| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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Chapitre XII - Des précautions à prendre pour se placer et pour se garder dans un poste
Le début et la position ordinaire d’un régiment de troupes legeres qui entre en campagne, est d’occuper les postes qui couvrent la droite, la gauche et la tête de l’armée, pour assurer la tranquillité dans le camp, protéger les fourages et les convois. Mais, soit qu’il ait ordre d’occuper un village, un château, un couvent, une ferme ou un pont, soit qu’il veuille s’établir dans un bois ou dans un verger, le colonel, ou tout autre commandant du corps, avant de s’y loger, doit avoir l’attention de le faire reconnoître, ainsi que ses environs, pour éviter toutes surprises. Après cette premiere précaution, il laissera sa troupe en bataille dans un endroit propre à cet effet ; il ira lui-même examiner, avec une escorte, les lieux les plus avantageux pour placer ses gardes d’infanterie et de cavalerie en avant. Il assignera un lieu d’assemblée, qui est la place ou le cimetiere, s’il est dans un village : il y met des piquets et deux sentinelles dans l’endroit le plus élevé, pour découvrir de loin, autant que le païs le permet. Comme l’unique objet d’un chef est de rassembler promptement sa troupe à la premiere allerte, il doit occuper le moins de maisons qu’il peut, et distribuer dans une seule, s’il est possible, deux ou trois compagnies d’infanterie avec leurs officiers. Il est très-dangéreux de loger la cavalerie, par la grande difficulté de la tirer des maisons, et de la faire monter à cheval dans un moment d’attaque. Il faut donc indispensablement la faire baraquer à côté de ses chevaux, dans quelque grand enclos, s’il est possible, à la proximité de la campagne ; c’est le lieu seul où elle puisse combattre avec avantage, en pratiquant une sortie assez large pour passer vingt chevaux de front, gardée par un piquet à pied, et par un autre à cheval, placé dans la plaine, qu’on retire la nuit, en bouchant la sortie avec des chariots, et en envoyant successivement des patrouilles des deux troupes, celles à cheval au loin, et celles à pied autour du poste. Les officiers se logent dans les maisons les plus prochaines de leur troupe, s’il y en a ; ou s’ils sont dans une position hazardeuse, ils doivent se baraquer aussi pour leur plus grande sûreté et celle de leurs compagnies, en cas d’allarmes. Le colonel et son état-major, occupent le château, s’il s’en trouve un dans le village, ou bien la maison la plus considérable. Il y établit une garde pour sa sûreté, et un homme d’ordonnance de chaque poste, pour porter ses ordres. Quelqu’autre position que puisse avoir un régiment de troupes legeres en campagne, il se poste et prend ses précautions selon l’exigence des cas et des lieux. Si les environs d’un poste sont couverts, le soin indispensable d’un chef, doit être de redoubler ses patrouilles, d’envoyer des partis à la guerre pour apprendre des nouvelles de l’ennemi, de visiter souvent des gardes, tant la nuit que le jour, de donner des ordres précis, afin d’éviter la confusion en cas d’attaque ; de pourvoir à la subsistance des hommes et des chevaux ; de rendre libre la communication de son corps à l’armée, si elle est susceptible d’être interrompuë, en occupant des postes avantageux ; de mettre des espions en campagne ; de faire venir tous les bourgmestres ou les mayeurs du païs, sous prétexte de subsistance, afin de les interroger sur la situation des ennemis ; de confronter leurs nouvelles avec celles de ses espions et de ses partis, pour ensuite les faire passer au général de l’armée, si elles se trouvent vraies ; et enfin, d’entrer nécessairement dans mille autres détails qui sont du ressort de la prévoyance d’un commandant. Il faut sur-tout qu’il n’épargne point l’argent, pour être bien informé de tout ce qui regarde l’ennemi : ce point est la base de l’art de la guerre. Si un colonel, par ordre du général, ou par prévoyance, détache son lieutenant-colonel en avant, ou quelqu’autre officier, celui-ci doit user de toute la précaution, la fermeté et l’activité possible pour n’être point surpris et pour assurer sa retraite. Il peut se garantir de surprise, par les avis de ses espions ou de quelques païsans ou païsannes gagnés à force d’argent, qui s’échap-pent par des sentiers inconnus, pour venir lui apprendre la marche d’un corps de troupes. Il arrive même que les communautés à qui vous avez fait remise des denrées que vous leur aurez demandées, dans l’impossibilité où elles sont de les fournir, vous avertiront, par reconnoissance, de tous les mouvemens des ennemis qui sont dans leurs cantons. Le bon ordre et la discipline dans un païs, peuvent faire le même effet. C’est au bon avis que le fameux partisan Dumoulin recevoit de tout un païs dont il avoit sçu gagner la bienveillance, qu’il attribuoit, en partie, le succès de toutes ces entreprises. Mais comme les rapports ne se trouvent pas toujours fidéles sur la marche ou sur la destination d’un corps de troupes ennemies, il faut avoir continuellement, outre les patrouilles, de petits partis à la guerre, sur-tout la nuit. On peut être averti par les coups de fusil, par l’aboyement des chiens, par des prisonniers ou par des déserteurs. Lorsque le païs n’est point couvert, on peut se garder le jour, moyennant deux sentinelles posées dans le clocher, sur une tour, sur un arbre. Si un commandant dans un poste néglige les avertissemens qu’il peut recevoir directement ou indirectement, il s’expose à tomber dans de fâcheux accidens. Durant la campagne de 1745, le colonel d’un régiment de troupes legeres se trouva surpris et investi dans une ferme, pour n’avoir pas mis à profit un nombre infini d’avis qu’il avoit reçu de toutes-parts, de la marche de six mille Anglois. Il fut en cela d’autant plus inexcusable, qu’il sçavoit parfaitement son métier, et qu’il s’étoit mis en risque de tout perdre, si les ennemis n’avoient eu pour objet plus sérieux, le secours de Gand. Un autre objet d’attention qu’on ne sçauroit trop avoir, est de bien faire reconnoître tout ce qui entre dans un poste, sur-tout la nuit ; car combien d’exemples dans la derniere guerre, d’officiers supérieurs et autres, enlevés entre deux colonnes, dans leur camp, ou en visitant les gardes ? Ces choses arrivent, le plus souvent, par une troupe travestie, ou par la conformité d’habillement des hussards des deux partis.
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