Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains

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Chapitre III - Du choix des recrues. de leurs habits et de leurs armes

 

 

La prévention partage encore les sentimens, pour la taille requise à un soldat. On ne s’accorde pas mieux sur la forme de l’habit et des armes.

Quelques-uns recherchent, tant pour l’infanterie que pour la cavalerie, des hommes d’une taille la plus haute. Ils supposent que la grandeur est toujours réunie à une force avantageuse, qui resiste plus long-tems aux fatigues de la petite guerre.

D’autres cependant préferent, pour le même service, des fantassins d’une médiocre taille de cinq pieds ; et des cavaliers de cinq pieds cinq pouces. Mr. de Grand-Maison dans son Traité de la Petite Guerre, est de ce sentiment. Je n’en suis nullement surpris. Il devoit s’y déterminer, d’autant plus facilement que sa taille personnelle répond parfaitement à l’idée qu’il a qu’un homme de cinq pieds, ayant les épaules quarrées, est plus fort, plus dur à la fatigue qu’un homme d’une plus grande hauteur ; par conséquent plus propre à l’infanterie.

On ne doutera jamais qu’un homme d’une taille médiocre, ne puisse quelquefois avoir la complexion plus robuste qu’un autre de cinq pieds huit pouces, si on le veut ; il faut décider sur le général. Chacun sçait qu’une seule hirondelle ne nous assure pas de l’étée.

Jettons donc les yeux sur les troupes du roi de Prusse. Ces régimens, qui ne connoissent, ni aisance, ni repos, ne sont-ils pas composés des plus grands hommes de l’Europe ? Cependant en est-il dans les autres armées qui soutiennent mieux qu’eux, les plus rudes fatigues de la guerre ?

Sûrement, une taille moyenne n’est pas à rejetter ; on peut la préférer dans la cavalerie, pour les raisons que nous dirons plus bas. Mais pour l’infanterie, on choisira toujours les plus grands hommes, dès qu’on les rencontrera. Comme ils ont les jambes plus fendues, ils marchent aussi aisément à plus grands pas ; et dans une action, ils enfoncent bien plus puissamment, que d’autres d’une moindre hauteur.

Il convient donc qu’un fantassin soit de cinq pieds si pouces (du roi) au moins et plus, quand on les trouve, ayant les jambes bien faites, le corps droit, sans trop d’embonpoint, et sans autre défaut notable.

Pour la cavalerie d’un partisan, comme pour celle de toute autre troupe légère, la haute taille de l’infanterie ne convient nullement. Dès que l’on exige que cette cavalerie soit leste, alerte, et capable d’une rapidité, comparable au vol des oiseaux, il est évident que le cheval ne doit pas être surchargé d’un maître, qui, étant de haute taille, seroit naturellement plus pésant, et beaucoup moins propre à se tenir bien ferme et droit sur la selle.

Il est donc visible qu’un cheval, incommodé d’un tel poids, ne sauroit soutenir la fatigue dans les grandes courses, que doivent faire si fréquemment les dragons et les hussards. Dans leur service sur-tout, où le cavalier monte toujours le même cheval : il seroit impossible que, sous un homme lourd et peu ferme, le cheval résistât quelque tems, sans se blesser. Par là on peut concevoir, qu’un garçon de cinq pieds, un ou deux pouces, est le plus propre à être dragon ou hussard.

Toute recrue d’infanterie, comme de cavalerie, doit être de vingt, jusqu’à trente cinq ans. Il est aisé d’en trouver de cet âge : même en pleine marche, on en rencontre partout. La jeunesse est fort inclinée pour le service de la petite guerre. Plusieurs même portent la passion au point qu’ils offrent et donnent encore de l’argent aux enrolleurs, pour être engagés.

L’infanterie peut se former de toutes sortes de nations ; quoique les François et les Liégeois méritent quelque préférence, par rapport à leur bonne volonté. Mais la cavalerie requiert qu’on y reçoive, autant qu’il est possible, des Hongrois et des Allemans, naturellement amateurs des chevaux ; et doués d’un talent particulier, pour les nourrir, les penser et les conduire ; ce que les autres nations de l’Europe ne pratiquent, qu’après de longues habitudes.

L’habillement des troupes légères doit être leste, nullement pésant, ni embarrassant. Les fantassins et les dragons ne sauroient être plus avantageusement vétus qu’à la prussienne, ayant durant l’hiver, sous la veste, une camisole de bonne serge épaisse, doublée sur la poitrine. Les hussards, comme ceux de la Reine d’Hongrie. Il ne faut pas appréhender que le froid les incommode : c’est alors qu’ils se portent mieux, à moins que les vivres ne leur manquent : j’entends le Pain, la Viande et le Brandevin ; car il est prudent de leur interdire les fruits.

Pour l’armément, rien ne me paroit moins embarrassant que de donner à un fantassin, outre le fusil et la baïonnette, un sabre courbe, court et leger : ce qu’il porte avec beaucoup plus d’aisance. On doit donner de plus, deux haches et quatre pioches, à chaque compagnie d’infanterie.

Au lieu de sabres droits, que les dragons portent ordinairement en Allemagne, on leur en donneroit des courbes, pareils à ceux des hussards. Je sais que les premiers ont le coup plus meurtrier ; mais il s’en faut de beaucoup, que dans un combat, ils soient si avantageux. Pour en convaincre, je ne veux que comparer le méchanisme des uns, à celui des autres. Quand le cheval est en plein galop, pour attaquer, le cavalier portant la pointe du sabre à son ennemi, doit le percer ; par conséquent arrêter son cheval et son action, pour dégager le sabre. Pendant ce tems-là, un dragon armé d’un sabre courbe, aura sans rétenir, ni son cheval, ni sa main, blaissé trois ou quatre de ses ennemis, si non mortellement ; du moins seront-ils hors du combat : c’est ce qu’on doit chercher dans une bataille, tant pour l’intérêt que pour la gloire du souverain.

On sçait de plus, que le tranchant du sabre droit, ne se prête pas si bien que le courbe : d’où vient sans doute, la préference que fait de celui-ci toute la cavalerie orientale, la meilleure qui soit au monde.

 

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