Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains

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Stratégique

Histoire Militaire et Stratégie
Correspondance de Napoléon
RIHM
 

 

Chapitre I - Du Corps d’un partisan

 

 

L’on appelle généralement partisan, tout officier destiné pour aller en parti : à la tête, ou d’un détachement emprunté de l’armée, ou d’une troupe qui lui est propre ; et qui pour cette raison, n’a d’autre raison, que celui de corps de partisan.

Ce corps est une troupe legère, de cent à deux mille hommes, séparée de l’Armée ; pour en assurer la marche et le camp ; pour reconnoître le pays et les ennemis ; pour enlever leurs postes, leurs convois et les escortes ; pour leur dresser des embuscades, et mettre en usage toutes les ruses propres à les surprendre, ou à les inquiéter.

Il est visible que le service d’un tel corps, quoi que le moins respecté, est cependant le plus fatiguant, le plus dangereux, et le plus étendu. Pour peu qu’on y fasse attention, on conviendra bientôt que pour le remplir avantageusement, la prudence exige que ce corps soit de mille hommes au moins : sans quoi, un partisan ne peut guères se flater de soutenir toutes les fatigues d’une campagne, et de saisir les plus importantes occasions, qu’on rencontre à tout bout de champ, mais qu’une trop foible infériorité doit laisser échapper.

Il n’importe pas moins que cette troupe soit composée d’infanterie, de dragons et de hussards : on a souvent expérimenté que, réunissant ces deux dernières espèces ; l’émulation les excite, et les rend intrépides, jusqu’à la témérité.

Comme il est incontestable que dans la Petite Guerre, la cavalerie doit agir le plus ; il seroit par consequent à souhaiter qu’elle fût aussi plus forte, et que dans une troupe de mille hommes, il y eût six cens cavaliers, et quatre cens fantassins dont on formeroit dix-huit compagnies : sçavoir : six d’infanterie, six de dragons, et six de hussards.

Chaque compagnie d’infanterie auroit son capitaine, un lieutenant, un sous-lieutenant, deux sergens et soixante cinq fantassins ; y compris quatre caporaux, deux anspessades, et un tambour. Le fifre y est inutile.

Chaque compagnie de cavalerie seroit d’un capitaine, d’un lieutenant, d’un sous-lieutenant, d’un maréchal des logis et de cinquante cavaliers ; y compris six caporaux, un trompette et le maréchal. De plus, dix charpentiers pour tout le corps.

Il convient beaucoup que le chef nomme tous les officiers de son propre corps, conformement aux talens, qu’il leur connoit : ne consultant pour cela que l’équité et le bien du service.

Pour soutenir l’honneur de cette milice, sur un pied solide et respectable, il faut que la plus exacte subordination étende la prudence du chef à tous les officiers ; et que la plus rigide discipline inspire à tout le corps la vigilance, la patience, la bravoure et la gloire.

Il est surprenant, qu’une telle troupe destinée et si propre aux plus interessantes fonctions d’une armée, soit si souvent détournée de ses devoirs, et sacrifiée à des excès, qui font horreur à l’humanité, sans qu’on prenne à cœur de réformer des abus, si préjudiciables à la gloire des Princes, et souvent si contraires à leurs propres intérêts.

Quant aux troupes de partisans, formées d’un ou de plusieurs détachemens, tirés de divers régimens d’une armée ; comme on ne les compose qu’en vuë de quelque expédition particulière ; on règle toûjours la force et la qualité sur les circonstances de l’affaire qu’on entreprend : c’est pourquoi on rend ces sortes de corps plus ou moins nombreux selon que l’exige l’action projettée.

Je n’ajouterai rien sur ce sujet ; si je ne savois pas combien il interesse, que le chef d’un tel parti, ait aussi l’avantage de pouvoir choisir les troupes et les officiers de l’armée, qu’il connoit les plus convenables à son entreprise : on préviendroit par-là bien des difficultés, des contradictions et des dangers, que la jalousie ou la défiance occasionnent toujours, entre des inconnus.

 

 

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