Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains

 Revenir au sommaire général

  

Portail Nouveautés Etudes stratégiques Publications ISC- CFHM- IHCC Liens Contacts - Adhésion

 

Dossiers :

 

  . Théorie de la stratégie

  . Cultures stratégiques

  . Histoire militaire

  . Géostratégie 

  . Pensée maritime

  . Pensée aérienne

  . Profils d'auteurs

  . Outils du chercheur

  . BISE

  . Bibliographie stratégique

 

Publications de référence

 

Stratégique

Histoire Militaire et Stratégie
Correspondance de Napoléon
RIHM
 

 

 

Essai sur la petite guerre. Introduction.

 

 

 

Je me propose d’offrir aux Officiers, et sur-tout aux jeunes gens qui se destinent à l’Etat militaire, les principes de la petite guerre ; ils sont tout-à- fait distincts de ceux de la guerre ordinaire, qui a ses principes généraux. Il y en a de particuliers pour la petite guerre. Ils dépendent le plus souvent des circonstances, des positions, et doivent néanmoins toujours concourir aux vues et aux desseins du Général en chef de l’armée.

 

La petite guerre a pour objet de tenir la campagne, afin d’observer les démarches de l’ennemi, d’en donner avis au Général, d’harceler cet ennemi dans tous ses mouvemens, de les dérouter s’il est possible, ou du moins de les gêner, de suspendre les opérations, d’intercepter les convois et les courriers, d’étendre des contributions au besoin, etc et de savoir dans tous les cas suppléer à l’infériorité du nombre par l’art des stratagêmes.

 

Il nous importe aujourd’hui, plus que jamais, de nous occuper sérieusement de la petite guerre ; elle est devenue bien plus difficile à faire, depuis que les armées se trouvent couvertes par une multitude considérable de troupes légeres, tant à pied qu’à cheval. Autrefois nos Partisans pénétroient dans les quartiers des ennemis, et jusques dans leurs camps. Quoiqu’aujourd’hui nous ayons des légions, nous ne faisons cependant la guerre qu’avec un nombre de troupes légeres inférieur à celui des ennemis, qui en ont un si grand nombre, que leurs armées en sont plus protégées, et qu’ils ont bien plus d’avantage pour nous harceler.

 

Les Hongrois semblent être naturellement destinés à la petite guerre ; les hommes sont lestes, sobres, adroits et vigoureux. Dès la plus tendre enfance, ils s’exercent à manier les chevaux et l’arme blanche, et leurs chevaux semblent être préparés par la nature pour ce métier.

 

Les Croates, les Talpaches, les Moldaves et les Licaniens, que nous désignons communément sous le nom de pandoures, sont tous gens particulierement propres à la petite guerre. Autrefois ils étoient sans discipline, on en voyoit plusieurs, après la campagne finie, s’en retourner, pour ainsi dire, impunément dans leur pays ; à présent ils sont enrégimentés et s’ils ne forment pas la meilleure infanterie, on peut du moins la regarder comme la plus belle et comme très-bonne aussi.

 

Les Transylvans ne cedent en rien à ces peuples : Sa Majesté impériale en a formé quelques régimens de la plus grande beauté. Les plus petits hommes sont de cinq pieds six à sept pouces, lestes, bien disciplinés, parfaitement équipés et entretenus, manians les armes et faisant l’exercice avec la plus grande dextérité. J’en parle d’après mes propres connoissances ; je n’ai pu les voir sans les admirer. Il est certain que les troupes légeres Autrichiennes ont toujours marqué leur supériorité dans la petite guerre. Je viens d’en observer la cause, en parlant des Hongrois. Les Provinces qui les avoisinent, font de leur mieux pour les égaler en expérience, de même qu’elles les égalent en courage et en subordination. Aussi les Bas-Officiers de ces troupes légeres méritent-ils assez d’estime pour qu’on leur confie des détachemens assez considérables. Quelquefois même ces détachemens restent-ils séparés de leur corps pendant une partie de la campagne.

 

Cette sorte de guerre m’ayant occupé pendant bien des années, j’ai cru devoir offrir à mes Concitoyens le fruit de mon expérience. L’expérience, à la vérité, ne suffit point, sans des talens particuliers pour cet objet. Dans la petite guerre, il faut un degré plus marqué de pénétration et d’intelligence, pour saisir les difficultés et le nœud d’une entreprise. Il faut plus de circonspection, et en même temps plus d’audace dans les moyens, plus d’intrépidité dans l’action, et plus de présence d’esprit dans le danger ; mais il n’est pas moins essentiel encore de connoître les principes des différentes opérations qu’on a à exécuter.

 

Il faut dans tous les cas savoir attaquer et se défendre avec avantage, même avec des forces inférieures, et savoir faire des retraites de jour et de nuit, même en présence de l’ennemi. La principale destination des troupes légéres est de reconnoître le pays, d’être continuellement en avant, d’observer tous les mouvemens et les marches des ennemis, comme leur position et les détachemens qu’ils peuvent faire, enfin de couvrir l’armée, de construire des ponts au besoin, de ne passer ses ponts et de ne s’engager dans les défilés qu’avec prudence, d’escorter des convois, et d’enlever ceux des ennemis ; de former contr’eux des embuscades, de les y attirer ; de les arrêter au passage des ponts et des défilés, de seconder les efforts de l’armée dans l’investissement des places, et dans les jours de bataille.

 

Je traiterai ces objets séparément, et dans tous les cas où ils seront naturellement amenés. Avant toute chose, il faut nous occuper de la formation du corps de deux mille cinq cens hommes annoncé dans le titre de l’Ouvrage.

 

 Copyright www.stratisc.org - 2005 - Conception - Bertrand Degoy, Alain De Neve, Joseph Henrotin