| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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Chapitre premier
Des entreprises qu’on peut faire sur les rivières navigables
Dès qu’une rivière se trouve à portée du camp de l’ennemi, on ne manque pas de se servir de l’avantage qu’elle offre pour le transport des vivres, des munitions, etc. Il est donc important d’entreprendre, autant qu’on le peut, d’affoiblir pour eux cette ressource, et d’en tirer parti pour soi. Pour cet objet on fera pénétrer au loin des partis d’infanterie, soutenus de quelques autres de cavalerie commandés par les Lieutenans et les Maréchaux des Logis les plus expérimentés. Ils prendront leur route du côté le plus opposé aux ennemis et par les lieux les plus couverts. Ils observeront de ne marcher que la nuit, et lorsqu’ils seront au moment d’arriver au lieu que leur aura désigné le Commandant d’après les avis sûrs qu’il aura reçu, ils enverront reconnoître le terrein le plus propre à former des embuscades ; y étant établis ils resteront en silence jusqu’au moment où leurs espions, ou bien leurs sentinelles perchés sur des arbres, verront approchés sur la rivière des bateaux chargés ; si sur ces bateaux on découvre des hommes armés, c’est une preuve que la convoi est précieux, et que l’on doit s’en occuper essentiellement. On fera donc déboucher les troupes embusquées ; et quand elles seront assez avancées pour que le coup de fusil puisse atteindre jusqu’au bateau, on fera feu sur les bateliers et sur les hommes de l’escorte. Si la hauteur de la rivière n’est à peu près qu’à la mesure de trois ou quatre pieds, on peut très bien s’y avancer en fermant les rangs ; dès qu’on a pu se défaire du patron et des bateliers, on doit, pour ainsi dire, se regarder comme maître du bateau, parce que l’escorte n’est plus en état de faire résistance, attendu que les soldats ne sont pas propres à la manœuvre, et qu’ainsi la prise ni l’escorte ne peuvent plus échapper. L’Officier, qui commande fera conduire les bateaux à la rive d’où il est entré dans l’eau, pour en faire la visite et s’emparer de ce qu’ils contiennent de meilleur, et de plus facile transport. S’ils étoient chargés de fourrage, il n’importe pas moins de s’en emparer, non pour les conserver si la chose n’est pas praticable, mais pour y mettre le feu. Il faut attendre la nuit pour cette expédition, et après avoir bien observé pendant le jour le lieu précis où ils s’arrêtent. Mais si par hasard ces bateaux ne s’arrêtoient pas à portée des embuscades, l’infanterie longeroit la rivière en prenant la précaution de se tenir à couvert afin de n’être point apperçue. Dès qu’on se trouveroit à portée on feroit entrer quelques hommes hommes dans l’eau, dont cinq s’avanceroient tout de suite vers les bateaux, deux de ceux-ci se porteroient sur chaque flanc, et le cinquième vers le cable qui l’assure, pour empêcher qu’on ne le coupe. Ces soldats doivent d’abord observer les niches qui sont pratiquées dans les piles de foin ; c’est là où les bateliers reposent, et où il est bien aisé de s’en défaire, à moins qu’ils ne se prêtent de bonne grace à tout ce qu’on exigera ; les quatre premiers soldats, partagés de deux à deux sur chaque flanc du bateau, doivent être suivis de quatre autres qui porteront des matières combustibles et des brasières ardentes avec provisions de charbons. On sait que rien ne brûle si difficilement que le foin, surtout lorsqu’il est foulé et empilé : ainsi il faut y revenir à plusieurs fois ; pour plus grande facilité on amenera, comme je l’ai dit, les bateaux au bord de la rivière, pour agir commodément et avec sûreté. Au reste, je ne conseille de mettre le feu qu’autant qu’il n’est pas possible, sans inconvénient, de s’approprier le fourrage. Dès qu’on en prive l’ennemi, l’objet principal est rempli.
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