Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains

 Revenir au sommaire général

  

Portail Nouveautés Etudes stratégiques Publications ISC- CFHM- IHCC Liens Contacts - Adhésion

 

Dossiers :

 

  . Théorie de la stratégie

  . Cultures stratégiques

  . Histoire militaire

  . Géostratégie 

  . Pensée maritime

  . Pensée aérienne

  . Profils d'auteurs

  . Outils du chercheur

  . BISE

  . Bibliographie stratégique

 

Publications de référence

 

Stratégique

Histoire Militaire et Stratégie
Correspondance de Napoléon
RIHM
 

 

Chapitre XIII - Des prompts secours, qu’on peut apporter aux maladies les plus ordinaires dans les troupes legères durant la campagne

 

 

Il est d’usage chez toutes les nations policées, de faire transporter les soldats malades dans les hôpitaux de l’armée. Un secours si digne de l’humanité des princes et si avantageux à des milliers de malheureux guerriers, devient souvent inutile et même très incommode à un corps de partisan, que le devoir écrase toujours loin des hopitaux.

Il n’est point de troupe plus exposée à l’intempérie de l’air, aux fatigues d’une campagne et aux dangers de la guerre : par conséquent les maladies et les blessures doivent y être plus fréquentes. S’il falloit donc pour chaque accident, faire conduire les malades si loin, afin de les traiter, le corps s’affoibliroit bientôt. D’ailleurs, dans la garnison des grandes chaleurs, un transport si considérable ne peut naturellement que contribuer beaucoup à faire augmenter l’indisposition des blessés et des malades.

Il est vrai qu’un chirurgien-major attaché au corps y seroit d’un grand secours ; mais outre qu’un tel officier exige un grand entretien, tout le monde sçait que leur art emploie toujours une pharmacie, qui occasionne beaucoup de dépenses dans plusieurs cas où les simples remèdes operent aussi efficacement ; et sans fraix. D’un autre côté, il est assé ordinaire que pour exalter leur adresse, ils traitent des minuties comme des maux de conséquence, et trainent une cure en longueur, ce qui ne fait pas le compte d’un partisan.

Je ne crois pas pour cela qu’on puisse absolument se passer du secours de la chirurgie et de la médecine : il y a beaucoup de cas, où leur science et leur art sont nécessaires ; mais je suis convaincu que pour mille accidens, qui sont les plus ordinaires à une troupe legère, l’expérience nous a assez éclairé sur les moyens de nous aider nous mêmes beaucoup plus promptement, et sans dépenses.

Les accidens qui surviennent le plus ordinairement aux troupes legères sont la colique, l’indigestion, les maux de gorge, d’oreilles et des yeux, les ulcères à la bouche, la rétention d’urine, la pleurésie, les fièvres, les contusions, les engelures, les brûlures, la galle et les blessures. Voici ce que j’ai vu pratiquer avec un grand succès, pour toutes ces indispositions, sans être obligé de transporter les malades à l’hôpital. Les Rémèdes que je propose, se trouvent copieusement par tout : on peut se les procurer facilement sans dépenses ou à fort peu de fraix. Personne ne doit appréhender de s’en servir avec confiance, j’en ai vu et fait moi-même mille expériences des plus heureuses.

Pour la colique

Faites chauffer un verre de brandevin bien poivré ; mêlez-y une demie cuillerée d’huile de Térébentine, et avalez le tout chaud. Vous ferez cuire ensuite du bon vinaigre avec trois poignées de cendres de bois, que vous remuerez continuellement avec une cuillere ou un baton : vous en ferez un cataplasme que vous appliquerez dans le pli d’une serviette, le plus chaud qu’on pourra souffrir, sur le côté douloureux. Dès que le cataplasme perd sa chaleur, on aura soin de le réchauffer, pour l’appliquer de nouveau bien chaud : ce qu’on continuera de réitérer jusqu’à parfaite guérison.

Pour l’indigestion

Comme il arrive souvent parmi les troupes legères, qu’elles doivent se presser de manger, il n’est pas surprenant que le soldats soient forts sujets à des indigestions dangereuses, qui requièrent un prompt secours.

Faites chauffer dans une casserole ou dans un pot de terre du bon vinaigre ou du brandevin avec un peu de beure et des aulx pilés ou hachés menu. Vous frotterez de cette décoction tout le corps du malade devant un bon feu : particulièrement les jointures, derrière les vertèbres du col et du dos, les articles des épaules, des coudes et du carpe que vous frotterez fortement jusqu’à ce que les nodosités, qui se forment sous la peau de ces endroits se dissipent.

Pour le mal de gorge.

Quand l’inflammation de la gorge et des amigdales vient d’un échauffement, vous vous servirez d’un gargarisme fait de parties égales d’eau de pluie et de brandevin, dont vous vous gargariserez souvent jusqu’à ce que l’inflammation soit passée. Plusieurs ont fait dissiper la tumeur et l’inflammation des amigdales en usant de leur urine propre nouvellement rendue, en forme de gargarisme. Pour la relaxation de la luette avec inflammation de gorge, mettez dans les oreilles du coton trempé dans de l’eau de vie chauffée.

Pour rélever la luette tombée, portez dessus un peu de sel ou de poivre avec le manche d’une cuillère. Si les amigdales sont enflées, pressez les fortement avec une serviette, qu’un homme doit bien serrer sous la machoire inferieure en soulevant le malade avec les bouts qu’on tient au-dessus de la tête.

Pour les maux d’oreilles

Quand il se forme dans l’oreille quelque inflammation causée par quelque obstruction et accompagnée de douleurs très aiguës, pratiquez le remede suivant, il est immanquable.

Vous étendrez sur un morceau de linge de la longueur et de la largeur d’un pied, de la cire jaune, que vous fondrez à la chandelle pour l’étendre plus facilement : quand le linge sera tout ciré d’un côté, vous en formerez un entonnoir. Vous ferez entrer le bout étroit dans l’oreille malade, la personne étant couchée sur le côté opposé. Vous envelopperez bien d’un linge le tour de l’oreille et le bas de l’entonnoir en déhors afin qu’aucun air froid ne puisse y pénétrer : cette précaution prise, vous allumerez le haut bout du linge ciré de manière qu’il brûle également au tour. Quand la flamme aura consumé un peu plus que les deux tiers, vous l’éteindrez et retirerez le reste, que vous trouverez rempli de saletés que la chaleur a fait sortir de cavités de l’oreille.

Si la douleur n’est pas entièrement dissipée par la premiere operation, on la réiterera, la seconde guérira infailliblement.

Pour l’inflammation des yeux

Appliquez sur l’œil enflammé des morceaux de pain blanc trempés dans l’eau de pluie. Dès que le pain commence à se sécher, vous le retremperez dans l’eau et l’appliquerez de nouveau, réiterant toujours ce simple cataplasme jusqu’à parfaire guérison. Si l’inflammation provenoit d’une grande chaleur du sang, ou d’une fluxion qu’on ne peut soulager plus promptement que par la saignée, on l’emploiera avec l’aide d’un frater entretenu sur la solde d’un soldat. Ensuite vous ferez infuser deux dragmes de couperose blanche dans un verre d’eau froide. Vous tremperez une compresse dans cette eau, vous la banderez sur l’œil en vous couchant, vous la renouvellerez cinq ou six fois par jour. Ce collire fera sûrement bon effet.

Pour les ulcères à la bouche

Un mal très fréquent durant la campagne, et que je crois occasionné par les grandes chaleurs de l’air, ou par les aliments salés qu’on est obligé de prendre, ce sont les chancres ou les ulcères qui se forment dans la bouche : quoi que ce ne soient que de pures bagatelles, qu’on peut guérir d’abord avec beaucoup de facilité ; cependant j’ai vu des personnes assez simples pour s’en laisser épouvanter et se faire traiter comme d’un mal fort sérieux, employant la saignée, les purgatifs, quantité de gargarismes et d’autres remèdes sous prétexte qu’on ne peut guérir de ces maux sans bien purifier le sang. Mais l’expérience a prouvé que cette incommodité n’est qu’une minutie qui se dissipera d’abord, en touchant legèrement deux ou trois fois chaque ulcère avec une pierre de Vitriol de Chypre, l’ayant auparavant mouillée avec votre salive.

Ceux qui par trop de délicatesse appréhenderoient d’employer ce reméde, quoique nullement dangereux, n’ont qu’à faire piler des feuilles de sauge arrosées de quelques goutes de Brandevin. On pressera le jus dans un verre. On en tiendra un peu dans la bouche du côté de l’ulcère pendant un quart d’heure. Ce qu’on réitèrera trois ou quatre fois par jour.

Pour la rétention d’urine

Cette indisposition provient de diverses causes, que je n’expliquerai pas ici ; mais quelles qu’elles soient, le spécifique que j’indique est souverain pour toutes les différentes espèces. Prenez une demie lieue de raisort, avec une poignée de racines de persil, le tout coupé par tranches, ajoutez un gros d’Alun brûlé en poudre, faites cuire tout ensemble avec dix pots d’eau de pluie dans un pot neuf vernissé et bien bouché, jusqu’à la diminution d’un tiers. Vous ne boirez autre chose que cette décoction jusqu’à parfaite guérison.

Pour la pleurésie

Cet accident est commun dans les troupes, qui se trouvent souvent dans le cas d’étancher leur soif ardente avec des eaux vives et froides, qui causent des inflammations de poitrine et la mort, si on n’est pas prompt à secourir. Il faut commencer d’abord par une bonne saignée, pour causer une diversion à la trop grande inflammation de la plèvre. Emplissez ensuite un pot de pomme de vin, versez du vin blan dessus tant que les pommes en soient couvertes. La coction faitte, on donnera souvent de ce vin à boire au malade, qui doit se tenir couché dans un lit bien couvert. On ne lui fera manger de tems en tems que des navets cuits à l’eau sans sel, ni beure. On peut s’assurer d’être parfaitement guéri au quatrième jour, si on n’a pas négligé la saignée au commencement.

Pour les fièvres

Il n’est point de maladie qui attaque plus de monde que la fièvre durant la campagne. Le pire est que la guérison traîne souvent en longueur, malgré tous les soins et les remèdes qu’on trouve dans les hôpitaux.

Il y a des fièvres qui demandent absolument d’être traitées fort sérieusement par d’habiles médecins, comme les fièvres putrides, malignes, pourpreuses et généralement toutes celles qui sont causées par l’entière corruption du sang, ou par le rélachement des fibres, dont le rétablissement exige beaucoup de tems et d’attention.

Je ne parle donc ici que des fièvres ordinaires. Continues ou intermittentes, quotidiennes, tierces, quartes. On peut les guérir toutes de cette manière. On attend jusqu’au troisième ou quatrième accès qu’on met le fébricitant à la diète, ne lui donnant absolument rien que du café sans sucre : il en boira autant qu’il pourra, l’envie de manger lui passera, et lendemain il remarquera par les selles le bon effet que cela lui fera ; l’accès sera beaucoup diminué et peut-être sera-t-il le dernier. On peut cependant permettre de fumer, pour le désennuyer. Je ne doute nullement que bien des médecins et des chirurgiens condamneront cette façon de traiter les fièvres et que la plûpart n’y ajouteront pas foi ; néanmoins je dois assurer que cela seul m’a guéri plusieurs fois, et que beaucoup de personnes à qui je l’ai conseillé, s’en sont trouvées fort bien.

Pour les contusions

Il faut avoir une provision de papiers sur lesquels on vend l’or battu. Sitôt qu’on reçoit quelque contusion, on la lavera bien avec du brandevin, et on appliquera quelques feuillets de ce papier, qu’on renouvellera deux fois par jour ; le feu se dissipera et l’on sera guéri.

Si la partie étoit fort enflée, mais sans plaie, faites cuire dans de bon vinaigre trois ou quatre poignées de son avec un peu de beure, que vous appliquerez chaudement en cataplasme sur l’enflure.

Pour les engelures

Etendez de la térébenthine de Venise sur un morceau de peau douce, de la grandeur de l’engelure. Couvrez de cette emplâtre la partie affectée, vous ne l’appliquerez qu’une fois par jour. La guérison sera prompte et immanquable.

Pour les brûlures

Prenez de l’huile d’Olive et de la Céruse, mêlez-les bien ensemble avec un couteau : vous en ferez des emplâtres sur du linge que vous appliquerez deux fois par jour sur la partie brûlée.

 

Pour la galle

L’on boira au matin et au soir, chaque fois un verre de brandevin, ou de vin blanc avec une cuillerée d’huile de térébenthine. On se tiendra en même tems devant un grand feu pour se faire bien frotter tout le corps, surtout les jointures avec l’huile de térébenthine qu’on fera imbiber par le frottement vis à vis du feu, ce qu’il faut continuer jusqu’à l’entière guérison. Ce remède a guéri des milliers de soldats en Italie.

Pour les blessûres.

Pour guérir promptement toutes sortes de blessures récentes, pour vû qu’elles ne soient pas mortelles, il ne faut employer que l’emplâtre suivante. Vous étendrez sur un morceau de vieux gant de femme ou de quelque autre peau fort douce, de la térébenthine de Venise mêlée avec du saffran pulvérisé. Quand la blessure est récente et encore chaude, vous appliquerez vîte l’emplâtre dessus, et la laisserez jusqu’à ce qu’on en soit guéri. Si cependant il arrivoit par quelque accident, qu’il s’amassât quelque mauvaise matière dessous, ce qu’on pourra bientôt sentir, dans ce cas, il faudra laver le pus avec du brandevin et appliquer au plus vîte une nouvelle emplâtre qu’on a dû préparer avant d’ôter la première : car il faut toujours prendre garde de ne pas laisser une plaie exposée à l’action de l’air.

Pour les plaies.

J’ai vu pratiquer chez plusieurs nations une méthode bien aisée et très assurée, pour guérir promptement les plaies, et sans la moindre douleur, par le moyen d’un baume excellent dont la composition est extrêmement facile. On prend poids égaux d’huile d’olive et de vin rouge avec le quart du sucre : c’est à dire que si l’on emploie une livre d’huile avec une livre de vin, on y ajoutera un quarteron de sucre. On fait bouillir le tout à petit feu dans un pot de terre vernissé, jusqu’à la consomption du vin.

On applique ce baume un peu tiède avec du linge, quand la plaie est profonde, on y en fait couler quelques gouttes sans tentes, et on la couvre d’une compresse de vieux linge plié en plusieurs doubles, trempée dans le même baume. J’ai expérimenté très souvent que ce seul rémède produit tous les effets de ceux que les chirurgiens emploient par dégrés pour ôter l’inflammation, pour faire supurer, dessécher et consolider les plaies.

Comme rien n’est plus nuisible à une plaie que l’acidité de l’air, qui coagule ou épaissit d’abord le suc nourrissier des fibres, il faut être habile à lever promptement l’appareil et à la recouvrir aussitôt d’une autre compresse, sans s’arrêter inutilement à considérer la plaie ou à la nettoyer de son pus, attendu que le baume opère cela de lui même.

 

 

 Copyright www.stratisc.org - 2005 - Conception - Bertrand Degoy, Alain De Neve, Joseph Henrotin