| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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Chapitre XX - Des enlevemens de grands-gardes
Rarement on enleve une garde du camp tout-à-fait, à moins qu’elle ne se laisse surprendre par derrière ; mais souvent on peut l’attaquer et la battre. Celles d’infanterie sont moins susceptibles de l’être, par le peu d’avantage qu’il en résulte, et par la difficulté qu’il y a à couper la retraite ; si ce n’est dans le cas où l’on a une connoissance parfaite de la situation du terrein, et de la négligence de l’officier et de la garde ; ce qu’on exécute, avec vivacité, au petit point du jour, en se coulant, le plus secrettement qu’il est possible, sur ses flancs, pour l’attaquer par les endroits les plus foibles, pendant qu’on l’attaque en même-tems, par sa tête. On prend pour cela le tems de l’intervale de deux patrouilles. Pendant la campagne de 1741, au camp de S. Polten en Autriche, un petit parti de Rasciens embusqué à portée de notre armée, fondit, de jour, dans le camp du régiment de Navarre ; tandis qu’il étoit occupé à transporter ses bagages pour changer de position. Mais il fut si mal reçu par les gardes, qu’il se retira bien vîte, avec quelque perte. Comme les gardes de cavalerie se retirent le soir derriere celles d’infanterie, on ne peut les attaquer que le jour, soit en prenant poste le matin, lorsqu’elles se trouvent proches d’un bois, d’un rideau, ou d’un ravin, que celui chargé de la découverte n’aura pas bien fouillé par négligence, ou soit à midi qu’elles sont fatiguées, par la grande chaleur du jour, et que les officiers sont à dîner, et la plûpart des cavaliers pied à terre, pour manger leurs chevaux. Rien n’est si ordinaire que ce manque de vigilance parmi les grands-gardes, qui facilite le moyen de les surprendre en allant s’embusquer la nuit à portée de ce poste, dans un lieu le moins suspect, où le jour, après la découverte. Quand vous pouvez vous glisser, sans être vû, vous tombez dessus à toute bride, et dans le tems qu’elle est occupée à se mettre en état de vous recevoir, ou à faire des mouvemens pour se retirer en bon ordre. Vous l’atta-quez par la croupe, par la tête et par les flancs, afin de la rompre avant qu’elle soit secourue : ceci est arrivé à deux des nôtres, l’une au camp de Courtray, et l’autre à celui de Tongre, pendant les campagnes de 1744 et de 1747, malgré leur bonne contenance et leur fermeté. Lorsqu’on veut tâter une garde, à laquelle on ne peut aller qu’à découvert, il faut essayer de trouver dans le commandant de quoi le faire battre, par sa présomption et par son trop de confiance, qui lui occasionne souvent, assez mal-à-propos, du mépris pour une troupe de cavalerie legere qui vient à lui. Cependant combien de fois dans cette derniere guerre, les hussards autrichiens nous ont-ils corrigés de ce mépris pour eux ? La prudence veut, dans ces occasions, qu’une garde se replie sur le champ, et n’attende point le choc d’un ennemi supérieur. Mr le Comte de Saxe, commandant un détachement de six cens dragons et hussards, et durant la campagne de 1741, arriva au bourg d’Amstiten en Autriche. Il apprit qu’il y avoit de l’autre côté, sur le chemin de Meleck, une garde avancée des ennemis, composée de dragons du régiment du prince Eugene, de cuirassiers, et de quelques Rasciens, faisant en tout soixante ou quatre-vingts hommes. Il envoya après un piquet du régiment de Rasky, et la compagnie franche de dragons de Jacob de trente hommes. Le commandant ennemi voulut faire ferme sur la chaussée ; mais il fut dans le moment renversé, sa troupe rompue et menée battant jusqu’à Meleck : la moitié resta prisonniere de guerre. L’imprudence de ce commandant ennemi fut d’autant plus grande, qu’il n’ignoroit pas l’arrivée d’un corps de troupes françoises, qui n’auroit pas manqué de soutenir les siens s’ils avoient été repoussés.
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