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Stratégique

Histoire Militaire et Stratégie
Correspondance de Napoléon
RIHM
 

 

 

CHAPITRE IX.

Des retraites en plein jour et en présence de l’ennemi.

 

Le premier soin du Commandant, qui se détermine à faire retraite, est de rassembler tous les corps qui ne seront pas détachés ; ces corps se rendront diligemment au lieu et à l’heure indiquée, et on les mettra aussi-tôt en ordre de bataille, jusqu’à ce que tous les postes soient repliés ; l’Officier du détachement d’infanterie le plus avancé, ayant reçu les ordres de son Commandant, dépêchera une ordonnance au détachement qui doit le soutenir, pour lui annoncer l’instant où il se mettra en mouvement, et ainsi de l’un à l’autre, afin que tous étant avertis, il n’y en ait aucun qui retarde la marche.

 

L’Officier du second détachement, étant instruit, fera un mouvement en avant, à peu de distance cependant de son poste, pour faciliter la retraite du premier qui étoit le plus avancé vers l’ennemi, et ainsi de même de ceux qui succéderont ; afin que ces mouvemens soient uniformes, et qu’ils se fassent en bon ordre et dans le même tems ; en observant que les moins avancés doivent faire leur marche et leurs mouvemens avec lenteur, pour donner le tems aux autres de se replier sur eux.

 

Le détachement le plus avancé observera de faire replier ses sentinelles et vedettes à portée de lui, sans pourtant les faire rentrer dans la troupe, afin qu’ils soient toujours à même d’observer et de découvrir de tous les côtés par où l’ennemi pourroit s’approcher.

 

L’infanterie, qui sera en bataille sur quatre de hauteur, poussera ses deux derniers rangs à une distance raisonnable sur la troupe qui doit la soutenir, avec la précaution de mettre le lieutenant à sa tête, ou le premier bas-Officier si la troupe n’est commandée que par un Lieutenant.

 

Lorsque le Commandant du poste verra les deux rangs à une certaine distance, il se mettra en marche, observant toujours de tenir ses sentinelles à la hauteur qu’il leur aura prescrite, qui tourneront continuellement la tête du côté de l’ennemi, pour voir s’il ne s’avance pas de tros près, ou s’il ne fait point de mouvement pour couper la retraite.

 

Cette manœuvre, dont j’ose assurer la bonté, se fera de l’un sur l’autre, jusqu’à ce que tous les détachemens soient repliés sur le dernier, c’est-à-dire celui qui est le plus voisin du corps. Ce n’est qu’alors que les sentinelles et vedettes rentreront dans leurs détachemens réciproques.

 

Les dragons ne seront que sur deux rangs, dont le dernier se mettra en mouvement en même tems que l’infanterie pour faire la même manœuvre ; et le premier se conduira comme les deux premiers rangs de l’infanterie.

 

Les petits corps de garde, que les dragons doivent laisser pour observer, ne se replieront sur le gros qu’au moment où les sentinelles de l’infanterie se replieront sur les leurs, ou de la maniere qu’il sera ordonné, si le terrein ne permet pas une manœuvre uniforme. Les vedettes des dragons observeront néanmoins de se tenir à la distance prescrite par l’Officier, et de même que ceux de l’infanterie ils observeront sans cesse, et de tous côtés, pour juger de ce qui se passe chez l’ennemi.

 

Les dragons et soldats étant dressés à cette manœuvre, qui est bien simple et bien facile, feront toujours une retraite avec légereté et avec ordre, sans qu’on ait à craindre la confusion ni d’être surpris. Ces moyens éviteront, comme je le dis, la confusion, qui n’est que trop fréquente dans les retraites qui sont précipitées, et contre lesquelles on ne sauroit trop prendre de mesures, et assez de précautions.

 

Indépendamment du bon ordre, il faut s’occuper des moyens d’embarrasser les défilés, afin d’arrêter l’ennemi dans sa poursuite. J’ai déjà dit dans un autre Chapitre, qu’en répandant dans les défilés des chariots brisés, on faisoit perdre beaucoup de temps à l’ennemi, et qu’on avoit ainsi le loisir d’en sortir soi-même, d’en gagner la tête, et de prendre de nouvelles précautions s’il se trouvoit auprès, ou au loin, un autre défilé qu’il fallût traverser.

 

Toutes les fois qu’un défilé présente un chemin creux, et qu’il est le seul endroit par où l’ennemi veuille ou puisse passer pour vous poursuivre, il faut s’arrêter avant que de le passer entierement, jusqu’à ce qu’on ait rassemblé, dans le milieu de ce chemin, une quantité assez considérable de bois et de matieres combustibles ; ce qui étant fait, les troupes continueront leur marche, et les derniers soldats de l’arriere-garde mettront le feu à tout cet abatis. A mesure que les divisions sortiront du défilé, elles prendront du terrein sur les flancs de droite et de gauche, en ordre de bataille. On attendra ainsi l’arriere-garde qui doit rallentir sa marche, et rester autant de tems qu’il sera convenable auprès de l’obstacle, d’où elle fera observer, par des sentinelles et des vedettes placés sur les hauteurs, la contenance des ennemis, et quelle sera la détermination qu’ils prendront lorsqu’ils pourront juger qu’on leur a ôté tout espoir d’atteindre le corps et de le poursuivre dans sa retraite.

 

Pour rendre l’obstacle encore plus insurmontable, le Commandant fera choisir, parmi les chevaux éclopés, blessés ou hors d’état de servir, le plus mauvais ; il le fera conduire au lieu même où seront rassemblées les matieres combustibles, et après lui avoir fait couper les jarrêts, on le placera au milieu du bûcher. Cet expédient est d’autant meilleur, qu’en supposant que l’infanterie ennemie vînt à bout d’éteindre le feu et de déblayer le défilé, certainement leur cavalerie ne passera pas si promptement : les chevaux n’en approcheront pas, même à force de coups d’éperons, tant qu’ils seront frappés de l’odeur de la charogne embrasée.

 

Si les soldats répugnent à cette opération, on la fera faire par quelques-uns des paysans conducteurs des chariots ; mais au besoin l’on fera cesser toute considération, car je ne suis pas d’avis que, pour un vain préjugé, l’on expose son préjugé à des événemens qui peuvent devenir fâcheux, d’autant plus que l’expédient que je donne pourvoit à la conservation des troupes. C’est par des moyens de ce genre qu’on échappe aux dangers les plus urgens sans perdre un seul homme, et quelquefois aussi sans être obligé de tirer un seul coup de fusil. Il suffit d’avoir quelque avance sur les ennemis. D’ailleurs, ces préparatifs n’entraînent ni trop de difficultés, ni trop de fatigues, et il n’en faut pas davantage pour pouvoir passer avec assurance un défilé, et faire sa retraite sans crainte d’être entamé.

 

Le Commandant, qui a ses vues et qui sent la nécessité de prendre des précautions semblables, doit dans tous les cas prendre le ton qui fait obéir, et dans tous les cas aussi, il doit se montrer ferme ; il faut l’être dans celui-ci, d’autant plus qu’il sera ridicule de sacrifier la sûreté générale à de vaines délicatesses, et que l’on peut être assuré que l’expédient arrêtera certainement les ennemis pendant assez de tems pour donner non-seulement le loisir de sortir du défilé, mais encore d’aller occuper les hauteurs et les postes favorables. Le plan, que je donne à ce sujet, démontrera tout ce que je propose ; les lettres d’indication de la légende éclaireront les jeunes gens, et en peu de mots, sur-tout ce qui est indiqué dans l’article.

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Pour servir à l’intelligence de ce plan :

 

-A. Grand ravin et défilé considérable.

 

-B. Chemin par où nos troupes sont venues pour se porter sur la hauteur C au débouché du défilé.

 

-D. Amas de chariots brisés, de bois de toute espece, etc, etc pour retarder les ennemis au passage du défilé lorsqu’ils viendront à la poursuite.

 

-E. Cheval auquel on a coupé les jarrets, placé au milieu du défilé, et autour duquel on avoit placé grand nombre de matieres combustibles, auxquelles les derniers de nos troupes, qui ont fermé la marche, auront mis le feu.

 

-F. Gros corps des ennemis qui arrive pour attaquer l’arriere-garde.

 

-G. Détachement de nos premières troupes qui ont passé le défilé, posté sur la hauteur du ravin pour faire feu sur les ennemis lorsqu’ils passeront le défilé, et pendant qu’ils travailleront à déblayer les chariots et les autres embarras qu’on a mis dans le chemin creux.

 

Toutes les précautions que je viens de détailler pour les défilés, et qui doivent avoir le succès le plus complet si le Commandant prend bien toutes les mesures, peuvent très-bien, dans certaines occasions, servir pour les gués, ainsi que je l’exposerai, sur-tout si l’on y avoit construit des redoutes, qu’on eût eu l’attention de meubler de matieres combustibles, auxquelles on ne manqueroit pas de mettre le feu en se retirant.

 

Je ne prétends pas que ce seul moyen empêche les ennemis de passer ; si néanmoins une redoute est vis-à-vis le gué, l’expédient retardera infiniment le passage des ennemis, favorisera aussi la retraite de vos troupes, et couvrira vos manœuvres et votre direction, dont l’ennemi ne pourra pas juger sainement à cause de sa fumée, principalement si on a jetté sur le bois de la raisine et autre graisses. Les plus grossieres sont les meilleures.

 

Il y aura certains Lecteurs qui seront intrigués, et peut-être bien embarrassés pour savoir où l’on prendra cette raisine et les graisses ; mais je suppose pour eux que le Commandant, qui doit avoir tout prévu avant que de se mettre en campagne, et connoître ses sortes de besoins pour l’occasion, en aura fait une provision suffisante, qu’il fera porter dans les caissons ; et si ces caissons sont assez remplis par ces pétards, grenades et autres ustensiles, il fera voiturer les graisses et résines sur un chariot ajusté à cet effet, et uniquement destiné pour ce transport. Ce chariot doit aussi avoir sa place marquée pour savoir où le prendre au besoin.

 

Ce que j’ai dit d’une redoute à la tête d’un gué, je le dis d’une redoute à la tête d’un pont, et du pont même qu’il faut rompre si c’est un pont de pierre, ou le brûler s’il est en bois, parce qu’il vous aura été facile de mettre du bois, des fagots et de la paille si l’on veut, et beaucoup de graisses et de goudron sur la partie du pont qui est à votre bord : précautions qu’il faut étendre sur tout le pont, et principalement dans le milieu si on en a le tems et la faculté.

 

Cela s’entend, comme je l’ai dit, pour un pont de bois ; car si c’est un pont de pierre, le Commandant qui connoît son objet, qui a les ordres de son Général, et qui sait s’il doit se défendre ou se retirer après un certain tems de résistance, doit, dès le commencement et avant que d’être troublé par le voisinage des ennemis, travailler à le faire miner du moins sur le côté qu’il occupe (en masquant son travail), et assez profondément pour pouvoir y enfermer une quantité suffisante de poudre qui le fasse sauter lorsqu’il en sera tems ; ce qui ne doit être qu’au moment où il voudra se retirer, et où il verra les ennemis enfournés sur le pont. Tout ceci me conduit à un plan que je donnerai avec d’autant plus de plaisir, que l’on verra d’un coup d’œil sur la planche (portant généralement toutes les indications) tout ce que j’entends dire et démontrer.

 

Pour plus de sûreté pour l’homme du détachement que le Commandant laissera à dessein de mettre le feu à la traînée de poudre qu’on aura faite pour faire jouer les mines, on aura eu la précaution de faire placer beaucoup de bois sur le pont, et l’on y aura fait mettre le feu assez-tôt pour qu’il soit bien embrasé, de maniere à ne point laisser à craindre que les ennemis passent à côté. D’ailleurs, on aura eu soin de garnir les extrémités de droite et de gauche, de même que le milieu du pont. Moyennant les matieres raisineuses mêlées au bois, il y aura un feu violent dont les ennemis n’approcheront certainement qu’après en avoir vu la fin, ou qu’il sera du moins assez consommé pour qu’ils soient à l’abri des risques évidens.

 

Quant aux mines dont j’ai parlé tout-à-l’heure, il faut en pratiquer au moins deux et même trois si l’on en a le tems, et placer différens saucissons ou traînées de poudre qui répondent depuis l’homme qui est caché à côté de la lettre F, jusqu’à l’endroit du pont où est la lettre D, et où se trouvent placées les mines. Ces saucissons ou traînées sont indiqués sur le plan par la lettre E. Je propose plusieurs traînées par la crainte qu’une ne manque, soit par l’humidité ou par d’autres accidens ; en cas de pluie ou de brouillard, on sacrifiera quelques manteaux de dragons (si on n’a pas d’autres ressources) pour couvrir la poudre ; on coupera ces manteaux par bandes, qui seront mises sur la poudre qui forme la traînée, avec l’attention de placer par terre, de chaque côté, soit des pierres, soit du bois, afin que le drap soit élevé et qu’il ne touche pas à la poudre, ce qui pourroit en faire manquer l’effet. Outre la précaution de masquer les traînées avec ces bandes de manteaux, je suis d’avis, s’il ne sont pas de couleur verte, qu’on répande par-dessus et tout au long des petites branches d’arbres négligemment placées ; si on a le tems de les ficher en terre, cela vaudra mieux encore, parce que l’ennemi, qui peut avoir trouvé un endroit dominant à la rive gauche qu’il occupe, ne pourra pas découvrir le stratagême.

 

Par ce double moyen on s’assurera un tems plus que suffisant. Les ennemis, à la vue du feu qui brûlera sur le pont, ne s’attendront pas au malheur qui les menace ; et à l’instant où le feu sera en partie dissipé, leur avant-garde passera le pont. Il vous suffit d’avoir laissé un homme adroit, ou plutôt un bas-Officier caché au même lieu où se trouve la lettre F ; celui-là, couvert par le feu et la fumée de ce qui brûle sur le pont, mettra sans risque le feu aux poudres qui seront en traînée, pour faire jouer les mines, mais ce ne doit être qu’au moment qu’il verra que l’avant-garde des ennemis aura passé le pont, et que le gros de leurs troupes sera dessus, et assez avancé pour en éprouver tout l’effet ; car il est essentiel qu’on ait cette attention. C’est pourquoi je voudrois que le Commandant y laissât un Officier de jugement sain, et certainement il y en aura plusieurs de bonne volonté qui s’offriront à lui, s’il fait notifier ses intentions avec la douceur et l’aménité, qui doivent, sur-tout à l’égard des Officiers, être ses qualités prédominantes. Ces qualités ne s’opposent point à l’exactitude et à la sévérité requise dans tout ce qui concerne le bon ordre, la discipline et le service.

 

Pour éprouver un succès entier du stratagême que je propose, et pour se conformer à ce que je viens de dire, savoir, qu’il falloit laisser passer l’avant-garde des ennemis, il faut que le Commandant, après s’être assuré d’un Officier intelligent, et qui ait le coup d’œil juste, le fasse cacher derriere les broussailles à la lettre F, jusqu’où on aura conduit la traînée de poudre qu’il faut faire épaisse et bien suivie, afin qu’elle ne manque pas, puisqu’on peut-être assuré du succès le plus complet au moyen de la ruse que je vais proposer.

 

L’Officier, qui doit faire jouer le stratagême, laissera donc passer un nombre assez considérable des ennemis, c’est-à-dire autant qu’il jugera que les troupes, que son Commandant aura destinées et placées en H et en G, seront suffisantes pour le combattre sans courir le moindre risque. Ce nombre d’ennemi ayant passé, l’Officier fera jouer les mines avec la certitude de détruire tout ce qui sera à portée sur le pont, lequel, étant rompu par leur effet, empêchera que le reste des ennemis ne passe : ou du moins s’ils passent, ce ne sera qu’après un très-longtems et avec précaution, par la crainte de tomber dans de nouvelles embûches. Il est aisé de sentir qu’on aura bon marché de tous ceux qu’on aura laissé passer à dessein, ainsi que je viens de le dire, puisqu’on doit à coup sûr les détruire entierement, ou du moins les faire tous prisonniers de guerre à discrétion. L’humanité requiert ce dernier parti.

 

Tout ce que je propose n’est point difficile, et je le soutiens d’autant plus possible, que je l’ai mis à exécution dans une occasion des plus critiques. Je n’en fais pas le récit, parce qu’il seroit trop long, et que d’ailleurs ce n’est ni pour moi, ni pour ma satisfaction que j’écris.

 

Si le Commandant veut pleinement réussir, avec certitude et sans crainte d’échouer, je lui conseille de ne pas s’éloigner du pont avec ses troupes. Il doit rester en ordre de bataille à une certaine distance, comme s’il vouloit en disputer le passage aux ennemis ; mais il faut qu’il se conduise bien adroitement, et qu’il ne laisse voir que ses détachemens d’arriere-garde, et moins encore si les ennemis ne sont pas extrêmement nombreux. Je veux qu’il tire quelques coups de fusil pour la forme, que ce ne soit que son détachement d’arriere-garde, qui dispute ou qui fasse mine de disputer le passage du pont, et que le gros de la troupe se retire derriere un bois, ou un côteau ou tel autre abri que ce soit. Cette disposition est figurée par les troupes G et H sur le plan. Je veux même que le détachement ne fasse que le semblant de disputer le passage, et qu’il paroisse, par sa contenance, qu’il ne reste que pour favoriser la retraite du corps ; et c’est encore pour cette raison, que le Commandant ne doit laisser voir aux ennemis qu’un ou les deux détachemens d’élite de dragons, que ceux-là jugeront vouloir se sauver plus légerement que ne pourroit faire l’infanterie. Les ennemis donneront d’autant mieux dans le piége, que la dispositions que je propose est tout-à-fait contre le bon sens, mais, à la faveur de tout ce que j’ai projetté et arrangé, elle doit être telle.

 

En conséquence de tout ce que j’ai dit, je ne ferois pas tirer un seul coup de canon sur les ennemis si je commandois, et même très-peu de coups de fusil, par la crainte qu’ils ne se désistassent de leurs desseins, et qu’ils ne renonçassent au passage et à ma poursuite ; je voudrois même qu’ils ignorassent que j’ai du canon. Je voudrois, au contraire, leur persuader que mes troupes sont déjà fort éloignées avec mon artilllerie.

 

Je me conduirois encore de maniere qu’ils me crussent fort intimidé. Pour le leur persuader, je ferois avec mon arriere-garde, à la tête de laquelle je serois moi-même, des dispositions louches et les plus baroques, moyennant quoi je serois assuré de les faire donner grossierement dans le piége, et de défaire tout ce que j’aurois laissé passer sans aucune perte de mon côté, vu la promptitude avec laquelle mes troupes en G et H reviendroient lorsqu’elles auroient entendu le coup des mines, qui seroit le signal que je leur aurois donné. Dans ces vues, mon infanterie seroit déjà en croupe des dragons.

 

Dans un autre cas où n’y auroit point de pont, et où il s’agiroit de disputer le passage d’un gué , il faudroit se servir d’une autre ruse, et faire une forte embuscade de cavalerie et d’infanterie à la proximité du chemin, et proportionnée à l’avant-garde des ennemis, ou au nombre qu’on auroit intention de combattre ; il est certain que cette avant-garde ayant passé, l’Officier qui la commande se portera en avant pour prendre poste dans quelqu’endroit favorable. C’est dans le moment qu’elle s’avancera, et avant que le gros des ennemis passe le gué, que votre embuscade doit sortir pour envelopper ceux des ennemis qui seront passés, et les prendre en queue tandis que votre détachement d’arriere-garde leur fera tête.

 

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