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Essai
sur la petite guerre. Introduction.

Je me propose d’offrir
aux Officiers, et sur-tout aux jeunes gens qui se destinent à l’Etat
militaire, les principes de la petite guerre ; ils sont tout-à- fait
distincts de ceux de la guerre ordinaire, qui a ses principes généraux. Il
y en a de particuliers pour la petite guerre. Ils dépendent le plus souvent
des circonstances, des positions, et doivent néanmoins toujours concourir
aux vues et aux desseins du Général en chef de l’armée.
La petite guerre a pour
objet de tenir la campagne, afin d’observer les démarches de l’ennemi,
d’en donner avis au Général, d’harceler cet ennemi dans tous ses
mouvemens, de les dérouter s’il est possible, ou du moins de les gêner,
de suspendre les opérations, d’intercepter les convois et les courriers,
d’étendre des contributions au besoin, etc et de savoir dans tous les cas
suppléer à l’infériorité du nombre par l’art des stratagêmes.
Il nous importe
aujourd’hui, plus que jamais, de nous occuper sérieusement de la petite
guerre ; elle est devenue bien plus difficile à faire, depuis que les
armées se trouvent couvertes par une multitude considérable de troupes légeres,
tant à pied qu’à cheval. Autrefois nos Partisans pénétroient dans les
quartiers des ennemis, et jusques dans leurs camps. Quoiqu’aujourd’hui
nous ayons des légions, nous ne faisons cependant la guerre qu’avec un
nombre de troupes légeres inférieur à celui des ennemis, qui en ont un si
grand nombre, que leurs armées en sont plus protégées, et qu’ils ont
bien plus d’avantage pour nous harceler.
Les Hongrois semblent être
naturellement destinés à la petite guerre ; les hommes sont lestes,
sobres, adroits et vigoureux. Dès la plus tendre enfance, ils s’exercent
à manier les chevaux et l’arme blanche, et leurs chevaux semblent être
préparés par la nature pour ce métier.
Les Croates, les Talpaches,
les Moldaves et les Licaniens, que nous désignons communément sous le nom
de pandoures, sont tous gens particulierement propres à la petite guerre.
Autrefois ils étoient sans discipline, on en voyoit plusieurs, après la
campagne finie, s’en retourner, pour ainsi dire, impunément dans leur
pays ; à présent ils sont enrégimentés et s’ils ne forment pas la
meilleure infanterie, on peut du moins la regarder comme la plus belle et
comme très-bonne aussi.
Les Transylvans ne cedent
en rien à ces peuples : Sa Majesté impériale en a formé quelques régimens
de la plus grande beauté. Les plus petits hommes sont de cinq pieds six à
sept pouces, lestes, bien disciplinés, parfaitement équipés et
entretenus, manians les armes et faisant l’exercice avec la plus grande
dextérité. J’en parle d’après mes propres connoissances ; je
n’ai pu les voir sans les admirer. Il est certain que les troupes légeres
Autrichiennes ont toujours marqué leur supériorité dans la petite guerre.
Je viens d’en observer la cause, en parlant des Hongrois. Les Provinces
qui les avoisinent, font de leur mieux pour les égaler en expérience, de même
qu’elles les égalent en courage et en subordination. Aussi les
Bas-Officiers de ces troupes légeres méritent-ils assez d’estime pour
qu’on leur confie des détachemens assez considérables. Quelquefois même
ces détachemens restent-ils séparés de leur corps pendant une partie de
la campagne.
Cette sorte de guerre
m’ayant occupé pendant bien des années, j’ai cru devoir offrir à mes
Concitoyens le fruit de mon expérience. L’expérience, à la vérité, ne
suffit point, sans des talens particuliers pour cet objet. Dans la petite
guerre, il faut un degré plus marqué de pénétration et d’intelligence,
pour saisir les difficultés et le nœud d’une entreprise. Il faut plus de
circonspection, et en même temps plus d’audace dans les moyens, plus
d’intrépidité dans l’action, et plus de présence d’esprit dans le
danger ; mais il n’est pas moins essentiel encore de connoître les
principes des différentes opérations qu’on a à exécuter.
Il faut dans tous les cas
savoir attaquer et se défendre avec avantage, même avec des forces inférieures,
et savoir faire des retraites de jour et de nuit, même en présence de
l’ennemi. La principale destination des troupes légéres est de reconnoître
le pays, d’être continuellement en avant, d’observer tous les mouvemens
et les marches des ennemis, comme leur position et les détachemens qu’ils
peuvent faire, enfin de couvrir l’armée, de construire des ponts au
besoin, de ne passer ses ponts et de ne s’engager dans les défilés
qu’avec prudence, d’escorter des convois, et d’enlever ceux des
ennemis ; de former contr’eux des embuscades, de les y attirer ;
de les arrêter au passage des ponts et des défilés, de seconder les
efforts de l’armée dans l’investissement des places, et dans les jours
de bataille.
Je traiterai ces objets séparément,
et dans tous les cas où ils seront naturellement amenés. Avant toute
chose, il faut nous occuper de la formation du corps de deux mille cinq cens
hommes annoncé dans le titre de l’Ouvrage.
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