| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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Chapitre V - De l’exercice
L’exercice est la première partie de l’art militaire, la plus essentielle, la mieux considérée, et qui excite d’avantage l’atten-tion de tous les princes. L’exercice forme les hommes et les chevaux, à toutes les évolutions de la guerre. Il dégage toutes les parties de leurs corps, des rudesses de la simple nature. Il leur fait acquérir tout l’avantage et les agrémens d’un mouvement prompt, juste et uniforme, qui ravit le goût et l’admiration. Il n’est rien aussi, dont les consequences soient plus interessantes dans la guerre, comme dans la paix. Car de là dépendent l’honneur et le mérite d’une troupe, sa beauté, sa force et ses succès. Quant un corps est bien au fait de son exercice : l’ordre s’y soutient, l’ame du chef s’étend dans tous les membres, sa prudence son courage, son adresse se communiquent à tous ; et l’action s’y élève au plus haut degré de sa force. Au contraire, faute d’être bien exercé, on voit toujours les plus grands corps se déranger d’abord. Le désordre s’y augmente malgré tout le commandement. La confusion y fait échouer l’art des plus habiles maîtres ; et la valeur des soldats et des chevaux ne sert qu’à en précipiter la déroute. C’est pourquoi : il importe extrêmement à tous les officiers de donner leurs soins, pour que toutes les recrues soient dressées, dès qu’elles arrivent au corps. On exercera d’abord les cavaliers, à pied, comme les fantassins. On leur apprendra premierement à marcher : tenant les bras serrés au corps : celui-ci droit et toûjours ferme. La tête haute et fièrement redressée en arrière, pour donner l’aisance à la vuë. Il seroit fort inutile, de m’étendre ici sur le commandement et le mouvement que l’on pratique, pour exercer. Chaque nation a sur cela, ses maximes et ses usages connus de tous les officiers. Je ne veux, ni les critiquer, ni grossir ce volume de ce qui est imprimé par tout. Cependant je ne puis m’empêcher de citer la prudence et le zèle de certains colonels, qui pour s’assurer mieux de la perfection de l’exercice, font venir chaque compagnie séparément, et ordonnent au capitaine de commander en leur présence. Chaque capitaine ensuite, le fait faire à ses officiers subalternes. Cette méthode contribue infiniment à perfectionner la troupe ; étant tres certain, que le commandement ne doit pas être moins règlé, que l’exécution ; et que tout officier doit savoir le premier, toute la manœuvre des soldats : sans quoi il lui est impossible de les former jamais bien. Dès que le cavalier est suffisamment instruit de ses mouvemens à pied : on lui apprendra à monter à cheval et à s’y tenir ferme, droit et toujours au milieu de la selle. Le Chef doit également prendre bien garde, que tous les piqueurs de sa troupe s’accordent aux mêmes principes, pour ne pas troubler l’unifor-mité. On profitera de tous les tems tranquilles, pour réiterer l’exercice ; afin que la troupe s’y maintienne et n’en oublie rien. A l’égard des chevaux : l’Officier doit encore avoir plus d’industrie et de patience, par les grandes difficultés qu’on rencontre toujours à bien former leurs habitudes. Voici ce qui me paroît le plus nécessaire de mettre en usage. On les dressera d’abord, à marcher le pas, ensuite le trot, et le galop ; enfin le saut des fossés, et le passage des eaux à la nage. On les accoutumera de même à tous les bruits de guerre, aux coups de feu, à l’éclat des flammes et des armes blanches. On prendra le moment qu’on veut leur donner l’avoine, pour faire battre la caisse, sonner les trompettes, tirer quelques coups de feu et porter les armes blanches à leur vue : puis on les caressera et on les laissera manger. Dès qu’ils seront une fois assurés contre toutes ces frayeurs guerrières, on pourra les mener sûrement dans toutes les actions. Ils s’y laisseront conduire d’autant plus aisément, qu’ils croiront y aller trouver leur avoine. Quand il se rencontre quelque cheval si ombrageux qu’aucun exercice ne peut le corriger, il faut le réformer et le remplacer, pour ne pas courir les trop grands dangers d’un tel défaut. Tout le monde sait que c’est aux exercices comme à la parade, qu’un officier doit étudier et redresser le caractère de ses soldats, sur la propreté et les airs, qui étalent l’uniformité. Car tout officier est responsable du moindre dérangement, que le supérieur pourroit découvrir durant le service, soit dans l’habillement, soit dans l’équipage, ou le mouvement. Il faut donc être attentif, pour examiner bien ; si chaque soldat entretient ses armes nettes, ses habits propres et entiers, les cheveux peignés et liés, le sabre et les étriers bien pendans, ni trop haut, ni trop bas ; en un mot, s’ils n’ont rien qui dérange la conformité requise.
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