| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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CHAPITRE XX.
Des différentes entreprises pour intercepter la communication, et pour tomber sur l’Hôpital ambulant.
Puisqu’un des principaux objets des troupes légeres est d’intercepter, autant qu’il leur est possible, ce qui passe au camp des ennemis ou à leur quartier général, et de couper la communication de l’un à l’autre, ou celle du camp à une ville qui seroit devenue leur dépôt général, on ne doit pas négliger d’entreprendre sur l’Hôpital ambulant. La pharmacie, les chevaux, les chariots, nombre de soldats et Officiers malades, dont quelques-uns donnent l’espoir d’une rançon considérable, tous ces objets méritent bien l’attention du Commandant. Mais pour s’occuper de ces entreprises, il n’y a que des momens à saisir. S’il s’agit, par exemple, de couper la communication d’une armée avec son quartier général, ou avec une ville qui lui sert de dépôt ; ce n’est qu’au commencement d’une campagne que l’on doit ordinairement y songer. La raison en est que les Officiers sont bien plus en mouvement, bien plus occupés à se procurer leurs divers approvisionnemens, bien plus pécunieux, et par conséquent plus portés aux moyens de dépenser leur argent. La fin d’une campagne est une circonstance encore plus favorable, sur-tout si l’on vient de livrer une bataille ou s’il y a eu plusieurs chocs, parce que dans toutes ces affaires, il y a toujours dans le parti qui est mis en désordre, un nombre de particuliers très-souffrans, et beaucoup d’Officiers, qui, ayans perdu leurs équipages en tout ou en partie, ont besoin de remplacer les choses nécessaires.
Quant à l’Hôpital ambulant et au dépôt, personne n’ignore qu’après une bataille ou une affaire un peu chaude, les occasions d’entreprendre sur ces objets sont favorables, et qu’elles s’offrent fréquemment. Ce n’est jamais qu’avec une troupe assez forte qu’il faut attaquer un Hôpital ambulant, parce qu’il marche toujours sous bonne escorte. Cependant cet Hôpital peut se trouver éloigné de son armée ; car on n’a pas toujours pour le loger des endroits commodes. En pareil cas il est moins difficile de prendre ses mesures pour l’attaque, puisque l’Hôpital se trouve moins à portée d’être secouru. C’est aux Officiers chargés de ces expéditions à calculer tout avec sagesse.
Il faut observer que toutes les fois qu’il se trouve une grande ville auprès du camp où les ennemis s’établissent, le chemin du camp à cette ville est toujours couvert de vivandiers, des valets des Officiers qui vont aux provisions, et même de beaucoup d’Officiers. Le Commandant du corps, après avoir bien reconnu le terrein, pourra faire sur cette partie des coups heureux s’il sait commander à propos des détachemens, et bien placer des embuscades. Pour les expéditions de cette sorte il ne faut employer que de petits corps de troupes, mais bien soutenus les uns par les autres, et placés à des intervalles convenables, afin que les uns puissent tomber sur ce qui va du camp à la ville, et les autres en même tems sur ce qui revient de la ville au camp.
Si le Général avoit établi son quartier dans cette ville, le chemin du camp seroit encore plus fréquenté, et fourniroit bien plus d’occasion de faire des captures. C’est alors que les Commandans des petites embuscades doivent redoubler de soins et de vigilance, ne point s’occuper des valets ni des vivandeirs, mais porter toute leur attention à faire prisonniers beaucoup d’Officiers, et particulierement les Officiers généraux, bien entendu qu’on les traitera avec toute décence, proportionnément à leur rang, et qu’on fera commander l’escorte, chargée de les mener au Général, par un Officier qui sache leur rendre tout ce qui leur est dû. Quoique la rançon d’un Officier général ne doive point entrer dans la masse du corps, celui-ci doit néanmoins en espérer un avantage de la libéralité du Général de l’armée. Cette libéralité doit au moins avoir lieu dans les cas d’échange ou de rançon ; si le Général négligeoit le corps dans un pareil cas, il pourroit lui arriver d’être souvent mal servi par les troupes légeres. Il faut mettre en principe, que c’est l’espoir du butin qui les détermine à cette sorte de service. Par conséquent, dès qu’elles font une capture, elles attendent une récompense : la leur refuser, c’est les mettre dans le cas de ne s’occuper à l’avenir, par préférence, que des objets personnellement lucratifs. Un hussard aimeroit infiniment mieux prendre un cheval qui lui vaudroit dix écus, qu’un Officier général dont l’absence pourroit même faire le malheur de l’armée ennemie, si cette prise ne lui rapportoit rien. Ainsi, au lieu de s’attacher à enlever des Officiers ennemis, ils pourroient les laisser paisiblement échapper pour se porter sur le chariot et sur les chevaux d’un vivandier.
Il est inutile d’observer que les courriers qu’on peut rencontrer sur cette même route, doivent être un principal objet d’attention. Toutes les fois qu’on en pourra arrêter quelqu’un, on doit se comporter ainsi que je l’ai dit au chapitre précédent.
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