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Chapitre XIX - Des enlevemens de fourrageurs

 

On enleve des fourrageurs de deux façons, l’une à force ouverte, en battant les troupes qui les couvrent ; et l’autre en jettant de petits partis le long de la chaîne : cette derniere est la besogne des troupes legeres et la moins dangéreuse.

Un colonel qui a des avis certains que les ennemis font un fourrage général, doit absolument connoître la partie du païs où il se fait pour faire ses dispositions en conséquence. Si elle est couverte, il fait partir la veille, dans la nuit, plusieurs détachemens d’infan-terie, entremêles de petites troupes de cavalerie de quinze ou vingt homme chacune. Ils se cachent à une portée de fusil des villages, des cabarets, et des granges les plus proches de la chaîne, pour n’être point découverts par les patrouilles que l’ennemi envoie avant d’établir ses postes. Il ne faut jamais oublier de s’embusquer toujours du côté où fourragent les nations les moins disciplinées et les moins dociles, comme les Anglois, les Hollandois et les Flamands. Rien ne peut les empêcher, ainsi que les François, de forcer la chaîne, et de se répandre dans les fermes et dans les villages circonvoisins pour marauder, surtout lorsqu’ils sont sur terres ennemies. Si l’on avoit eu des troupes legeres dans Lille, Valencienne et Douay, durant la campagne de 1744, que les alliés étoient dans la Châtellerie de Lille ; il est certain qu’on leur auroit porté un préjudice inconcevable, par le peu de retenue et par le desordre qu’il y avoit dans leurs troupes, principalement les jours de fourrages, ou dix hommes en auroient pû prendre cent, avec leurs chevaux, à une demie lieue et plus de la chaîne. Il faut absolument éviter de se placer sur le bord des chemins, parce qu’il n’est guères possible de se garantir de la rencontre de quelques patrouilles. Lorsque le fourrage est commencé, vous faites monter un homme sur un arbre pour voir, si cela se peut, ce qui se passe dans le village ; sinon vous faites couler une petite troupe, ventre à terre, à travers du bois ou des haies, qui se tient cachée à cent pas dans l’endroit le plus couvert. Autrement il vaudroit mieux encore avoir un espion, qui examinât bien tout, et vînt vous avertir quand il y auroit beaucoup de fourrageurs avec leurs chevaux dans le village. Car il est essentiel de bien prévenir ceux que vous postés pour reconnoître, de ne point vous donner d’avis qu’il n’y ait un bon coup à faire ; parce que quelques maraudeurs ne vaudroient pas la peine de vous déplacer de votre embuscade, et de manquer une capture. Au reste, vous pouvez entendre par vous-même quand les fourrageurs arrivent dans un endroit, par le bruit et le desordre qu’ils font. Alors, si vous avez le tems, vous leur coupez la retraite, afin qu’il ne s’en échappe aucun, pendant que vous envoyez devant vous la petite troupe de cavalerie, qui tombe subitement dans le village sabre à la main, sur tous ceux qui veulent se mettre en défense ou monter à cheval pour se sauver. Vous faites suivre aussi-tôt un piquet d’infan-terie pour soutenir et pour prendre les chevaux, en lui recommandant bien de ne pas tirer de coups de fusil qu’à l’extrémité, pour ne point donner l’alerte aux postes ennemis qui couvrent le fourrage ; et dans le tems qu’il prend et rassemble tous les chevaux, vous restez toujours en bataille avec le gros de la troupe, à l’entrée du village, pour assurer votre prise, que vous faites partir promptement devant vous, en faisant l’arriere-garde de tout. Si vous étiez attaqué, ce qui ne seroit pas par les troupes de la chaîne, qui n’abandonnent jamais leur poste sécourir les maraudeurs, le colonel doit y avoir pourvû, en plaçant, de distance en distance, des détachemens pour se porter aux coups de fusil. Lorsqu’un fourrage ne finit que la nuit, on peut encore tenter d’enlever à la brune quelques chevaux, par des petits partis qui se glissent, avec un grand silence, entre les postes ennemis, et qui surprennent les fourrageurs les plus paresseux, avant qu’ils ayent le tems d’être sécourus.

Dans les fourrages qui se font en païs découvert, vous placez des troupes de cavalerie derriere un rideau, ou derriere un bosquet ; et à ce défaut, derriere les endroits les plus propres à attirer l’avidité des fourrageurs, que vous enlevez, sans bruit, à mesure qu’ils arrivent. Il faut pour cela être embusqué assez loin pour que l’ennemi en établissant sa chaîne, ne fasse point fouiller le bois, le village, ou tout autre lieu suspect où vous seriez caché ; c’est pourquoi il fait bon proche des fermes et des hameaux, couvert de la vûe des ennemis, par quelque bois ou par quelque hauteur. Le tems le plus favorable pour ces enlevemens, est l’arriere-saison, où les cavaliers s’amusent à battre du grain dans les granges, et tiennent tous leurs chevaux rassemblés.

 

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