| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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Chapitre VI - De la subordination
Tout homme de guerre sçait que la subordination militaire consiste dans une parfaite soumission aux ordres des superieurs, dans une dépendance règlée sur les droits et les devoirs de tous les guerriers, depuis le soldat jusqu’au général. On a vu à la téte de cet ouvrage, que la subordination doit étendre l’esprit du chef à tous les membres. Cette seule idée, qui se développe à la moindre attention, suffit pour en faire comprendre l’importance. Sans subordination, il est impossible qu’un corps se soutienne, et que ses mouvemens se dirigent, que l’Ordre s’établisse et que le service se fasse. En effet : c’est elle qui fait l’ame et toute l’harmonie du service, qui donne toute la force à l’autorité et tout le mérite à l’obéissance, qui appuie le baton du maréchal, comme l’épée du soldat, qui assure l’efficace du commandement et l’honneur de l’exécution. En un mot : c’est elle qui empêche le désordre dans une armée, et y procure tous les avantages. Mais si elle protege les droits des supérieurs, elle les rend aussi responsables de toutes les fuites : et si elle réduit les inferieurs à une sujettion aveugle, elle les soutient en même tems, à l’abri de tout reproche. Tellement vrai, que dans tous les mauvais succès des entreprises, la faute tombe toujours sur le seul commandant : l’obéissance justifie le reste. Pour que la subordination soit parfaite ; elle exige des convenances ; tant du coté des supérieurs, qui commandent, que des subalternes, qui obéissent. La confiance dont le souverain honore un officier, quel qu’il soit, est le seul titre requis, pour l’autoriser à soutenir les droits du grade qu’il occupe. Ni l’obscurité de la naissance, ni le défaut de toute autre qualité personnelle, n’exceptent rien. Son pouvoir est d’autant plus solide, qu’il est fondé sur la volonté du prince et appuyé de toute sa puissance : c’est donc une grande imprudence de vouloir y contredire. La voix des officiers, le mouvement des enseignes et des drapeaux, le son des trompettes et le bruit des tambours, sont autant d’échos, qui expliquent et étendent les ordres de l’autorité, à laquelle tout inférieur doit une soumission prompte sans le moindre délai, attentive sans défiance, respectueuse sans murmure, aveugle sans réplique, zélée sans feinte, constante sans relachement. Une si solide obéissance est toujours le fruit de la confiance, du respect et de l’affection qu’une troupe a pour son chef. Il est donc bien important que celui-ci et tout autre officier s’appliquent à inspirer ces sentimens à leurs gens et à les leur fixer, par une réciproque attention au caractère et au besoin de chacun. Cependant, malgré la nécessité et tous les avantages de la subordination, malgré le mérite et la bonne conduite des supérieurs, il survient mille occasions, où l’ambition, l’intérêt, le libertinage et la crainte cherchent à la violer ; surtout dans un corps de partisan, continuellement exposé à courir les dangers de la guerre, souvent aux ordres d’un officier de fortune et de mérite, dont toute la capacité ne suffit pas pour contenir le sot orgueil de quantité de faux nobles avanturiers, à qui rien ne peut imposer, que le phantome de la naissance. Ce sont ces caractères dangereux, ces esprits inquiets, jaloux, turbulens, ces ames vaines, présomptueuses, critiques, qu’un supérieur doit observer avec soin, pour dompter leur arrogance et prévenir leur revolte, par les remèdes que la prudence suggère, et que l’autorité permet. Il emploiera les promesses et les bons offices pour guérir la timidité des foibles, pour exciter leur espoir, élever leur courage et former leur valeur. Il arrêtera également les désordres du libertinage et tous les brigandages d’une criminelle avidité, par des menaces et des chatimens règlés sur l’équité et la nécessité des exemples. Généralement : pour arrêter bien des abus, rien de plus à propos qu’un excellent théologien, reconnu de toute la troupe, pour un homme de probité et d’un zèle respectable, qui par sa conduite et ses discours inspire, excite et soutienne dans tous les esprits, les plus solides sentimens de la religion, sur lesquels seuls, le véritable honneur se fonde. Soit ministre, ou aumonier, les soins d’une telle personne seront d’un secours universel pour entretenir l’union, l’équité et la dépendance dans une troupe. Les plus dangereuses sources, et les plus ordinaires, d’où découle insensiblement le vrai poison de la subordination, sont les violentes impatiences, ou les insupportables brutalités de ceux, qui commandent. Elles excitent le ressentiment, la vengeance et le désespoir. Les discours licentieux et critiques : ils tendent aux murmures, aux plaintes et à la révolte. Les lâches complaisances ou basses familiarités : elles dégradent l’honneur et anéantissent tous les égards du respect essentiel. C’est ce que l’expérience a démontré à toutes les nations. Pour y remédier, chacun prescrit des règles selon son gout. Il convient donc, qu’un partisan qui a son corps toujours détaché de l’armée, forme aussi son règlement bien détaillé sur les devoirs d’un chacun, et sur l’exigence du service qu’il doit rendre à son prince.
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