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Histoire Militaire et Stratégie
Correspondance de Napoléon
RIHM
 

 

Chapitre XXIV - De l’équipage des officiers de troupes legeres

 

Le superflu dans les équipages d’une armée, entraîne après lui mille inconvéniens, soit dans les marches, soit dans les retraites précipitées, soit même dans un jour de bataille, lorsqu’il partage trop ou trop peu, l’attention du général. La position du bagage de l’armée de France à la bataille de Ramillies, contribua beaucoup à la victoire que remporterent les alliés selon Mr. de Feuquiere.

Dans un régiment de troupes legeres posté en avant, ces inconvéniens deviennent susceptibles de grands malheurs, par l’embarras et par la confusion que le trop de bagage occasionne dans un quartier surpris et attaqué brusquement la nuit, et dans une marche dangereuse et pénible. En pareille situation, beaucoup d’officiers au lieu de courir à la tête de leur compagnie, ne sont occupés qu’à faire atteler leurs voitures, ou charger leurs chevaux, pour sauver promptement leur équipage ; pendant que les soldats se dispersent de côté et d’autre, faute d’avoir des commandans pour les rassembler et pour faire la tête de l’ennemi. Ce desordre cause ordinairement la perte d’une troupe.

Il est donc du devoir d’un colonel, pour le bien du service, et même pour celui de sa troupe en général, de ne point souffrir de gros équipages à la suite de son régiment, et encore moins de ses détachemens. Lui, le lieutenant-colonel et le major, peuvent avoir un chariot ou une chaise, qu’ils laissent toujours au gros de la troupe, pour transporter, dans un besoin, les officiers blessés au quartier général, et pour porter les vivres qui leurs sont nécessaires. Lorsqu’il y a des soldats blessés ou malades, on prend des chariots de païsans pour les conduire à l’hôpital. Cette attention de la part d’un chef, opere deux biens, l’un d’éviter l’embarras et la confusion dont on vient de parler, et l’autre d’empêcher la ruine des officiers, par la perte d’une quantité superflue d’effets qu’ils portent avec eux.

La petite guerre est un métier de fatigue ; le plus souvent, on la fait avec toute la dureté et la frugalité lacédémonienne ; et dans de certains momens, avec une abondance qui va à la prodigalité : cela dépend des positions où l’on se trouve.

Un arbre, un trou dans la terre, ou une barraque construite à la hâte, sont presque toujours le couvert des troupes legeres, excepté de celles qui campent. Un manteau, une peau d’ours, composent tout le lit de l’officier aisé ; les autres, n’ont, tout au plus, que le manteau, le reste de leurs équipages est tout aussi simple. C’est cette vie dure, et les fréquentes occasions de ce service, qui développent immanquablement l’intelligence des sujets, et les forment à l’épreuve du froid, du chaud, des veilles, des marches, et des autres fatigues. Enfin c’est à la petite guerre où presque tous les jeunes seigneurs apprenoient autrefois, par gradation, l’art de commander de gros détachemens, et ensuite les armées. Ils commençoient à aller en parti, comme volontaires, sous des chefs expérimentés. Après quoi le général leur confioit des détachemens de cavalerie et d’infanterie de l’armée. Il n’y avoit point de troupes legeres en France dans ces tems-là. Lorsqu’il se présentoit une expédition, une escarmouche, ou quelques-autres occasions de faire le coup de pistolet, il sortoit de l’armée une quantité de volontaires de la premiere qualité ; c’est ce qu’on appelloit faire le carabin. Aussi lorsqu’ils étoient dans une position hazardeuse avec leur régiment, ils ne se trouvoient point embarrassés, soit pour assurer la tranquillité de leur poste, soit pour faire une exécution, ou une retraite dangéreuse.

 

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