Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains

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Stratégique

Histoire Militaire et Stratégie
Correspondance de Napoléon
RIHM
 

 

Introduction

 

 

Réflexions préliminaires, et exposition

d’un nouvel ordre de bataille.

Plusieurs campagnes de guerre sur les armées navales, trois batailles où je me suis trouvé, l’analyse des tactiques navales, la lecture attentive des journaux et mémoires, sur les manœuvres de nos armées et sur celles de nos ennemis dans les affaires dont je n’ai point été témoin, m’ont fait sentir la nécessité de perfectionner l’art de se défendre et d’attaquer sur mer. Je me suis livré à cette idée avec d’autant plus d’encouragement que, j’ai entrevu la chose possible.

J’ai envisagé cet art sous un nouveau point de vue, j’ai établi de nouveaux principes, et je me suis attaché à les déduire d’une manière succincte et intelligible. Puissent les officiers qui en auront connoissance rendre justice à mon intention, s’ils n’approuvent pas mes idées !

Si des hommes éclairés et sans prévention veulent analyser mon travail, et qu’ils disent qu’il peut être utile, je sentirai une douce satisfaction succéder dans mon âme au calme d’une intention pure, et sans autre prétention que celle d’occuper mes loisirs à la recherche des moyens que voici :

De rendre nulle une partie des forces de l’ennemi, afin de réunir toutes les siennes contre celles que l’on attaque, ou qui attaquent, et de vaincre ensuite le reste avec plus de facilité et de certitude ;
De ne présenter à l’ennemi aucune partie de son armée qui ne soit flanquée, et où, il ne fût combattu et vaincu s’il vouloit se porter sur les parties de cette armée reconnues foibles jusqu’à présent.

L’art de la guerre ne consiste pas seulement dans la bravoure ou l’opiniâtreté des individus ; mais il consiste principalement à se rendre maître du champ de bataille, à s’emparer de son ennemi encore en état de défense, ou à le mettre en fuite en lui inspirant de la terreur. C’est ainsi que la gloire d’une nation peut se caractériser, et que la réputation d’un corps militaire peut passer avec raison à l’immortalité.

La nouvelle tactique que je vais proposer est naturellement faite pour confirmer ces vérités utiles, si l’officier général qui commande une armée assujettie à mes nouveaux principes ne perd pas de vue l’objet essentiel que je viens de tracer, et s’il fait en conséquence manœuvrer les différents corps de cette armée de façon à détacher une partie de l’armée ennemie du reste de cette armée, et à tenir au vent cette partie détachée, parce que, dans cette position, elle doit être réduite par toutes les forces réunies de l’armée dans le nouvel ordre, avant qu’elle ne pût être secourue par le reste de l’armée ennemie qui seroit sous le vent. C’est ce que je me propose de prouver incontestablement; et j’espère que cette assertion paroîtra d’autant plus juste, que l’on verra que, dans toutes les circonstances, le commandant général de l’armée n’aura à s’occuper que de deux positions dans l’une et l’autre amure nécessaire aux trois escadres de son armée, d’où résultent quatre ordres généraux dans chaque position, dont la combinaison des mouvements produit plus de 240 positions différentes ; en un mot, toutes celles qui peuvent permettre de faire face à l’ennemi très promptement, sans désunion (même après s’être désunis), à tous les points de l’horizon où cet ennemi se présenteroit, soit dans l’attaque, soit dans la défense, au vent, ou sous le vent, où chaque escadre n’auroit jamais d’autre route à faire qu’une de celles du plus près, ou de leur opposé, pour passer d’un ordre à l’autre, et où enfin ces mêmes escadres pourroient facilement se porter ensemble en ordre de combat sur une partie des forces de l’ennemi dans les changements de vent pendant l’action, qui peuvent au contraire occasionner la perte d’une bataille à une armée, dans l’ordre usité, lorsque ces changements arrivent dans les mêmes circonstances.

Il me semble que, jusqu’à présent, l’on n’a pas considéré l’art de la guerre sur mer sous ses vrais points de vue et que les traités de la tactique navale qui ont été publiés par le P. Hoste, M. de Morogues, M. du Pavillon, et autres, ne servent qu’a enseigner la façon dont les vaisseaux doivent être rangés pour combattre, et non celle d’attaquer avec avantage un ennemi et de s’en défendre le mieux possible.

Je vois que toutes les règles prescrites dans ces traités réduisent à quelques propositions principales, où tous les vaisseaux d’une armée sont rangés sur trois colonnes, ou, sur une ligne, vent arrière, ou largue, et enfin sur les angles obtus de chasse, ou de retraite, et qu’elles ne servent qu’à faire connoître comment les vaisseaux doivent manœuvrer pour se former sur une seule ligne au plus près, qu’ils ont nommée l’ordre de bataille, et pour passer de cette ligne aux différentes positions ci-dessus, qu’ils ont nommées ordre de marche et de convoi ; que quelques-uns même des tacticiens ont considéré l’ordre de bataille sur une seule ligne au plus près comme un ordre invariable 1. Cependant l’expérien-ce a prouvé que si une armée qui est formée sur cette ligne est divisée par un changement de vent, par une attaque vigoureuse de l’ennemi, ou quelque autre cause, les vaisseaux qui en sont détachés n’agissent plus que comme des membres isolés qui n’ont plus de disposition collective 2 , et à qui il est presque impossible de se réunir pour former un nouveau corps et une volonté à l’exécution des ordres du général.

L’expérience a prouvé encore que, de toutes les positions ou ordres de marche sur trois colonnes dans ces tactiques, on ne sauroit passer à l’ordre de bataille, à la portée du canon de l’ennemi, sans donner jour à cet ennemi de pénétrer dans la ligne. que l’on veut former, s’il sait profiter des positions désavantageuses où les colonnes doivent se trouver en faisant les mouvements nécessaires à la formation de cette ligne 3.

Elle prouve enfin que, quand l’ennemi n’auroit pas pénétré dans la ligne pendant qu’elle se forme, il peut, lorsqu’elle est formée, se porter en nombre supérieur sur une de ses parties, à l’avant-garde ou à l’arrière-garde, lorsqu’il est au vent pour la mettre en désordre 4 parce que les deux extrémités de cette ligne sont toujours sans défense, et que, vu sa grande étendue, on ne peut s’y porter, pour les défendre, avec autant de célérité que l’ennemi qui les attaque.

D’après ces vérités incontestables, il m’a paru nécessaire de s’écarter des règles prescrites, pour trouver une tactique plus parfaite où tous les mouvements généraux d’une armée relatifs à ses positions ; où les forces. de cette armée fussent disposées de manière que les deux extrémités d’une ligne de combat n’eussent plus rien à craindre de la part de l’ennemi ; où l’on fiât en état de faire agir les escadres, sans confusion, collectivement et séparément ; où leur séparation ne fût plus regardée comme un désavantage ; où les mouvements de chaque corps pussent se faire à la portée du canon de l’ennemi, au moment de l’attaque, sans être exposé à son feu ; où enfin toutes les forces d’une armée fussent disposées de telle sorte qu’elle pût attaquer avec avantage et se défendre le mieux possible. C’est de quoi je me suis occupé. Mais avant que de faire part de mes idées à cet égard, je vais faire voir que l’ordre de bataille usité ne peut pas être convenable à la défense ni à l’attaque, et qu’il ne doit pas être considéré comme invariable, puisque l’au-teur qui a fixé les règles de la tactique reçue, et sur lesquelles toutes les autres ont été modelées, ne pensoit pas lui-même qu’elle fût telle.

Cet ordre unique, qui représente tous les vaisseaux sur une seule ligne, au plus près du vent, faisant route dans les eaux les uns des autres, très serrés entre eux 5, est observé avec d’autant plus de rigueur que si, dans l’action, les vaisseaux ne sont pas rapprochés et comme enchaînés les uns aux autres, on les croit exposés à une défaite certaine, et que la plupart des individus, qui sont persuadés de la nécessité de cet enchaînement intime, sont alarmés, et même déconcertés, lorsque l’ennemi a pu pénétrer dans cette ligne. Cependant une foule de causes peut contribuer à la rompre, sans que le commandant de l’armée ni les commandants particuliers puissent l’éviter, quelles que soient, leur prévoyance et leur présence d’esprit, telle que le démâtement subit de quelques vaisseaux, qui, par cette raison, abandonnent nécessairement leurs postes ; telle que le défaut de construction de quelques vaisseaux qui dérivent beaucoup plus que d’autres, sortent de la ligne sans changer ni de route, ni de manœuvre, et laissent un espace libre pour diviser cette ligne dans toutes les parties où se trouvent les vaisseaux de cette espèce ; telle enfin qu’un changement de vent, qui peut donner jour à l’ennemi de pénétrer dans cette ligne avant que l’ordre y soit rétabli, surtout si les vents lui ont adonné.

Cet ordre de bataille est donc infiniment défectueux dans le cas où il faut se défendre, puisqu’il ne faut qu’une bordée malheureuse, une déviation involontaire d’un vaisseau mal construit, et un caprice du vent, pour donner l’avantage à l’ennemi.

Ce n’est pas tout : il l’est encore dans une grande armée par rapport à la communication des signaux et la facilité que doit avoir un général de prescrire des ordres convenables à la position de son armée, parce que l’étendue extrême de cette ligne de combat peut retarder la communication des signaux, et par conséquent l’exécution de ses ordres, et les rendre même impossibles à exécuter 6 ; parce qu’il ne peut juger avec précision, dans un point de vue trop éloigné, des espaces convenables aux différentes manœuvres qu’il peut ordonner. Mais considérons maintenant cette ligne de bataille par rapport à l’attaque.

La dépendance absolue et étroite dans une ligne de bataille, depuis le chef de file jusqu’au serre-file, qui doivent la rendre plus forte sur la défensive, lorsque aucune de ses parties n’a souffert de funestes effets des causes indiquées ci-dessus, lui donne une inertie absolument nuisible quand il est question de livrer combat.

Si l’ennemi est en force inférieure et s’il prend la fuite, il dirige naturellement sa route à l’aire du vent où il croit avoir la marche la plus avantageuse ; il arrive même quelquefois que chaque vaisseau force de voiles sans avoir égard à aucun ordre de marche qui pourroit gêner sa fuite 7 : alors l’armée qui poursuit ne peut raisonnablement observer la ligne de bataille en chassant l’ennemi ; car, pour le joindre nécessairement, il faut, ainsi que lui, mettre toute la voilure possible, et faire route à toutes les aires du vent prescrite, par chacune des routes des vaisseaux qui sont poursuivis : cet ordre de bataille est donc inutile en pareil cas.

Si l’on suppose l’armée ennemie de force égale, et disposée à recevoir le combat, comment pourra-t-on l’attaquer avec avantage si l’on ne se porte point en nombre supérieur sur son arrière-garde pour faire en sorte de rompre sa ligne, ou la mettre en désordre mais, dans ce cas, n’est-on pas encore obligé de négliger l’ordre de bataille usité ?

Si enfin, au lieu de se porter en nombre supérieur sur une des extrémités de la ligne du combat, on veut prolonger cette ligne au vent pour lui présenter un égal front de bataille, depuis le chef de file jusqu’au serre-file, de sorte que chaque vaisseau d’une de- ces lignes réponde à chacun des vaisseaux de la ligne ennemie qu’en peut-il résulter, si ce n’est une action livrée aux coups du hasard 8 où le chef le plus habile ne peut faire exécuter aucune manœuvre générale pour sauver une partie de son armée qui seroit endommagée, sans en exposer une autre à sa défaite en lui faisant faire les mouvements nécessaires sous le feu de l’ennemi 9 ? Aussi voit-on qu’une action de cette espèce reste toujours indécise, parce qu’après beaucoup de coups donnés et reçus de part et d’autre, les généraux continuent à s’observer jusqu’à la nuit, dont le moins opiniâtre profite pour s’éloigner par quelque manœuvre inattendue, comme l’ont fait Keppel à Ouessant, et Byron à la Grenade.

Enfin cet ordre de bataille, qui peut exposer l’armée qui attaque aux mêmes inconvénients que celle qui se défend, par rapport à la communication des signaux, au caprice du vent, et à l’incertitude de l’espace convenable aux mouvements, qui ne permet point d’atta-quer l’ennemi avec l’avantage de supériorité sans être forcé de ne point avoir égard à ce même ordre, est donc aussi contraire à l’attaque qu’il est défectueux dans la défense : mais remontons au principe sur lequel on s’est déterminé à fixer l’ordre de bataille sur une seule ligne, et voyons si cet ordre peut-être regardé comme invariable.

Le traité de tactique de M. de Morogues, qui a été rédigé sur ceux qui l’ont précédé, sur lequel tous les autres se sont modelés, et qui a servi longtemps de livre classique aux écoles des gardes de la marine à Brest, commence par la définition suivante :

" La tactique navale est l’art de ranger les armées dans l’ordre qui convient, et de régler leurs mouvements. Ce n’est point une science établie sur des principes absolument invariables, etc. "

Cet auteur parcourt ensuite les différentes manières de combattre des anciens, et fait voir que l’usage des canons oblige nécessairement à combattre en ligne, parce que toutes nos armes, offensives et défensives, sont placées sur les flancs de nos vaisseaux, au lieu que celles des anciens étoient à la proue 10. Il établit enfin pour une règle constante, que, dans l’ordre de bataille, les vaisseaux doivent présenter le côté à l’ennemi, marcher serrés dans les eaux les uns des. autres, et gouverner dans la ligne le plus près du vent.

Cette règle doit donc être considérée comme la première de toutes celles de la tactique, parce que, dans cette position, il n’y a que le chef de file et le serre-file qui soient exposés à l’enfilade, le premier par la proue, et le dernier par la pouppe. Mais comme ces deux vaisseaux, placés aux extrémités de la ligne de combat, surtout le serre-file, se trouvent presque toujours attaqués et sans défense, comment n’a-t-on pas vu que l’ordre de bataille sur une seule ligne n’étoit pas l’ordre le plus avantageux que l’on pût observer ? C’est cependant ce qui paroîtra fort sensible lorsque j’aurai fait connoître la nouvelle façon dont j’ai imaginé de disposer les forces de l’armée, où ni le chef de file ni le serre-file d’une ligne de combat ne sont pas exposés à recevoir le feu de l’ennemi en enfilade sans être secourus promptement, où les escadres, marchant en ordre dans un très petit espace, sont plus à portée de distinguer les signaux, de se secourir mutuellement, et d’exécuter leurs mouvements.

Si l’on s’étonne, au reste, de cet exposé, et qu’avant de m’entendre, on veuille le juger à mon désavantage, j’ajouterai que, quoique cette disposition d’armée soit entièrement différente de celles indiquées dans les tactiques anciennes et modernes 11, elle est en quelque sorte autorisée par M. de Morogues lui-même, lorsqu’il dit, page 51, chap. 7, lig. 32 : " C’est au général à décider de ses manœuvres, et à voir s’il ne lui seroit pas également avantageux de faire fondre sur les corps respectifs de l’armée ennemie son armée divisée en trois corps, et un peu séparée, ou d’attaquer l’ennemi par division ". En conséquence, je vais proposer un nouvel ordre de bataille où l’armée, composée de trois corps, sera rangée sur trois côtés d’une losange régulière, formée par la rencontre des deux lignes du plus près, au lieu d’être sur une seule ligne comme dans l’ordre de bataille usité, et où un des corps sera toujours rangé en ordre de combat, tandis que les deux autres, appuyés sur le chef de file et le serre-file de ce corps, seront formés sur la ligne du plus près opposé, et feront route en échiquier 12, à la même amure que les vaisseaux qui sont en ligne de combat.

Dans cette position, les deux corps dont les vaisseaux feront route en échiquier seront destinés à couvrir le chef de file et le serre-file de la ligne de bataille, à empêcher l’ennemi de pénétrer dans cette ligne (lorsque, par les raisons déduites ci-dessus, il en auroit la facilité), à écarter l’ennemi s’il vouloit doubler l’arrière-garde pour la mettre entre deux feux; et ils pourront enfin se porter très promptement sur un des corps de l’armée ennemie pour le détacher du reste de cette armée, afin de combattre cette partie détachée avec tout l’avantage possible : c’est ce qu’on connoîtra très particulièrement dans la section des ordres généraux, et dans celle de l’essai sur les manœuvres de guerre.

Je diviserai cette tactique en cinq sections :

La première contiendra l’explication de quelques termes usités, ainsi que de ceux dont je donne une nouvelle définition; mais je ne ferai de figures démonstratives que pour ceux-ci parce que je ne compte parler qu’à des marins instruits.
La seconde est destinée à faire connoître les ordres généraux et leur utilité.
La troisième fera voir le développement de tous les ordres généraux, et toutes les évolutions nécessaires pour passer de chacun de ces ordres à tous les autres.
La quatrième fera sentir les avantages du nouvel ordre de bataille et traitera d’un essai sur les mouvements de guerre.
La cinquième enfin fera connoître les mouvements avantageux que peut faire une armée dans le nouvel ordre, qui combat contre une armée rangée dans l’ordre usité, lorsque les vents viennent à changer.

Je me propose, au surplus, d’ajouter à cet ouvrage, par la suite, les nouvelles idées qui pourront s’offrir à mon esprit, d’après l’expérience, soit par rapport à une manière plus parfaite d’exécuter les mouvements, soit par rapport aux signaux.

________

Notes:

 

1 On peut croire que cet ordre subsistera invariablement tant que les vaisseaux de guerre tireront leurs forces de leurs flancs (Tact. Nav. pour l’armée du roi, commandée par M. le comte de Grasse, pag. 22, paragraphe 2).

2 Consultez les mémoires du 12 avril 1782.

3 L’étude des évolutions fera sentir, par la difficulté de l’exécution précise, qu’il faut éviter, autant qu’on le peut, de faire beaucoup de mouvements devant l’ennemi. Les mouvements rompent presque toujours l’ordre, ils obligent quelquefois l’éloignement ou la réparation de quelques corps, comme lorsqu’on fait donner vent devant à une division pour s’élever ou pour changer de poste. L’ennemi, attentif, peut profiter de ce moment pour attaquer l’armée avant que son ordre soit formé. (Tact. nav. de M de Morogues, pag. 7, paragraphe 2.)

4 Les Anglois ont sans doute bien jugé de la foiblesse de notre ligne de bataille ; car dans les combats d’armées où je me suis trouvé dans les deux dernières guerres, ils ont fait leur premier effort sur notre arrière-garde, en s’y portant sans aucun ordre Il est même certain que la défaite de M. de Conflans n’a dépendu que de cette façon d’attaquer son armée ; qu’au combat d’Ouessant, et à celui de la Grenade, où nous avons combattu en ligne et en nombre inférieur à celui de l’ennemi, nous eussions eu beaucoup de désavantage sans la bonne manœuvre de M. le comte d’Orvilliers à Ouessant, qui fit de son arrière-garde son avant-garde, pour aller à l’ennemi au lieu de l’attendre ; sans celle de M,, de la Motte-Piquet, à la Grenade, qui plia quelques instants à l’attaque de l’ennemi, ainsi que plusieurs autres vaisseaux de l’arrière-garde, pour se former immédiatement après sur une ligne plus exacte, et sans la fausse manœuvre des vaisseaux de l’ennemi dans ce dernier cas, qui, au lieu de s’attacher à cette arrière-garde mise en désordre, l’abandonnèrent pour se rallier à leur armée qui se formoit au vent de la nôtre. Ce n’est donc point à la nature de la ligne de combat que nous devons le triomphe obtenu sur nos ennemis dans ces différentes actions ; mais c’est à la capacité de nos chefs, à la fermeté de nos capitaines, et à l’incapacité de l’ennemi que nous avions à combattre.

5 Les vaisseaux doivent présenter le côté, marcher serrés dans les eaux les uns des autres, et gouverner la ligne du plus près du vent (Tact. nay. de M de Morogues, pag. 5, lig. 6, 7 et 9).

6 Dans le combat, le général se trouve toujours trop éloigné des extrémités de la ligne pour pouvoir déterminer le moment d’exécuter la manœuvre. (Tact nav. pour servir à l’armée de M. le comte d’Ovilliers, pag. 10, instruction IV, lig. 26.).

7 Le jour même de l’affaire de M. de Conflans, avant qu’on eût apperçu l’armée ennemie commandée par l’amiral Wock, on trouva au point du jour, sur Belle-Isle, une escadre angloise de huit vaisseaux qui s’éhapperent de la poursuite de l’armée françoise en n’observant aucun ordre dans leur fuite, qu’ils prirent à toutes les aires des vents. depuis l’ouest jusqu’au nord-est, les vents étant au N.-N.0.

8 Il n’y a point d’affaire décisive à la mer, c’est-à-dire d’où dépende entièrement la fin de la guerre. (Tact. nav. de M. de Morogues, pag. 9, lig. 29.)

9 Tact. nav. de M. de Morogues, pag. 7, parag. 2, lig. 22.

10 L’ordonnance des armées devoit changer avec les armes. Celles des anciens rendoient les dispositions assez indifférentes on regardoit cependant comme un avantage d’avoir le vent sur l’ennemi, et qu’il eût le soleil au visage.

11 Les armées étoient quelquefois rangées sur deux ou trois lignes droites paralleles ; rarement elles étoient sur une seule ligne, à moins qu’elle ne fût en croissant. (Tact. nav. de M. de Morogues, pag. 3, lig. 32.).

12 Comme je ne serois point étonné que quelques marins se récriassent qu’il est très difficile aux vaisseaux d’une ligne de conserver leur poste en échiquier, et que c’est un obstacle à l’admission d’une nouvelle tactique, il me sera facile de leur répliquer d’une manière péremptoire, en leur disant :

 

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