Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains

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Stratégique

Histoire Militaire et Stratégie
Correspondance de Napoléon
RIHM
 

 

 

CHAPITRE XXI.

 

Des entreprises à faire pendant la marche de l’armée ennemie vers son camp.

 

Quand l’armée ennemie marche pour entrer dans son camp, le Chef du corps dont je parle doit faire cotoyer les ennemis par plusieurs détachemens composés de ses meilleurs chevaux et de ses meilleurs dragons. Si ces détachemens sont bien menés, ils trouveront bien des occasions de faire de très-bonnes prises, sur-tout parmi les vivandiers qui tâchent ordinairement d’arriver les premiers ; et parmi les traîneurs et les domestiques. Ceux-ci méritent d’autant plus d’attention , qu’ils conduisent les chevaux de main, des mulets et des équipages ; souvent aussi on rencontre des Officiers généraux et autres qui ont négligé de marcher avec le corps de l’armée, et même les détachemens commandés pour reconnoître les bois, les hauteurs et la nature des lieux ; c’est sur-tout vers la brune que l’ennemi fait rôder des patrouilles et des partis sur ses flancs et même assez au loin ; on doit s’occuper du soin de les enlever. Cette expédition n’est pas bien difficile dans des pays propres à la cavalerie, où elle n’est cependant pas trop à découvert.

 

Dans les tems pluvieux, les captures deviennent plus faciles et plus considérables, soit parce qu’on ne peut pas avancer avec la même célérité sur les chemins, soit parce qu’ils sont rompus, soit parce qu’il suffit qu’une voiture s’y brise pour arrêter pendant un certain tems toutes celles qui sont à la file.

 

Quand on est bien instruit du terrein choisi par l’ennemi pour y établir son camp, il ne s’agit pas de le cotoyer sur les flans, ni de le suivre à la piste, mais de prendre ses mesures pour faire arriver, par de longs circuits, ces détachemens aux approches du camp, et y pratiquer des embuscades auprès des lieux où l’on doit aller s’approvisionner de foin, de paille ou de bois. Il est rare que ces magasins soient sur la même pelouse : il faut donc, par le moyen des intelligences qu’on se fera ménagées dans le pays et par le secours des espions, s’être bien mis au fait de la situation précise des magasins. On doit s’attendre d’y trouver beaucoup de confusion, parce que chacun se presse pour être directement servi ; il faut savoir tirer parti de ces circonstances, soit en tombant sur le magasin, soit en arrêtant au passage ceux qui y vont ou qui en reviennent, et sur-tout les gens à cheval, comme cavaliers ou domestiques, parce que la charge qu’ils emportent les rend moins lestes et moins propres à la fuite. Il est certain que ceux-ci, se trouvant surpris, commencent par se débarrasser de leur charge, et qu’ils la jetteront, mais ce ne sera jamais assez promptement, pour que la plus grande partie ne tombe point au pouvoir des aggresseurs. Alors ce n’est pas des provisions dont il faut s’occuper, mais bien du soin d’enlever des hommes et des chevaux. Pour faciliter cet enlevement, le Chef du corps composera ses détachemens d’un aussi grand nombre de dragons qu’il lui sera possible. Il enverra ses détachemens doubles, afin que l’un puisse soutenir, tandis que l’autre attaque. On entend par-là que, si l’on envoye trois troupes pour attaquer, il faut en joindre trois autres pour soutenir, celles-ci seront chargées de recevoir les prises que feront les autres.

 

Fin du Tome premier.

 

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