| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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Chapitre XVIII - Des enlevemens de convois
L’avantage des enlevemens de convois, consiste à faire du mal aux ennemis, en leur ôtant les vivres et les autres munitions de guerre qui leur arrivent. Il n’y a que des chevaux à prendre qui restent à celui qui les enleve, et souvent ne font-ils pas de bonne prise, parce qu’ils appartiennent aux païsans des villages circonvoisins, auxquels on les a pris de force ; ainsi que cela se pratique chez les Allemands et chez les autres nations. Mais l’unique objet qui doit faire agir un chef dans ces occasions, est son devoir et le service du roi ; c’est pourquoi quand il est informé que l’armée ennemie doit recevoir un convoi de ses derrieres, ou qu’il doit en passer un d’un camp à l’autre, ou d’une ville à une autre assiégée, il compose ses détachemens selon la force de l’escorte, sa qualité et la nature du terrein où il veut dresser son embuscade. Il fait autant de marche de nuit qu’il en faut pour se porter secretement au lieu le plus commode pour attaquer l’ennemi avec avantage, et pour faire sa retraite avec plus de sûreté. C’est dans les défilés qu’on doit toujours attaquer les convois, autant qu’il est possible ; lorsqu’ils y sont une fois enfournés, ils n’en peuvent plus sortir. Le meilleur moyen en ces occasions, c’est de dételer ou de tuer les chevaux des premiers chariots, auxquels il faut encore mettre le feu pour augmenter la confusion et le désordre. Vous n’avez besoin dans ces opérations, que d’in-fanterie, qui doit être bien cachée, afin de n’être point découverte avant que le convoi soit engagé dans le défilé. Vous chargez l’escorte, par la tête, par la queue, et par les flancs, avec l’attention de ne point laisser débander le gros de l’embuscade, pour être toujours en état de soutenir vos troupes, si l’ennemi vouloit se rassembler pour les repousser. Lorsque l’escorte est entierement battue et en déroute, et que vous avez fait prendre tous les chevaux des voitures, vous mettez le feu au convoi, s’il est de fourrage, ou d’autres choses susceptibles d’être brûlées ; et vous brisez et vous renversez les chariots, autant que le tems le permet, s’ils sont chargés de farine, de poudre et d’autres choses semblables, en ouvrant les sacs. Après quoi vous prenez la partie la plus favorable du païs pour vous retirer. On a parlé, dans le chapitre des embuscades, des précautions à prendre en pareil cas. Si l’on attend un convoi dans une plaine, il faut être embusqué bien avant qu’il arrive, avec une troupe de cavalerie, soit dans un bois clair, soit derriere un rideau, et assez loin pour que les petites troupes que l’ennemi envoie fouiller sur ses flancs, ne vous découvrent pas. Lorsque le convoi est bien avancé dans la plaine, vous sortez brusquement de votre embuscade en plusieurs corps ; les gros vont attaquer l’escorte, pendant que les petits détélent promptement et se retirent avec la capture des chevaux, après avoir fait tout le mal possible au convoi. En 1748, au mois de février, les ennemis tenterent d’enlever un de nos convois destiné pour Berg-op-zoom. Ils dresserent pour cet effet, trois embuscades, l’une de trois cens pandours dans les dunes, à la vûë de la ville, pour attaquer la tête de l’escorte ; l’autre de cent hussards de Franchipany, pour donner sur notre flanc dans la plaine ; et la troisiéme encore de Pandours dans des broussailles pour charger la queue. La premiere attaqua d’abord la tête du convoi, dont les troupes furent mises en fuite, par le nombre supérieur des ennemis, qui commençoient déjà à mettre le feu aux voitures, lorsque cent chevaux du régiment de Grassin destinés à couvrir les flancs, arrivant et trouvant les Pandours éparpillés, les chargerent, le sabre à la main, dans les Dunes, et les mirent en déroute, après en avoir tué plusieurs, et même leur commandant, pendant cette charge, qui fut soutenue par deux piquets d’infanterie, l’un irlandois et l’autre françois, qui donnerent vivement pêle-mêle avec notre cavalerie. Nos premieres troupes battues revinrent, en bon ordre, avec celles-ci, pour chasser entierement les ennemis qui se rassembloient dans un petit bois sur une bûte. D’un autre côté, ils furent aussi repoussés et mis en fuite à la queue du convoi par l’escorte. Les hussards de Franchipany furent si mal reçus au centre, qu’ils se retirerent promptement ; ainsi le convoi entra dans Berg-op-zoom avec perte seulement de quelques chevaux des premiers chariots. Le dessein de l’ennemi, dans cette occasion, n’étoit apparemment que d’interrompre seulement la marche du convoi, et d’enlever quelques chevaux aux parties les plus foibles ; car il n’étoit pas assez en force pour battre l’escorte ; et sur-tout il manquoit de cavalerie pour attaquer notre flanc droit, que nous prêtions aux Dunes. Ils auroient dû en avoir assez pour charger la nôtre, et pour soutenir les manœuvres de leur infanterie. Lorsqu’il se trouve une riviere entre vous et le convoi que vous méditer d’attaquer, vous pouvez, si elle n’est point gardée, faire passer la nuit un corps d’infanterie sur des bateaux. Cette troupe s’embusque dans un lieu favorable à portée du chemin du convoi, et se retire promptement après son coup fait. Si la riviere se trouve guéable, vous faites passer de la cavalerie, qui se cache vis-à-vis d’une plaine où doit nécessairement passer l’ennemi. Le jour que Mr le Maréchal de Broglio sortit de Prague pour aller par la Saxe joindre l’armée de Mr le Maréchal de Maillebois, un parti de cent hussards autrichiens traversa le Moldau à gué à la pointe du jour, et surprit, dans un grand brouillard, un de nos convois, entre Leutmerick et Melnick, dont l’escorte de cinquante hommes de cavalerie, et autant d’infanterie, fut taillé en piéces. Une partie de ces hussards ayant été ensuite rencontrée et chargée dans sa retraite, par un détachement de nos compagnies franches, et n’ayant pas eu le tems de regagner le gué, se jetta à la nage avec les chevaux de prise en main ; et de cette façon, malgré tous les coups de fusil, repassa la riviere, en s’enfonçant dans l’eau jusqu’au col, pour donner moins de prise, et soulager les chevaux ; car il faut remarquer que plus un cavalier à la nage est avant dans l’eau, moins il charge son cheval ; et au contraire, plus il a le corps dehors, et plus il pese ; par la raison que l’eau, par sa force, partage avec le cheval le poids de l’hom-me, dont les parties qui sont dehors, n’étant point soutenues par l’eau, sont une plus grande charge pour le cheval, c’est pourquoi il faut que le cavalier se courbe en deux sur sa selle, et fasse un mouvement de main en rendant la bride à son cheval pour l’aider.
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