| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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Chapitre II - Des qualités nécessaires aux fantassins et aux cavaliers des troupes legeres, et de leur armement
Le fantassin de troupes legeres doit être fort et robuste, autant que cela se peut trouver, sans s’attacher à la taille, qui convient beaucoup mieux à la cavalerie et aux dragons. Un homme de cinq pieds, bien jambé et bien ramassé est donc préférable à celui de cinq et demi, qui n’a pas la même force et la même vigueur. L’âge doit être encore un objet d’attention car il faut attribuer la grande consommation d’hommes qui s’est faite dans les régimes de Grassin, de la Morliere et des volontaires-bretons, à la quantité de jeunes gens qu’ils ont engagés, lesquels n’étoient pas encore en état de soûtenir la fatigue ; tous nos hôpitaux s’en sont trouvés remplis pendant la guerre. L’habillement court et leger de ces regimes, peut avoir aussi contribué à toutes les maladies et à toutes les mortalités qui régnoient dans l’infanterie de ces corps, sur les fins de campagne, et qui n’ont pas été si fréquentes dans le régiment de Grassin, dont tous les soldats étoient munis d’un manteau. Un habit d’une bonne longueur, et d’une bonne longueur à proportion, leur est bien plus utile que celui d’un Prussien, qui n’est pas assez ample ni assez long pour les garantir des injures de l’arrière-saison, tems auquel les troupes legeres fatiguent et souffrent le plus. Le bleu, comme moins apparent, est la couleur la plus convenable à ces troupes. Des bonnets de différentes façons sont presque en général la coeffure des regimens de troupes legeres de France. Cette singularité qui plaît à la nation, influë, à ce qu’on prétend, sur la facilité de recrûter ; cependant il est certain que le chapeau va beaucoup mieux au François que toute autre espéce de coeffure que nous pouvons emprunter des étrangers ; il pare mieux la tête et n’écrase point un homme comme certains bonnets de feutre ; de plus, on trouve par-tout des chapeaux ; il n’en est pas de même de ces bonnets dont il faudroit toujours avoir un magasin pour suppléer à ceux qui se perdent de mille manières pendant une campagne. D’ailleurs, l’expérience journaliere nous apprend que le chapeau est d’une plus grande utilité pour se garantir des pluies et des chaleurs ; les soldats de nos corps dans les campagnes dernieres, avoient presque tous leurs bonnets pendus à leur havresac, et des chapeaux sur leur tête. C’est alors, et à l’imitation des étrangers sortis de la Hongrie, que nous avons introduits en France toutes ces pelisses et tous ces bonnets ; avant on n’en connoissoit que dans nos régimens de hussards. Le fusil et la bayonnette sont les seules armes nécessaires à l’infanterie, l’épée n’étant que pour la parade. Il n’est pas besoin de parler ici des munitions dont on sçait qu’un soldat doit être fourni en abondance, principalement dans nos corps, selon l’exigence des cas ; il est indispensable à toute l’infanterie d’avoir des outils propres à remuer la terre, et d’autres à couper. Il faut de plus dans presque toutes les entreprises, être muni de toutes les machines et de toutes les matieres qui peuvent en accélerer et en assurer le succès ; ce qui regarde la prévoyance des chefs. Le cavalier de troupes legeres, doit avoir la force et l’agilité du corps ; la taille depuis cinq pieds deux pouces, jusqu’à cinq pieds quatre, à proportion de celle de son cheval. Le mousqueton, les pistolets et le sabre, sont les armes qui lui sont propres, le sabre est le plus nécessaire ; le droit est préférable, comme le plus meurtrier par sa pointe, dont les plaies sont beaucoup plus dangereuses que celles d’un sabre courbe ; cependant toutes les cavaleries des troupes legeres, même celle des régimens étrangers en France, ne porte que de ces derniers. Il est démontré par l’expérience, que le premier mouvement d’un cavalier dans une mêlée, est de porter le sabre haut, soit pour frapper, soit pour parer ; il ne veut point connoître l’avantage de la pointe comme le cavalier espagnol, qui est armé d’une longue épée, par conséquent, dans la nécessité de frapper d’estoc. Un seul coup de pointe dans le corps tue un homme ; ce que ne feront pas souvent vingt coups de tranchant. Depuis que l’usage de la lance et des casques a été aboli en France et chez les étrangers, il est à remarquer que dans tous les combats de cavalerie, la plus grande partie des blessures ne vient que du tranchant de l’épée, et non de la pointe. Un cavalier ne doit faire usage de ses pistolets que dans un pressant besoin, pour sauver sa vie ou se tirer de quelque mauvais pas. Le feu de la cavalerie, à moins qu’il ne soit à bout touchant, fait plus de peur aux chevaux, que de mal aux hommes. Le mousqueton est très-nécessaire à la cavalerie legere, pour harcéler, et même pour se garder elle-même lorsqu’elle est détachée en avant, et qu’elle est obligée de mettre pied à terre pour laisser reposer ses chevaux et passer la nuit sans infanterie.
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