut se mettre à la moitié. Pour ne pas se tromper qu’on ne compte que sur le tiers. Dix fois vingt-cinq, font deux cent cin­quante ; par conséquent trois mille deux cent cinquante.

J’ai donné la pique aux canoniers, puisqu’au feu du canon il n’y a rien à ajoûter ; et que, si tous les canoniers se serrent l’un l’autre, avec leurs piques, [42] ils peuvent très-bien empêcher que des Housards ne viennent enlever des canons, et enfiler même ces galopeurs.

Le Chirurgien portera le reste de ce qui forme la pique ou bâton de tente, (puisque c’est la même chose) derrière le dos atta­ché à un morceau de cuir comme vingt-cinq hommes qui sans cela marchent toujours avec la colonne, peuvent très-bien, armés ainsi, rendre quelque service. Je crois que cela n’est pas à négliger.

Tabelle :

compagnies de Dragons

  2

compagnies de grenadiers de l’aîle

  2

compagnies de chasseurs

  2

compagnies de grenadiers du centre

  2

compagnies de fusiliers

16

compagnie de canoniers,

  1

                                                     ______

                                                 En tout 25 compagnies

 

Capitaine

1

Lieutenant

1

Sous-lieutenant

1

Enseigne

1

Sergent

1

[43] Caporaux

6

Chirurgien

1

Fourier

1

Tambours

2

Fifre

1

Charpentiers

2

Travailleurs

2

                                                           ______

                                              En tout   20

Les travailleurs qui seront tous de l’avant-garde sui­vront les charpentiers ; il y aura toujours deux mulets qui marcheront avec eux, chargés de tout ce dont ils ont besoin pour faire des ponts, raccommoder les chemins et autres ou­vrages semblables.

Que dire du tambour ? Que ce doit être un enfant du régi­ment, parfaitement bien en couleurs, en plumes et ajus­tement, et exercé à tous les signaux possibles, dont il faut convenir et dont on peut se servir jusqu’au commencement du feu, où alors les tam­bours, fifres et musiciens doivent se mettre ensemble pour tâcher d’être entendus à force de bruit.

Des dragons

[44] Ils auront quatre Lanciers à la place des piquiers, Les bas-officiers auront des lances comme ceux de  l’Infanterie ont des hallebardes. Pour la répartition et le nombre, ils seront en tout conformes au pied du corps et au­ront une réserve comme les au­tres. Le jour de Bataille ils se mettront où le terrain le permettra : si le régiment est déta­ché et qu’il en occupe un de sa largeur, ils pourront rester sur les ailes; sans cela il vaudra mieux les laisser par compagnies ou par Pelottons, entre la réserve des Surnumé­raires de l’Infanterie, surtout lorsqu’elle sera dans le petit feu où ils n’auraient pas beau jeu. Il faut seulement qu’ils soient à por­tée de poursuivre l’avantage que celle-ci remportera. Ils pas­seront par les intervalles et iront après l’ennemi. S’il avait mis notre infante­rie un peu en désordre, une rendonnée de ces Dragons pourra très-bien accommoder les affaires: Les jours de marche, pour ne point déranger celle de l’Infanterie à laquelle ils sont attachés, ils n’auront point de place fixe et marcheront à droite et à gauche par files comme ils vou­dront, pourvu qu’ils n’incommodent personne : ils seront a même par-là de veiller à [45] ce qu’aucun Soldat ne s’écarte de la colonne pour déserter ou pour faire des excès dans les villages ; et patrouilleront aussi pour la garantir des insultes des Housards ennemis. Au camp ce seront eux qui donneront la grand’garde devant le front de mon espèce de Légion. On n’aura pas besoin de la faire fournir à la Cavalerie des aîles de l’Armée; en se gardant soi-même, on est bien mieux gardé.

Des grenadiers des ailes

Ce sera une troupe choisie pour la beauté et pour la taille. Ils ne pourront pas avoir moins de huit pouces, me­sure de France. Ils ne seront jamais détachés, appuieront les ailes et se distingue­ront par leur propreté et leur adresse il est à présumer que des gens faits à peindre comme ceux-là, seront plus aisés que d’autres à exercer, plus agiles dans les conversions, plus lestes dans leurs mouvements, plus brillants dans le maniement des armes. J’ai dit ailleurs, qu’il faut quelquefois de la coquetterie : il faut se servir de tous les moyens possibles pour exalter l’ame de ceux qui en ont, et en donner à ceux qui n’en ont pas. Ils donneront la garde aux officiers de l’État-Major et à leurs capitaines, rien de plus.

Des fusiliers

[46] Ils feront tous le service du régiment ; c’est-à-dire, garde du Prévôt, du Boucher, des Bœufs, des Mulets, etc. et des aîles du camp, à chacune desquelles il y aura un caporal et six hommes, pour relever les Sentinelles et entre­tenir des Patrouilles, depuis la retraite jusqu au jour, tout au tour du régiment, et mène jusqu’aux Piquets dans les occa­sions critiques. Le premier rang sera le plus petit qu’on pourra trouver, les enfans du régiment, pourvu qu’ils puis­sent lever un fusil. Les deux autres comme je l’ai dit ailleurs. Le troisième le plus élevé qu’on pourra. Il est singu­lier, que par rapport à cette manière d’entourer le camp, de même que pour ce qui regarde les Piques en partie, et aussi sur quel­ques autres points, j’aie prévu une quantité de choses lumi­neuses, dont notre bible est composée. On ne sautait trop la lire, l’étudier et l’apprendre par cœur.

Des chasseurs

[47] Ils occuperont la place que je leur donne ici en marche, et lorsque le régiment prendra les armes, toutes les fois qu’on ne les jugera pas nécessaires ailleurs. Comme ils sont faits pour la sûreté du reste de la troupe, on les déta­chera souvent dans les villages ou dans les bois, devant le front ou sur les ailes, lorsqu’on ne sera pas assez près de l’ennemi pour cela; ils donneront le pi­quet ordinaire de trente hommes en avant, pour soutenir les au­tres trente  hommes de grand’garde que donnent les Dragons. Quand les deux compagnies seront détachées tout-à-fait, elles emmè­neront avec elles les deux pièces de trois. Dès qu’il sera bien décidé que l’affaire va devenir sérieuse, après avoir bien fu­sillé et fait le plus de tort à l’ennemi qu’ils auront pu, ils ren­treront à la place qu’on leur gardera à cause de cela, et com­battront encore en ligne avec les autres.

Des grenadiers du centre

[48] Ceux-ci que j’habille le plus à l’aise que je puis, et à qui je veux marquer en tout la considération, due aux vieux Soldats, en ne les assujetissant ni aux appels, ni à tout ce qui est gênant, ne feront d’autre service que la garde des drapeaux, dont il y en aura un par bataillon, qui sans, être aussi pésant, que ceux que nous avons à présent, sera placé au centre du régiment ; d’un côté on y verra les Batailles où il se sera trouvé, les belles actions et les noms des officiers et des Soldats qui s’y seront distingués.

De l’autre, des armes, des chiffres, des devises, des écus­sons, tout ce qui pourrait rappeler l’esprit de l’ancienne Chevale­rie. Vingt grenadiers de garde aux drapeaux suffi­ront; ils auront moyennant cela au moins dix nuits de bon, et ne seront point fati­gués. C’est parce que ces braves gens blessés et anciens sont l’honneur même, qu’on leur confie celui du régiment.

Des canonniers

[49] J’en ai attaché une compagnie à ce régiment, parce que je suis très persuadé que le service se fait beau­coup mieux, lorsque les mêmes gens, sont toujours ensemble.

On se connaît et on s’aide dans l’occasion. On n’aura pas besoin d’autres Handlangers, puisque tous les Canon­niers le se­ront. Il y en aura douze aux pièces de trois, de six et aux haubitz, et quinze aux pièces de douze ; de sorte qu’il y en aura toujours une centaine d’employés, sans compter la réserve qui sera pour eux comme pour tout le monde. Je vais en parler.

De la réserve

J’ai calculé qu’on ne pouvait guère, même avec du malheur, avoir plus de trente hommes par compagnie com­mandés, malades ou absens, d’une façon ou d’autre. J’ai mis; trente Surnuméraires en réserve pour tout ce qui peut arri­ver; c’est-à-dire, qu’on les en tirera pour entrer en rang et file à mesure que quelqu’un en sor­tira, afin qu’on ait toujours le compte juste de cent hommes sous les armes par [50] compagnie. Cela s’entend pour tout générale­ment, Dragons, beaux et vieux grenadiers, fusiliers, chasseurs, Cannoniers, etc. Il y aura parmi ces trente Surnuméraires un pi­quier, un Charpentier, un Travailleur et un tambour; les vingt-six qui restent seront habillés comme la compagnie à qui ils appar­tiennent, derrière laquelle ils combattront et camperont dans une seule tente, puisque celles que je donne à ce régiment sont faites pour contenir vingt hommes chacune; et que vrai­semblablement il n’y en aura jamais davantage in loco : les deux plus sages auront de l’autorité sur les autres. On les revêtira pour cela du titre de vices-caporaux. En marche ce seront les Surnuméraires qui seront l’arrière-garde; les pi­quiers tout-à-fait à la queue.

Des piquiers

[51] La Pique que je rétablis en leur faveur, me paraît si bonne à employer contre la Cavalerie, que j’en fais presque un premier rang : comme j’en donne d’abord à quatre hommes par compagnie ! ensuite à tous les bas-officiers, aux Canonniers et à tous les gens inutiles qui cesseront alors de l’être ; ce sera un front bien plus respectable que celui qui n’est qu’un peu hérissé d’une petite baïonnette. Ils n’empêcheront pas le feu des trois rangs, et ce feu sera à rai­son de ma formation qu’on verra ailleurs, car ils seront tous à genoux, la pique en arrêt.

Du campement

Il faut cinq tentes pour cent hommes, et ils seront à l’aise, les pauvres malheureux, et à couvert de la pluie. Elles seront comme nos marquises d’officier d’État-Major, mais bien doublées. Les piques servant à double usage, celui de se battre et celui de camper, se reportent comme on peut voir aux planches, auxquelles je renvoie pour tout. M. le Maré­chal de Saxe avait eu une idée à peu prés pareille ; à ce qu’il [52] me semble. Elles seront en deux morceaux, cela est plus commode. Il n’y en aura par compagnie qu’autant qu’il en faut et une pique de reste en cas qu’il s’en perde. Deux suffi­sent pour une tente, elles se portera sur les mulets à l’ordinaire avec le montant.

Les piquiers y sont pour deux, les Charpentiers et les Tra­vailleurs pour deux aussi, les tambours pour une ; cela fait déjà cinq. Les Surnuméraires ont bien entre eux deux gens à pique, pour qu’ils aient aussi leur tente qui sera au milieu, derrière les cinq qui sont en bas de ce Plan ; de même que celle des bas-offi­ciers, entre le chirurgien et le fourrier, qui tous en porteront les piques, sera en avant dans l’aligne­ment des deux autres du cen­tre ; celles des officiers seront comme elles étaient la guerre pas­sée.

Comme j’ai dit plus haut, que je voulais tirer parti de tout le monde et que j’ai même proposé d’armer de lances les Charre­tiers des canons, des caissons et des vivres ; je crains fort que cela ne donne un air ridicule à mon projet. Il y a tant de gens aimables à présent, tant de gens gais...

Et les Muletiers, diront-ils, eh ! pourquoi pas ? César à la bataille de la Sambre, qu’il gagna sur les Nerviens avec tant de peine, se servit des Valets, des [53] Goujats, de tout ce qu’il put ramasser. D’ailleurs les seize chariots de pain, de bagage, de four­rage du régiment, forment un Vagenburg sur une aile où il y au­rait à craindre, ou sur le front pour bou­cher un défilé ; on pourra très bien avoir besoin et se servir alors de ceux qui les conduisent, et qui n’y auront que faire.

Des bagages

[54] Les moins considérables et les plus légers qu’il se puisse. Point de voitures à roues au régiment qui est fait pour cou­rir beaucoup. Des mulets à l’ordinaire pour les ten­tes des Soldats, deux par compagnie suivant l’usage, cela en fait déjà cinquante; le capitaine en pourra avoir deux, cela fera cent vingt-cinq mulets, par conséquent, vingt-cinq pour l’État-Major, deux cent en tout.

Je souhaiterais qu’on fut aussi sobre en chevaux qu’en mulets, et qu’on n’en eut pas beaucoup à cause des fourrages. On pourra trouver pour cela des chariots, quatre par compagnie suffi­raient, cela fait cent chevaux : cent cinquante chevaux à l’usage de l’État-Major, grand et petit, compris ceux des chariots et de l’Artillerie, cela ferait, avec les trois cent des deux compagnies de Dragons, quatre cent cin­quante.

De la paie

[55] Il n’y a rien à désirer à la nôtre, le Soldat et l’officier sont très-bien. Je voudrais seulement qu’on distin­guât les deux compagnies de vieux grenadiers et qu’ils eus­sent huit kreutzers, les grenadiers des ailes sept, et les fusiliers, chasseurs, Dragons, Canonniers, la paie ordinaire, il me semble que cette petite aug­mentation d’un kreutzer par jour à mes Princes, car les Romains les appelaient ainsi, rend plus réelle encore la récompense d’entrer parmi eux. Elle en est déjà une quant au préjugé, qu’on ne saurait trop entretenir. Ce kreutzer réalisera cette précieuse illusion.

De la discipline.

Pendu au premier arbre. Cent coups de bâton dans l’occasion. Les officiers cassés pour la moindre faute. Point de pro­cès et presque point d’examen aux avant-postes.

De l’exercice

[56] Cette Légion a tout ce qu’il faut pour réussir dans tou­tes les entreprises et les attaques dont on voudrait lui faire l’honneur de la charger. Sa composition est admirable pour la dé­fensive. A-t-elle une plaine à passer, une retraite à faire devant la Cavalerie ? On forme aussitôt une masse pro­portionnée au besoin et au terrain. Des gens habiles en mar­ches, en conversions, en changemens de front, en évolutions, se mettent sur-le-champ en colonnes. Si c’est par division et qu’on forme une colonne de cha­que bataillon, on peut faire mouvoir tout cela très-aisément ; il y en a trente-deux à cha­que face. On se sert des grenadiers, des chasseurs et des Dragons suivant les circonstances. La colonne servira aussi, soit qu’on la forme d’un, de deux, de trois ou de qua­tre bataillons, à prendre l’ennemi en flanc par le développement sur une de ses aîles. On la fait d’une demi-division l’une der­rière l’autre si l’on veut. Si c’est pour percer sa ligne, j’envoye mes Dra­gons en avant pour y mettre déjà le désordre ; et en­fin avec un corps si redoutable par le mélange, par l’appui, mutuel de ses for­ces calculées; il n’est rien dans le monde qu’on ne fasse.

Légion à cheval

[57] Il n’est pas nécessaire de commenter ceci.

Les lanciers à la place des piquiers.

Des bas-officiers armés de lances au lieu de hallebar­des.

Tous les dragons, carabiniers, housards et cuiras­siers avec des fusils comme cela (voyez la Planche) ; le fusil sera bien court, et la baguette servira de lance et se termi­nera en flèche.

Du reste, ils auront le même exercice, le même camp et les mêmes ordonnances que la Légion à pied. Leurs ca­nonniers seront à cheval, cela est tout simple, et on voit que c’est le même principe et la même manière de composition, puisque chaque espèce de troupe répond à celle dont j’ai rendu compte. Le paralelle du mé­lange et du service qu’on en attend est aisé à trouver.

De la formation

[58] Elle serait une suite de ma manière d’armer. Je serais sur trois rangs à la vérité, mais le premier rang serait le plus petit et le troisième le plus élevé. Pour éviter les mal­heurs, occasionnés souvent par le troisième rang, je lui don­nerais des fusils plus longs qu’au second et à celui-ci plus longs qu’au premier, à raison de leurs forces. Cela ferait que le premier rang s’effaçant le corps pour tirer, le second rang, passerait sans risque le fusil derrière lui et le troisième rang devant lui : et que, si l’occasion exige qu’ils arment leur es­pèce de pique, leurs trois rangs seront presque frai­sés à la même égalité, tandis qu’à présent, le second et troisième rang qui présentent la baïonnette, ne peuvent faite tort qu’au premier. Je mettrais presque tous mes officiers et mes Bas offi­ciers au quatrième qui ne feraient que faire serrer les trois autres, puisque ce serait de là que dépendrait le succès de mon ordon­nance.

On me reprochera peut être, que la hauteur de mes trois rangs peut être nuisible, si l’on me charge en dos. Outre que je ne sais pas comment on peut être assez maladroit pour s’y exposer, il me semble [59] qu’une contre-marche du premier rang au troi­sième serait bientôt faite.

Si on n’admet pas ce projet de ma part, il n’y en a qu’un de meilleur fait par le plus habile militaire que je connaisse. C’est de former l’infanterie sur deux rangs et sur plusieurs lignes ; c’est-à-dire, qu’il y eut toujours assez de distance pour que les coups que reçoit la première n’arrivassent pas jusqu’à la seconde, et cepen­dant point as­sez pour n’être pas à portée de remplacer bien vite les bles­sés et les tués ; c’est-à-dire, que les deux premiers rangs de chaque bataillon n’auraient que douze pas de distance jusqu’à leurs deux derniers rangs.

On ne se servirait de cette formation-ci que derrière les chevaux de frise, dont j’ai parlé dans l’article du Campe­ment : comme chacun serait défendu par deux hommes, il serait suffisant d’en avoir quatre devant soi : et les deux au­tres de plus qu’on au­rait, si on était à trois hommes de hau­teur, s’emploieront sur les flancs ou sur les derrières.

Dans mes Ordres de Batailles, je ne dis pas comment il faut être formé. A deux toujours, si l’on veut faire usage de son feu en avançant : à trois, si on peut le faire de pied ferme ; tout le reste des colonnes et des masses à faire, se fait en doublant, [60] tri­plant, quadruplant s’il le faut. Si six de hauteur résistent à la première charge de la Cavalerie, comme je n’en doute pas, on n’a plus rien à craindre des au­tres ; car les chevaux tués servent de rempart à l’Infanterie, et les autres en ont peur. C’est aux forma­tions dans les dan­gers, que la formation de sang-froid sert. Il faut bien l’étudier pour avoir alors à soi toutes les manœuvres qu’exige l’occasion.

Je crois toutes les Cavaleries du monde beaucoup trop éle­vées. J’ai peut-être déjà dit que je n’y voudrais point d’hommes au-dessus de quatre pouces, moyennant cela toute l’Infanterie aurait son premier rang à cinq, le second à six, et sept, et le troisième à huit, neuf et dix. Il me semble que cela ferait une assez belle Ar­mée, et je rendrais compte par l’utilité que j’en tirerais de ce qui ne sert à présent qu’à l’utilité, l’ornement, la coquetterie, etc.

Des camps

[61] Je les disposerais en échiquier sur deux rangs, ce que j’ai dit ailleurs. Si je n’avais pas le temps d’en faire, si je ne voulais pas tracer des lignes, me couvrir des sacs à terre à ma façon et de mes chevaux de frise, je m’en consolerais par mes manières d’appui, de mélange d’armes, de réserve, etc.

Si j’occupe un terrain en glacis ; où tous mes coups doivent nécessairement balayer horizontalement toutes les troupes desti­nées à m’attaquer, il n’est pas possible, à moins de perdre la tête, d’être battu.

Si l’on a parlé à tous les Généraux, les Commandants de corps, et si ensuite ceux-ci en ont fait autant à l’égard des officiers subalternes et même des Soldats ; je le répète : l’on peut attendre froidement l’ennemi.

Les rivières se passent, les bois se tournent, les villa­ges se brûlent ; j’aime presque mieux avoir ma liberté et ne dépendre que de moi. Où en est-on quand on perd l’appui de ces ailes et l’établissement de son centre ? Une Armée prépa­rée à tout se suf­fit presque à elle-même.

Des fortifications

[62] Un revêtement de terre vaut mieux qu’on ne croit : qu’il y ait place pour y mettre du monde ; si ce monde est tué, ou si la terre s’éboule, qu’y faire ? l’ennemi ne pourra pas s’y loger. Si l’on voit une hauteur, on y court avec une quantité d’ingénieurs. Là, on en voit qui, le crayon à la main, veulent montrer ce qu’ils ont appris dans les écoles de paix. L’un propose une polygone, un autre une étoile, un troisième une redoute quarrée. C’est précisé­ment là qu’il faut ne rien faire. Qu’on diminue cette même hau­teur, si l’on fait tant que d’y travailler ; qu’on en fasse un glacis, à moins qu’on ne s’en serve pour l’appui d’une aile, alors qu’on tra­vaille à la rendre inaccessible ; qu’on y fasse venir des officiers d’Artillerie et qu’on n’y mène pas ceux du Génie : c’est à côté de cela qu’il faut les employer, c’est au point trop accessible, et encore que ce soit par la raison d’épargner des troupes ; j’entends par là de les conserver, si absolument l’ennemi à la maladresse de les attaquer ; et pour ne point les fatiguer de service si le terrain se défend de soi-même, qu’on redouble moyennant cela les réserves, qu’on assure mieux les [63] flancs, et que de tous mes ordres de bataille on en fasse un plus raisonnable que les miens et que tous ceux qu’on a faits jusqu’à présent.

Je crois qu’il vaudrait mieux faire de l’extraordinaire en Fortifications, ne fut-il pas même bien admirable, que de suivre bêtement l’ordre usité ; tout est si bien prévu, tout est si bien connu, qu’on fixe la durée d’une place comme celle d’un voyage. Autant de temps, dit-on, pour un ouvrage à cou­ronne, autant pour le ravelin ; alors commence la brèche et puis la capitulation. L’assiégé modeste fait quelque  mau­vaise petite sortie pour la forme.

Je viens de lire tous les livres de Fortification possi­bles, an­ciens et modernes ; il n’y en aucun dont je sois abso­lument content. Ce que j’ai trouvé de plus vraisemblable, de plus sensé dans quelques-uns, c’est de se servir si bien des rivières, des mon­tagnes, des terrains escarpés et inaccessi­bles, qu’on oblige l’ennemi à un seul front d’attaque sur le­quel on porte toute la dé­fense. La Garnison serait bien mieux conservée, elle ne ferait que très peu de service, le reste du temps elle serait sous la grande place où j’en ferais une sou­terreine en casemates je serais avare des forteresses ; mais je ne le ferais pas pour les bâtir.

Je ferais un camp retranché, (Fig. 1.), une ligne [64] de cir­convallation extrêmement bien revêtue et des traverses casema­tées pour éviter les bombes ; on n’en sortirait que pour le battre au moment de l’attaque ; si la garnison qui y serait en est chassée ; que fera l’ennemi après cela ? Il s’y lo­gera ; mais ces lignes seront sous le canon de la place. Il y fera furieusement incommodé, il aura une seconde bataille à livrer sur l’esplanade où se sera retirée la Garnison. L’ennemi sera obligé d’y combattre à décou­vert. Si malgré la protection du feu de la place la Garnison est battue, elle s’y retire tout-à-fait, et elle n’aura que le cordon à dé­fendre ; il sera simple, point historié, mais fi haut et fi bien revêtu, qu’à moins de bâtir les tours pour les assiégeants, ainsi que fai­saient les assiégeants du temps passé, on ne pourra tirer des bou­lets de canon que par la parabole comme des bombes: les ricochets par conséquent n’y seront pas fort nuisibles. L’artillerie de la place en revanche sera posée dans l’épaisseur de ce revêtement, qui sera extrêmement épais et à deux étages partout. Il faudra tirer bien droit pour le dé­monter, et c’est ce qui ne fera guères possible, puisqu’il n’y. aura que l’embouchure du canon qui dépassera la muraille un fossé extrêmement profond, point de chemin couvert, voilà tout. Quelques mines en avant des lignes [65] de cir­convalla­tion, en cas que l’ennemi veuille leur faire l’honneur de les traiter en siège, et toute l’esplanade minée aussi, pour la faire sauter après sa, seconde bataille gagnée.

Je voudrais qu’on fit plusieurs camps retranchés dans un pays où l’on placerait tous les dépôts ; je voudrais qu’on abandon­nât les villes, qu’il y eut quatre enveloppes dans ce genre là (Fig. 2), où pourrait se partager une Armée battue; Je les mettrais au confluent des, rivière; si la nature ne m’offrait pas un terrain tout fait; je me le formerais à ma, manière; j’élèverais le cordon inté­rieur au dessus du second, le second au-dessus du troisième, celui-ci au-dessus du qua­trième, de façon que l’Artillerie de ce dernier raserait l’attaque du premier. Je sens bien qu’on me reprochera d’exposer l’un aussi qui sera destiné à l’autre ; mais le para­pet y mettra ordre et j’y ferais d’abord une manière d’épaulement pour couvrir les ouvrages intérieurs et ceux qui les défendront. La place qui serait au milieu en aurait sous elle une casematée, on y retire­rait les vivres, les poudres et la garnison, on en reviendra aux tours. Les oreillons y sont déjà un grand achemi­nement. Ces noyaux que faisaient les Espagnols, avec de bonnes enveloppes valaient mieux que [66] toutes ces demi-lunes et ouvrages à corne. Il est si prouvé qu’on peut suivre la direction de la capitale d’un bas­tion, sans essuyer un coup de fusil, qu’à moins de faire les flancs très courts, de façon que des angles rentrants on puisse dé­fendre les angles saillants, on devrait renoncer à là direc­tion géné­ralement reçue.

J’aime mieux quatre batailles, bien franches, qu’on li­vrerait sans malice à mes quatre enveloppes ; ce serait le courage qui en déciderait, et à présent c’est presque toujours la trahison.

 

 

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