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Stratégique

Histoire Militaire et Stratégie
Correspondance de Napoléon
RIHM
 

 

 

CHAPITRE VI.

Des moyens de sûreté pour s’établir dans un poste.

 

En arrivant à un poste l’infanterie doit toujours commencer par se couvrir, quand même l’ennemi seroit éloigné : l’on ne doit point en cela négliger les usages des anciens ni s’en écarter. Tout dépend d’en faire prendre l’habitude aux soldats dans les commencemens ; l’on éprouvera ensuite que ce travail leur deviendra si familier, qu’il ne leur sera nullement pénible. Etant au poste, le Commandant doit méditer les dispositions qu’il aura à faire, pour arriver en bon ordre à l’endroit de sa destination, s’il faut qu’il pousse sa marche en avant.

 

Afin de n’être pas surpris dans sa route, il aura toujours en avant du gros de sa troupe, un détachement de cinquante dragons et un de soixante hommes d’infanterie, aux ordres de leurs Capitaines et le tout commandé par un Officier de l’état major. Indépendamment de ce corps, il le fera précéder de deux Maréchaux de Logis intelligens, qui auront chacun avec eux douze ou quinze dragons d’élite. On enverra ces bas Officiers, suivant l’exigence des cas, du lieu et du terrein, plus ou moins en avant, et toujours à la distance de trois ou quatre cens pas l’un de l’autre, en observant toutefois, que si le chemin est creux ou qu’il fit un coude considérable, le premier attendra le second, afin de marcher alors ensemble jusqu’au débouché, ou du moins ils marcheront à une distance beaucoup moindre, se faisant précéder seulement de deux dragons des plus intelligens qui tourneront le défilé avec assez de précaution, pour faire la guerre à l’œil. Cette précaution est d’autant plus nécessaire que, si le défilé est étroit, il faut éviter de se trouver dans l’embarras et pouvoir tourner bride, au cas que l’ennemi se soit déja emparé de la tête du même défilé.

 

Comme un chemin creux annonce une hauteur de droite ou de gauche, le Chef de la premiere petite troupe, qui sera en avant, doit nécessairement, avant que de s’enfourner, y faire monter un homme à pied, s’il ne peut l’envoyer à cheval, pour découvrir au loin le plus qu’il sera possible. Cet homme doit rester sur cette hauteur, jusqu’à ce que les deux petits détachemens soient entierement hors du défilé, et que le Capitaine soit arrivé avec sa troupe. Alors ce sentinelle se rendra auprès du Capitaine, pour l’instruire du débouché des Maréchaux-de-Logis, qu’il faut qu’il aille rejoindre. En cas d’événement les deux petites troupes doivent se replier sur le détachement du Capitaine, et toujours assez à temps, pour qu’il ait celui d’avertir son Commandant, et de pouvoir l’un et l’autre, au besoin, faire leurs dispositions.

 

S’il marche en plaine, il se fera cotoyer par des dragons, dont sept à droite et sept à gauche. Le Capitaine du détachement, qui formera l’avant-garde, se tiendra à la distance que son Commandant lui aura prescrite, et il aura l’attention de ne pas exposer témérairement les deux petits corps qui seront devant lui. Pour les soutenir, il fera marcher sur les aîles deux pelotons d’infanterie, c’est-à-dire, un de chaque côté, afin de fouiller les endroits où pourroient se rencontrer des bois, des fossés et des ravins susceptibles d’offrir à l’ennemi un lieu propre aux embuscades, ou favorable à la retraite.

 

Mais s’il arrivoit qu’on eût à craindre des inconvéniens par la découverte de quelques corps des ennemis qui se fussent déjà emparés des défilés, le Capitaine, bien informé, feroit halte aussi-tôt, avec tous les petits corps qui se seroient repliés sur lui, et en instruiroit le Commandant. Celui-ci avisera sur le champ aux moyens les plus prompts de se placer dans un poste avantageux, pour s’y ranger en bataille, en observant néanmoins de mettre toujours son infanterie dans le centre, et la cavalerie sur les aîles, du moins autant que le terrein pourra le permettre.

 

Si de droite et de gauche il se rencontroit des bois ou des ravins, il seroit prudent, et même absolument nécessaire, d’y poster de l’infanterie. En supposant ainsi qu’il n’y eût point sur les ailes de terrein propre pour la cavalerie, il la sépareroit en trois corps, dont deux seroient derriere l’infanterie aux deux aîles, et le troisième seroit placé derriere le centre, pour servir de corps de réserve.

 

Il pourroit bien se faire que les ennemis qu’on découvriroit ne fussent qu’un léger parti, mais il n’importe pas moins d’user de toutes les précautions que j’indique, parce que cette troupe pourroit cacher aussi un gros corps, et le commandant ne doit quitter sa position qu’après être sûr de son fait. Si les ennemis sont inférieurs en nombre, ils prendront bientôt la fuite, mais il ne faut pas vouloir les poursuivre au loin, sans précautions, surtout encore si le pays est couvert ; parce qu’il vaut mieux manquer l’occasion de faire trente prisonniers, que de perdre seulement quatre des siens. Le pays paroît-il uni et sans bois, le Commandant le fera battre par quelques dragons, pour savoir s’il ne se trouveroit pas des ravins, car souvent les torrens en creusent de très-considérables, et que l’on n’apperçoit, pour ainsi dire, qu’au moment où l’on touche à leur bord.

 

Si le Commandant, établi dans un bon poste et contraint d’y rester, voit que l’ennemi lui est supérieur en forces, il aura le tems du moins d’en instruire le Général de l’armée, ou celui qui sera le plus à sa portée. Sur ces avis le Général lui enverra ses ordres, ou des secours, selon le besoin et les circonstances, s’il ne prévoit pas qu’il soit plus à propos d’y marcher en corps d’armée. Dans une telle situation, le Commandant doit bien se garder d’engager une affaire. Il doit porter la plus grande attention à observer les ennemis, et mettre tout en usage pour pénétrer leurs vues, afin de pouvoir donner des instructions certaines au Général de l’armée.

 

Je suppose que, s’il y a des hauteurs favorables, le Commandant aura eu soin de s’en emparer, de s’y mettre en sûreté par de prompts travaux, qu’il aura fait faire en arrivant, pour se garantir de toute insulte, et sur-tout des approches de la cavalerie, par les coupures des puits et des fossés qu’on aura creusés en avant. Ne trouvant plus d’obstacle de la part des ennemis, arrivé à sa destination, le Commandant rangera toutes ses troupes en ordre de bataille, en détachera quelques corps commandés par des Officiers et des Bas-Officiers expérimentés, pour aller à la découverte. Après avoir battu tous les environs et au loin, ceux-ci reviendront rendre compte au Commandant de ce qu’ils auront remarqué ; ils observeront de laisser des petits postes en avant, commandés par les Bas-Officiers. Ils ne manqueront pas d’occuper les hauteurs, de s’y placer en échellons, et de s’y distribuer selon le local.

 

Il n’est pas nécessaire ici de dire que tous ces détachemens, qui doivent aller à la découverte, et reconnoître au loin, seront composés de cavalerie seulement, à moins qu’il n’y eût des bois assez voisins, et qu’il fallût les faire fouiller. Dans cette circonstance les dragons des deux premieres troupes porteront en croupes soixante hommes d’infanterie, commandés par un Capitaine et un Lieutenant ; ils les mettront à un peu de distance du bois. Ces fantassins y entreront avec précaution en deux troupes séparées, et peu éloignées l’une de l’autre pour le fouiller. Pendant cette manœuvre de l’infanterie, les dragons resteront en panne à une distance raisonnable du bois.

 

La reconnoissance au loin étant faite, le Commandant ira lui-même reconnoître le terrein et les environs de son poste, afin d’y établir les gardes qu’il jugera nécessaires à sa sûreté : il fera principalement occuper les hauteurs, d’où l’on pourra découvrir au loin, et pour cet objet il y fera poster de l’infanterie ; mais s’il est question de faire diligence, le Commandant ne doit pas hésiter de la mettre en croupe de la cavalerie, pour la transporter plus promptement jusqu’au pied de la hauteur. On entend bien qu’il ne faut user de ce moyen que lorsque la distance est considérable, et que les troupes ne courent aucun risque d’être coupées. Si en avant de l’endroit où le Commandant établira son poste, il se rencontre des coupures ou d’autres obstacles, il faut les laisser subsister, sur-tout s’ils peuvent nuire et porter quelque préjudice aux ennemis.

 

Il n’en doit pas être de même de son propre terrein, qu’il faut faire déblayer, tant en avant que de droite et de gauche, de tout ce qui pourroit empêcher la communication mutuelle des troupes de cavalerie et d’infanterie. Si le Commandant trouve des ruisseaux, des canuax, des fossés, ou des coupures, et qu’il lui laisse un libre passage, il fera construire promptement de petits ponts, avec des arbres et d’autres bois. En supposant qu’il n’y eût point de bois à sa portée, et le cas fût urgent, il feroit prendre tous les montans des chariots, que j’ai conseillé plus haut d’avoir toujours à la suite du corps, ainsi que les échelles des paysans, les planches et généralement tout ce dont on pourroit faire un usage convenable à l’objet et à la circonstance du moment.

 

Le Commandant doit prévoir, avec un soin exact, tous les inconvéniens du terrein, et le faire également de maniere que ses troupes puissent agir librement et se donner mutuellement du secours. Il faut que ses soldats aient la facilité de se mouvoir de droite et de gauche, selon les événements, et le cas où ils seroient obligés de combattre en cet endroit.

 

Mais s’il y avoit des murailles ou des haies devant le front de ses troupes et qu’elles présentassent leurs faces aux ennemis, il est de la prudence du Commandant de les laisser subsister, et si elles sont basses de pratiquer un fossé en avant, c’est-à-dire, du côté des ennemis. Si ces murailles sont élevées, il ne faudra pas les écrêter, mais élever des banquettes derriere, pour mettre les soldats à portée de tirer par-dessus, si l’on n’a pas eu le temps de les créneler, ce qui vaudroit infiniment mieux.

 

Les échelles et les planches que j’ai conseillé d’avoir toujours à demeure, seront, dans cette occasion ci sur-tout, d’une grande utilité. On pourra aussi faire des sacs de terre, et on les placera sur la muraille, pour former des jours en forme de créneaux, à travers lesquels les soldats feront le coup de fusil avec d’autant plus de confiance, qu’ils auront le corps et même la tête à l’abri du feu des ennemis.

 

Lorsqu’il se trouve une maison isolée sur le terrein du Commandant ou à la portée du fusil, c’est à lui d’avoir la précaution de s’en emparer, et d’y placer des troupes : en y arrivant elles y pratiqueront des creneaux, et s’y barricaderont de toutes les manieres, pour en faire un poste d’appui ; le Commandant pourra le regarder comme assuré, puisqu’il sera certainement en état de le soutenir. Dès que ses soldats se seront établis dans ce poste, ils s’y retrancheront de leur mieux et l’on aura soin de le munir de poudre, de balles et de subsistance assez abondamment, pour n’avoir pas à craindre d’en manquer. Quoique le Commandant ne soit pas éloigné du poste, et que même il soit à portée de le secourir, ces précautions n’en sont pas moins essentielles à prendre.

 

Si cette maison étoit cependant à une trop grande distance du poste principal, où le Commandant croiroit devoir se tenir par préférence, soit à cause des hauteurs, ou d’un marais, ou de quelques bois favorables qui appuyeroient sa droite ou sa gauche, ou qui étant en avant, formeroient des obstacles aux ennemis, il seroit très-bien de la brûler ; mais je serois plutôt d’avis qu’il la leur abandonnât, de maniere que ce délaissement leur parût une sorte de négligence de sa part. Cet expédient toutefois ne doit s’employer qu’avec beaucoup d’adresse. Si le tems et les moyens le permettent, le Commandant doit faire miner cette maison pour la faire sauter, lorsque les ennemis s’en seront emparés, sur-tout encore au moment où les troupes ennemies destinées à l’occuper y seront toutes entrées. Ce stratagême bien entendu et bien conduit aura tout son effet.

 

Pour abuser plus certainement l’ennemi, le Commandant feindra de vouloir disputer la possession de ce poste : mais ce jeu, qui véritablement en est un (et même bien aisé) dont le seul objet est de tromper l’ennemi, et de lui dérober les desseins qu’on a sur lui, demande également une extrême finesse, pour ne pas risquer d’y perdre du monde imprudemment. N’a-t-on pas eu le tems de faire miner cette maison ? Il suffira d’y placer quelques barrils de poudre, de maniere qu’ils ne puissent être aussi-tôt apperçus par les soldats ennemis qui y entreront, et de pratiquer un tuyau ou traînée de poudre, pour y mettre le feu, sans perte de temps : parce qu’il n’est pas douteux que les ennemis, en cherchant les moyens de s’arranger dans ce poste, ne découvrissent enfin le piege ; il aura été facile d’allonger assez la traînée de poudre, pour ne point faire courir de risque à celui qui y mettra le feu.

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Explication pour servir à l’intelligence du Plan.

A Grande route.

B Pont de pierre sur un ravin ou scarpement peu pratiquable, même à l’infanterie.

C Grande maison bien bâtie, entourée en partie de murs, d’une forte haye et d’un verger elevé.

D Troupes de cavalerie postée dans les intervalles du bois.

E Trois corps d’infanterie postés dans le bois.

F Détachemens de ces troupes sur le bord du ravin, l’infanterie derriere les hayes, et la cavalerie à la droite et à la gauche du pont.

G Saucisson ou traînée de poudre qui répond aux mines préparées dans l’intérieur de la maison. La maison C est minée, les mines sont chargées de poudre, ainsi que le saucisson ou auger G, qui répond de cette maison au point H, où un homme, qui y est caché, doit mettre le feu hors du signal dont on sera convenu.

I Arrivée d’un gros d’ennemis, composé de cavalerie K et d’infanterie L, qui se mettent en bataille sur la hauteur pour faire escorte de reconnoître nos troupes D et E qui sont dans le bois.

M Détachemens des ennemis qui attaquent nos troupes, qui font mine de défendre le ravin et le pont.

N Premiere retraite de notre détachement F pour se défendre plus longtems à l’endroit O et dans la maison C, où l’on ne tiendra que pour la forme.

 

Secondes Observations.

 

Le détachement M des ennemis, après avoir passé le pont, attaque la maison C. Toutes les autres troupes ennemies K L marchant en P pour soutenir ceux des leurs qui attaquent la maison C ; ils sen emparent et s’y logent.

 

Q Seconde retraite du détachement des notres, qui vient d’abandonner la maison pour se retirer en bon ordre sur son corps.

 

Dans ce moment les troupes D et E sont prêtes à faire les mouvemens ordonnés par leur Chef qui fait mettre le feu à la mine par le moyen du saucisson ou auget C ; la maison ayant sauté, le Commandant profite de cet instant pour attaquer à son tour et charger les ennemis avec toutes ses forces, au moyen des troupes Q qui s’avancent par leur gauche pour envelopper les ennemispar leur droite, et les troupes D et E, postées dans le bois, qui s’avancent légerement pour prendre les ennemis par leur gauche.

 

R Troupe de cavalerie portant chacun un fantassin en croupe, pour, lors du signal, aller légerement envelopper les ennemis qui ont passé le ravin. Les fantassins doivent être mis à terre, ayant été portés jusqu’au pied du ravin ou d’un autre abri favorable, et se poster suivant l’occurrence.

 

Si l’un ou l’autre de ces expédiens n’a pu réussir, il n’y aura simplement qu’à incendier la maison : au moins est-il certain que cette derniere ruse ayant le succès qu’on doit en attendre, l’ennemi sera consterné d’un événement aussi imprévu, et perdra beaucoup de ses forces. Alors le Commandant, qui par ses dispositions doit être prêt à combattre, fondra sur lui principalement avec sa cavalerie, si toutefois il est supérieur en ce genre aux ennemis. Il aura d’autant plus d’avantage dans cette attaque, que l’ordre en aura été combiné en conséquence du stratagême et du désordre, qu’il peut se promettre de répandre parmi les ennemis, ainsi que de la perte que ceux-ci doivent naturellement essuyer dans la défense d’un poste sur lequel ils avoient auparavant fondé leur plus grande sûreté.

 

Le Commandant pourra se flatter d’un succès plus assuré encore, si plus nombreux en cavalerie que les ennemis, il les fait attaquer par la sienne dans un jour de pluie. L’eau rendra la plus grande partie des armes à feu de l’infanterie ennemie inutiles. Ce n’est pas seulement le temps de pluie, qu’il faut consulter pour cet expédient, mais encore si l’on est plus fort en cavalerie, et si elle n’est pas trop fatiguée par des opérations précédentes.

 

D’après tout ce que nous avons observé, on doit juger combien il importe que tous les Officiers, qui commanderont quelque poste, connoissent bien exactement le terrein, tant en avant qu’en arriere : en avant, pour n’être point embarrassés, au cas où il faille s’y porter, et que l’ennemi venant à attaquer le poste, l’Officier, qui y commande, en connoisse parfaitement tous les environs pour y pouvoir manœuvrer avec plus d’aisance, et faire ses dispositions selon le local, tant à l’égard des bois que pour les haies, hauteurs, ravins et marais, s’il s’en trouvoit : En arriere, pour éviter toute confusion dans la retraite, en cas qu’il eût été forcé de le faire, et en supposant encore qu’elle lui ait été permise. Si au contraire le Commandant a reçu ordre de se maintenir dans son poste, il fera ses différentes dispositions pour recevoir l’ennemi. Il en donnera avis au corps qui seront à portée de lui prêter du secours, et il agira avec eux, toutefois le grade observé.

 

J’ai dit que l’infanterie, en arrivant à un poste, doit se mettre à couvert des insultes de l’ennemi ; je suppose que cela aura été fait. Si le poste est important, que l’ennemi soit à portée, et que l’officier qui y commande, ne puisse y employer qu’un certain nombre de ses soldats, étant obligé d’en tenir la plus forte partie sous les armes ou en postes, il tâchera de se procurer le plus grand nombre de paysans qu’il lui sera possible pour faire le travail, conjointement avec les soldats qui ne seront pas de service. Le poste étant donc établi (il est à présumer qu’il avoisine l’ennemi, d’ailleurs il faut toujours supposer qu’il est au moment d’arriver, et se conduire en conséquence) ainsi le Commandant tiendra sa cavalerie prête au besoin, dont moitié doit toujours être bridée. Si l’on prévoit quelque entreprise de la part des ennemis, l’on ne donnera l’avoine aux chevaux que quand moitié de dragons sera montée à cheval. Tout cela étant ainsi disposé, le soin principal du Commandant (je le répete encore) doit être de se mettre à portée de rendre un compte bien exact au Général de l’armée de tous les mouvemens de l’ennemi, tant ceux qu’il découvrira par lui-même, ou à la faveur de ces postes avancés, que des détachemens qu’il aura envoyés pour battre le pays. Le Général de l’armée saura meilleur gré à un officier de lui donner de bon avis, et d’exécuter ce que je propose ici, que s’il remportoit des avantages en combattant, parce que ces sortes d’avantages ne sont pas décisifs.

 

Après avoir employé tous les moyens possibles, pour donner des avis bien certains et bien circonstanciés, il ne faut pas apporter moins d’attention (ainsi que je l’ai déjà observé) pour les faire parvenir par des hommes sûrs et fidèles. Dans les occasions de la derniere importance, le Commandant ne doit confier ce rapport à personne.

 

Il m’est arrivé de quitter le commandement de ma troupe, pour aller moi-même rendre compte au Général. Une fois entr’autres ayant mon poste entre d’Ieft et l’Abbaye d’Everbode, au-delà du Demer, je fis mes dispositions, j’ordonnai qu’en cas d’attaque de la part des ennemis on se retirât ; j’indiquai le lieu de la retraite, ne voulant point laisser engager une affaire en mon absence ; et quoique je fusse à neuf lieues du quartier général, je partis pour aller instruire le Maréchal de Saxe. La démarche lui fut agréable et il jugea par le motif qui m’avoit déterminé, que je m’étois rendu bien plus utile en me chargeant moi-même de cette commission, qu’en restant à la tête de ma troupe.

 

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