Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains

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Stratégique

Histoire Militaire et Stratégie
Correspondance de Napoléon
RIHM
 

 

 

CHAPITRE XVIII.

 

Des entreprises qu’on peut faire aux approches des abreuvoirs.

 

Le Commandant du corps doit employer quelques-uns de ses espions pour être informé du lieu où les ennemis doivent abreuver leurs chevaux. Souvent il n’y a qu’un abreuvoir, quelquefois aussi il a en deux ou trois. Il faut en être bien informé, et quand on est sûr de son fait, on place des embuscades aux environs de l’abreuvoir à deux endroits différens, peu distans, néanmoins l’un de l’autre ; et l’on fait ces embuscades doubles, afin que l’une attaque et que l’autre reçoive les prises.

 

Mais comme on ne peut s’occuper que rarement de pareilles entreprises, il faut les réserver pour les occasions les plus favorables, et lorsqu’elles se présentent établir assez de monde dans les embuscades, pour que les soldats et dragons puissent réussir et donner tous ensemble ; car cette irruption ne doit être que l’affaire d’un moment. Chacun de vos dragons ne prît-il qu’un seul cheval, on auroit toujours fait une expédition avantageuse au corps, et funeste à l’ennemi. Souvent ce coup de main ne tombe que sur un seul régiment, et on le met ainsi hors d’état de rien faire d’essentiel pendant presque toute la campagne, puisque non-seulement les cavaliers perdent leurs chevaux, mais qu’ils sont maltraités eux-mêmes. Ces expéditions ne peuvent être faites sans qu’il y ait bien des soldats pris ou tués.

 

Comme il s’agit d’attendre pour cette entreprise une occasion qui en vaille la peine, il faudra épier la circonstance où l’armée ennemie sera obligée de faire abreuver au loin ; cela arrive quand elle est dans le cas d’occuper plusieurs camps. Si dans le trajet il se rencontre des bois taillis ou de hautes futaye, ou tel autre lieu propre à recevoir des embuscades, on les y placera : elles seront composées d’infanterie et de cavalerie, et toujours assez fortes, ainsi que je l’ai observé tout à l’heure, pour n’avoir point à craindre de manquer leur coup : il faut d’autant mieux le combiner qu’on ne doit pas s’attendre d’en faire plusieurs de ce genre dans une campagne, parce que l’ennemi, prend les mesures pour l’avenir.

 

L’expédition faite, il faut regagner son poste au plus vîte ; mais toujours en s’éloignant autant qu’il est possible de la proximité du camp ennemi, parce que ceux des ennemis qui s’échappent pendant l’expédition, vont en toute diligence en donner avis à leur Général, et celui-ci ne manque pas de commander un nombreux détachement de cavalerie pour courir sur les ravisseurs. Par conséquent il faut éviter leur rencontre et se réfugier au loin dans un bois en attendant la nuit ; là on est bien fort, parce qu’on remet à pied l’infanterie, qui s’est retirée sur les chevaux dont elle a fait capture. Il n’est pas probable que les détachemens envoyés à leur poursuite, et qui n’ont point d’infanterie, aillent les attaquer. Tout ce qu’ils pourroient faire, seroit de roder aux environs en attendant le retour du jour. Mais j’espere que l’Officier, qui aura commandé l’expédition, ne s’endormira pas dans le bois, et qu’à la faveur des ténébres il saura se retirer dans son poste, ou s’en procurer un autre qui le mette à l’abri de l’insulte.

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