| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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Chapitre XIV - Des moyens sûrs pour rétablir promptement la plupart des facheux accidens qui arrêtent ordinairement le service des chevaux en campagne
Quoi que chaque compagnie de cavalerie ait son maréchal plus ou moins habile à connoitre et à traiter les maladies des chevaux, cependant je crois que tout officier me saura bon gré, que j’ajoute encore ici ce que j’ai vu pratiquer en mille occasions avec succès, par les plus habiles maréchaux de différentes nations. Je ne rapporterai que les remedes les plus simples et pour les incommodités les plus fréquentes à la cavalerie legère : ce sont la gourme, l’inflammation des yeux, l’effort d’épaule, la fourbure, l’encloueure, la pousse, la toux, la rétention d’urine, l’enflure et les blessures sous la selle, les blessures des tranchans sur les autres parties du corps, les vers, la morve et la tic. Prenez parties égales de soufre vif et de graines de laurier, que vous ferez bien pulvériser ensemble. Dès que le cheval commence à jetter, vous lui donnerez matin et soir, au lieu d’avoine, une forte pincée de cette poudre dans du son arrosé. En même tems vous lui appliquerez sur les glandes au dessous de la ganache le cataplasme suivant. Faites broyer dans un mortier une bonne poignée de sauge et autant de lavande ; ajoûtez-y quatre cuillerées de farine tamisée. Cuisez la tout ensemble dans du vinaigre. Il faut l’appliquer bien chaud. Faites saigner le cheval au col : ensuite laissez dissoudre dans un pot d’eau de fonteine ou de pluie avec un grand verre de brandevin, un morceau de sucre candi et autant de vitriol blanc. Vous en laverez l’œil enflammé avec une éponge cinq ou six fois par jour, jusqu’à ce qu’il soit guéri. Il faut faire bien troter le cheval, réiterer plusieurs fois des frictions sur l’épaule forcée avec du savon et de l’eau de vie. Si le mal ne se dissipe pas en 24 heures, on le fera saigner à l’ars. On recevra le sang dans un grand plat, dans lequel on aura mis avant, un demi-fértier d’eau de vie chaude. On remuera le tout ensemble et on en fera une charge sur l’épaule. Dès qu’on s’apperçoit de la roideur ou engourdissement d’un cheval, il faut le faire saigner deux jours consécutifs, aux deux côtés du col ; ensuite on lui fera avaler une cuillerée de sel fondu dans une pinte d’eau, et on lui frottera bien les quatre jambes avec un mélange d’un quarteron d’essence et de térébenthine avec une poignée de sel dissous dans une chopine de vinaigre et autant d’eau de vie : on aura soin de promener souvent le cheval, et de le tenir toujours bien couvert. Apres avoir fait saigner le cheval, plusieurs lui font avaler de l’excrément d’homme, délayé dans une pinte de lait doux, ce qui guérit également. D’autres emploient pour le même effet les porreaux qui croissent au bas des jambes, ils en coupent la quantité d’une cuillerée bien menu, qu’ils font bouillir dans une pinte de genèvre ou de brandevin ou de vin, et le font avaler un peu tiède. Si tôt qu’on remarque qu’un cheval est encloué, il faut tirer vîte ce qui le blesse. S’il continue a boiter, on fera élargir l’ouverture et on y fera fondre quelques goutes de cire d’Espagne. Donnez au cheval poussif, matin et soir dans son avoine une demie once de chardons bien pulvérisés. Faites boire matin et soir la décoction de branches de genet. La dose est de cinq poignées dans dix pintes d’eau. Faites entrer une cloporte dans le conduit de l’urine, le chatouillement que cet insecte causera fera d’abord pisser le cheval. Les Hongrois emploient pour le même effet, une petite verge de noisettier, avec laquelle ils fouëttent le cheval sous la queue. Pour les enflures et blessures sous la selle Quand il paroît quelque enflure sous la selle, sans aucune plaie, on prendra un torchon bien gras de la lavure des écuelles qu’on appliquera fort chaud sur l’enflûre, et la couvrira d’une couverte pliée en quatre et sanglée d’un surfait ; un quart d’heure après on retrempera le même torchon dans la lavûre d’écuelles, pour l’appliquer de nouveau : ce qu’on réitèrera jusqu’à ce que toute l’enflûre soit dissipée ; ensuite on bassinera la place avec de l’eau et du sel. Quelques-uns ne font que laver l’enflûre avec du brandevin et du savon d’Espagne. Quand la peau est écorchée : dans ce cas il faut traiter cette blessûre de la manière suivante. Vous hacherez bien menu des bouts de vieille corde usée et vous les pilerez dans un mortier avec une suffisante quantité de vieux oing, jusqu’à ce que le tout forme une espèce d’onguent ou de baume, que vous appliquerez sur la blessûre. Pour la dessècher, vous mettrez dessus, les cendres de tabac des pipes. Faites bouillir dans un bon verre de vinaigre de vin, de l’assa fetida ou merde de diable, la grosseur d’une noix, jusqu’à ce que cette gomme soit fondue : versez la ensuite dans une bouteille pour la donner à boire au cheval le matin à jeun, le laissant pendant six heures après sans boire, ni manger. S’il arrive que le cheval marque souffrir beaucoup et qu’il se jette par terre comme s’il étoit attaqué d’un mal de ventre, cela ne doit pas vous inquiéter. Quand un cheval a reçu quelque coup sur les yeux, ou qu’il a déjà quelque perle ou tâche sur l’œil provenant de ce coup, prenez quatre œufs frais de poule : vous en percerez les deux bouts, d’un petit trou avec une épingle, pour en souffler tout le blanc déhors, tellement qu’il n’y reste que le jaune que vous mettrez avec la coque dans un pot bien bouché, sur des charbons où on les fera sécher lentement, jusqu’à ce qu’ils deviennent brunâtres, sans être brûlés. Quand ils seront bien secs, vous les concasserez dans un mortier avec du vitriol de Chypre de la grosseur de deux pois. Vous en formerez une pâte bien fine dont vous ferez des pilulles de la grosseur d’un pois. Vous en mettrez une tous les jours dans l’œil incommodé, qu’on tiendra fermé jusqu’à ce que la pilulle soit fondue. On continuera chaque jour, jusqu’à l’entière guérison et on gardera l’œil du cheval contre l’action de l’air. Pour les coups et les enflûres des autres parties Quand le cheval a reçu un coup d’une autre, et que la partie frappée est enflée, frottez l’enflûre avec un mélange de lie de vin et de vinaigre, pourvu que cela soit épais. Pour les blessûres reçues par quelque tranchant de sabre ou autres coups Prenez de la térébenthine de Venise et du verd d’Espagne autant qu’il en faudra pour rendre la première assé verte. Ensuite vous les ferez bouillir lentement dans l’huile de lin, sur des charbons, jusqu’à ce que le tout prenne la consistance d’un baume, ni trop liquide, ni trop épais. Vous en ferez des emplâtres de la grandeur de la blessûre : si la plaie est profonde, vous ferez de votre baume des pilulles longues que vous fourrerez dans les cavités. L’on a imaginé et pratiqué plusieurs rémèdes contre ces deux accidens, mais j’en ai vu si peu de succès que le meilleur et le plus sûr à mon avis est de faire tuer le premier et de se défaire au plutôt du second.
FIN
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