Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains

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Chapitre V - Du colonel des troupes légères

Il est absolument nécessaire qu’un colonel de troupes legeres soit homme de service, et connoisse parfaitement la partie de la petite guerre ; puisqu’il est responsable d’un corps que le roi lui a confié, et qui par sa position en avant sur le païs ennemi, est à chaque instant exposé à être enlevé.

En supposant à un chef de nos corps tous les sentimens qui doivent le guider, non-seulement dans les actions militaires, mais dans celles qui concernent la police et la justice de son régiment ; il doit être prudent, vigilant et entreprenant ; avoir la connoissance parfaite de la carte du païs où il fait la guerre ; avoir de bons espions et ne mépriser aucun avis. De là dépend la sûreté de son corps, et la tranquillité d’une armée, par les nouvelles qu’il peut donner à son général de la position et des mouvemens de l’ennemi.

Dans un poste fixe et hasardeux, un colonel de troupes legeres ne doit point manquer d’inquiétude en aucune façon, soit en tenant continuellement sa troupe sous les armes, et son bagage chargé, soit en prêtant l’oreille à des représentations qui viennent souvent de la timidité qu’inspire le voisinage de l’ennemi, et qui se répand dans toute la troupe ; soit enfin par quantité de faux avis dont un chef est assailli dans ces occasions, et qui souvent le déterminent à abandonner un poste, en oubliant son devoir, les regles de l’art, et toutes les précautions qui pouvoient le garantir d’une surprise.

Si un colonel de troupes legeres n’est point entreprenant dans les choses qu’il exécute ou qu’il fait exécuter, il ne s’acquerrera jamais par des coups hardis et surprenans, cette grande réputation qui a élevé aux premiers honneurs dans les siécles passés, et principalement dans celui-ci, les officiers qui se sont distingués par des services importans.

Il faut non-seulement qu’un colonel, mais tous les officiers qui menent des partis à la guerre, donnent quelque chose au hazard, selon l’exigence des cas, et avec toutes les précautions qu’ils ne doivent point ignorer : car, le plus souvent, ce n’est point dans les entreprises préméditées et les mieux concertées, qu’un chef réussit ; mais dans une occasion que le hasard et la fortune lui présentent. Enfin, la petite guerre est un métier d’avanture, et ceux qui la faisoient dans le quinziéme siécle sous les Bayard, sous les Montluc et autres, se nommoient avanturiers. Il y a des positions où un chef doit entendre les conseils et les avis des officiers de son corps, et s’en tenir à celui qui lui paroît le plus salutaire pour se tirer d’un mauvais pas, ou pour exécuter une commission dangéreuse ; mais aussi il doit garder un secret inviolable dans tous ses projets : et s’il les confie à une personne ou deux tout au plus, il faut qu’il ait avant, bien éprouvé leur discrétion.

Lorsqu’il se trouve dans nos corps des officiers qui se distinguent par leur zéle et par leurs actions, le colonel ne peut se dispenser sans la plus grande injustice, d’en informer le ministre de la guerre et le général de l’armée, afin de leur procurer les graces du roi, et de mettre l’émulation dans son corps ; car ce sont leurs actions qui lui donnent cette réputation qu’il doit partager avec eux. Il seroit donc de la derniere ingratitude à un chef de rendre réversible à lui seul, non-seulement tout l’honneur, mais tout le fruit des travaux de ses officiers ; il détruiroit la bonne volonté, l’espérance et le courage, pour faire place aux murmures et aux plaintes. Que de reproches et de mauvais propos n’occasionne-t-il pas encore, lorsqu’il veut gérer les affaires de son régiment, avoir la manutention des espéces et en faire l’emploi ? Cette conduite, fût-elle accompagnée de la probité la plus scrupuleuse, laisse toujours de mauvaises impressions dans l’esprit d’un corps, et même des étrangers ; d’où naissent les dissentions, qu’un Chef injuste représente au ministre sous le voile de la cabale et de la mutinerie, lorsque ce n’est que l’effet d’un mécontentement général des Officiers de son régiment, qu’il peut éviter en laissant aller les choses selon l’usage établi dans tous les autres corps, et en se conduisant par la justice et par les loix militaires.

Dans un régiment de nouvelles levée, le colonel ne sçauroit trop marquer de fermeté pour y établir l’ordre, la discipline, et l’harmonie, qui se rencontre rarement dans un assemblage de gens qui ne se sont jamais vûs ni connus. Il doit y faire faire le service avec toute l’exactitude possible, n’y recevoir que des hommes et des chevaux propres pour le métier ; et ainsi du reste.

Comme il y a des compagnies plus malheureuses les unes que les autres, qui se trouvent ruinées à la fin d’une campagne ; on doit leur procurer, quand cela se peut, des aisances pour se rétablir, et sur-tout dans le cas où il n’y a point de la faute du capitaine, mais que des accidens inséparables de notre état en sont la cause. Enfin c’est de la conduite d’un chef que dépendent les bons ou les mauvais succès d’un corps de troupes legeres en campagne.

Il y auroit encore une infinité de choses à dire sur son article, dont on aura sujet de parler à chaque instant dans ce traité.

 

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