| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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CHAPITRE VIII.
Du mot du guet, et du mot de ralliement.
Le Commandant donne tous les jours le mot du guet, afin que soit de jour, soit de nuit, les troupes puissent se reconnoître, sans crainte de surprise ni de méprise, sur-tout de la part des partis qui battent la campagne pendant la nuit. Mais il faut changer ce mot, et en donner un nouveau, dès qu’on s’apperçoit de la désertion de quelque soldat ou dragon : car s’il arrivoit que ce déserteur eût passé à l’ennemi, il auroit pu, en l’instruisant de ce mot, le mettre dans le cas de venir surprendre facilement, pendant la nuit, les postes avancés. L’Officier prendra sur lui ce changement, s’il se trouve à portée de l’ennemi, et s’il est trop éloigné du Commandant en chef. En même-temps il fera instruire son Commandant du mot qu’il a donné et du motif, et aussi-tôt on enverra le mot nouveau à tous les postes en général. Le Commandant doit approuver en pareil cas cette liberté de la part de l’Officier qui est à ses ordres, quand celui-ci est à la tête d’un poste qui est fort avancé. Il est même d’autres circonstances où tout Officier expérimenté doit savoir prendre sur lui, pour ordonner les choses du moment, essentielles, au bien du service. Je l’ai pratiqué ainsi dans plusieurs occasions : j’en citerai une entr’autres, où je commandois sur le Demer, petite riviere en Flandres, un poste considérable, dont la conservation étoit des plus importantes au Maréchal de Saxe. Il arriva à quelques cens pas de mon poste un événement extraordinaire, qui ne pouvoit qu’entraîner des suites très-fâcheuses. Le cas étoit pressant ; je n’avois pas le temps d’y remédier, ni d’attendre des ordres : je pris mon parti ; j’ordonnai au tambour, qui étoit de garde à ma porte, de battre la générale. A son signal tous mes autres tambours en firent de même. Au même instant j’écrivis à Louvain au Lieutenant général, aux ordres de qui je servois, pour le prévenir sur la tranquillité où il pouvoit rester, et au Maréchal de Saxe, pour lui rendre compte de l’événement et de ce qui m’avoit déterminé à prendre ce parti. Il y avoit derriere moi, tout au plus à la portée du canon, deux brigades étrangeres qui étoient campées, et à-peu-près dix mille hommes distribués dans les cantonnemens aux environs. Ils furent tous étonnés d’entendre battre la générale dans mon poste, sans qu’il en fût question à Louvain : ils crurent l’ennemi prêt à pénétrer dans nos quartiers ; mais dès qu’ils furent assurés que ce n’étoit qu’une fausse alarme, ils se répandirent en déclamation contre moi, et ne douterent point qu’elle ne fût très-repréhensible, d’autant plus qu’ils ignoroient mes raisons ; le Maréchal de Saxe en jugea plus favorablement et sa réponse me dédommagea du blâme de ceux qui les ignoroient.
Indépendamment du mot du guet, il faut avoir encore, soit qu’on attaque, soit qu’on soit attaqué, un mot de ralliement donné à toutes les troupes comme le mot du guet. Ce mot de ralliement sert pendant la nuit, lorsqu’après avoir été battus et mis en déroute, on veut, comme on le doit, se rendre par divers chemins ou sentiers aux lieux de réunion, qu’il est nécessaire de bien indiquer aux Officiers et aux soldats, avant que d’engager aucune affaire.
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