| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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L’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) a été créé en 1991 par Pascal Boniface, maître de conférences, ancien conseiller du ministre Pierre Joxe, dans le cadre de l’Université Paris-Nord. Depuis, il a pris son indépendance en tant qu’association. Il publie une revue, Relations internationales et stratégiques, devenue ensuite Revue internationale et stratégique, ainsi qu’un rapport annuel, L’année stratégique, qui comportait, jusqu’en 1998, la traduction de The Military Balance de l’International Institute for Strategic Studies (IISS) de Londres (celle-ci a été abandonnée) et une partie originale consacrée à l’analyse des événements et tendances de l’année. Il organise régulièrement des colloques. Son activité proprement stratégique était, jusqu’à présent, faible et il était plutôt un institut de relations internationales. Le volet stratégique devrait se développer avec la récente arrivée du général Loup Francart, qui a joué un grand rôle dans le renouveau des études doctrinales dans l’armée de terre. Son budget, en nette augmentation depuis quelques années, approche les 9 millions de francs. Le Centre interdisciplinaire de recherches sur la paix et sur la stratégie (CIRPES) est, à la fois, un centre universitaire et un institut indépendant. Il a été créé par Alain Joxe, à l’École des hautes études en sciences sociales, en 1982. En 1989, à la suite de quelques problèmes internes, une association, officiellement dénommée Groupe de recherches interdisciplinaires sur la stratégie et la paix (GRISP), est venue doubler le CIRPES, lequel est enregistré à l’EHESS comme Groupe de sociologie de la défense. Il publie une très intéressante lettre d’information, qui s’est d’abord appelée Paix et conflit avant de devenir Le débat stratégique, ainsi que des cahiers depuis 1983. Parmi ses points forts, on relève notamment l’étude des industries d’armement, grâce à Jean-Paul Hébert. Son budget a fortement fluctué, en fonction de ses relations avec les ministères de la Recherche et de la Défense. Sa subvention actuelle est relativement modeste (230 000 francs). L’Institut de stratégie comparée (ISC) a été créé par une équipe d’anciens de la FEDN (Alain Bru, Hervé Coutau-Bégarie, Lucien Poirier…) en 1994. Il est théoriquement installé à la Sorbonne (son siège social est à l’École pratique des Hautes Études) mais n’a, en réalité, ni locaux, ni personnel. Il a racheté les actifs de la FEDN et a repris, après une interruption de deux ans, la publication de la revue Stratégique 44 qui en est actuellement à son numéro 74-75. Il n’organise guère de rencontres et se consacre à la recherche fondamentale : théorie stratégique, histoire des doctrines stratégiques, géostratégie, histoire militaire et navale. Il a publié, en 6 ans, environ 75 ouvrages, dont la réédition des Théories stratégiques de l’amiral Castex en 7 volumes, et lancé un site Internet (stratisc.org) qui est le plus important site en langue française consacré à la stratégie et à l’histoire militaire. Il a reçu, en 1999, une subvention de 60 000 francs ; son budget n’atteint pas 350 000 francs. Il faudrait encore citer un certain nombre de clubs de rencontre, comme :
Tous ces organismes participent au débat sur la défense plus qu’à la recherche stratégique proprement dite. En marge, il faut mentionner un organisme discret, mais dont l’activité est notable, la STRATCO (société française de conseil, d’audit et d’études en matière de défense et de stratégie). Société commerciale créée dans le sillage des sociétés para-publiques qui fournissent l’encadrement humain des exportations d’armement (COFRAS pour l’armée de terre, NAVFCO pour la marine, AIRCO pour l’armée de l’air, toutes filiales du holding d’État Défense Conseil International), elle emploie de nombreux officiers généraux ayant quitté le service actif, ce qui lui assure un accès privilégié aux états-majors et une connaissance de la dimension militaire "de l’intérieur". À la différence des instituts, elle cultive la discrétion et il est difficile de porter un jugement sur sa contribution, qui semble aujourd’hui en déclin. En province, on ne peut guère citer que la Fondation méditerranéenne d’études stratégiques (FMES), installée à Toulon depuis 1989, avec le soutien de la ville et du département : elle a diverses activités, notamment l’animation des sessions méditerranéennes du Centre des hautes études de l’armement et du programme méditerranéen STRADEMED (stratégie - développement Méditerranée), qui organise des sessions ouvertes à tous les riverains de la Méditerranée et subventionnées par l’Union européenne. Le mouvement pacifiste n’a pas, en France, à la différence de ses homologues américain, britannique ou allemand, de centre de recherche stratégique digne de ce nom. La seule exception est le Centre de documentation et de recherche sur la paix et les conflits, créé à Lyon en 1984. Il publie la revue trimestrielle Damoclès et des "Études", souvent très fouillées, mais quelque peu biaisées par un anti-militarisme militant 45. Enfin, on ne saurait omettre la revue Défense nationale, anciennement Revue de défense nationale, mensuel publié depuis 1945 46 par le Comité d’études de défense nationale. Son statut officieux (elle est installée à l’École militaire et publie régulièrement les discours du Président de la république et du premier ministre à l’IHEDN) lui impose une grande prudence sur tout ce qui touche à la stratégie française. Elle n’en publie pas moins régulièrement des articles proprement stratégiques (de l’amiral Duval, du général Francart, du capitaine de vaisseau Dufourcq…) et on comprend mal, sauf à faire intervenir des facteurs personnels, la charge de Pascal Boniface pour qui "la revue a incontestablement perdu une partie de l’attrait intellectuel qu’elle avait auparavant" 47. Nombre d’universités ont créé des centres de recherche, généralement autour d’un DEA ou d’un DESS de défense ou comportant une option défense. Le problème est que cet émiettement, à peine atténué par quelques coopérations ponctuelles, se traduit par des moyens dérisoires. Les budgets se chiffrent, au mieux, en dizaines de milliers de francs : la dotation qu’accorde normalement une université à un centre varie entre 20 et 50 000 francs et il n’y a guère de recettes extérieures : la Mission pour les enseignements et études de défense (MEED), créée en 1977 et chargée de coordonner les initiatives en la matière, ne disposait que de crédits dérisoires (moins de 150 000 francs) ; longtemps rattachée au SGDN, elle a été transférée à l’IHEDN en 1997 avant d’être purement et simplement supprimée. Dépourvus de la personnalité juridique, ces centres ont le plus grand mal à travailler avec des partenaires privés. On ne doit pas s’étonner, dans de telles conditions, que la plupart d’entre eux n’aient qu’une faible activité, marquée par des colloques occasionnels ou quelques rares publications 48. Il existe un grand nombre de centres mais la plupart n’ont qu’une existence symbolique. Parmi les plus actifs, on doit citer en premier :
Il faudrait ajouter d’autres centres, dont la vie dépend souvent de l’activité de leur fondateur :
Il faudrait encore ajouter des centres qui n’ont pas pour objet principal la défense mais lui consacrent une part de leur activité, comme le Centre d’analyse politique comparée (CAPC) de l’Université de Bordeaux IV, fondé en 1979 et dirigé par le professeur Jean-Louis Martres, qui collabore à divers programmes de l’ISC, mais conduit aussi ses programmes propres par exemple sur la dénucléarisation de l’Asie du nord-est (projet franco-américain en collaboration avec le Georgia Technology Institute). L’individualisme étant un trait de caractère français on ne s’étonnera pas que ses centres aient trop souvent tendance à fonctionner repliés sur eux-mêmes, malgré la faiblesse de leurs moyens. L’Association des enseignants de défense, créée à la fin des années 70, n’a pas réussi à les fédérer et l’élan initial est vite retombé. Raison de plus pour saluer la coopération qui a pu s’établir entre plusieurs centres, tous de province (CEDSI de Grenoble, CLESID de Lyon, IDPD de Nice, ERED de Montpellier) à une exception près (Institut de politique internationale et européenne de Paris X), qui se sont regroupés en une Société pour le développement des études de défense et de sécurité internationale (SDEDSI) qui publie la collection Arès depuis 1978. Une soixantaine de volumes collectifs ont pu ainsi être publiés, au rythme de trois par an. L’entreprise bénéficiait, au départ, du soutien du ministère de la Défense et de la FEDN.
Paradoxalement, les universités parisiennes n’ont plus de grand centre de recherche. Elles ont été supplantées par les instituts indépendants. Paris I avait lancé le mouvement avec le Centre d’étude des politiques de défense (CEPODE), créé en 1971 par Pierre Dabezies, qui a ensuite (1982) fusionné avec le Centre d’études et de recherches sur le désarmement (CEREDE) de Jean-Pierre Cot et Edmond Jouve, pour former l’Institut national supérieur d’études de défense et de désarmement (INSED), dirigé par le professeur Jacques Soppelsa, avec Pascal Boniface comme adjoint, auquel a finalement succédé, en 1987, après quelques péripéties financières, le Centre de relations internationales et de stratégie (CRIS), dirigé par Pierre Dabezies après son retour du Gabon, puis par Jean Klein, spécialiste du désarmement et de la maîtrise des armements. Assez curieusement, Paris II, qui a créé très tôt (1975) un DESS de défense, sous l’impulsion du professeur Jacques Robert, ne s’est jamais dotée d’un grand centre de recherche, son Centre d’études et de recherches de défense (CERD) est resté assez effacé 50. Il a été remplacé par un Institut supérieur des affaires de défense (ISAD), dirigé par un économiste, le professeur Jean-Yves Caro. À Paris IV, Jean-Paul Charnay avait créé, en 1973, le Centre d’études et de recherches sur les stratégies et les conflits (CERSC), qui se montra actif. Le soutien de la FEDN, du CNRS et du Service historique de l’armée de Terre lui permit d’organiser plusieurs colloques importants et de publier un nombre respectable de travaux. Il avait notamment lancé la collection des Classiques de la stratégie aux éditions de l’Herne (Guibert, Carnot, Sokolovski¼ ). Il a disparu lors du départ à la retraite de Jean-Paul Charnay 51. L’Université de Marne-la-Vallée a créé un Centre d’études scientifiques de défense (CESD), qui a notamment accueilli le séminaire de l’amiral Lacoste sur le renseignement 52. L’état-major des armées joue un rôle central dans la définition de l’emploi des forces. À ce titre, il poursuit des études qui sont coordonnées par le bureau "études générales". C’est lui qui a rédigé le Concept d’emploi des forces. La plupart des documents doctrinaux qu’il élabore sont classifiés et, même lorsqu’ils ne le sont pas, ils ne sont guère diffusés. Il est frappant de constater, par exemple, combien le Concept d’emploi des forces, supposé être le document de base, reste peu connu, alors qu’il ne fait l’objet d’aucune protection. Cela doit-il surprendre quand on sait que le bureau "études générales" ne compte qu’une poignée d’officiers (moins d’une demi-douzaine) ? Conséquence logique, les grandes Instructions générales sur l’emploi des forces armées (IGEFA) de l’après-guerre n’ont pas été remplacées, d’où un déficit doctrinal dont la hiérarchie ne paraît pas s’émouvoir outre-mesure. La réflexion doctrinale n’est pas une "ardente obligation". Illustration d’un phénomène partout vérifié : un état-major est trop accaparé par la gestion courante pour consacrer à des études détachées de l’actualité toute l’attention qu’il faudrait. L’enseignement militaire supérieur pourrait tenir ce rôle, comme il le fait aux États-Unis où la National Defense University, l’Air University, l’Army War College, le Naval War College disposent de presses très actives, de revues de haut niveau et de centres de recherche et comme il l’a fait en France dans le passé : avant 1914, l’École supérieure de guerre traduisait massivement les auteurs allemands et tant la grande liberté d’opinion qui y régnait que la présence d’une magnifique bibliothèque encourageaient les cadres et les stagiaires à écrire. L’École de guerre navale, dont le développement a été plus tardif, s’est élevée à la réflexion stratégique dans l’entre-deux-guerres 53, sous l’impulsion de directeurs comme Ratyé ou Castex (elle a d’ailleurs été sollicitée par le ministre pour l’élaboration du statut naval, au début des années 20) et elle a participé à la planification OTAN dans les années 50 54. Mais cela ne semble plus rentrer dans ses attributions. L’enseignement militaire supérieur doit développer l’aptitude à la réflexion stratégique et tactique des stagiaires, il n’a pas, en tant que tel, à susciter ou conduire cette réflexion. Le Collège interarmées de défense, qui a remplacé, en 1993, les écoles de guerre et le Cours supérieur interarmées, ne pratique plus le système des grandes commissions de l’ancienne École supérieure de guerre, qui livraient des rapports souvent de haute tenue et parfois remarquables, encore que les études particulières à option, rédigées par des groupes de 5 à 6 stagiaires, s’en rapprochent (certaines sont d’excellente qualité). Le raccourcissement à un an de la scolarité ne permet plus aux stagiaires de faire des thèses comme on pouvait en faire jadis à l’ESG (le célèbre Essai sur la non-bataille, 1976, du commandant Brossolet est issu d’une thèse de l’ESG) ou à l’École de guerre navale (Castex s’était beaucoup appuyé sur elles pour rédiger ses Théories stratégiques). La réflexion stratégique ne s’exerce plus qu’au niveau du Centre des hautes études militaires (CHEM), dont les rapports, destinés aux états-majors, sont rigoureusement classifiés. Des rapports sont également préparés par les groupes de travail de l’Institut des hautes études de la défense nationale (les conclusions sont publiées dans la revue Défense 55), de l’Institut des hautes études de sécurité intérieure (qui publie des Cahiers de l’IHESI, austères mais fort riches) et du Centre des hautes études de l’armement (qui dispose de la revue L’Armement, publiée par la DGA). L’armée de terre accorde une certaine place au renouveau doctrinal. Ses documents récents, comme le Mémento sur l’emploi des forces terrestres (rédigé par le colonel Francart et approuvé par le chef d’état-major de l’armée de terre) ou les documents TTA (Tactique Toutes Armes) 900 ou 901, témoignent d’une réflexion élaborée. Elle a créé, en 1999, un Commandement de la doctrine et de l’enseignement militaire supérieur (CDES), basé à l’École militaire, qui comporte un Centre de doctrine (CREDAT) à vocation opérationnelle, et un centre de recherches, à vocation prospective ; il a lancé une revue : Objectif Doctrine, publie des brochures et diffuse un cédérom qui reprend la plupart des documents doctrinaux de l’armée de terre, représentant un volume, plus que respectable, de 15 000 pages. Les écoles de Coëtquidan ont créé le Centre de recherches des écoles de Coëtquidan (CREC-Saint-Cyr), et le niveau des travaux personnels des élèves est nettement meilleur depuis quelques années 56. La marine et l’armée de l’air ne disposent pas d’organis-mes comparables. Le Centre d’enseignement supérieur de la Marine (CESM) publie, irrégulièrement, un Bulletin d’études de la Marine et s’en tient à sa mission de formation, l’idée d’en faire un Centre d’études stratégiques de la Marine ayant été rejetée par l’état-major. L’armée de l’air a dissous, sans bruit, le Centre de recherches et d’études aérospatiales (CREAS) qui fonctionnait, avec très peu de moyens, au sein du Centre d’enseignement supérieur aérien. Le projet de lancement d’une revue, qui devait s’appeler La troisième dimension a été brutalement arrêté par l’état-major en 1995 alors que la maquette était déjà arrêtée, le comité de rédaction constitué et le premier numéro presque bouclé. Aucun de ces organismes militaires n’a de moyens d’édition, à la différence de la plupart de leurs homologues étrangers. Quelques partenariats ponctuels ne compensent que très partiellement cette carence. L’histoire militaire est un complément indispensable des études de défense. L’approche historique, quoique aujourd’hui vigoureusement décriée par les tenants d’une approche réaliste ou rationnelle, comporte encore de nombreux partisans et elle reste une composante indispensable d’une approche globale des problèmes de stratégie et de défense. Là aussi, au vide institutionnel des années 60 57, lorsque l’histoire militaire n’avait pratiquement plus droit de cité à l’Université, a succédé un presque trop-plein. Pendant très longtemps, l’histoire militaire s’est incarnée dans un organisme unique, la Commission française d’histoire militaire créée en 1938 58 par A. Dépreaux, conservateur des archives à la Fondation Thiers, et longtemps léthargique 59 avant d’être dirigée, de 1969 à 1989, par le général d’armée Fernand Gambiez qui lui a donné un nouvel élan, transformant ses réunions trimestrielles en réunions mensuelles et conduisant des recherches sur contrat pour le ministère de la Défense. La CFHM avait été rattachée, dans les années 70, à la FEDN, qui ne lui a jamais accordé une grande attention ; elle a poursuivi son existence en marge, dans sa casemate du château de Vincennes. À la mort du général Gambiez, en 1989, sa succession a été partagée : la Commission française d’histoire militaire a été présidée par le général Jean Delmas, et l’Institut d’histoire militaire comparée par le professeur André Martel. Le président Pierre Dabezies, peu porté sur les études historiques, a mis un terme aux activités de l’IHMC et la CFHM a pris son indépendance à la suite de la dissolution de la FEDN. Elle fonctionne désormais comme association. Elle organise des réunions mensuelles, qui sont très suivies, et représente la France au sein de la Commission internationale d’histoire militaire. Elle publie régulièrement les numéros français de la Revue internationale d’histoire militaire 60, fondée par A. Desfeuilles, secrétaire général de la CFHM pendant près de trente ans 61. L’Institut d’histoire des conflits contemporains, dirigé par le doyen Guy Pedroncini, puis par le professeur Claude Carlier, auparavant rattaché à la FEDN, a pris lui aussi son indépendance et est devenu une association après la dissolution de la FEDN. À la demande du ministère, il s’est brièvement appelé Institut d’histoire de la défense, avant de reprendre son nom d’origine pour éviter les confusions avec le Centre d’études d’histoire de la défense. Il publie la revue Guerres mondiales et conflits contemporains, qui a succédé, en 1987, à la Revue d’histoire de la Seconde Guerre mondiale par modification du titre. Il a organisé de très nombreux colloques, notamment dans le domaine aéronautique en collaboration avec le Centre d’histoire de l’aéronautique et de l’espace (CHAE) fondé par Claude Carlier, mais aussi avec les services historiques et divers partenaires, y compris des institutions étrangères : au total, plus de cinquante volumes d’actes ont été publiés. L’IHCC est en charge de la publication des archives des "Hautes instances de la Défense nationale" de la iiie République, entreprise considérable (vingt volumes prévus), actuellement bloquée par le manque de crédits. Un rapprochement est actuellement en cours entre la CFHM, l’IHCC et l’ISC, qui ont mis en commun leurs moyens (lettre d’information Histoire militaire et stratégie, site stratisc.org, collections) et devraient, à terme, fusionner. L’histoire du renseignement, en vogue depuis quelques années, dispose depuis peu d’une structure spécifique avec la revue Renseignement et opérations spéciales, lancée en 1999 par Éric Denécé et qui est devenue en 2000 l’organe du Centre français de recherche sur le renseignement (CFRR). Les centres universitaires sont assez nombreux, chaque professeur étant tenté d’avoir le sien. Le résultat est qu’ils ne disposent que de moyens très faibles, sinon insignifiants, et que leur activité est très variable. L’histoire contemporaine accapare la quasi-totalité de ces centres. Le plus important est aussi le plus ancien : le Centre d’histoire militaire et d’études de défense nationale (CHMEDN), fondé par le professeur André Martel, fait aujourd’hui figure de vétéran : il a été créé en 1968 62. Le CNRS lui a accordé une "aide individuelle" dès 1970, puis le statut d’équipe de recherche associée en 1977. Le relais d’André Martel a été pris par Anne Blanchard, Jules Maurin, Jean-Charles Jauffret¼ Le centre publie une revue semestrielle, Histoire et défense, Les cahiers de Montpellier, depuis 1980, ainsi que des ouvrages dans sa collection Études militaires qui en est au 30e volume. Son activité est surtout dirigée vers l’histoire militaire. Mais il organise également des conférences et accueille des travaux en matière de défense, la volonté de son fondateur ayant été, dès le départ, de dépasser cette "séparation artificielle" entre histoire militaire et études de défense 63. Il faut également citer :
L’Université Paris I, qui fut très active avec l’Institut d’histoire des relations internationales contemporaines (IHRIC), qui regroupait les disciples de Pierre Renouvin, qui succéda en 1971 au Centre de recherches en histoire des relations internationales créé par Pierre Renouvin en 1935 et qui a été remplacé en 1984 par l’Institut Pierre-Renouvin 64, et lorsque Guy Pedroncini y enseignait, est aujourd’hui moins présente en histoire militaire. Deux maîtres de conférences ont récemment lancé un Centre de ¼ ¼ mais il ne pourra se développer que si un professeur ou un docteur habilité peut diriger des thèses. L’histoire militaire médiévale, par ailleurs très active autour de Philippe Contamine, ne bénéficie d’aucune structure spécialisée, en dehors du Centre d’histoire médiévale Société et armée, créé en 2000 par le professeur Bernard Demotz à l’Université Jean Moulin-Lyon III, qui bénéficie d’une convention avec la Région militaire de défense Méditerranée. En dehors de l’Université, l’Historial de la Grande Guerre de Péronne (qui a lancé la revue 14-18) et le Mémorial de Caen ont des centres de recherche et ont organisé plusieurs colloques importants. Les trois services historiques (de l’armée de terre, de la marine et de l’armée de l’air, auxquels se sont récemment ajouté un service pour la gendarmerie et un centre d’histoire de l’armement) disposent de chercheurs et publient des livres 65 à partir de recherches menées dans leurs archives et organisent régulièrement d’importants colloques internationaux, soit ponctuels, soit réguliers comme les Journées franco-britanniques d’histoire de la marine qui se tiennent alternativement en France et en Grande-Bretagne. Malheureusement, ils sont quelque peu marginalisés au sein de l’institution militaire. Les états-majors leur demandent des renseignements ponctuels, mais ne les associent pas véritablement aux réflexions doctrinales en cours, ni ne leur demandent des études d’histoire immédiate 66 à la différence de ce qui se passe dans d’autres pays 67. L’histoire est en déclin au sein de l’enseignement militaire supérieur : alors qu’il y avait trois professeurs d’histoire à l’École supérieure de guerre en 1970, il n’y en a plus aucun aujourd’hui, le Cours supérieur d’état-major ayant supprimé le poste de chef du cours d’histoire en 1999, pour le remplacer par des conférenciers extérieurs. Même si ses effets pratiques sont limités, cette mesure n’en est pas moins symbolique. L’histoire militaire s’exprime également à travers la Revue historique des armées, aujourd’hui dirigée par le colonel Jacques Vernet 68. Le ministère de la Défense a souhaité donner une nouvelle impulsion aux études d’histoire militaire en créant, en 1994, le Centre d’études d’histoire de la défense (CEHD), chargé de coordonner et de promouvoir les recherches. Installé au château de Vincennes, il est dirigé par le professeur Maurice Vaïsse. Il publie une lettre d’information, qui est très lue, et des cahiers ; il a mis en place de nombreuses commissions, parmi lesquelles on peut citer : histoire du renseignement animée par Maurice Vaïsse ; nouvelle histoire bataille, animée par Laurent Henninger ; histoire de la fortification-groupe Bastion, animée par Jean-François Pernot ; histoire de l’armement nucléaire, animée par Maurice Vaïsse, qui a repris les activités du Groupe français d’histoire de l’armement nucléaire (GREFHAN) issu d’une initiative franco-américaine ; histoire des rapports politico-stratégiques, animée par Georges-Henri Soutou. Il organise des colloques (par exemple, La France et l’OTAN, 1996 ; La IVe République face aux problèmes d’armement, 1998). Il a consacré plusieurs rencontres aux nouvelles directions de l’histoire militaire dans le monde 69. Il s’est également lancé dans la publication d’ouvrages. Le ministère de la Défense a l’ambition de faire du château de Vincennes le pôle culturel des armées mais la réalisation d’un tel projet suppose, à la fois, un engagement financier substantiel (pour la restructuration du château et l’aménagement du "fort neuf", à côté, qui doit être libéré prochainement par le régiment qui l’occupe) et une négociation délicate avec le ministère de la Culture 70. Il faut enfin signaler l’existence d’organismes qui sont intimement liés aux études stratégiques, mais dont les objets sont cependant distincts. Le Centre d’études en sciences sociales de la défense (CESD), créé par arrêté du 21 avril 1995, a succédé au Centre de sociologie de la défense nationale (CSDN) qui avait été créé en 1969 par Hubert-Jean Pierre Thomas dans le cadre de la Fondation nationale des sciences politiques et qui s’était ensuite installé aux Invalides après son rattachement au ministère de la Défense en 1990 71. Le CESD poursuit des travaux pour le compte du ministère de la Défense, il organise des rencontres et publie, outre des "rapports" et des "documents" (qu’on peut se procurer gratuitement !), la revue Les Champs de Mars, dirigée par Philippe Forget, depuis 1996. Il est dirigé par le professeur Pascal Vennesson72. Du bilan de la discipline récemment dressé par Michel Martin, il ressort que la production française n’est pas négligeable, mais qu’elle peine à obtenir une reconnaissance universitaire 73. En revanche, il n’y a plus d’institut de polémologie 74. Études polémologiques s’est arrêté en 1990 avec le n°52. pierre Dabezies, président de la FEDN, avait décidé de fusionner les deux revues de la fondation, Stratégique devant dorénavant comporter une partie polémologique (avec une rubrique permanente et un numéro spécial annuel). L’équipe de l’IFP (Daniel Hermant, Didier Bigot) a refusé cette intégration et a préféré créer une nouvelle revue, Cultures et conflits, sous couvert d’un Centre d’étude des conflits. Dans les faits, c’est l’IFP qui a assuré le secrétariat de la revue jusqu’à sa disparition en 1993, suite à la suppression de la FEDN. Cultures et conflits ne s’inscrit plus dans la filiation de Gaston Bouthoul qui n’est jamais cité ; la revue, passée dans l’orbite de Science Po, s’est orientée vers une problématique de science politique75. Un seul organisme a continué à se réclamer de la polémologie, le Centre d’études et de recherches de polémologie (CERP) de l’Université d’Avignon, mais son activité est resté confidentielle jusqu’à sa disparition en 1999, suite au départ de son animateur, le professeur Struber. Le Centre de recherches Droit et défense de l’Université Paris V-René Descartes, animé par Bernard Chantebout et Bertrand Warusfel, publie l’intéressante revue Droit et défense, unique en son genre. Il faut également signaler, au moment où la dimension juridique prend une importance croissante notamment dans les interventions extérieures, l’activité des centres de droit international. Le Centre d’étude du droit international (CEDIN) de l’Université Paris I a récemment lancé une intéressante série sur l’ONU et les opérations de maintien de la paix. Le Centre Thucydide de l’Université Paris II, dirigé par le professeur Serge Sur, est le maître d’œuvre de l’Annuaire français des relations internationales, dont le premier volume est sorti en avril 2000. En économie de la défense, l’impulsion initiale est venue du professeur Christian Schmidt, qui a créé, à l’Université de Paris-Dauphine, le Laboratoire d’économie et de sociologie des organisations de défense (LESOD). En province, en dehors du CEDSI déjà cité, il faut mentionner l’Équipe de recherche et d’étude sur la défense (ERED) de l’Université Montpellier I, dirigée par le professeur Jacques Aben. On signalera, très brièvement, les organismes qui s’intéressent à la géopolitique. L’élan a été donné par l’équipe d’Yves Lacoste, autour de la revue Hérodote qui a reçu un prolongement universitaire avec le Centre de recherche et d’analyse géopolitique (CRAG) de l’Université Paris-VIII. Michel Foucher, disciple d’Yves Lacoste, a, de son côté, créé l’Observatoire européen de géopolitique (OEG) à Lyon, qui bénéficie d’une convention permanente avec la DAS. Force cependant est de constater que, si l’on parle beaucoup de géopolitique, si Yves Lacoste a suscité de nombreuses vocations et installé des disciples dans plusieurs universités, il n’en est pas pour autant surgi une véritable école française de géopolitique. La géopolitique d’Yves Lacoste s’est davantage tournée vers la géopolitique interne (comme en témoigne sa monumentale Géopolitique des régions françaises, 1986), voire vers la micro-géopolitique, que vers l’analyse de la géopolitique internationale. Celle-ci n’est guère pratiquée en France, sauf par quelques chercheurs indépendants, comme le général Gallois ou François Thual. Pascal Lorot a lancé, en 1997, une Revue française de géoéconomie, complétée, en 1999, par l’Institut européen de géoéconomie. On notera qu’aucun centre ne se réclame de la géostratégie. ________ Notes:
42 Nommé secrétaire général de la défense nationale, il a été remplacé par Marc Perrin de Brichambaut.43 Créé en 1973, à l’initiative de Michel Jobert, par Thierry de Montbrial assisté de Jean-Louis Gergorin, le CAP a joui d’une grande liberté dans les années 70 et s’est résolument tourné vers la prospective. Par la suite, son fonctionnement est devenu plus classique.44 Hervé Coutau-Bégarie, "Vingt ans d’une revue", Stratégique, 76, 1999-4.45 Dernier en date : Bruno Barrillot, Audit atomique. Le coût de l’arsenal nucléaire français 1945-2010, Lyon, Études du CDRPC, 1999, réalisé sur le modèle de l’Atomic Audit de la Brookings Institution.46 Elle reprit la formule de la Revue des questions de défense nationale, lancée en 1939 et arrêtée dès mai 1940.47 Pascal Boniface, "Misère de la recherche stratégique française", art. cit., p. 22.48 Il suffit de consulter les annuaires établis autrefois par la MEED ou aujourd’hui par l’association Frères d’armes (Annuaire des relations internationales de défense) pour vérifier le caractère instable de ces centres. Pour près de la moitié d’entre eux, les informations sont périmées ou erronées. Beaucoup de numéros de téléphone ne sont plus attribués, certains centres n’existent plus ou n’ont aucune activité réelle.49 L’Annuaire des relations internationales de défense indique, pour Lyon, un autre centre, le CESPEDE, mais il s’agit d’un centre de documentation européenne, sans vocation particulière pour la défense.50 Le DESS est resté actif. Les anciens élèves ont consacré un gros volume à L’esprit de défense, sous la direction de Jacques Robert, Paris, Économica, 1997.51 Jean-Paul Charnay a ensuite lancé, hors de l’Université, le Centre de philosophie de la stratégie, aux moyens évidemment limités.52 Les actes du séminaire ont été publiés : Le renseignement à la française, Paris, Économica, 1999.53 Rémi Monaque, L’École de guerre navale, Vincennes, Service historique de la Marine, 1995.54 Philippe Vial et Jean-Benoit Cerino, "La Marine et le nouveau monde : l’enseignement de l’École de guerre navale face aux bouleversements du second après-guerre", Revue historique des armées, 1996-1.55 Publié, non par l’Institut lui-même, mais par l’Union des associations d’anciens auditeurs. L’IHEDN a lancé, en 1996, la revue Athéna, qui s’est arrêtée dès le 6e numéro.56 Olivier Forcade dirige entre 10 et 20 mémoires par an sur le renseignement. Plusieurs débouchent sur des maîtrises et des DEA à Paris IV.57 Cf. Hervé Coutau-Bégarie, "L’histoire militaire entre la pensée stratégique et la nouvelle histoire", Stratégique, 28, 1985.58 On notera cette date, assez tardive. La société néerlandaise d’histoire militaire existe depuis 1891 !59 jugement à tempérer par le fait que les historiens militaires français ont été très actifs au sein de la Commission internationale d’histoire militaire, à la tête de la présidence de laquelle pas moins de trois Français ont été appelés : A. Depréaux de 1938 à 1950 (avec l’interruption de la guerre), Henri Contamine de 1965 à 1973 et André Corvisier de 1980 à 1990. un phénomène parallèle s’est produit en histoire maritime, où la Commission française d’histoire maritime n’a été créée qu’en 1976, mais après vingt ans de présidence de la Commission internationale d’histoire maritime par Michel Mollat.60 Voir notamment le n° 61, 1985, consacré à un bilan de l’histoire militaire en France. Sur l’histoire navale, cf. Hervé Coutau-Bégarie, L’Histoire maritime en France, Paris, ISC-Économica, 1997.61 Les numéros sont publiés par les différentes commissions nationales. La CFHM est celle qui a publié le plus grand nombre de numéros. Elle a établi les tables générales de la revue, consultables sur stratisc.org.62 À la même époque, Pierre Guiral avait créé un | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||