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Hautes Etudes Militaires
LES
RELATIONS MILITAIRES ENTRE LA FRANCE ET LE ROYAUME-UNI
DE 1945
A 1962
Sabine
Marie Decup
Résumé
Depuis la victoire
d’Hastings en 1066, et les problèmes liés à la succession de Guillaume
le Conquérant, les relations entre la France et le Royaume-Uni n’ont pas
toujours été empreintes de cordialité. Certaines rancunes, tenaces,
subsistent encore. Pourtant, à l’heure de la construction de l’Europe
et surtout d’une Europe de la défense, imposée par les changements géostratégiques,
s’imposait une étude approfondie de ces questions.
Les relations militaires
franco-britanniques reflètent, certes, le caractère orageux des liens
entre les deux pays, mais prouvent également qu’a existé, entre la fin
de la Seconde Guerre mondiale et les accords de Nassau, une volonté évidente
de construire un front cohérent face à la menace communiste.
La collaboration actuelle
entre les armées et les industries de défense des deux nations ne peut se
comprendre qu’à la lumière de leur coopération passée. Rien dans ces
rapports n’a été laissé de côté : tous les théâtres d’opérations
ont été concernés, toutes les armes, toutes les sociétés d’armement
ont participé de ce désir de construction.
Les ambiguïtés politiques
de cette période troublée ne sont pas toujours parvenues à nuire à un
consensus militaire, bien réel au cours de la Guerre froide. Il devenait dès
lors nécessaire d’apporter la preuve de l’existence d’un appui du
Royaume-Uni à la politique de défense de la France
jusque dans les années cinquante, même si un renversement de cette
tendance s’est produit par la suite.
Docteur en histoire, diplômée du King’s
College de Londres – Master of Art in War Studies –, Sabine Marie Decup
travaille aujourd’hui pour les industries de défense. Elle a participé
à plusieurs colloques internationaux en France et à l’étranger, a publié
divers articles et collaboré à la rédaction d’ouvrages collectifs
traitant des questions militaires contemporaines.
TABLE
DES MATIÈRES
PRÉFACE
INTRODUCTION
LISTE DES SIGLES ET DES ABRÉVIATIONS
Le legs historique
Problématique
MÉTHODOLOGIES, SOURCES ET DIFFICULTÉS
PREMIÈRE PARTIE - CRISES ET EMBELLIE :
L’EXTRÊME ET LE PROCHE-ORIENT
CHAPITRE PREMIER - "UN PARFUM
D’ORIENT ET DE FIN
D’EMPIRE"
I - Les origines de la situation au Levant
A. Les accords Lyttleton-de Gaulle, 25
juillet 1941
B. Novembre 1943, de nouvelles tensions
C. D’incompréhensions en maladresses
II - De la Concorde aux compromis
A. Âpres négociations
B. Les accords de décembre 1945 4
C. Consentements sans lendemain ?
III - Les difficultés techniques du
retrait
A. La question des minorités
B. Les étapes du retrait
C. Multiplicité de l’aide britannique
Conclusion
CHAPITRE II - "L’HISTOIRE DU TROP
PEU ET DU TROP TARD"
I - Réactions britanniques au conflit
d’Indochine
A. La passation des pouvoirs
B. L’entrée dans le conflit
C. L’internationalisation du conflit et
les changements militaires
II - Une coopération au plus haut niveau
seulement ?
A. Les discussions d’état-major
B. Les conférences sur le renseignement
C. Le refus d’intervention directe
III - Et pourtant... une certaine aide
technique
A. Armée de Terre et marine
B. L’Armée de l’Air
C. La reconnaissance photographique
Conclusion
CHAPITRE III - SUEZ : LA NOUVELLE ENTENTE
CORDIALE ?
I - L’action diplomatique et les prévisions
militaires
A. Les raisons de l’intervention
B. L’action diplomatique
C. La révision des plans : de l’opération
700...
D. ... à Mousquetaire révisé
II - L’intervention
A. Le commandement et les forces alliées
en présence
B. La supériorité aérienne alliée
C. Le débarquement
III - Le désengagement
A. Les ultimatums
B. Les étapes du départ
C. Présence française à Chypre
D. Les aléas de cette présence
Conclusion
DEUXIÈME PARTIE - PRENDRE OU LAISSER
PRENDRE : LE CONTINENT AFRICAIN
CHAPITRE PREMIER - "FESTINA
LENTE" OU LES PRÉMICES D’UNE COOPÉRATION
I - Le rôle de l’Afrique pendant la
Seconde Guerre mondiale
A. L’effort de guerre de l’empire
B. Le débarquement en Afrique du Nord
C. La conférence de Brazzaville
II - Genèse d’une politique stratégique
A. Les prémices de la Guerre froide en
Afrique
B. La voie vers la rupture
C. Le Moyen-Orient dans la Guerre froide
III - Ébauches de négociations
A. Face à face des théories
B. Réflexions militaires
C. La participation française
Conclusion
CHAPITRE II - PRÉLUDE OU ABOUTISSEMENT ?
I - La conférence de Nairobi
A. De l’océan Indien à l’Afrique
B. Préparation et déroulement de la conférence
C. D’une conférence à l’autre
II - La conférence de Dakar
A. Le Moyen-Orient remis en question
B. Développement et progrès
C. Les grands axes de réflexion
III - Vers la fin du processus
A. Les conférences de second ordre
B. La question de Fort Lamy
C. L’abandon final
Conclusion
CHAPITRE III - ENTRE MORALE ET INTÉRÊT
I - Une attitude inconsistante
A. La révolte Mau-Mau
B. La question du Fezzan
C. "Négligences" britanniques
II. Les intérêts britanniques
A. La guerre de guérilla
B. Les hélicoptères
C. Les échanges au pair
III. Le putsch
A. Les origines
B. La volonté d’action britannique
C. Les raisons de l’aide britannique
Conclusion
TROISIÈME PARTIE - LE DROIT À LA
CONTRADIC-TION : LE THÉÂTRE EUROPÉEN
CHAPITRE PREMIER - Une DIFFICILE REPRISE
I - Les accords Hartemann-Dickson
A. Les fondements de ces accords
B. Descriptif des accords
C. Une transition difficile
II - Les accords Nomy-West et
l’arrangement financier
A. Les accords Nomy-West
B. Les extensions du traité
C. L’accord financier
III - Le traité de Dunkerque : point de départ
ou
aboutissement ?
A. Les freins à sa réalisation
B. Une pierre angulaire
C. Le chemin vers Bruxelles
Conclusion 4
CHAPITRE II - DE RÈGLEMENTS EN NÉGOCIATIONS
I - Les accords de fin de guerre
A. L’accord de Tanger
B. Présence militaire britannique en
France
C. Le retrait des troupes britanniques
II - L’accord de transit aérien
A. Premières négociations
B. Un aboutissement réciproque ?
C. Des modifications à la disparition
III - Le démantèlement des bases
allemandes en France
A. Destructions initiales : les sites
terrestres
B. Les sites maritimes
C. Apologie d’une solution extrême ?
Conclusion
CHAPITRE III - UN FOISONNEMENT NOUVEAU
I - Échanges de méthodes
A. Les moyens humains
B. La loi de programme aérien et ses conséquences
sur l’industrie française
C. De nouvelles études
D. Un renversement des demandes
II - Les derniers grands programmes de
collaboration
A. Les accords Crépin-Cockburn
B. Mise en place des grands domaines de
recherche
et de développement
C. Les grands domaines des groupes de
travail
III - Le nucléaire
A. La doctrine
B. Projet de coopération
C. Les accords de Nassau
Conclusion
SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE
I. Archives britanniques
II. Archives militaires françaises
III - Archives parlementaires
IV. Archives coloniales
V - Correspondance échangée
SOURCES IMPRIMÉES
I. Mémoires et biographies
II - Ouvrages et articles de circonstance
BIBLIOGRAPHIE DE RECHERCHE
INDEX
TABLE DES TABLEAUX
INTRODUCTION
Avec quelle régularité le Royaume-Uni,
"this precious stone set in a silver sea"1
n’a-t-il pas été qualifié de "Perfide Albion" et combien de
querelles, trop souvent légendaires, ne se sont-elles pas égrenées au fil
des neuf siècles d’histoire commune avec la France ? Les deux
peuples n’ont eu de cesse de s’affronter dans une relation toute
passionnelle. C’est un cycle toujours renouvelé d’éloignements et de
rapprochements inévitables. Aujourd’hui encore, cette époque, loin d’être
révolue, semble le reflet de ce passé, comme paraissent en être la preuve
les perspectives ouvertes par et depuis la Seconde Guerre mondiale.
Ces heurts entre Français et Britanniques
qui jalonnent les siècles ont poussé de rares chercheurs à étudier le
type de relation pouvant exister entre de tels protagonistes de l’histoire
européenne et mondiale. La période résolument contemporaine de la seconde
moitié du XXe siècle reste néanmoins très pauvre. Seuls deux
ouvrages se concentrent sur ce thème : celui de Serge Bernier2
et celui réalisé sous la direction de Françoise de la Serre, de Jacques
Leruez et d’Helen Wallace3. Autant pour
les siècles antérieurs, ce couple est-il bien connu, autant paraît-il désormais
supplanté par le nouveau tandem franco-allemand. Nous avons donc estimé nécessaire
de rétablir un certain équilibre, attendu que lier le passé militaire récent
de ces deux nations prenait des allures de défi : une origine
familiale où se confond leur passé ne pouvait empêcher l’impartialité
et était, au contraire, une source de richesses immenses. Lorsque, selon
les stéréotypes, le flegme britannique s’allie à l’impétuosité française,
lorsque l’impassibilité s’allie à la passion, la complémentarité
devient communion avant de se transformer en symbiose parfaite.
Les manuels d’histoire font souvent fi de
ces données pour ne relater que des conflits séparant la France et le
Royaume-Uni. Vanter la coopération pouvant exister aurait presque pu
devenir indécent, alors qu’elle est pourtant bien réelle depuis des décennies.
Les différences, les disparités entre les tempéraments, les méthodes, ou
les institutions participent certes à l’émergence de guerres, mais sont
aussi sources de prolificité. Quel meilleur domaine que celui du militaire,
qui associe pleinement toutes les données qui constituent la politique
d’un pays, pour saisir dans leur plénitude les corrélations qui unissent
Paris et Londres et comprendre la situation actuelle ? Étudier les
divers types de collaboration ou simplement de projets de collaboration,
n’est-ce pas déjà unir les deux pays dans une même perspective ?
- LE LEGS
HISTORIQUE
L’Histoire s’empare vraiment du
passé de la France et du Royaume-Uni à partir de 1066 et de
l’incontournable victoire de Guillaume le Conquérant à Hastings.
Concordes et différends se succèdent ensuite qui influencent également
la politique des grandes cours européennes de l’époque. La Guerre de
Cent Ans constitue ainsi le premier grand conflit ouvert entre les deux
peuples et celui qui reste sans doute le plus ancré aujourd’hui dans
la mémoire collective.
Les Ententes Cordiales datent, elles,
du XIXe siècle : il semble que le terme soit employé
pour la première fois le 31 mai 1831 en Angleterre4.
Les intérêts de la France et de l’Angleterre bien que souvent
divergents retrouvent ici un dynamisme identique. Des politiques
d’expansion coloniale opposées, principalement en Afrique et en Extrême-Orient,
les mènent, dans un même temps, à l’affrontement : l’épisode
de Fachoda en est une incomparable illustration.
Le XXe s’ouvre, lui, sur
l’Entente cordiale de 1904 qui débouche sur une politique de base
concertée : la reconnaissance des zones d’influence et donc,
entre autre, de la position spéciale de la Grande-Bretagne en Égypte
et celle de la France au Maroc5.
D’autre part, elle permet la constitution de la Triple Entente qui, en
1914, se dresse contre les ambitions de l’Allemagne. Les discussions
d’état-major qui ont alors lieu ne sont guère difficiles à mettre
en place : certaines se déroulent déjà secrètement depuis
plusieurs mois. Elles sont relatives à des "plans pour la défense
maritime britannique des côtes françaises de la Manche et de
l’Atlantique et pour une force expéditionnaire britannique dans le
nord de la France"6. Alliées
au cours de la Première Guerre mondiale, les armées travaillent
finalement peu en symbiose jusqu’à ce qu’apparaisse le spectre de
la défaite qui incite les chefs d’état-major à unir pleinement
leurs efforts pour abattre la puissance de feu allemande. En dépit de
différences de conception stratégique considérables - les
Britanniques pensent aux lignes maritimes de ravitaillement et les Français
à la guerre terrestre à l’Ouest -, des concessions successives
permettent la mise en place d’une véritable stratégie commune. La
menace allemande fait entrevoir une nouvelle réalité : la
puissance maritime du Royaume-Uni est complétée efficacement par la
puissance continentale de la France.
Les conférences de paix qui font suite
à la victoire des forces alliées sur l’Allemagne, voient de nouveau
les avis des négociateurs français et britanniques diverger sur bien
des points, notamment sur l’attitude à adopter envers le pays vaincu
de même que sur le tracé futur de la frontière entre la France et
l’Allemagne. L’idée d’un parallèle avec la période postérieure
à la Seconde Guerre mondiale peut dès lors surgir car les dispositions
à prendre envers cette même nation vaincue posent des problèmes très
proches.
Les années trente sont les témoins de
dissensions ou d’affinités soudaines, que ce soit en Syrie et au
Liban ou sur la question du pacte de Locarno. En revanche, il apparaît
clairement que la guerre d’Espagne opère un nouveau rapprochement
entre les deux pays qui conduisent alors une politique à peu près
similaire. Les autres nations s’effaçant quelque peu au cours de
cette période, c’est à la France et au Royaume-Uni que revient, en
outre, la responsabilité de maintenir les traités de paix par le biais
de la Société des Nations, dont nous connaissons les échecs
successifs.
La Seconde Guerre
mondiale marque, à l’échelle internationale, le début d’une ère
nouvelle qui mène à un accommodement plus conséquent des politiques
militaires de la France et du Royaume-Uni. En effet, en dehors de
quelques événements qui prouvent l’incompréhension susceptible de
se développer entre les deux pays et qui marquent les esprits plus que
les politiques - c’est le cas de l’épisode de Mers el-Kébir -, la
coopération s’améliore sensiblement. C’est tout d’abord
l’accord de mars 1940 en vertu duquel aucun des deux pays ne doit
conclure d’armistice ou de paix séparée. On assiste par la suite à
la surprenante proposition britannique, du 16 juin 1940, d’une Union
indissoluble destinée à remédier au fléchissement de la France.
L’objectif de ce projet de fusion est alors de redonner, aux
populations menacées, le courage de lutter. Certes, il manque de bases
suffisamment solides pour être appliqué, mais prouve la volonté du
gouvernement britannique d’aider la France à se relever.
Lorsque cette dernière signe
l’armistice avec l’Allemagne, contraignant ainsi l’Angleterre à
combattre seule l’ennemi pendant de longs mois, la politique d’aide
de Londres - qui ne concerne que la France Libre - est néanmoins
poursuivie sans faiblir jusqu’à la fin du conflit et ce en dépit des
tensions qui surgissent parfois. Donnons ici l’exemple des volontaires
français ainsi formés dans les écoles militaires britanniques et qui
sont ensuite renvoyés sur le terrain au terme de l’accord militaire
du 7 août 1940. La décision d’organiser une force volontaire française
composée d’unités navales, terrestres et aériennes va dans le même
sens7. Le gouvernement britannique met
également en place un comité interdépartemental de la Résistance
française à l’intérieur même du War Office. L’ampleur du désastre
amène cette commission plus avant sur la scène internationale
lorsqu’elle devient le comité de résistance alliée. Sa première tâche
est de stimuler la résistance française contre l’ennemi que ce soit
en "encourageant le mouvement des Français Libres du général
de Gaulle, ou par d’autres moyens"8.
Le nombre de ces hommes de l’ombre ainsi parachutés en France pour
continuer le combat et intégrer des réseaux de résistance témoigne,
s’il en est encore besoin, de cette volonté.
Si les relations du général de Gaulle
avec les instances britanniques sont parfois hasardeuses, il n’en
reste pas moins que Churchill fait toujours en sorte d’obtenir, de la
part de son gouvernement, le maximum pour son "homologue". La
reconnaissance du Comité Français de Libération Nationale contribue
à l’instauration d’une bonne entente entre les deux gouvernements.
De plus, elle aide la mise en place d’un accord financier et d’un
accord d’aide mutuelle dont les négociations aboutissent le 8 février
1944 et touchent principalement les pays du Levant. Ce dernier spécifie,
entre autre, que chacune des parties doit fournir à l’autre une
assistance militaire gratuite9. Force
est de constater, en dépit de ces accommodements, que la défaite de
1940, le conflit de souveraineté entre Vichy et la France Libre, à la
fois en Afrique et au Levant, les heurts avec les Américains en Afrique
du Nord, les visions d’avenir divergentes, bref que tous ces épisodes
contribuent grandement à la dislocation de l’unité de l’Empire et
à l’affaiblissement de l’image de la métropole française. Face à
cela, le Royaume-Uni parvient à conserver une meilleure harmonie, ne
serait-ce que parce que les Britanniques se retrouvent tous unis derrière
leur souverain.
Le débarquement allié en Normandie
fournit aux militaires français et britanniques l’occasion d’un
rapprochement plus étroit. Non seulement scelle-t-il ainsi une
meilleure entente entre eux, mais il marque également, de façon quasi
définitive, la mémoire collective. Les liens se renouent donc à cette
époque pour se renforcer souvent par la suite. Néanmoins, ainsi
qu’il apparaît dans le premier chapitre de cette étude, ce nouvel état
d’esprit est presque immédiatement entaché par la crise du Levant,
qui débute avant même la fin du conflit mondial.
Les premières définitions de la
politique d’après-guerre datent de l’année 1944, époque à
laquelle il apparaît de façon presque certaine que la victoire est
accessible aux Alliés. Déjà les États-Unis se définissent comme une
nation incontournable non seulement dans la perspective d’une nouvelle
donne mondiale, mais également pour le règlement du conflit. Alors
qu’à la fin de la Première Guerre mondiale, ils avaient choisi de se
retirer de la scène internationale, il est dès lors très clair
qu’ils ne peuvent plus désormais s’en tenir à la même attitude.
Leur implication dans la guerre, principalement en Extrême-Orient, en
est la preuve indéniable.
Il est intéressant de noter qu’en
1944, le Royaume-Uni pense fermement reprendre, dans le monde, la place
qu’il tenait avant-guerre. Il sait que, seul, son poids est faible
face aux États-Unis et à l’URSS, et que son unique planche de salut
repose sur une relation étroite avec le continent européen. Il estime
alors possible le maintien de sa totale souveraineté par rapport aux États-Unis,
tout en étant conscient de sa faiblesse présente qu’il croit passagère.
Le Commonwealth a, dans cette optique, un rôle primordial, car il peut
être le moteur de sa complète renaissance. La nécessité essentielle
est d’assurer la sécurité du pays contre toute forme d’agression
afin que ne se renouvelle jamais la triste expérience de la fin des années
trente.
Le rôle de la France apparaît alors
comme une question épineuse, car, s’il est clair qu’elle est un élément
majeur du système de défense britannique, il est également évident
que le temps n’est pas encore venu pour elle de retrouver son rang
parmi les grandes nations. Le jeu démographique normal est brisé,
l’activité économique désorganisée et ralentie, le vieillissement
de l’équipement et les déficits en produits de base conséquents.
Quant à son armée, elle est en pleine régénération, mais, encore
fragile, elle n’est certainement pas en état de participer activement
à la défense du continent. Sur le plan matériel, cette armée
n’existe finalement que grâce aux armements que lui fournissent le
Royaume-Uni et les États-Unis. Elle ne peut, par là-même, espérer
recouvrer immédiatement son prestige d’antan. C’est donc maintenant
que le Royaume-Uni devrait se montrer prêt à l’aider afin qu’elle
soit, le plus rapidement possible, en mesure de participer à la défense
du continent. Il s’agirait également, aux yeux du gouvernement
britannique, d’intégrer l’Europe occidentale dans un système de défense
commun conduit par le Royaume-Uni. Ce dernier espère ainsi se poser en
chef de file européen afin d’assurer ses avants. En revanche, dès
cette époque, et en dépit de ce que nous venons de préciser, Londres
spécifie bien qu’il n’est pour autant pas question, pour elle, de
se passer de l’appui américain10.
Face à ces principes, la position de
la France est quelque peu différente. Elle pense avant tout à assurer
sa sécurité face à l’Allemagne dont elle a connu trois fois
l’agression11. En même temps, il
s’agit pour elle de retrouver son rang au sein des nations
dirigeantes, et ce le plus rapidement possible. Si le pouvoir du général
de Gaulle paraît stable et assuré, il se heurte néanmoins à une série
d’obstacles et se trouve très vite confronté à une certaine
opposition. Les populations sont, en effet, déstabilisées par les
destructions qui s’étendent de la steppe russe aux villes
britanniques.
Depuis le début du XXe siècle,
il apparaît que la France et le Royaume-Uni sont les piliers de la défense
européenne et de la résistance aux défis majeurs menaçant la liberté
et la sécurité de leurs territoires et de leurs ressources. Dans cette
perspective, la fin des années quarante, si elle est décisive, reste
riche en occasions manquées. À la Libération, tout rassemble les deux
peuples, aussi bien leur idéal de démocratie que leur volonté de
puissance face à l’omnipotence émergente des États-Unis et de
l’URSS. La présence de Churchill et de Gaulle sur les Champs Élysées,
le 11 novembre 1944, était la preuve d’une certaine euphorie, mais
cette dernière est vite dépassée par les événements du Levant et
les divergences sur la question allemande. Qui aurait alors pu imaginer
qu’après quatre ans d’efforts communs, la France et le Royaume-Uni
ne parviendraient pas à s’entendre ? N’ont-ils toujours pas su
tirer les leçons du passé ou bien les données internationales
ont-elles trop évolué pour que les enseignements ne servent ?
Toujours est-il que le départ du général de Gaulle marque à lui seul
une amélioration très nette des relations que confirment les traités
de Dunkerque, de Bruxelles - bien qu’ils se perdent ensuite dans les méandres
des structures plus approfondies de type OTAN - puis de l’OECE en 1948
et la création du Conseil de l’Europe en 1949. De même, les conférences
de Nairobi et de Dakar, le règlement de la crise de Suez s’inscrivent
dans cette potentialité, alors que les désaccords successifs à la
fois sur la CED, le Moyen-Orient, l’Algérie, les questions économiques
et l’omniprésence américaine ralentissent le processus d’entente.
Bien que nous étudiions des relations bilatérales, il est donc clair
que des points aussi différents que, par exemple, les relations avec
les États-Unis doivent être abordés. En effet, l’ombre de ces
derniers plane autant sur la réorganisation de l’Europe que la menace
soviétique sur les plans de défense stratégique.
Ce bref résumé fait apparaître l’état
d’esprit dans lequel se trouvent les gouvernements français et
britannique au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Oublier le poids du
passé relève de l’utopie. Tout au long de l’étude des années
d’après-guerre, il est intéressant de noter qu’il revient sans
cesse dans un grand nombre de rapports et que les allusions y sont fréquentes.
Il est le point de référence dont les dirigeants semblent souvent
avoir oublié de tirer des enseignements positifs puisque la confiance
s’émousse et que la volonté s’effrite plus que jamais.
- PROBLÉMATIQUE
Après consultation de plus de huit
cents cartons d’archives, dont environ un quart seulement en France,
le corpus de notre travail pouvait être défini. Un plan chronologique
eut certes pu être choisi, il s’imposait d’ailleurs au premier
abord. Une progression par théâtre d’opérations nous parut plus
judicieuse et mieux adaptée à une étude des relations dont le but
n’était pas la comparaison. Elle permet de comprendre les diverses
influences qui régissent, durant toutes ces années, le théâtre européen.
Ce dernier ne peut être saisi dans son ensemble que par sa relation à
l’outre-mer et aux deux Grands. Les relations bilatérales ne sont
alors compréhensibles que dans un cadre multilatéral que nécessite
cette ère multinationale par excellence qu’est ce temps de Guerre
froide.
Des caractères humains très différents
régissent la vie politique, économique et militaire des deux pays,
faisant vivre ainsi, à l’échelle des États, les exigences, les
sensibilités et les ambitions des deux peuples. Compte-tenu de leurs
particularismes initiaux, les réactions sont parfois divergentes et les
traditions des peuples conduisent la France et le Royaume-Uni à agir
différemment selon les pays où ils se doivent de travailler de
concert.
À la clef de cette recherche devrait
apparaître, pour la période qui nous intéresse et dans la logique de
la volonté de rapprochement de l’après-guerre, un désir renouvelé
de coopération entre les deux pays. Dans cette perspective, une démarche
purement comparative aurait limité notre développement, bien que les
facteurs soient ici assez nombreux, puisque nous nous trouvons en face
de deux nations moyennes, aux statuts relativement comparables, possédant
une volonté identique de continuer à jouer un rôle sur le théâtre
international. Toujours est-il que les décisions des États-Unis, comme
elles l’ont été au cours de la gestion des crises lors des deux
guerres mondiales, sont primordiales dans les liaisons et contacts
militaires des deux pays que nous étudions et doivent, par conséquent,
être clairement identifiées. Elle déterminent encore aujourd’hui la
politique préconisée par les gouvernements de Londres et Paris. Enfin,
l’évolution du contexte international, en multipliant le nombre des
interlocuteurs, engage les deux nations dans un réseau de relations des
plus complexes : les collaborations s’accroissent et se
diversifient. La politique des deux capitales se fonde ainsi fréquemment
sur de fausses interprétations ou sur des études inachevées ou
incomplètes imposant des avis souvent tendancieux.
Dans le jeu des relations Est-Ouest,
des années de l’immédiat après-guerre, le Royaume-Uni est plus
actif, tandis que la France ne se dynamise vraiment qu’avec le retour
au pouvoir du général de Gaulle en 1958. Les alliances au sein de
l’Europe ne sont plus dictées par les mêmes besoins ni par les mêmes
choix politiques. Là encore, se retrouve un intermédiaire qui, quand
il n’est pas un obstacle, peut devenir un partenaire de choix :
l’Allemagne. Ne penser qu’à une réconciliation de la France avec
cette dernière, parce que le Royaume-Uni est exclu de cette éventualité
sous prétexte qu’elle paraît irréalisable, serait omettre un
certain nombre de facteurs. Même si, aux yeux des observateurs de la
fin des années cinquante, elle ne peut toujours être clairement
envisagée, elle entre dans l’ère du concevable. Avant cela, il ne
faut pas oublier que l’immédiat après-guerre a vu, entre la France
et le Royaume-Uni, un rapprochement sans lequel les réalisations
futures n’auraient, par la suite, pu être menées à bien. Notre étude
s’inscrit dans cette logique puisqu’il est à noter que la coopération
militaire franco-allemande a fait l’objet de plusieurs études, à la
différence de celle qui nous concerne aujourd’hui. Il faut peut être
y voir les conséquences de la politique gaullienne des années soixante
et ses implications actuelles.
Fonder une étude militaire sur ces
seules données serait une erreur : ce serait négliger les grands
travaux de collaboration réalisés outre-mer et au sein de certaines
grandes organisations internationales et dont l’initiative fut souvent
bilatérale. Le domaine colonial prend là toute sa dimension : la
volonté des deux nations de retrouver leur prestige d’avant-guerre
galvanise les esprits. Chacun se sent concerné par les problèmes
auxquels l’autre doit faire face hors métropole, soit parce qu’il y
est lui-même déjà confronté, soit parce qu’il peut s’agir
d’une éventualité à envisager. Chaque action peut avoir une
incidence sur d’autres colonies, faire naître de nouvelles
revendications - la guerre l’a bien montré - ou déclencher des émeutes.
Conscientes de la gravité de ces nouveaux objectifs, Paris et Londres
tentent donc de conjuguer leurs efforts afin d’atteindre leurs
objectifs et en particulier de retrouver leur gloire d’antan.
Enfin, devant l’abondance des
ouvrages concernant l’Europe, il nous a paru judicieux de traiter les
questions extra-européennes, souvent délaissées. Cela explique
qu’elles représentent les deux tiers de notre thèse. De plus, elles
donnent une image plus globale du fonctionnement des relations
militaires entre la France et le Royaume-Uni, en définissant mieux les
interconnections. Il faut donc, à présent, lire cette étude en tenant
compte de chaque événement, de chaque décision puisqu’ils ont des répercussions
sur tous les autres faits.
Lorsqu’il s’agit ensuite de définir
l’orientation de notre travail, notre intention première fut
d’opter pour une approche plutôt théorique des faits, mais
l’absence de documents concernant les doctrines stratégiques, opérationnelles
et tactiques nous obligea à nous orienter vers un domaine plus
technique où les ventes d’armement voisinent avec l’aménagement
des territoires d’outre-mer. Dans cette perspective, l’étude des
seules théories rédigées par Liddell Hart ou Brodie, André Beaufre
ou Raymond Aron ne suffisait donc pas. De plus, on a déjà beaucoup écrit
à ce sujet et ces théories ont souvent été étudiées, entre autre
dans un ouvrage remarquable, parce que très complet, de Peter Paret
consacré aux Makers of Modern Strategy.
Souvent examinée, la période de la
Seconde Guerre mondiale, bien que permettant d’expliquer les relations
de l’immédiat après-guerre entre la France et le Royaume-Uni, ne
fournit pas suffisamment d’explications pour les années suivantes. Néanmoins,
et cela est un fait certain, les répercussions de ce conflit mondial
sont multiples qu’il s’agisse des événements du Levant, de ceux de
la guerre d’Indochine, du démantèlement des bases allemandes en
France ou encore de la reconstruction de l’armée française. À
l’heure où l’unité entre les deux nations paraît de mise,
particulièrement au sein des grands organismes européens, il nous
semble nécessaire d’apporter quelques éclaircissements sur le passé
afin de mieux cerner les difficultés des approches présentes. Alors
qu’aujourd’hui les stratégies, et les moyens, sont souvent très
proches, ce sont les politiques qui diffèrent, empêchant d’apporter
une solution à des questions pourtant brûlantes. Si le danger s’est
aujourd’hui déplacé, les relations entre les deux pays n’en
doivent être que plus sûres. La dilution de cette menace, sa
multiplication même obligent Paris et Londres à travailler de concert
pour obtenir des résultats probants. Les leçons du passé ne
devraient-elles pas être exploitées ? Les raisons qui ont empêché
des accords au cours des décennies antérieures doivent être éclaircies
afin que soient levés certains obstacles du même type, toujours présents.
Si elle a poussé les deux pays à prendre des décisions divergentes
quant à leur politique extérieure, la crise de Suez leur a, par
exemple, également permis de se rendre compte qu’elles pouvaient tout
à fait travailler ensemble et avoir d’excellents rapports à tous les
niveaux. Une étude de ce type pourrait ainsi représenter la base
d’une réflexion efficiente sur le bien fondé de telles relations,
voire sur un modèle futur de collaboration.
D’un point de vue plus politique, ce
thème possède une certaine singularité. Les années étudiées s’avèrent
être, en quelque sorte, des années charnières pour les deux nations.
Au sein de ce système, l’année 1945 marque le début d’une
nouvelle ère : celle de la reconstruction des économies comme des
alliances, en dépit de l’illusion de la "Grande Alliance"
à la clef de la construction de l’ONU, fruit de la coopération des
Alliés entre 1941 et 1945. C’est, en France, la difficile transition
entre la Troisième et la Cinquième République et la fin de l’empire
colonial. Au Royaume-Uni, la modification des statuts de cet empire et
la définition d’une stratégie fondée, entre autre, sur la
collaboration avec les Etats-Unis, sont les maîtres-mots de cette période.
Tous ces changements, en particulier en France, créent une sorte
d’instabilité qui rend délicate la conduite des relations extérieures.
Si nous avons donné tant d’importance aux relations militaires entre
les deux pays au sein de leur empire colonial, c’est que là réside
leur chance de trouver un terrain d’entente permettant, éventuellement,
de se retrouver au diapason sur des questions européennes.
1962, pour le Royaume-Uni, voit
l’apparition d’un mode d’alliance différent : il renforce
ses relations avec les États-Unis, après une période difficile due à
la crise de Suez - ce sont les accords de Nassau -, tandis que la France
se tourne vers son ennemi d’hier, l’Allemagne. Outre-Manche, cela
correspond également à un essoufflement du parti des conservateurs,
alors que, pour la France, cette date butoir présente un intérêt indéniable
avec la signature des accords d’Évian, mettant un terme à la guerre
d’Algérie, et l’installation véritable de la Cinquième République.
- MÉTHODOLOGIES,
SOURCES ET DIFFICULTÉS
Une première approche des archives, nous
avait montré l’étendue du travail à effectuer au Public Record Office
de Londres, axe central de notre recherche. Partis des documents du Foreign
Office, pourtant très nombreux, il nous apparut rapidement nécessaire
d’examiner des dossiers aussi variés que ceux du Colonial Office, du War
Office ou du Treasury et de l’Aviation. Très vite aussi, le champ des
investigations devint de ce fait trop étendu. Une recentralisation des
recherches devait être effectuée afin de ne pas tomber dans des excès de
détails. Là encore, et cela est principalement visible dans la troisième
partie - comportant des chapitres plus techniques -, la question du choix
s’est posée. Les difficultés d’accès aux documents du Service
Historique de la Marine, par exemple, nous obligèrent à privilégier le
domaine de l’aviation sur celui de la marine. La décision de poursuivre
ainsi dans la voie choisie fut prise lorsqu’il fut clair que les documents
britanniques se suffisaient à eux mêmes dans bien des domaines et que peu
de compléments pourraient être apportés par les archives françaises.
Le plan thématique, bien qu’il rende les
chapitres relativement indépendants les uns des autres, permet de voir
toutes les régions du globe où sont impliqués la France et le Royaume-Uni
et d’aborder des questions aussi diverses que la fourniture de matériels
militaires et le tracé de routes d’importance stratégique en Afrique. De
toutes les questions abordées dans cette thèse, celle de l’Extrême et
du Moyen-Orient fut certainement parmi les plus complexes à traiter. En
effet, il faut noter les difficultés nées de la fermeture des archives du
Service Historique de la Marine. Heureusement, celles dont disposent le
Public Record Office sont là encore suffisamment abondantes pour remédier
à certains de ces manques.
L’Afrique, quant à elle, est une
question nouvelle par excellence, puisque rien, en France, n’a été écrit
sur ce sujet. Chez les Anglo-américains, seuls quelques articles,
d’importance toute relative quant à la sécurité, peuvent être cités.
Les biographies et autobiographies se
contentant souvent de décrire l’atmosphère de l’époque, certes nécessaire,
au lieu de donner des détails précis sur les décisions prises, n’ont guère
été utilisées ici. Rédigées longtemps après les faits, elles nécessitent,
en outre, une consultation très objective et critique, parfois assez
difficile à mener compte tenu de la diversité des postes occupés. Enfin,
il est regrettable que les documents personnels des officiers supérieurs
britanniques et français de l’époque soient toujours inaccessibles. Ils
auraient permis de mieux connaître leurs impressions, particulièrement après
des stages effectués dans des écoles du pays d’accueil ou à la suite
d’exercices effectués en commun. Il est à déplorer, pour finir, que les
archives de Churchill ne soient ouvertes que sur la période de la Seconde
Guerre mondiale, la période postérieure étant toujours fermée et non
soumise à dérogation.
L’absence de témoignages recueillis auprès
des anciens protagonistes de l’époque est délibérée. Après plusieurs
tentatives infructueuses, inhérente certes au travail de recherche,
l’auteur dut renoncer à les rencontrer. Que les trop rares acteurs qui
ont accepté de répondre à nos questionnaires soient néanmoins ici
remerciés.
La proximité des événements de la période
actuelle constitue une difficulté supplémentaire, celle de la prise de
recul. Vivant encore les conséquences des politiques de ces années là, la
perspective historique est délicate à atteindre. Enfin, la multiplication
des publications sur les événements de cette période, rend difficile la
mise à jour constante des publications.
________
Notes:
1
"Cette pierre précieuse
enchâssée dans une mer d’argent", Shakespeare, Richard II,
acte II, scène 1.
2
Serge Bernier, Relations
politiques franco-britanniques (1947-1958), étude du comportement
d’une alliance, Ottawa, Naaman de Sherbrooke, 1984.
3
Françoise de la Serre,
Jacques Leruez et Helen Wallace, Les Politiques étrangères de la France
et de la Grande-Bretagne depuis 1945, France, Presses de la Fondation
Nationale de Sciences Politiques et Berg, 1990.
4
SHAT, 10 T 326, D.1. Les
relations franco-britanniques.
5
C’est pour cette raison
que la Grande-Bretagne accorde son soutien à la France lors de la conférence
d’Algésiras de 1906 et lors du coup d’Agadir en 1911.
6
PRO, FO 371/67 762, Z
2545, 11 mars 1947. Les relations franco-britanniques (1900-1947).
7
PRO, FO 371/49 068,
Z6544/13/17, 17 mai 1945. Les relations anglo-françaises depuis
l’armistice franco-allemand de juin 1940.
8
Ibid.
9
Ibid.
10
PRO, CAB 122/1559, 1944.
De John W. Wheeler-Bennett.
11
A.E., Série Europe,
sous-série Grande-Bretagne, vol. 37, 15 février 1947. L’Angleterre
et la France.
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