| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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Chapitre XI - Des embuscades
L’embuscade est tout endroit couvert par l’art ou la nature, dans lequel une troupe se cache, pour surprendre l’ennemi au passage. Elle est de toutes les ruses de la guerre, la plus propre à démontrer le génie, le sçavoir, le zèle et l’adresse d’un partisan. On la pratique aisément dans les bois, dans les édifices, et dans tous les lieux creux. Il faut beaucoup d’imagination et de travail sur la rase campagne. On doit régler l’une et l’autre sur les connoissances qu’on a de la marche des ennemis et sur les moyens extraordinaires qu’on peut employer pour les surprendre. Lors qu’un partisan est informé par de bons avis, de la marche de quelque parti ennemi, soit convoi d’artillerie de bagages ou de vivres, soit conduite de recrues ou de remontes, soit escorte de quelque officier général, qui va rejoindre, ou qui se détache pour aller reconnoître quelque terrain ; il doit s’appliquer d’abord à tirer une suffisante connoissance de la route que l’ennemi devra tenir, de la situation des endroits qu’il passera et du poste où il veut se rendre. Pour mieux couvrir son dessein, il se fera instruire des chemins qui conduisent à des lieux opposés, auxquels il affectera de donner plus d’attention, comme nous l’avons dit au chapitre des surprises. Ayant bien concerté toutes ses mesures, il partira à la tête de son détachement, au soleil couchant, s’il est possible : il sortira de son poste par un chemin opposé au véritable, pour mieux cacher son but. Si l’endroit, où il se propose de dresser son embuscade, n’est pas éloigné, il reprendra sa véritable route, à peu près à mi-chemin, où il embusquera la moitié de son infanterie, pour favoriser sa retraite. Mais quand le pays, où il veut se rendre, est éloigné, et que la marche exige au moins deux nuits, alors il conduira sa troupe en serpentant d’un bois à l’autre, s’il s’en trouve. Il n’oubliera pas de se pourvoir de rafraichissemens nécessaires, pour le jour qu’il doit passer à l’écart dans quelque endroit couvert, où il ne puisse être apperçu. Il fera emporter trois rations d’avoine pour chaque cheval. La première nuit, on s’empressa d’avancer jusqu’à un bois, ou quelqu’autre endroit propre à y passer le jour auprès de quelque ruisseau, et du chemin de votre retraite, s’il est possible, pour y laisser une partie de l’infanterie embusquée ; au cas qu’il n’y ait plus d’eau à passer, jusqu’au lieu de la principale embuscade. Car quand on a encore une rivière ou quelque canal à franchir, il faut y conduire l’infanterie jusqu’au passage, où on choisira l’endroit le plus commode à l’embusquer. Au défaut du gué, ou d’un pont, la cavalerie seule traversera à la nage. On suppose que tous les chevaux y sont exercés. Quand on pourra la passer au gué, la moitié de l’infanterie montera en croupe pour accompagner la cavalerie. Au cas qu’on ait un pont à passer auprès d’un village, on enjoindra à l’officier, qu’on laissera dans ce poste avec une partie de l’infanterie, de ne permettre à personne, soit paysan ou soldat, de sortir cet endroit. On y laissera même pour plus de sûreté, un petit détachement de cavalerie, pour arrêter promptement ceux qui voudroient s’enfuir avant le retour de tout le corps, qui ne doit pas traîner long tems. Si durant cet intervalle les ennemis venoient attaquer le pont, il faudra nécessairement le défendre, jusqu’au retour du chef, pour que la rétraite ne soit pas coupée. Le cas est assé ordinaire pour en assurer l’importance. Le commandant Estherasy étant détaché avec 300 chevaux pour enlever des contributions aux environs de Strasbourg, laissa à Wolfsheim pour la garde du pont, un lieutenant avec 30 hommes. J’ignore encore le motif qui excita cet officier à abandonner son poste. Le hazard m’y conduisit à la tête de dix chasseurs, pour le bonheur du détachement : car à peine y fus-je arrivé, que j’apperçus trois gros partis d’hussards françois, qui s’avançoient pour s’emparer du passage. Je n’eus que le tems de me jeter à la hâte avec ma petite troupe, dans un moulin qui me parut dominer sur le pont. J’y fis par le moyen des créneaux pratiqués dans la muraille, un feu si bien servi et si meurtrier que j’eus l’avantage de disputer le passage, jusqu’à ce que le détachement du Comte Estherasy, entendant le bruit de la mousquèterie, accourut promptement, près d’une lieue, surprit les ennemis à dos, et dans 5 minutes, leur prit 80 chevaux avec plusieurs prisonniers. Toutes les sûretés prises pour la garde du pont, le chef fera ses diligences pour arriver au lieu de l’embuscade, deux heures avant l’ennemi. En y arrivant il examinera bien le terrein alentour du chemin où l’ennemi doit passer. Il dressera son embuscade du côté qu’il veut se retirer, jamais de l’autre opposé, autant qu’il sera possible : de peur que si l’avant-garde venoit à vous découvrir, vous ne fussiez obligés de repasser à la vue de leur corps, lequel appercevant votre force, pourroit fondre sur vous et vous détourner. L’infanterie A. Plan V. doit être embusquée à six cens pas au moins derrière la cavalerie B. Celle-ci étant poursuivie, se repliera sur A. l’une et l’autre ensuite, sur la garde du pont ou sur l’infanterie embusquée, à moitié chemin. Si l’embuscade se fait dans un bois, on choisira un bas-officier intelligent, qui se perchera sur l’arbre le plus haut C. d’où il puisse observer la marche des ennemis, et en indiquer les circonstances essentielles. Il y en a trois. La première est la vue de leur avant-garde. La seconde est l’approche de leur corps. La troisième est le tems que leur front est avancé à toute la hauteur de l’embuscade B. Pour cela, le chef instruira son observateur des signes qu’il devra faire du haut de l’arbre, pour communiquer les avis nécessaires sans parler. On pourra le pratiquer par le moyen d’un cordon D. de couleur brune (c’est la plus imperceptible). On arrangera ce cordon comme il est dans le plan, afin qu’aucune branche ne l’arrête. L’observateur tiendra un bout : l’autre sera à la main du commandant dans l’embuscade B. Aussitôt que l’avant-garde paroîtra, l’observa-teur tirera le cordon. Le commandant fera monter toute sa troupe à cheval, et restera dans un profond silence. Si par une ruse de guerre, qui se pratique quelque fois, pour certains cas, il arrivoit que l’avant-garde fût suivie immédiatement du corps : ce qu’on pourra remarquer aisément, parce que l’avant-garde sera plus nombreuse que d’ordinaire, sans être suivie d’aucun autre corps, alors, pour n’être pas dupe de l’ennemi, on tirera le cordon pour la seconde fois, dès que ce corps sera vis à vis, et enfin une troisième fois, dès que le front sera avancé à toute la hauteur. Dans ce tems, il faut débusquer promptement, pour fondre rapidement sur le flanc du centre de la manière que nous allons dire. Si l’avant-garde E. n’étoit formée que d’un nombre ordinaire ; on la laissera aller. A l’approche de la grande troupe ou du convoi F. le chef en sera averti par la seconde tirade du cordon. Au moment que la tête du convoi sera avancée à la hauteur B. on tirera le cordon pour la troisième et dernière fois : auquel signal, toute la troupe débusquera précipitamment du côté du front de l’ennemi par la sortie marquée avec des points, afin de fondre subitement sans être apperçue sur le flanc de leur centre. On n’agira qu’avec les armes blanches, on poussera des cris épouvantables, pour empêcher que les ennemis n’entendent le commandement de leurs officiers. Ils désarmeront et arrêteront tout ce que leur bravoure et le hazard leur offriront : prenant garde de ne pas s’écarter trop loin à poursuivre, à moins que le chef ne soit assuré que l’ennemi ne peut être secouru, à cause de la distance de leur armée, et qu’il n’y aucun autre parti en campagne, dans cette contrée : car dans l’un de ces cas, on ne manqueroit pas d’accourir au bruit et d’inquiéter votre retraite. Généralement, dans toutes les expéditions secrettes, il faut être très circonspect, pour qu’on ne soit, ni apperçu, ni trahi. Si l’avant-garde vous découvre, avant que le coup soit porté, abandonnez vîte l’entre-prise, et retirez-vous. Quand votre guide, ou quelqu’autre de votre troupe est déserté, sans que vous puissiez le faire rattraper, songez d’abord à la retraite, ou à former votre embuscade ailleurs. C’est pourquoi, pour prévenir ce malheur, les officiers seront chargés de compter souvent et recompter leurs soldats respectifs. Il ne faut jamais dresser d’embuscade dans le dessein de couper la retraite à l’ennemi. Cette manœuvre leur donneroit l’idée de se rallier et de vous attaquer en désespérés. Le cas est différent quand on est bien informé qu’on ne court aucun risque d’arrêter toutes leurs forces, soit par la nature d’un défilé où ils ne sauroient se ranger, soit par leur peu de monde qui ne pourroit resister. Il est autant dangereux que difficile de former plusieurs embuscades à la fois. Plus on en fait, plus on s’expose à être découvert et moins on est en état de se réunir pour la retraite ; néanmoins, il faut excepter lorsqu’il s’agit d’enlever des fourageurs. Il est alors très à propos d’en former plusieurs, et de les disposer de façon que les sentinelles puissent étendre la vue d’une embuscade à l’autre. Ces dispositions faites, ceux qui par hazard seront le plus à portée de tomber sur les fourageurs, feront le coup ; ce que les autres n’appercevront pas plutôt, qu’ils marcheront pour soutenir la retraite de leurs camarades. Dans toutes les embuscades, on ne posera pour sentinelles que des hauts ou bas officiers. Dans les dunes, derrière les montagnes, ou dans les ravins, la sentinelle se couchera ventre à terre, les pieds vers l’embuscade, le corps couvert d’un manteau gris ou verd, selon la couleur du terrain, la tête un peu levée et enveloppée d’un mouchoir de verd de paille, ou blanc en tems de neige, pour n’être pas apperçu. On ne sauroit déterminer le nombre des sentinelles. Le Commandant doit les régler de manière qu’on puisse veiller de tous côtés de l’embuscade, et arrêter toute personne, qui par ignorance s’en approcheroit de trop. Les sentinelles feront tous leurs avertissemens par gestes, auxquels le chef et tous les officiers auront soin de prendre garde. Dans les pays, où il n’y a, ni bois, ni vignes, ni haies, on dressera l’embuscade dans un champ couvert de chanvre, ou de bled, ou de quelque autre grain ; pour vû qu’il soit à une certaine hauteur propre à couvrir, du moins avec le secours de l’art. Quand la tige du grain n’est pas assez haute, on y fait d’abord entrer les fantassins garnis de pioches et de bêches qu’un officier subalterne aura conduits à la suite de la cavalerie. Le chef leur indiquera la longueur et la largeur du terrein A. Plan VI. qu’ils doivent préparer pour l’embuscade, ils y entreront par le côté B. Ils élèveront sur le côté de cet espace et sur les deux flancs, une espèce de parapet C. pratiqué en talus insensible au dehors, qu’on revêtira du bled enlevé sur la surface de l’embuscade, en forme de gazons quarrés d’un pied d’épaisseur, D. On les rangera et on les unira l’un contre l’autre, jusqu’à ce qu’on gagne la hauteur requise de six pieds et demi. Si le grain n’étoit haut que de trois pieds, il est visible que formant le talus élevé imperceptiblement à la hauteur d’un pied et demi avec la terre creusée de même profondeur, le grain qui borderoit l’embuscade, seroit à la hauteur de six pieds et demi sur le fond y compris l’épaisseur du gazon : ce qui suffit bien pour faire comprendre qu’un tel ouvrage ne doit pas rebuter, dans une terre labourable facile à remuer. Dès que les fantassins auront achevé leur ouvrage, l’officier subalterne les reconduira au lieu destiné pour l’infanterie. L’embuscade étant ainsi pratiquée, à cent pas du chemin que les ennemis doivent passer, on y ménera les chevaux par la bride, l’un après l’autre, pour ne pas élargir l’entrée du champ. Les cavaliers s’y rangeront, pieds à terre, tenant chacun la bride à la main, avec les rennes lachées sur le col du cheval. Les Officiers seront continuellement occupés à visiter leur troupe, réveillant ceux qui dorment. On doit également prendre bien garde que toutes les traces de l’entrée soient effacées et qu’il n’en paroisse aucune autour de l’embuscade. On peut aussi s’embusquer très avantageusement dans un chemin creux, quand il aboutit obliquement en arrière à celui des ennemis, comme le chemin K. Plan. V. quand les bords sont d’une hauteur suffisante, ou qu’ils sont bordés d’arbrisseaux et qu’ils s’étendent parallèlement au chemin des ennmis. Il seroit très dangereux de s’y loger, quand le chemin des ennemis, s’en approche, ou le traverse trop près de l’embuscade : on ne manqueroit pas d’être apperçu d’abord. Comme ces ravins ne sont pas fort larges, il sera nécessaire d’y pratiquer plusieurs sorties pour en débusquer promptement sur l’ennemi. J’en suppose quatre H. H. H. H. par où la cavalerie doit tout d’un coup s’élancer sur l’ennemi F. Il conviendra aussi, qu’avant d’y placer la troupe, on fasse saigner le ruisseau dans quelque endroit plus avancé, et qu’on lui donne par ce moyen un nouveau cours. I. afin que les pieds des chevaux soient au sec dans le fond du ravin, et fassent moins de bruit. Pour peu qu’on veuille travailler, on y réussira sûrement. Le chef ne manquera pas de partager sa troupe et de la disposer de manière qu’au premier ordre tous partent à la fois par les sorties, et puissent foncer en grand nombre sur le flanc des ennemis. Dans cette sorte d’embuscade le Commandant doit faire la sentinelle, s’appuyant sur le bord, et se couvrant tellement qu’il puisse tout observer sans être vu. Dans les villages abandonnés par les paysans, on peut dresser une embuscade dans les jardins G. Plan VI. ou dans les granges H. On condamnera toutes les portes qui font face aux ennemis, et on pratiquera les débouchés marqués avec des petits points. Car c’est une règle générale pour toute les embuscades : il faut en pratiquer la sortie de manière qu’on aille obliquement à l’ennemi en arrière de son front. On ne doit jamais employer l’infanterie dans toutes les embuscades que je viens de décrire, où la cavalerie agit. Si non pour favoriser la retraite. Mais quand un parti va au hazard, cherchant l’ennemi pour l’attirer dans une embuscade, c’est alors que l’infanterie doit avoir son tour. Pour cela les bois, les villages ne sont pas propres, ni aucun endroit trop couvert. Pour peu que l’ennemi soit rusé, il ne suivra jamais une troupe sur la lisière d’une forêt, ou au voisinage de quelque place couverte. C’est pourquoi il n’est point d’endroits où l’on réussit mieux pour cette sorte d’embuscade d’infanterie, que les bruyères, les terreins remplis de collines, les chemins creux, les grains, les fossés à côtés des grandes chaussées, pour vû qu’en général on n’en dresse jamais sur des chemins qui conduisent à votre armée ; car alors l’ennemi se gardera bien de vous poursuivre trop loin. Nous verrons plus loin ce qu’on doit faire en pareil cas pour le surprendre. Quand on veut s’embusquer dans des bruyères, ou sur quelque terrain rempli de petites collines, on fera coucher l’infan-terie ventre à terre. S’il y avoit quelque eau auprès, la ruse suggéreroit d’y mouiller les habits et de les remplir de poussière, pour leur donner une couleur de terre. Mais afin que cette troupe couchée ainsi ne soit pas exposée à être foulée et écrasée sous les pieds des chevaux des ennemis, que la course emporte au long et au large avec violence : on garnira du côté des ennemis le flanc de l’embuscade I. d’une barre K. qu’on pratiquera à la hâte avec quelques pieux fichés en terre à 10 pieds l’un de l’autre et à la hauteur de 5 à 6 pieds, qu’on accolera avec des perches de travers attachées à 5 pieds de terre. On peut facilement construire cette sorte de barricade, quand on est dans le voisinage de quelque bois. Le moment que l’infanterie doit faire feu est celui que la cavalerie ennemie L. passant devant son front, étend le flanc à toute la longueur de l’embuscade. Pour lors votre cavalerie M. fera tout d’un coup volte-face, et avancera en force sur celle des ennemis. Leur défaite sera d’autant plus sûre, que le feu de votre infanterie aura déjà dérangé leurs escadrons. Pour s’embusquer dans le fossé d’une grande chaussée, il faut choisir l’endroit le plus profond et au bord d’un champ de quelque grain d’une bonne hauteur. On y placera son monde assis, courbé ou à genoux, comme on pourra. On aura soin d’amasser le plus qu’il sera possible de petits buissons ronds, qu’on trouve abondamment partout à la campagne. On les plantera comme ils seroient naturellement le long du chemin, devant la tête de la troupe. On en rangera encor plus loin que l’embuscade, du côté que l’on attend les ennemis, en les plaçant plus clairement par ci, par là, afin que l’ennemi s’accoutume à les passer sans défiance. On fera ensuite verser le grain du bord pour couvrir l’embuscade. Si le grain n’est pas assez près du fossé, on coupera dans le champ, autant de quarrés de grain, qu’il en faudra pour revêtir le bord du fossé, de la manière que nous l’avons dit plus haut, pour embusquer la cavalerie dans un champ. On fera aussi verser une partie de ce grain transplanté, mais tellement qu’il paroisse avoir été abbattu par la vent ou la grêle. Nous avons fait avantageusement usage de cet expédient en Alsace avec le Capitaine de Palasti, un des plus habiles partisans de son tems. Le détachement étoit à ses ordres. Il m’a confié 50 hommes de son infanterie, que j’ai embusqué comme je viens de dire. Sa cavalerie avança sur la chaussée de Strasbourg. Elle ne fut pas plutôt apperçue, que les dragons bavarois avancerent près de 400 hommes, pour attaquer. Notre cavalerie rebroussa chemin. Les dragons se crurent déjà maitres du butin, ils ne manquerent pas de poursuivre. Ils arriverent devant notre embuscade, sans se douter de rien. Je laissai passer tout leur front, et à l’instant nous avons chargé leur centre par un feu si meurtrier que nous en mimes d’abord dix sept en bas, tués et blessés. Aussitôt notre cavalerie, qui jusqu’alors faisoit semblant de se sauver, tourna tout d’un coup la face aux ennemis, et les attaqua vivement. Nous eussions achevé de les mettre en déroute, sans le grand secours de cavalerie et d’infanterie qui sortit à la hâte de Strasbourg et que nous vimes avancer pour soutenir les dragons : cependant nous leur emmenames plus de 50 chevaux. Le chef d’un parti, ayant rangé son infanterie en embuscade, doit envoyer sa cavalerie en avant, toûjours au point du jour. Un bas officier avec 6 cavaliers des mieux montés, fera l’avant-garde. Elle s’avancera et marchera toujours éloignée de la troupe de toute la portée de la vue du commandant. Dès qu’ils appercevront l’ennemi, ils commenceront à se retirer lentement, sans prendre la fuite à moins que l’ennemi ne vienne à vous poursuivre avec chaleur. Dans ce cas, l’avant-garde fera l’arrière-garde et s’amusera à tirailler sur les ennemis, ou à les harceler, pour les exciter et attirer d’avantage. Si les ennemis font halte et qu’ils paroissent ne pas vouloir suivre plus loin, alors, un cavalier laissera tomber son chapeau ; un autre camarade s’arrêtera auprès de lui, pour l’aider à ramasser ; le reste de l’arrière-garde avancera toujours et ne s’arrêtera qu’à cent pas, pour attendre les autres ; un des deux cavaliers prendra garde aux ennemis pendant que l’autre affectera d’être embarrassé à reprendre ce qu’il a laissé tomber. Si l’ennemi s’avance, votre troupe doit s’avancer aussi et faire semblant d’accourir pour secourir les deux cavaliers, l’un relèvera promptement ce qu’il a à terre, et tous les deux rejoindront la troupe. Ces sortes de retardemens excitent souvent l’ennemi à vous poursuivre ; et on les attire par là peu à peu jusqu’à l’embuscade. Lorsque vous ne pouvez embusquer vôtre infanterie sans avoir un village entre elle et les ennemis, il ne faut pas envoyer la cavalerie au dela du village, par ce que les ennemis ne s’exposeront jamais à le traverser pour suivre votre troupe, de peur d’y tomber dans quelque piège. Mais au lieu d’aller plus en avant, votre cavalerie entrera dans le village, où elle demandera à rafraîchir pour 50 hommes si la troupe est de 100. Ensuite on ordonnera à trois ou quatre paysans de porter dans les villages, qui sont en avant du côté des ennemis, des ordres aux baillis, pour qu’ils aient à se rendre au plûtôt auprès de vous, afin de régler la livraison des chariots et des fourages, ou pour quelque autre prétexte. Ces paysans ne manqueront pas d’avertir les ennemis, ils expliqueront la force et la situation de votre troupe, suivant ce qu’ils en ont entendu. L’ennemi viendra sûrement avec des forces supérieures ; et pour arriver plus vîte, il n’amenera point d’infanterie. Si tôt que les paysans seront partis, vous vous mettrez bien en garde, ne laissant plus sortir aucun habitant du lieu. Vous enverrez continuellement des fortes patrouilles en arrière, sur le chemin de votre retraite ; principalement sur les débouchés, par où on pourroit couper votre communication avec l’embuscade. Chaque cavalier tiendra son cheval à la main, tout bridé et prêt à monter : afin que l’ennemi paroissant, vous puissiez vous retirer promptement du village. Lorsqu’un partisan n’a point d’infanterie, il pourra former une embuscade avec la cavalerie : il doit pour cela s’embusquer le plus près qu’il pourra de l’ennemi. Durant la nuit, il fera partir deux ou trois chariots couverts de toile blanche, pour qu’ils soient apperçus de loin. On aura soin que tous les harnois soient bien conditionnés, afin qu’il n’arrive pas quelque facheux accident de ce côté là. Chaque voiture sera attelée de 4 chevaux montés par deux cavaliers travestis en charetiers. Ils auront leurs mousquetons entre les mains de deux autres camarades ou quatre, cachés dans chaque chariot, afin qu’en cas de rencontre d’une patrouille, ils puissent la repousser. Ces chariots doivent se rendre lentement sur quelque chemin parallèle au front des ennemis et passant à quelque distance de leur poste : car il ne faut pas qu’il l’enfile. Ils règleront tellement leur marche, qu’à la pointe du jour ils se trouvent à une demie lieue de leur embuscade et à portée d’être apperçus des ennemis. Ils s’y arrèteront pendant qu’un des leurs fera la sentinelle sur un arbre, ou sur quelque hauteur. Si tot qu’il appercevra la patrouille des ennemis, ils décamperont ; car on les suivra sans faute. Si cependant l’ennemi paroit ne vouloir pas suivre, à quoi le bas officier doit prendre garde, un des charetiers s’arrêtera, faisant semblant d’être embarrassé avec son chariot : ce qui les attirera immanquablement et les excitera à courir pour vous atteindre, jusqu’à ce qu’ils tombent dans votre embuscade. Entre mille occasions, que les diverses marches des ennemis fournissent aux embuscades : il n’en est point de plus propre que la retraite d’une armée, qui décampe pour se porter en arrière. Quand un partisan a le bonheur d’en avoir avis, la veille par de bons espions il doit partir au plutôt avec toute sa troupe, par une route détournée, pareille à celle que nous avons tracée dans le plan IV. Il laissera son infanterie embusquée à moitié chemin. Il fera faire à sa cavalerie toute la diligence requise pour qu’elle soit rendue avant la pointe du jour, au lieu de son embuscade, qui doit se dresser sur la route que l’armée ennemie tiendra, et à deux ou trois lieues en arrière de son camp. Pour assurer mieux sa retraite, il laissera entre son infanterie et lui deux ou trois détachemens de sa cavalerie à une bonne distance l’un de l’autre. Le reste bordera le chemin sur plusieurs lignes paralleles, distantes de 3 ou 4 cens pas l’une derrière l’autre et cachées à la vuë des passans à la faveur de quelque creux, bois ou colline. La première ligne, étant à la portée du chemin, prendra garde au passage des marchands, des vivandiers et des équipages : ce sont les avant-coureurs de l’armée, et toujours les prémiers qui décampent, lorsqu’on va en arrière. A mesure qu’on s’emparera de quelques mulets ou chariots, le premier détachement les fera passer au second, et celui-ci au suivant. On se hâtera d’enlever ce qu’on pourra durant un bon quart d’heure, après quoi on pressera la retraite ; attendu que l’alarme se répandra vîte à l’armée, et que les troupes legères seront d’abord à vos troupes.
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