| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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Chapitre XXI - Du service des troupes legeres dans une place ou dans un poste
Un général est quelquefois obligé de laisser une certaine quantité de troupes legeres dans une ville de guerre isolée, et trop exposée aux courses des ennemis. Le commandant de la place s’en sert pour escorter ses convois, garantit le païs des partis ennemis ; et enfin pour faire ses découvertes : ou bien il les poste dans le païs, pour assurer les communications pendant une campagne. Comme un gouverneur est à tous les momens dans le cas d’avoir besoin de ces troupes pour le service extérieur de sa place, il peut les exempter de celui de l’intérieur, lorsque sa garnison n’est point trop fatiguée ; et faire sortir, toutes les nuits, des partis, pour en couvrir les environs, être informé de tous les mouvemens des ennemis, auxquels il porte des coups quand l’occasion s’en présente ; et enfin, pour favoriser et protéger les gens de la campagne qui viennent vendre leurs denrées à la garnison. S’il craint d’être assiégé, il a continuellement des détachemens en campagne, pour approvisionner sa place de tout ; examiner la contenance et les marches de l’ennemi, et ramener quelques prisonniers. On dit que le capitaine d’une compagnie franche, nommé Damiens, dans la guerre de 1700, étant sorti de Weissemberg, par ordre du gouverneur, pour reconnoître un corps d’armée des alliés qui venoit faire le siége de cette ville, s’embusqua sur son passage dans un vieux chemin creux ruiné et impraticable, avec quarante hommes, pour reconnoître de plus près les ennemis, qui marchoient, dans une nuit très-obscure, sur deux colomnes, séparées par le vieux chemin creux. Ce partisan ayant observé cette disposition, conçut, dans le moment, l’idée de les mettre aux mains. Pour cet effet, il s’avisa de faire tirer dessus à droite et à gauche, en partageant sa troupe ; ce qui obligea l’une des colonnes à faire face à l’embuscade, et de lui faire une décharge, qui donna sur l’autre colonne, qui répondit de tout son feu ; et insensiblement, elles en vinrent aux mains. Damiens voyant l’affaire bien engagée, se retira, en se coulant toujours dans son chemin creux, dont il sortir par où il étoit entré. A la pointe du jour, l’ennemi ayant reconnu son erreur et sa perte considérable, fit sa retraite. Lorsqu’un colonel, est en poste fixe avec son régiment, dans une petite ville, pour couvrir un païs, protéger les communications, escorter les convois, il doit, en y entrant, commencer par reconnoître l’état des murs, des portes, des fossés, et des dehors. Si l’endroit est trop grand et trop mauvais à garder, et qu’il y ait un château ou un réduit, par le moyen de quelque bon fossé, ou de quelque riviere qui le partage, il s’y retire avec le corps de sa troupe, et ne laisse, pour garder le reste, que de petits postes, avec des sentinelles, et des patrouilles continuelles. Mr Dumoulin escalada Louvain en 1710, fit un fort grand butin, et prit un détachement de l’armée des alliés, qui n’étoit pas assez nombreux pour se garder dans cette grande ville, où il faudroit une armée. S’il y a trop de portes dans une ville, on fait murer ou barricader celles du côté de l’ennemi, et si les autres ne sont pas couvertes par des barrieres ou des ouvrages avancés, ou en fait faire à la tête de chaque pont, avec de grosses piéces de bois enfoncées en terre ; couvertes en dehors par des fossés larges et profonds ; et en dedans revêtus en terre à hauteur d’appui. Si le fossé est susceptible d’être rempli d’eau par quelque riviere, ou par quelque ruisseau, il faut y en mettre, et faire des digues, s’il est nécessaire, pour la retenir. Lorsque la muraille de la ville est séche, et qu’il n’y a point de galleries dessus pour en faire le tour, on ne peut se dispenser d’y faire construire, et principalement dans les angles, des échaffaudages, pour y établir des postes et des sentinelles qui découvrent de loin, sur-tout aux endroits les plus foibles de la muraille ; sans quoi on ne peut se défendre d’une escalade. Quand le fossé est sec, la meilleure précaution est de faire descendre des patrouilles la nuit avec des échelles de cordes, attachées au haut du mur, qu’on se retire à soi quand les patrouilles sont en bas. Il faut auparavant être convenu avec elles d’un signal quelconque, comme de frapper un certain nombre de coups sur le porte-cartouche, ou sur la crosse du fusil, afin qu’elles se fassent reconnoître des sentinelles et du poste. Lorsqu’elles ont fini leurs rondes, et qu’elles se présentent pour remonter, et encore en arrivant sur la muraille, la garde doit les recevoir et se faire donner le mot, en leur présentant les armes, crainte de surprise. Il est bon d’avoir une sentinelle au clocher pendant le jour : avec des murs bas et revêtus en terre, on se garde par des rondes consécutives et par des patrouilles en dehors. Une attention que doit avoir le commandant, est de faire faire une recherche exacte de tous les souterreins et de tous les acqueducs qui communiquent de la ville à la campagne. Il fait ordonner à tous les bourgeois que ceux qui en ont dans leurs maisons ou dans leurs caves, viennent les déclarer, sous peine d’être punis rigoureusement ; et promet une récompense à ceux qui lui en feront découvrir. Mille exemples, comme celui de Crémone, prouvant l’utilité de cette précaution. La distribution des gardes aux portes et à la muraille, se fait selon les endroits où il y a plus ou moins de danger, et sur-tout à ceux qui flanquent sur le fossé, qu’il faut faire sonder lorsqu’il est aquatique, afin d’en connoître les parties les plus guéables et de les faire garder. Outre la garde des portes, il est nécessaire d’avoir à chaque barriere, un petit poste qui la tienne toujours fermée, avec une sentinelles en dehors, pour voir dans tous les chemins ; mais il faut, à tout événement, que la garde soit en état de le soutenir par un feu bien fourni, en se portant à la muraille au premier coup de fusil, au-dessus de la porte, qu’on a eu soin avant de bien faire percer, si elle est séche. Enfin quand vous avez bien pris toutes les précautions possibles pour vous garantir de surprises, vous établissez sur la place de la ville deux piquets, l’un d’infanterie et l’autre de cavalerie ; celui-ci pour faire les découvertes et les patrouilles du dehors le jour, et la nuit pour se porter, à pied, avec celui d’infanterie aux alertes et aux coups de fusil. Vous logez toute votre troupe par compagnie, et par deux, si cela se peut dans les maisons les plus proches de la muraille, avec une sentinelle devant chaque maison, pour avertir les compagnies en cas d’allarme. La fermeture de vos portes et de vos barrieres doit se faire avant la nuit close. Vous vous en faites apporter les clefs, après que l’officier de garde a vû, par lui-même, si elles sont bien fermées. Votre petit poste reste dans l’ouvrage avancé, avec la précaution d’avoir toujours deux sentinelles à dix pas de la barriere en dehors, que le sergent fait relever de demie heure en demie heure, par un caporal, qui profite de ce tems pour faire des patrouilles autour du poste dans les lieux les plus suspects. Il rentre par le moeyn d’une petite échelle qu’on lui tend par-dessus la barriere, et qu’on retire quand il sort. En cas d’attaque, il faut tâcher de discerner la vraie d’avec la fausse ; défiez-vous de celle où il se fait moins de bruit. Vous devez avoir marqué à toutes les compagnies de votre troupe, les différens lieux de la muraille où elles doivent se poser à l’alerte ; et en outre, vous avez toujours un corps de réserve pour marcher à l’attaque la plus sérieuse. Les portes ne s’ou-vrent qu’au grand jour, et l’une après l’autre ; vos piquets de la place s’y portent, afin de renforcer les gardes à tout événement. Si les environs sont couverts, soit par des maisons, des faubourgs ou des jardins, vous faites sortir une découverte d’infanterie, qui ne rentre qu’après avoir bien fouillé par-tout. En attendant, toutes les troupes sont sur leurs gardes ; tandis qu’on ouvre la barriere, elles referment la porte ; et lorsque cette découverte est rentrée, vous en envoyez une autre de cavalerie pour battre au loin. Alors vous laissez la porte ouverte, et la barriere fermée, avec une seule sentinelle, et une autre dehors, à laquelle il faut consigner de ne point laisser approcher plusieurs païsans à la fois ; mais de les faire entrer les uns après les autres. S’ils n’ont point de connoissance dans la ville, et qu’ils soient étrangers, sans passeport, on les en fait sortir tout aussi-tôt, avec une escorte ; ou l’on les arrête, s’ils sont suspects. S’il se présente une voiture pour passer, la sentinelle de la barriere en avertit celle de la porte ; et celle-ci l’officier ou le sergent de garde, qui se précautionnent en conséquence, en ne laissant point engager cette voiture dans la porte, ni même dans la barriere, qu’elle ne soit visitée, et en refermant promptement la barriere, lorsqu’elle passe sous la porte. Lorsque le terrein est découvert, vous faites faire vos découvertes par la cavalerie ; et de plus, vous jettez dans le païs plusieurs petits partis de jour ou de nuit, selon que vous craignez d’être attaqué en force, pour apprendre des nouvelles des ennemis ; car il est essentiel de ne point vous laisser surprendre dans votre poste, au point que vous n’ayiez pas le tems d’en sortir ; à moins que vous ne soyiez munis d’un ordre supérieur par écrit, d’y attendre l’ennemi, sur l’assurance d’un prompt secours : mais, de façon ou d’autre, il faut toujours avoir plusieurs espions en campagne, afin d’être instruit assez à tems de la marche d’un gros corps de troupes, pour avoir celui de faire sa retraite, ou d’en donner avis au général. C’est en pareille position qu’on doit bien payer les bons avis, le salut d’un tout un régiment en dépend, et la tranquillité de la communication. Au reste, le roi tient compte de cette dépense aus chefs, en fournissant leur mémoire à la fin de chaque campagne. Comme l’objet de cette position est la sûreté des convois, il pourroit arriver que le dessein de l’ennemi, en venant dans votre partie, fût d’attaquer un des vôtres ; c’est pourquoi vos petits partis et vos espions ne doivent point le perdre de vûe, autant qu’il est possible, jusqu’à ce qu’il soit retiré, ou que vous puissiez sçavoir son nombre, afin de vous tenir sur vos gardes, et ne point exposer le convoi, en le mettant en marche. Si même il n’étoit point encore arrivé dans votre poste, il faudroit envoyer promptement avertir le commandant du lieu de son départ, de ne point le laisser partir, en lui donnant avis de nos nouvelles par plusieurs exprès, pour ne point tomber dans l’inconvénient, qu’un seul fût pris par les ennemis, qui feroient usage de votre lettre, au détriment du convoi. On se sert ordinairement pour cela de païsans de confiance. Mais si l’ennemi n’étoit point en assez grand nombre dans vos cantons pour vous empêcher de conduire le convoi à sa destination, vous composez votre escorte selon la nature du païs où vous marchez, et selon que vous avez plus ou moins à craindre de la part de votre adversaire. Soit que vous passiez dans des lieux couverts, ou dans une plaine, l’infanterie vous est toujours d’une très-grande utilité ; parce que les voitures lui servent naturellement de retranchement. Le commandant de l’escorte ne doit point ignorer la situation de tous les chemins où il veut passer, afin de changer à propos, pour sa sûreté, l’ordre de sa marche, qui est toujours le même dans un convoi ; c’est-à-dire, d’avoir une troupe à la tête, une au centre, une à la queue, plusieurs petites entrelassées tout le long des voitures, pour faire marcher et pour empêcher de dételer dans une attaque ; et un corps de réserve qui est toujours sur les aîles, pour se porter aux endroits qui ont le plus besoin de secours. Toutes ces troupes sont fortes à proportion que l’est le gros de l’escorte. En païs couvert, elles ont continuellement sur leurs flancs de petits détachemens à pied, qui fouillent jusqu’aux deux cens pas en avant, afin d’éventer les embuscades. La cavalerie y nuit plus qu’elle n’y sert, il n’en faut absolument que pour faire une petite avant-garde, pour porter des ordres d’un bout du convoi à l’autre, et pour envoyer reconnoître promptement en avant, dans les chemins de droite et de gauche, ou dans quelque endroit découvert. La cavalerie ne peut être nécessaire que dans le cas où il se trouveroit sur votre chemin des plaines, qu’il ne faut passer qu’après en avoir bien fait visiter les environs, et en prenant une précaution qu’on devroit regarder comme une maxime constante ; sçavoir de ne jamais exposer, danger ou non, un convoi en plaine, que sur deux colomnes, qui se forment à la sortie d’un défilé, en faisant doubler et marcher lentement les voitures, principalement les premieres, pour donner le tems aux dernieres de suivre. Cette manœuvre ne doit point retarder la marche, et met naturellement votre infanterie entre deux retranchemens, et même la cavalerie, qui, dans un pressant besoin, met pied à terre. Si vous êtes attaqué assez vivement de tous côtés, pour ne pas pouvoir continuer votre route, vous faites barrer, par les premiers et par les derniers chariots, les deux entrées de votre convoi ; vous vous trouvez, par ce moyen, enfermés entierement, et en état de ne point craindre les atteintes de la cavalerie ennemie, à qui vous faites essuyer de bonnes décharges lorsqu’elle approche des voitures. On peut, dans cette disposition, attendre du secours, ou obliger les assaillans de se retirer par une vigoureuse défense. Un petit nombre d’infanterie parqué au convoi de Berg-op-zoom du quinze mars 1748, obligea, par sa belle résistance, le général Hadsch et deux ou trois mille hommes, de se retirer avec perte, quoiqu’il eût déjà battu la plus grande partie de l’escorte françoise. Il est à remarquer que tous les convois attaqués en plaine sont presque toujours enlevés, parce qu’ils n’ont point le tems de parquer ; au lieu qu’en marchant sur deux colomnes, non-seulement vous êtes continuellement en garde contre les attaques brusques et imprévues, mais même, le plus souvent, elles ne vous empêchent pas de continuer votre marche, par l’impossibilité où est la cavalerie ennemie, de venir heurter des chariots bordés d’infanterie ; principalement quand elle n’a point, ou que très-peu de gens de pied, ainsi qu’il arrive ordinairement en païs découvert. Lorsque vous avez traversé la plaine, vous faites marcher vos voitures une à une de chaque colomne, pour entrer dans le défilé ; avec l’attention de faire toujours avancer les dernieres, pour reprendre la place des premieres, afin de ne point laisser de vuide, et de renforcer votre arriere-garde, pour soutenir les derniers efforts que voudroient faire les ennemis à la queue de votre convoi. Mais si vous êtes attaqué dans le défilé, au premier coup de fusil, toute l’escorte passe du côté opposé à l’embuscade, pour se faire un retranchement des chariots, derriere lesquels elle reçoit l’ennemi vigoureusement. Lorsque, malgré la résistance, elle est obligée de céder au grand nombre, elle se rassemble toute en un corps, pour tâcher d’attaquer et de battre en détail les assaillans avant qu’ils ne soient réunis ; ou dans le tems qu’ils seroient occupés à renverser les fourgons et les caissons. Si enfin par la bonne conduite, et par l’exacte prévoyance de votre adversaire, vous êtes obligé de vous retirer, il faut le faire le moins mal qu’il est possible, pendant que l’ennemi n’est occupé qu’à conserver sa prise. Mais une précaution que doit avoir le commandant de l’escorte, à la premiere rencontre de l’ennemi, est d’envoyer un officier, avec cinq ou six cavaliers, au grand galop, avertir aux premiers postes de l’armée, ou aux prochaines garnisons, que le convoi est attaqué, afin de pouvoir espérer sur un secours, pendant qu’il est aux mains avec les ennemis. Si vous conduisez votre convoi heureusement à sa destination, vous revenez par un autre chemin, pour ne point tomber dans les embuscades que l’ennemi pourroit vous dresser à votre retour. Il y a quelquefois autant de confusion et de desordre dans la troupe qui attaque un convoi la nuit, que dans celle qui le défend. La derniere doit éviter les marches nocturnes, parce qu’elle peut être battue par une troupe bien inférieure à la sienne, avec l’aide de la surprise et des ténébres, qui sont favorables, pour l’ordinaire, à l’attaquant. C’est pourquoi un chef d’escorte ne doit rien oublier de tout ce qui peut le garantir de donner du nez dans les embuscades, qui sont toujours placées la nuit près du chemin. Car si elles ne sont point découvertes par les petites troupes qui fouillent, l’escorte n’a pas le tems, le plus souvent, de se jetter de l’autre côté des voitures, et elle est en déroute par la charge subite et imprévûe de l’ennemi. C’est ce qui arriva à un de nos convois de Berg-op-zoom, qui essuya la nuit, à bout touchant, le feu d’une embuscade de Pandours qui n’avoit pas été découverte, soit parce que l’escorte n’avoit pas fait fouiller exactement, ou qu’on avoit fouillé trop loin, et non sur le bord du chemin. Ce convoi arriva dans le plus grand desordre à Berg-op-zoom, avec perte de plusieurs bœufs et moutons, pour la subsistance de cette place. Enfin un colonel de troupes legeres placé dans un poste fixe, pour assurer une communication, en est, pour ainsi dire, responsable ; ce qui doit le rendre attentif à prévenir tous les desseins des ennemis, soit dans ses convois, soit dans ses détachemens, soit dans la sûreté de son poste. S’il fournit deux cens hommes pour l’escorte d’un convoi, il en jette cent autres dans le païs pour observer et se porter où il est besoin en cas d’attaque : c’est ce qui décide du succès, par l’épouvante que cause à l’ennemi l’arrivée d’un secours ; mais il faut que le commandant de l’escorte en soit prévenu avant de partir. Lorsque la communication est interrompue, il fait partir des détachemens la nuit, qui vont s’embusquer sur les passages les plus fréquentés, et où les partis ennemis paroissent le plus souvent, afin de les surprendre ou de leur donner la chasse. On doit prendre la position la plus secrette et la plus favorable pour cotoyer le grand chemin, sur lequel on ne doit jamais paroître que pour faire son expédition, afin de n’être pas vû par l’ennemi ou par ses espions. On envoie le jour quatre ou cinq chariots sur la chaussée, avec quinze ou vingt hommes d’escorte, qu’on cotoye toujours à vûe dans un bois, derriere un rideau, ou dans un chemin creux. Si les partis ennemis sont dans les environs, ils ne manquent pas de tomber sur ce petit convoi, qu’ils croyent bien meilleur à cause de son escorte ; mais, dans le moment qu’ils viennent pour l’attaquer, les quinze ou vingt cavaliers se retirent du côté de l’embuscade, ou ils sont à l’instant poursuivis vivement par une partie de la troupe ennemie ; pendant que l’autre se jette sur les voitures, croyant y butiner. Alors on débande après elle autant de monde qu’il en faut, et sur-tout les cavaliers les mieux montés, pour qu’elle n’échappe point, et on les suit en bon ordre, avec le reste du détachement, afin d’être en état de faire face aux ennemis, s’il en paroissoit un plus grand nombre pour soutenir les premiers. Sur la fin de la campagne de 1747, Mr de Grassin étoit à Nivelle avec son régiment, pour protéger la communication de Bruxelles à Namur, qui étoit si infestée des partis ennemis, que tous les allans et venans étoient dépouillés, particulierement les officiers qui alloient en semestre. Il envoya un détachement de cavalerie pour leur donner la chasse. Ce détachement roda pendant deux ou trois jours dans les bois et dans les autres lieux couverts à portée de la chaussée, où il joignit et battit les ennemis en deux rencontres, les fit presque tous prisonniers avec un officier, et la sûreté de la communication fut rétablie. Il arrive quelquefois qu’un chef est obligé d’occuper un village ouvert de tous côtés, parce qu’il ne s’en trouve pas sur la communication qui soit fermé de murailles, de fossés, ou muni d’un château. Comme ces situations sont fort hazardeuses, il doit tirer de son industrie et de sa capacité, tous les moyens de se couvrir contre les attaques et contre les surprises. Il ne peut le faire d’abord qu’avec beaucoup de vigilance, en disposant ses gardes à propos, et en fermant toutes les rues avec des chariots. Ensuite si tout le village n’est point susceptible d’être retranché, à cause de sa grandeur, il en choisit la partie du terrein la plus avantageuse, soit par son élévation, soit par l’eau, soit par un chemin creux qui l’environne, soit par un assemblage de maisons non couvertes de paille et éloignées des autres, principalement de l’église et du clocher, pour n’être point exposé à un feu plongé dans une attaque, à moins qu’ils ne fassent partie du lieu qu’il veut occuper ; auquel cas il fait une place d’armes du cimetiere, s’il n’est pas commandé par les maisons d’alentour. Aussi-tôt que la situation est reconnue telle qu’il peut la désirer, et que le plan du retranchement est tracé, il fait venir les habitans des villages circonvoisins, qu’il met à l’ouvrage avec des officiers et des sergens entendus, pour avoir inspection sur le travail et le faire avancer et perfectionner le plus diligemment qu’il est possible. Il faut donner beaucoup de profondeur et de largeur aux fossés, et y faire venir l’eau, si cela se peut. Si la troupe est logée dans des maisons couvertes de paille, il faut pousser les retranchemens assez loin pour éviter d’être brûlé par le feu des ennemis dans une attaque, et pour avoir un espace de terrein entre, capable de contenir toutes vos troupes en bataille sans confusion. L’hyver de 1747 à 1748, les ennemis voulant faire un poste avancé de la petite ville d’Herenstats, y placerent leurs compagnies franches. Elles s’y retrancherent dans une partie, par des ouvrages palissadés, et abandonnerent l’autre trop difficile à garder, à cause de son étendue et de la défectuosité des murailles. Mr de Grassin en fit de même en 1746 au village de Wetherem sur la Dyle, qu’il couvrit de bons retranchemens de terre, dans lesquels il plaça toute son infanterie, et il laissa sa cavalerie en deça de la riviere. Toutes ces précautions assurent non-seulement la tranquillité dans un poste ; mais même dans l’esprit des soldats et des officiers, qui sont toujours en l’air, quand ils ne voyent rien qui puissent les mettre à couvert d’une surprise.
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