| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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Préface
Je dois avouer que sous la conduite de tant de généraux et de capitaines applaudis à qui je me suis appliqué d’obéir, j’ai été fort à même de puiser bien des lumières sur des maximes qu’ils ont mises en usage pour faire réussir leurs desseins. Mais j’ai remarqué souvent que chaque général a son génie particulier et qu’ils agissent tous sur des principes toujours nouveaux. Les dispositions que les premiers ont pratiquées, ne reparoissent presque plus dans la conduite de ces derniers ; tant il est vrai que rien ne varie plus que l’art de la guerre. Les réflexions militaires ont quantité de maximes excellentes et immuables ; mais si leur auteur vivoit encore, il avoueroit lui-même que sa pratique en beaucoup d’endroits, n’a pu se soustraire au fort de ces choses qui n’existent plus ; n’ayant été d’usage, que pour leur tems. D’autres beaucoup plus modernes viennent à peine de finit leurs excellens traités : cependant à quels dangers s’exposeroit-on, si on suivoit aujourd’hui à la lettre ce qu’ils disent en certains points ? Que de fatales expériences l’ont déjà prouvé durant les dernières campagnes ! Que d’officiers surpris avec leur troupe et leurs equipages, malgré la prudence et tous les soins que ces Auteurs prescrivent ! Qu’on ne croie pas que je veuille ici critiquer les œuvres de célèbres écrivains. Ils se sont expliqués avec trop de justesse en rapport de leur tems ; pour leur refuser le tribut de louange que le public leur rend, te qu’ils méritent avec raison. Ils ont répandu des lumières sur mille points de l’art militaire, qu’ils ont approfondis si parfaitement qu’on n’y sauroit rien ajoûter. Je ne me prévaux donc que de la liberté naturelle à tout homme qui produit ses observations sur les usages de convenance au tems qu’il s’explique, sans rien ôter au prix des travaux des autres. Comme mon but est d’exposer en abrégé portatif le génie de la Petite Guerre, et de procurer à chaque officier destiné pour aller en parti, le moyen de comprendre bien vîte et sans beaucoup d’étude, l’essentiel de son état : je ne me suis pas arrêté à quantité d’articles, soit parce qu’ils m’ont paru sans rapport inévitable à la partie de l’art militaire que je traite, soit parce que beaucoup d’auteurs n’y ont rien laissé à desirer, et que je crois fort inutile de réimprimer ce qu’on peut déjà lire par tout. Tout rétréci que soit cet ouvrage ; on se persuadera bientôt qu’il suffit pour inspirer abondamment à un lecteur attentif toutes les lumières nécessaires pour remplir ses devoirs avec honneur. Car en détaillant les plus interessantes circonstances des principales actions d’un partisan, qui sont les marches secrettes, l’occupation des postes, les reconnoissances des pays et des ennemis, les attaques par embuscades ou par surprises et les défenses dans la retraite, etc. Je me suis étendu sur tous ces points essentiels, de manière qu’il sera très aisé de diriger sur le même pied, toutes les autres ruses de guerre, que l’imagination feconde en ressource, pourra inventer pour assûrer ses vues et découvrir celles des Ennemis. Un autre avantage, qu’on trouvera dans cet essai, et qu’aucun auteur n’a encore pratiqué ; ce sont les plans que j’ai ajoutés, pour faciliter l’intelligence des dispositions et des mouvemens nécessaires au succès des marches, des reconnoissances, des surprises, des embuscades et des retraites. Tout esprit judicieux ne tardera pas à reconnoître l’utilité de ces desseins dès qu’il remarquera que par leur moyen, on peut découvrir d’un coup d’œil la plus importante théorie de cet art, et sa former en peu de tems dans la plus haute pratique de ses Maximes. Pouvois-je encore consulter l’utilité des partisans et de tout officier intéressé à la conservation de son corps, soit de cavalerie ou d’infanterie ; qu’en leur donnant part, comme je le fais dans les deux derniers chapitres de cet ouvrage, des prompts secours qu’on peut apporter facilement en campagne contre les facheux accidens qui attaquent ordinairement, et les hommes, et les chevaux. L’assurance que mille expériences m’ont donnée de leur efficace, me promet que tous ceux qui en feront usage, me sauront bon gré de les leur avoir communiqués. Enfin pour prévenir la critique qui pourroit taxer cet abregé d’insuffisance ; je reviens à la première idée que fit mon début, que mon dessein n’a point été de donner un traité complet ; mais une legère introduction à la pratique de la Petite Guerre, selon les changemens que le Génie du Siècle présent y a introduits : ce qui paroîtra visiblement par la différence de mes dispositions à celles qu’on a décrites avant moi, pour la formation d’un corps de partisan, pour le choix des recrues et de leurs armes, pour l’arrangement des avant-gardes et l’ordre des marches, pour la direction des attaques dans les embuscades et les surprises et pour la sûreté des retraites. Trop heureux, si après avoir développé mon intention et mon Travail, la pureté de la première sait excuser les défauts du Second.
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