| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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Chapitre IX - Des précautions nécessaires dans les reconnoissances
Les partis commandés pour aller en reconnoissance ont pour objet, de remarquer le pays, ou l’ennemi, d’observer les routes, les commodités et les embarras du prémier, la position, la marche et les forces du second. Dans l’un et l’autre cas, il faut un habile géographe, capable de lever promptement le plan de ses vuës. Le chef aura soin de le faire monter le plus avantageusement de tous ; afin que si les ennemis viennent à dissiper l’escorte, il puisse se sauver plus facilement avec ses ouvrages et ses idées. Tout parti, qui ne va que pour reconnoître, doit être peu nombreux. Je ne voudrois jamais plus de douze à vingt hommes. Un officier, de tel rang qu’il soit, ne peut se rebuter de marcher avec si peu de monde à ses ordres. L’honneur en est bien dédommagé par l’importance de l’expédition, souvent d’une conséquence la plus interessante pour la gloire du prince, et la plus propre à recommander la prudence, la bravoure et l’adresse de tel officier, que ce soit, dès qu’il à le bonheur de réussir. L’on prévoit bien que le succès de cette sorte de commission, dépend absolument du secret, et qu’il est impossible d’en remplir l’objet, quand on ne peut pas dérober sa marche à la vue des ennemis. Il est incontestable qu’une troupe nombreuse ne peut pas se glisser si imperceptiblement qu’une petite poignée de monde. Comme ces détachemens doivent marcher lestement, et achever leur course promptement ; il convient de ne les composer que de cavalerie. Mais s’il faut aller loin, on pourra les augmenter chacun, de trente hommes d’infanterie. Celle-ci restera embusquée sur la moitié du chemin, dans un bois, ou dans quelque autre endroit couvert. La cavalerie y laissera les rafraichissemens qu’elle aura apportés. Quant aux sûretés qu’ils doivent prendre dans leur marche, je renvoie le lecteur à ce qu’on dit au chapitre VII. Avec cette difference, qu’un parti ne peut détacher que deux hommes sur chaque coté du chemin, qui observeront toujours une distance à vue du commandant. L’officier chargé d’aller reconnoître un pays en avant prendra les instructions par écrit. Il partira à tems que, selon un juste calcul, il arrive au point du jour à l’endroit où il doit commencer ses observations. Chaque fois qu’il sera obligé de s’arrêter, sa troupe sera face au coté des ennemis ; il enverra un bas-officier avec deux cavaliers, pour parcourir les hauteurs d’alentour s’il y en a, et fera fouiller exactement les environs. Quand on est près des ennemis, il faut éviter de s’arrêter dans un village. L’officier et le géographe, que je suppose être présent, remarqueront toutes les particularités intéressantes : les hauteurs, les ravins, les bois, les etangs, les marais, les ruisseaux, les rivieres, les gués, les ponts, les chemins et les aboutissans, les passages difficiles et dangereux, les sentiers qu’on pourra pratiquer, les prairies, les champs, les bruyères, les ravins, les collines et les montagnes, la distance et la force des villages, des hameaux, des chateaux, des censes et des moulins, à quel Souverain le pays appartient et quelles sont les productions du terrain. Dès qu’on apperçoit l’ennemi, l’officier rassemblera promptement son monde, quand même sa reconnoissance ne seroit pas achevée. Il se retirera vîte pour rejoindre son infanterie dans le bois, au cas qu’il y en ait placé : si non, il gagnera quelque autre endroit qu’il aura choisi pour le plus propre à sa retraite. Après s’être rafraichi, il reconduira sa cavalerie pour finir sa reconnoissance. S’il avoit été obligé de revenir jusqu’à son poste, il ne retourneroit, que le lendemain. L’heure de midi précise est le tems qu’on court moins de risque d’être incommodé parce que les détachemens sont moins fréquents dans ces moments. Le commandant doit toujours éviter d’en venir aux mains avec les ennemis, quand même il seroit assuré du succès ; à moins que ce ne soit à son retour et à portée de son poste lors qu’il prévoit que la grand-garde entendant le feu, ne manquera pas de courir à son secours. Si on étoit obligé de se faire jour, au travers d’une troupe qui coupe votre retraite, sans qu’il y ait aucun moyen de les détourner ; sans balancer, il faut risquer tout, fondre brusquement, et tacher de sauver le géographe avec le fruit de leur commission : surtout quand la reconnoissance est de conséquence, pour un général d’armée, et qu’elle mérite bien le sacrifice de douze hommes, qu’on recuperera facilement dans une autre occasion. Quand on va pour avoir des nouvelles des ennemis, on doit s’en approcher autant qu’il est possible ; mais en tâtant. Le point du jour n’est pas convenable pour cette expédition. C’est le tems que les ennemis envoient leurs différens partis et leurs patrouilles à la découverte. Il faut donc les prévenir et s’en approcher de nuit. On reconnoîtra facilement leur position et leur étendue par les feux, qui ne s’éteignent jamais à la tête des gardes et des piquets. On pourra également remarquer s’ils ont envie de changer de position, par le bruit qui s’entend plus qu’à l’ordinaire. D’ailleurs, comme il est plus aisé la nuit, de s’approcher de près, on peut à la faveur de ces feux, découvrir beaucoup de choses. L’officier et le géographe auront soin de remarquer tout et de ne laisser échapper rien de leur mémoire. Mais le meilleur tems pour un géographe, est le jour ; surtout dans un pays montagneux : on peut se glisser d’une montagne à l’autre depuis midi jusqu’à trois heures. Ce tems est favorable pour éviter la rencontre des partis contraires, qui ne s’écartent guères de l’armée durant cette partie du jour. On arrêtera tout passant à la vue de la troupe, et on ne relachera personne, qu’après s’être assuré de sa retraite. Un partisan ne doit pas négliger la reconnoissance de tous les endroits qui se trouvent à l’entour de son poste, deux ou trois lieues à la ronde, et plus loin s’il est possible, du coté des ennemis. Il emploiera pour cela, les moyens que nous indiquerons au chapitre X. On y verra comment on peut reconnoitre la situation de toutes sortes d’endroits, sans être obligé de s’en approcher ; avec la maniere de dresser un plan de toutes ces observations. Il aura donc soin de lever un pareil plan et d’en envoyer une copie à son général, afin que si les ennemis viennent à occuper le terrein, on ait toutes les instructions nécessaires pour former les approches et les surprendre, sans recourir aux paysans ou à d’autres informations. Il est encore un moyen propre à assurer un parti qui doit aller en reconnoissance : c’est de le composer de gens qui parlent la langue des ennemis, et de leur donner un surtout de couleur affectée à celle d’un régiment ennemi, avec la cocarde de même. On peut même porter la ruse jusqu’à doubler ces surtouts d’une autre couleur assortissante à un autre régiment ennemi ; moyennant quoi, ils n’auront qu’à retourner leur surtout pour paroître un autre corps : ce qui trompe les espions, les gardes et les paysans et confond leurs rapports.
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