| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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CHAPITRE X. Des retraites de nuit, même en présence de l’ennemi.
Quand le corps entier sera obligé de se retirer pendant la nuit et en présence de l’ennemi, la meilleure maxime est de faire cette retraite par postes entiers, en marchant en colonne renversée, pour gagner le gros de la troupe, et de-là tous ensemble, le lieu indiqué. On doit sur-tout faire cette retraite très-lentement pour mieux conserver le bon ordre ; et la tête ne doit marcher qu’à bien petits pas. L’infanterie se formera toute ensemble pour faire l’arriere-garde, et tout étant rassemblé pour se mettre en marche, s’il se trouve un pont ou un défilé, et qu’on laisse l’ennemi derriere soi, le corps de dragons passera ce pont ou défilé à la réserve des deux détachemens d’élite ; et s’étant porté à la tête, le Commandant le formera sur deux rangs, distribués à la gauche et à la droite du défilé, en supposant que le terrein rende ses dispositions possibles : sinon on les concentrera selon le local, et toujours en vue de protéger le passage de l’infanterie. Télécharger le plan (attention : 608 ko)
-A. Grande route. -B. Riviere. -C. Pont de pierre de trois arches. -D. Endroit où l’on a miné le pont pour le faire sauter en tout ou en partie. -E. Traînée ou saucisson chargé de poudre. -F. Lieu où l’homme est caché pour mettre le feu au saucisson lors du signal convenu. -G. Corps de troupes en bataille, composés de cavalerie ou d’infanterie. -I. Arrivée d’un gros de troupes ennemies.
Premieres Observations.
-K. Bois et matieres combustibles préparées sur le pont. A l’instant que le Commandant apperçoit les ennemis à une certaine distance de lui, il fait mine d’avoir peur ; à cet effet il passe le pont en marquant de la confusion, et fait mettre le feu au bûcher K qu’il y avoit fait préparer. -L. Infanterie des ennemis en bataille. -M. Cavalerie des ennemis en bataille. -N. Infanterie des ennemis en colonne pour passer le pont. -O. Gros détachement des ennemis, à qui on a laissé passer le pont, qui se dispose à reconnoître devant lui et dans ses environs. -P. Nos troupes partant des points G et H, qui se sont avancées au coup de la mine qui étoit le signal convenu.
Secondes Observations.
Dans le moment que le corps O des ennemis a passé le pont, on met le feu à la mine par le moyen du saucisson E. L’arche du pont est rompue par son effet, et tout le corps des troupes G et H se porte en avant en P, pour enlever le détachement O des ennemis qui a passé le pont. Les ennemis n’ayant plus d’espoir de secours de la part des leurs qui sont arrêtés par l’accident du pont, ne peuvent s’empêcher de se rendre à discrétion, et le stratagême est complet.
Si, au contraire, on a l’ennemi en tête et qu’il se soit emparé de quelque poste, qui puisse faire craindre qu’il vise à couper la communication, on commencera passer les deux détachements d’élite d’infanterie, qui iront prendre poste à la tête du défilé, si toutefois l’ennemi n’est point à portée de s’y opposer ; car s’il défend l’entrée ou l’issue d’un défilé, il faut recourir à des dispositions toutes différentes, et le faire charger par les détachemens d’avant-garde. L’ennemi se trouvant ainsi écarté, l’on profitera du moment pour faire passer le corps entier avec toute la diligence possible. A mesure qu’il aura débouché, on étendra les dragons sur les aîles, autant que le terrein le permettra, sans inconvénient. Ainsi l’on présente à l’ennemi une plus grande étendue, et souvent il peut en juger dans la nuit même, soit à la faveur du clair de lune, soit par l’espece de lumiere que répand l’horizon, ou par le rapport de quelques audacieux, parce qu’il y en a toujours qui s’approchent assez pour découvrir et pénétrer le dessein et la position de leur ennemi.
L’infanterie passera en colonne sur quatre de front ; on laissera d’une division à l’autre assez d’intervalle, pour qu’elle puisse au débouché se mettre en ordre de bataille sans confusion.
Dans cette position le Commandant se réglera sur la force de l’ennemi et sur ses dispositions, s’il a pu en être informé par quelques déserteurs ou par les prisonniers qu’il auroit pu faire ; ce dernier soin doit l’occuper : la circonstance de la nuit favorise pour en faire quelques-uns, D’ailleurs, c’est au Commandant à prendre toutes ses mesures pour choisir le poste le plus avantageux, tant pour sa troupe que pour son artillerie, qui doit être placée dans son centre pour plus grande sûreté, et pour mieux servir aux opérations qui suivront. Car si l’ennemi s’obstine à troubler votre retraite, et que dans la position où vous vous trouvez après le passage, le Commandant après avoir calculé ses forces, sa position et celle des ennemis, juge pouvoir les combattre avec avantage, je lui fournirai un moyen, qui certainement doit avoir un succès heureux.
La troupe étant en ordre de bataille, toutes les dimensions étant bien prises, et le Commandant étant en état de profiter de son terrein et de ses dispositions, il se servira du stratagême qui suit.
Il s’agit de poster un détachement d’élite d’infanterie, de maniere qu’il ait la facilité de se prolonger par sa droite ou par sa gauche suivant sa position, et qu’il puisse tout d’un coup s’étendre sur l’aîle où il sera placé, pour charger l’ennemi en flanc un peu après qu’on aura commencé l’attaque générale par le front. Les ennemis seront d’autant plus surpris de cette nouveauté, qu’ils auront eu moins lieu de s’y attendre, et ils n’auront pas pu se précautionner contre cette attaque imprévue, dont le mouvement subit les étonnera de telle manière, qu’ils se croiront perdus étant si brusquement pris par les flancs, et même en queue, puisque le détachement peut s’étendre et tourner les ennemis par leur droite ou par leur gauche, suivant que ce détachement aura marché ; et par les deux en même tems, si, pour l’attaque de front, on est suffisant en monde, parce qu’alors on peut faire avancer les deux détachemens d’élite pour se prolonger, l’un de droite, et l’autre de gauche, de la maniere que je le présente par mon plan, sur lequel on verra d’un coup d’œil tout ce que j’indique. Si les deux détachemens marchent, cette manœuvre sera d’autant meilleure, que les deux Officiers qui les commandent, étant instruits par leur Chef de manœuvres respectives, et les ayant communiquées à leur Lieutenans et à leurs bas-Officiers, ceux-ci, comme leurs soldats, seront infiniment plus hardis dans leurs entreprises, parce qu’ils sauront que, marchant de cette manière et à ce dessein, ils se trouveront réunis, l’un ayant marché par la droite, et l’autre par la gauche des ennemis pour les tourner conjointement, et que par ses mouvemens de prolongation, ils feront leurs attaques imprévues avec d’autant plus de confiance, qu’ils seront assurés de pouvoir se réunir au besoin en tournant (s’il le faut) tout-à-fait les ennemis, après les avoir étonnés et mis en désordre par les deux attaques faites sur les leurs flancs ; ce à quoi ils pourront d’autant moins s’opposer, (quand même ils appercevroient la manœuvre assez à tems) qu’ils seront tenus en respect par le gros de la troupe qui attaquera de front ; et que s’ils veulent faire un mouvement de droite ou de gauche pour faire face aux troupes qui les prendront en flanc, ils seront perdus sans ressource.
J’observe deux choses qui sont des plus essentielles, parce qu’il est question de tout prévoir. La premiere est, que les deux Commandans des détachemens qui doivent se prolonger et attaquer les ennemis par leurs flancs, doivent s’y attacher par préférence, et ne pas tourner entierement les ennemis pour les prendre en queue, parce qu’ils pourroient être incommodés par le feu de leurs camarades, si la distance d’un front à l’autre n’étoit pas assez considérable.
La seconde observation consiste à faire placer toute l’artillerie dans le centre, et à la diriger entierement sur celui de l’ennemi, pour ne point exposer les deux détachemens de prolongation : on aura soin de charger les canons à mitraille si l’on juge par la distance que la charge puisse bien porter et faire son effet. Il résulte de ce plan d’attaque, si elle est bien entendue et bien conduite, que le corps ennemi doit être perdu. Le plan que l’on trouvera dans cet endroit ne laissera rien à désirer.
Pendant la retraite on doit avoir sur les aîles de l’infanterie des petits corps de dragons, conduits chacun par un bas-Officier, qui sera occupé à empêcher que les soldats ne s’écartent pour aller en maraude, et aussi pour prévenir la désertion. Télécharger le plan (attention : 137 ko)
Explication pour l’intelligence du Plan.
-A. Notre infanterie sur deux lignes, dont la premiere se double sur elle-même pour laisser l’intervalle d’une batterie de canons que l’on a placée au centre.
-B. Les deux détachemens d’élite d’infanterie placés derriere la seconde ligne pour se prolonger, l’un par la droite, et l’autre par la gauche par les circuits ponctués sur les flancs des ennemis.
-C. Batterie placée au centre de la premiere ligne d’infanterie, pour tirer directement sur le centre des ennemis.
-D. Batterie placée à la gauche de la premiere ligne, pour tirer de biais sur le centre des ennemis.
-E. Puits creusés en forme d’entonnoirs et pratiqués devant la premiere ligne pour la couvrir, de même que la batterie qui est placée à la gauche où se trouve ce qu’il y a de plus foible en infanterie.
-F. Cavalerie en troisième ligne.
Position des ennemis.
-G. L’infanterie des ennemis sur deux lignes.
-H. La cavalerie des ennemis en troisieme ligne.
-I. Réserve de cavalerie des ennemis placée en deux corps.
Les Officiers, qui seront sur les aîles, observeront de se placer plutôt à la queue qu’au centre de l’infanterie. Dans cette position on sera bien plus à portée de découvrir si personne ne s’écarte de la colonne ; indépendamment de l’arriere-garde il est nécessaire qu’un Lieutenant, à la tête de quinze à vingt hommes, soit commandé pour marcher à quelques pas derrière la colonne, afin de faire serrer la queüe et de contenir ceux qui voudroient s’échapper par les derrieres.
Lorsque dans la marche il se trouvera un défilé, et qu’un détachement d’infanterie se sera emparé de la tête, les dragons le passeront par deux ou par quatre si le terrein le permet ; ils se formeront au-delà en faisant face du côté de l’ennemi, jusqu’à ce que toute l’infanterie soit passée : alors on reprendra le même ordre de marche auparavant. On entend bien que si la nature du pays ou quelque autre événement exigent des dispositions différentes, on aura le soin de s’y conformer.
On doit tenir la même conduite s’il se présente de nouveaux défilés, en observant toutefois, que si l’ennemi s’est avancé à une certaine distance, il seroit sage et prudent de joindre au détachement d’infanterie d’arrière-garde, un détachement de dragons pour le protéger, et pouvoir l’un et l’autre agir de concert.
Le Commandant proportionnera celui-ci à la force des ennemis, à la qualité de ses troupes et à la nature du terrein, susceptible du plus ou moins d’infanterie, ou du plus ou moins de cavalerie. Il n’y a point d’inconvénient de laisser avec cette arriere-garde quelques pieces de canon, puisqu’elle ne sera jamais à une distance qui la mette hors de portée d’être protégée par le corps ; ainsi l’artillerie y sera très-bien placée et certainement elle incommodera les ennemis, sur-tout si l’on attend qu’ils soient rassemblés dans un fond ou dans un chemin creux pour faire feu sur eux. Si, à la droite ou à la gauche du défilé, il se trouve une hauteur, on n’oubliera pas d’y poster une troupe d’infanterie, commandée par un Officier en état de bien juger de tous les mouvemens des ennemis. Cette troupe dans cette position leur en imposera, et sur-tout à leur cavalerie. D’ailleurs ce détachement, étant soutenu par le gros du corps, qui est en bonne posture de l’autre côté, pourra le rejoindre dès qu’il en sera tems, ou bien se retirer par la même coline ; car il est peu de routes qui ne soient praticables à l’infanterie, puisqu’à la faveur de ses outils, elle applanit les difficultés qu’elle rencontre sur son passage.
Je veux seulement que si le défilé est long, l’on ait la précaution de s’arrêter dans l’endroit le plus commode et le plus spatieux, pour donner la main à l’infanterie qui est sur la hauteur ; mais j’entends qu’il n’y aura qu’un corps d’infanterie qui fasse halte dans cet endroit commode, avec le canon s’il en est besoin, pour favoriser de plus en plus celui qui est sur l’éminence.
Si l’arrière-garde est nombreuse, elle sera suffisante pour ce que je propose, pendant que le reste du corps se portera à la tête du défilé, dont l’avant-garde doit déjà s’être emparé. Tout cela peut se faire avec d’autant plus de facilité, d’assurance et de tranquillité, que l’on ne doit jamais craindre que les ennemis viennent témérairement s’enfourner dans un défilé dont vous êtes déjà en possession.
Dans cet ordre les Officiers commandans les divisions, et sur-tout les Officiers et Sergens qui seront dans les intervalles, auront grand soin que les soldats marchent en ordre et qu’ils s’observent sur leur chef de file, moyennant quoi l’on pourra, d’un seul mouvement, se mettre en ordre de bataille ; ce qui se fera sans confusion lorsque le terrein le permettra, et qu’on aura gardé les distances convenables d’une division à l’autre. Si au contraire on souffre que les soldats marchent à leur fantaisie et qu’ils consultent leur commodité, on éprouvera une confusion propre à entraîner les suites les plus facheuses ; il n’y auroit que trop d’exemples à citer, dont l’infortune n’a pris son origine que dans la négligence des soldats et des Officiers. Ce n’est pas que je prétende qu’il faille gêner les soldats au point de les modeler, sur-tout lorsqu’on n’a rien à craindre de la part des ennemis ; mais je propose toujours le bon ordre, et jamais le moindre relâchement si on a l’ennemi à sa portée, ou que quelques-uns de leurs partis à cheval ayent pu gagner les devans pour couper la retraite ; ce à quoi il faut toujours s’attendre et se conduire en conséquence. C’est par cette raison et tant d’autres inutiles à décrire, que je dis qu’il ne faut jamais admettre la moindre négligence ; je m’étendrois beaucoup plus sur la nécessité de ces précautions, si l’on ne se retiroit pas sur ses propres troupes ou dans un pays à soi, ou dont on est en possession. Cependant le Commandant de l’avant-garde n’en doit pas moins marcher avec beaucoup de prudence, avoir toujours devant soi des petits pelotons de dragons pour éclairer sa marche, avec ordre à quelques-uns d’entr’eux de battre la campagne de droite et de gauche, pour s’assurer s’il n’y a point d’embuscades pratiquées par les ennemis. Si on rencontre des bois, on s’arrêtera à une certaine distance pour prêter l’oreille, et on y fera entrer de l’infanterie pour les fouiller. S’il y a dans le corps quelques soldats qui ayent des chiens, on les employera de préférence pour cette fouille de bois, et on les mettra en avant avec leurs chiens. On sait que ces animaux vont toujours en avant pour fureter, et que le son de leur aboyement est tout-à-fait différent lorsqu’ils poursuivent du gibier, ou qu’ils rencontrent des gens. Par-là on pourra plutôt découvrir l’embuscade, s’il en existe. Cet expédient paroîtra peut-être ridicule à quelque Lecteur, mais je ne pense pas que les Militaires, instruits de la petite guerre, en jugent de même.
Si l’ennemi paroissoit en force et vouloir prendre la colonne en flanc, le Commandant, pour ne rien donner au hasard, doit sans hésiter se mettre en bataille par un adroite ou un à gauche, suivant la position des ennemis ; ce qui sera exécuté d’un seul mouvement, si, comme je l’ai tant recommandé, on a observé les distances convenables d’une division à l’autre.
Si les ennemis sont dans une position qui les mette à portée de se présenter de deux côtés par les mouvemens de leur cavalerie, qui ne manquera pas de vous tourner, et d’user de quelques manœuvres pour vous obliger à faire diversion ; en pareil cas, faites votre disposition sur une seule colonne, pour la former au besoin de la même maniere que s’il falloit faire une conversion centrale, afin de pouvoir éloigner l’ennemi par un feu de pelotons suivi et fait avec ordre.
Par la suite du bon ordre, on ne laissera jamais aux soldats la liberté de tirer sans le commandement exprès des Officiers de leurs divisions. L’Officier doit ménager le feu de troupe, et ne la faire tirer que bien à-propos, afin de ne pas consumer inutilement les munitions, qui pourroient ensuite manquer si l’ennemi s’obstinoit dans son attaque, soit dans l’espoir d’entamer la colonne, soit dans l’attente d’un secourd qui lui seroit annoncé. Or ce seroit le comble du malheur, si l’ennemi s’appercevra que la poudre vînt à manquer ; il n’y auroit plus qu’un coup hardi, ou une résolution désespérée qui pût tirer d’affaire.
Le moyen de la colonne que je viens de proposer est certainement bon, et je l’ai éprouvé avec succès dans une retraite que je faisois au milieu d’une grande plaine en Flandre, pour gagner de la rive gauche du Démer, la plaine de Diepenbeck. Il y aura des occasions dans lesquelles il faudra préférer de former un bataillon quarré ; cela dépend des mouvemens des ennemis, de leurs forces, de la qualité de leurs troupes, et sur-tout du terrein sur lequel on se trouvera.
Moyennant ces dispositions on sera bien fort : on peut même se promettre de n’être point entamé, d’autant plus que les dragons pourront manœuvrer sur les flancs des ennemis, les tourner même s’ils en trouvent l’occasion, ou bien se porter sur celui de leurs corps qu’ils pourroient attaquer avec avantage, ou enfin sur la partie des ennemis qu’on seroit le plus à portée d’incommoder ; il pourra même arriver qu’on les mette entre deux feux : alors le succès n’est plus incertain, sur-tout si, après avoir consulté la nature du terrein, on fait prolonger les détachemens d’élite sur les flancs des ennemis. Je dis qu’il faut consulter le terrein, parce que ce sera suivant les facilités qu’il offrira, qu’on fera prolonger les détachemens de dragons ou ceux d’infanterie, n’étant pas possible d’établir ici une règle certaine. Si l’on est dans le cas de faire prolonger les détachemens de dragons, ce seront les deux d’élite qui seront chargés de l’opération ; et comme je me suis proposé de démontrer ce que j’avance de maniere à ne rien laisser à désirer aux jeunes gens, je donne ici un Plan, qui, par l’explication que l’on y trouvera avec toutes les lettres d’indication, fournira toutes les lumieres nécessaires pour cette manœuvre. Mais que ce soit l’infanterie ou les dragons qui remplissent cet objet, il faudra, pour assurer complètement tout le succès qu’on peut en attendre, que le Commandant ne quitte sa position que lorsqu’il sera bien persuadé que les ennemis, réduits à l’impossibilité de lui résister, prendront le parti de la retraite. Alors même, faut-il, attendre qu’ils se soient éloignés jusqu’à une certaine distance, puisque, par leur retraite, ils pourroient avoir pour objet d’engager le Commandant à quitter sa position, afin de revenir sur lui en fourrageurs, de le rompre et de l’empêcher de pouvoir reprendre sa premiere position, et lui faire perdre ainsi son premier avantage, et peut-être même pour l’attirer dans une embuscade. Télécharger le plan (attention : 883 ko)
Pour l’intelligence du Plan,
-A. L’infanterie sur deux lignes raccourcies à la droite et à la gauche de la batterie qui est au centre.
-B. Troisième ligne d’infanterie placée au centre et derrière la batterie.
-C. Cavalerie sur deux lignes, qui s’est doublée sur elle-même, placée aux aîles de la troisième ligne d’infanterie.
-D. Batterie de canons placée au centre de la premiere ligne d’infanterie.
-E. Les deux troupes d’élites de dragons, destinées pour se prolonger par leur droite et par leur gauche, et pour attaquer les ennemis par leurs flancs, les deux troupes marchant chacune par leur position respective.
-F. Montagne et rochers d’où sort le ruisseau G.
-H. Bois assez considérable.
-I. Chariots du corps et autres placés devant le front de l’infanterie de la gauche.
-K. Puits creusés devant le front de la premiere ligne d’infanterie, pour la couvrir.
-L. Petit marais auquel l’infanterie est appuyée par sa droite.
Position des ennemis.
-M. L’infanterie des ennemis sur trois lignes.
-N. Cavalerie des ennemis sur une ligne.
-O. Réserve de la cavalerie des ennemis séparée en deux corps.
-P. Chemin par où les ennemis sont venus.
-Q. Village d’où les ennemis sont sortis pour venir à nous.
On ne se livrera donc à la poursuite qu’avec la plus grande prudence ; on aura une attention toute particuliere à ce que les dragons ne s’écartent pas trop de l’infanterie.
Si l’on se trouve sur un terrein avantageux, et que l’on n’ait point à craindre d’être coupé dans son poste ou dans sa retraite, le Commandant fera bien de garder sa position jusqu’au retour du jour. Au reste les forces des ennemis, et quelques autres considérations qui peuvent se présenter, doivent régler le parti que l’on doit prendre.
Cependant, si l’on savoit qu’en avant de soi et sur la route que l’on doit tenir, il y eût un nouveau défilé, il seroit à propos de continuer la marche pour prévenir l’ennemi dans le dessein qu’il pourroit avoir de s’emparer de ce même défilé ; et en supposant que la contenance des ennemis ne permît pas d’y faire avancer toute la troupe, on tâchera du moins d’y faire arriver deux détachemens d’élite, si toutefois l’on juge qu’ils ne courent pas risque d’être coupés. Pour cet effet un détachement d’élite de dragons prendra en croupe un pareil détachement d’infanterie.
Le Commandant, qui aura gardé sa position jusqu’au retour du jour, pourra juger alors s’il y a de la consternation chez les ennemis. Cela supposé il pourra si sa troupe est assez nombreuse et sur-tout s’il est plus fort en cavalerie, les attaquer ou les entamer par les endroits les plus foibles. Dans les cas où la retraite n’est troublée que par les partis de cavalerie légere, on ne doit point s’attacher à les combattre si l’on est pressé de se rendre au lieu qu’on se propose ; et s’il importe de l’occuper pour correspondre aux vues du Général de l’armée, on se servira des moyens que j’ai fournis au cas ou la retraite seroit troublée par des corps d’infanterie et de cavalerie, et on la continuera lentement et par échelons.
Cependant si l’ennemi vous poursuit en trop grand nombre, le Commandant doit reprendre sa position de colonne, continuer son feu de peloton, et même, s’il le faut, de divisions entieres, moyennant quoi il fatiguera l’ennemi de maniere à lui faire abandonner la partie d’autant plus promptement, que votre artillerie seule lui causera le plus grand dommage ; il faut tirer à boulet sur lui jusqu’à la distance de 3 à 400 pas ; mais s’il n’y a point de danger pressant, on évitera de démasquer l’artillerie jusqu’à ce qu’il se soit avancé de bien plus près : alors on fera tirer sur lui à cartouches. On a un grand avantage quand l’on est assailli que par des corps de cavalerie, parce qu’elle n’a point d’artillerie ; ainsi, quelque nombreuse qu’elle puisse être, on doit espérer de la détruire avec son canon, ou de la mettre en fuite ; c’est pourquoi j’ai dit que le Commandant doit continuer sa retraite.
Il est d’autres circonstances dont il faut savoir tirer parti ; par exemple, si l’Officier, qui commande les dragons, trouvoit le moyen de prendre un poste dont on pourroit profiter avec avantage, il doit, s’il est à portée de son Supérieur, lui proposer ses vues ; si celui ci les agrée, il pourra faire joindre une troupe égale d’infanterie qu’on mettra en croupe des dragons, pour la porter plus diligemment au poste qu’on voudra occuper ; mais il faut bien prendre garde aux distances, parce que si elles étoient trop considérables, ce détachement courroit risque d’être coupé ; et le premier principe de toute retraite, comme des autres opérations de guerre, est que toutes les troupes séparées soient à portée de se soutenir mutuellement, et d’être protégées par le gros du corps, si cela est possible, par les dispositions que l’on peut faire. Je ne dis pas que cela se puisse dans toutes les occasions, mais cela se peut dans la présente.
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