| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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Chapitre XXII - Des autres services que le général peut tirer des troupes legeres
Outre les détachemens et les courses continuelles que fait un corps de troupes legeres, il y a souvent des occasions où le général l’emploie, comme à l’avant-garde et à l’arriere-garde de l’armée, à l’attaque des petits postes qui se trouvent sur son passage, à reconnoître les mouvemens de l’ennemi, et à garder un bois ou un défilé pendant une bataille, et enfin à la poursuite d’une armée battue et en déroute. Un colonel, avec son régiment, qui fait l’avant-garde d’une armée, qui change simplement de position, n’a d’autre besogne à faire que de jetter des petits détachemens en avant, à droite ou à gauche, pour éclairer la marche des colomnes, et donner la chasse aux partis qui viennent voltiger sur les aîles pour butiner. Mais lorsque cette armée fuit celle des ennemis pour l’atteindre, il ne cesse d’harceler son arriere-garde, en jettant après elle une partie de son corps, qui donne dessus avec d’autant plus de hardiesse, qu’elle sçait que l’ennemi ne veut point s’engager en retardant sa marche, pour faire face aux assaillans. On harcele la queue d’une arriere-garde en allant continuellement sur les flancs se saisir à propos des lieux de difficile accès qui forment un défilé, comme des bois, des montagnes, des marais, des canaux, entre lesquels l’ennemi est obligé de marcher, et de recevoir des coups sans pouvoir y répondre, parce qu’il ne voit pas d’où ils partent, et qu’il ne peut aller attaquer des gens cachés et dispersés de côté et d’autre, dans des endroits impraticables. C’est ce qui a rendu nos marches et nos retraites si pénibles en Bohême et en Piedmont. Mais lorsque, soutenu de votre armée, vous suivez une arriere-garde en plaine, vous débandez à ses trousses la moitié de votre cavalerie, qui ne cesse de l’inquiéter par de vives escarmouches. Si l’ennemi fait volte-face pour la charger, elle tâche de l’engager en se retirant, toujours faisant le coup de pistolet et de mousqueton, pendant que vous marchez en bonne contenance, avec le gros de la troupe, pour la soutenir et charger l’ennemi à son tour, quand il s’est porté trop en avant pour être protégé du corps de son arriere-garde, qui ne retarde point sa marche, pour éviter de se compromettre avec l’avant-garde de votre armée, qui le talonne toujours, afin de l’attirer à une action générale. Il ne faut cependant pas trop s’abandonner à la poursuite en ces occasions ; car il arrive souvent que vous êtes ramenés plus vîte que vous n’avez été. C’est pourquoi, dans toutes les actions, petites ou grandes, un commandant de troupes legeres doit toujours conserver un corps rassemblé pour soutenir les troupes dispersées, et leur servir de protection pour se rallier lorsqu’elles sont poussées vivement ; faute de quoi les premiers cavaliers chargés, renversent et entraînent tous les autres dans une déroute générale, sans regarder derriere eux, et quelquefois sans sçavoir à qui ils ont affaire. Ce désordre est très-dangereux dans un défilé ; on ne peut éviter d’être culbuté, qu’en se jettant promptement de droit ou de gauche, pour laisser un passage libre aux fuyards, qui doivent se reformer derriere vous, et en prévenant et chargeant l’ennemi à votre tour. Une troupe qui attaque en desordre, donne avec beaucoup plus de confiance, lorsqu’elle se sent soutenue par un corps de réserve, sur lequel elle peut se retirer en cas d’échec. C’est une commission pénible et dangéreuse, de faire l’arriere-garde d’une armée qui fait un mouvement en présence de son ennemi, ou qui a été battue. Le general y place toujours ses troupes legeres, qui doivent avoir pour unique attention, de manœuvrer avec tant de prudence et de circonspection, qu’elles ne se compromettent point et n’engagent rien ; parce qu’elles seroient abandonnées, pour ne point retarder la marche du reste de l’arrière-garde. Elles doivent encore marcher de façon qu’elles puissent se secourir mutuellement, en faisant face souvent à l’ennemi, pour protéger les derniers piquets, lorsqu’ils sont trop pressés par les coureurs ennemis, auxquels on peut donner un coup de patte, quand ils sont assez éloignés de leur gros, pour qu’on ait le tems de leur dresser une embuscade, ou de les charger vivement avant qu’ils puissent être secourus. S’il se rencontre un défilé, on le fait garder de droite ou de gauche par les premieres troupes, pour favoriser le passage des dernieres ; mais surtout il vaut mieux se refuser la satisfaction de tailler en piéces une troupe ennemie avancée, que de rien engager ; c’est où gît la science des retraites, et le salut d’une arriere-garde vis-à-vis d’un ennemi supérieur. Ces retraites décident de l’habilité d’un général, comme celle d’un officier particulier ; car un jeune homme, sans expérience, peut bien aller en avant, et attaquer, avec toute la vivacité de son âge ; mais il n’aura pas la conduite et la prudence nécessaires pour faire une retraite en présence d’un ennemi supérieur. Notre armée, en 1746, ayant quitté le camp des cinq étoiles, pour prendre une autre position, fut attaquée à son arriere-garde, dans la plaine de Ramillies, par toutes les troupes legeres des alliés, qui donnerent sur le régiment de Grassin en queue et en flanc. Celui-ci se présenta toujours en si bonne contenance, que non-seulement il ne reçut point d’échec ; mais au contraire, qu’il chargea vivement, le sabre à la main, les troupes de hussards trop avancées, sans rien engager. Cette belle manœuvre, dont toute l’armée fut témoin, fit un honneur infini à ce régiment, qui perdit beaucoup d’hommes et de chevaux par le canon et par la mousqueterie des ennemis. Lorsqu’un général entre dans un païs coupé, et gardé par des postes ennemis, il les fait ordinairement attaquer et enlever par ses troupes legeres ; ce qui se fait par surprise, ou à force ouverte, avec une piéce de canon ou deux, quand l’endroit n’est pas susceptible d’être emporté l’épée à la main. C’est ce qu’exécuta le régiment de la Morliere, avec beaucoup de valeur et de conduite, dans l’îsle de Cadsan, dans la campagne de 1746. Il contraignit, en peu de tems, les ennemis d’abandonner le païs jusqu’à la mer, après avoir fait des prises immenses d’hommes et de chevaux. Enfin, outre le service qui est propre aux troupes legeres, il se présente mille autres occasions où le général peut s’en servir. M. le Maréchal de Saxe, par exemple, ayant été informé à la bataille de Fontenoy, qu’il paroissoit une tête d’ennemis sur la chaussée de Tournay à Leuse, y jetta, ainsi que dans le bois de Bary, tout le régiment de Grassin, qui couvrit non-seulement toute cette partie ; mais encore qui fut aux mains avec l’ennemi pendant l’action. A la bataille de Rocou, les régimens de Grassin et de la Morliere, formerent la pointe de l’attaque du village d’Hans du côté de Liége, et y entrerent les premiers. Ils étoient en même position à la droite de l’armée, sous les ordres de Mr le Comte d’Estrées, à la bataille de Lauffeld, où ils furent renversés et terrassés par la cavalerie angloise.
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