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LA RENAISSANCE DE LA PUISSANCE AÉRIENNE STRATÉGIQUE

Edward LUTTWAK

 

Annexe


Notes particulières relatives au plan des offensives aériennes stratégiques

 

Définir le(s) but(s)

1.    En théorie, la National Command Authority (ou NCA , c’est-à-dire l’autorité nationale qui commande, par exemple le pouvoir politique), définit le(s) but(s) de l’offensive  aérienne stratégique, comme de toute opération militaire.

En pratique, la NCA  évitera normalement toute définition complète et précise des buts. Étant donné les risques suprêmes nationaux, politiques et personnels que représente le lancement d’une offensive  aérienne, laquelle pourrait déclencher une guerre, l’ambiguïté est un refuge trop utile pour que l’autorité y renonce délibérément.

2.                 L’ambiguïté présente plusieurs avantages pour la NCA .

L’un d’entre eux est d’éviter de définir un objectif de réussite trop précis ; avec des résultats toujours incertains face à un ennemi qui réagit, il est prudent d’anticiper des critiques après les faits. Un autre est de laisser de la place pour des buts variés dans une guerre de coalition : accepter de combattre l’ennemi ne nécessite pas un consensus sur l’étendue de sa défaite.

Un autre encore est d’éviter des questions sensibles, en par­ticulier la désignation de leaders nationaux comme cibles ou les dommages infligés aux populations civiles[1].

3.    Il y a donc un conflit d’intérêt inévitable entre les diri­geants qui conduisent les conflits et les planificateurs des opéra­tions de ces conflits : les uns cherchent la sécurité de l’ambiguïté, et les autres ont besoin de buts suffisamment précis pour établir les priorités sur leurs listes de cibles.

Il n’est pas non plus efficace pour les planificateurs des opérations de demander à leurs supérieurs politiques d’être plus précis qu’ils ne veulent se risquer à l’être. Même les politiciens qui ne pratiquent pas la langue de bois sont capables de faire suivre très rapidement toute définition de buts par une nouvelle définition qui n’est pas tout à fait identique.

4.                 Ainsi, le premier pas dans la planification  de l’offensive  aérienne est de synthétiser une définition praticable des buts de l’autorité nationale à partir des mots exprimés dans les direc­tives internes en cours, des différents énoncés de politiques, et même des gestes et des indices venant du président.

En pratique, les planificateurs des opérations doivent se transformer en analystes politiques, évaluer les personnalités, les styles linguistiques, les espoirs présumés et les craintes pré­sumées, afin de différencier finalement les buts affichés et les buts réels.

5.    Si on leur en laisse le temps, les planificateurs des opéra­tions peuvent renouveler leur cheminement vers des buts à la fois politiquement acceptables et suffisamment précis : avant d’en travailler les détails, ils peuvent formuler un plan général qui incorpore les buts choisis et le présenter pour approbation - et ensuite le changer et essayer de nouveau si l’approbation est refusée. Même en utilisant cette méthode, il se peut que l’autorité nationale ne réagisse qu’avec de vagues objections (“trop ambitieux”, “trop étroit”, etc.) pour éviter les périls de la précision . En fin de compte, les planificateurs des opérations sont susceptibles de se retrouver avec la responsabilité des buts appa­raissant dans leur planification , ce qui est peut-être exactement ce que l’autorité nationale avait l’intention d’obtenir.

6.                 Bien sûr, l’ennemi doit être vaincu - mais quel ennemi ? Il y en a tant :

a)        le dirigeant - une personne ;

b)    le régime - les subordonnés principaux du chef, un groupe d’autre personnes ;

c)    les infrastructures de contrôle du gouvernement ou du parti au pouvoir (bâtiments, communications) ;

d)    les parties hostiles des forces armées, c’est-à-dire des forces avançant ou les forces d’occupation ;

e)                 l’ensemble des forces armées (bases, dépôts, infrastruc­tures de soutien des opérations, et unités) ;

f)     les parties hostiles des infrastructures militaro-indus­trielles (comme les armes NBC) ;

g)      les infrastructures militaro-industrielles dans leur en­semble (usines de production et de recherche et développement) ;

h)    le complexe militaire dans son ensemble (e + g + installa­tions de QG et de C3I ) ;

i)     les composantes de sécurité intérieure des structures de l’état ;

j)                 l’ensemble des structures de sécurité de l’état (h + i + c) ;

l)     les parties hostiles des infrastructures économiques et civiles[2] ;

m)   les parties hostiles des industries civiles (comme les raffi­neries de pétrole ou les usines d’assemblage de camions) ;

n)                 l’ensemble des industries et des infrastructures écono­miques civiles ;

o)    le niveau de vie de la population civile (à travers les services publics) ;

p)    la population civile en tant que telle.

7.    De toutes les cibles ci-dessus, les planificateurs de l’offen­sive  aérienne peuvent immédiatement en exclure trois, le diri­geant et le “régime”, parce que ce sont des cibles trop instables pour être vulnérables à des attaques aériennes délibérées, sans contraintes particulières (voir la note complémentaire en 12 ci-dessous), et la population civile dans son ensemble.

8.                 Pour synthétiser une définition acceptable des buts de la NCA , les planificateurs doivent donc construire leur propre ennemi composite, en sélectionnant une combinaison des cibles citées plus haut. La liste de base des catégories de cibles choisies avec laquelle le processus de planification  (de choix des priorités) commence est cet ennemi composite issu de leur propre conception.

9.    Dès le commencement de la séquence de choix de la cible (classement par catégories prioritaires, par types), les cibles matérielles “définitives” et celles psychologiques “évocatrices” doivent être distinguées très rigoureusement. Les cibles défini­tives sont les structures (autoroutes, abris bétonnés, bâtiments, etc.) ou des entités opérationnelles (unique char de bataille, central téléphonique, réseau de veille radars, etc.). Une paralysie  physique conduit intrinsèquement à l’effet attendu, si bien que si l’attaque  est techniquement réussie, elle est considérée comme un succès.

D’un autre côté, des cibles “évocatrices” sont immatérielles, comme la démoralisation en vue de produire la passivité, la dé­sertion ou même la révolte active ; ces réactions désirées doivent être suscitées dans les esprits d’autres personnes et ne peuvent être fondamentalement créées par des destructions ou des para­lysies. Les réactions de personnes étrangères à une quelconque action sont toujours moins que prévisibles (même si il y a peu de différence culturelle) ; le succès technique de l’attaque  ne la rend pas systématiquement réussie : X chars peuvent être détruits, mais le régiment de chars ne sera pas démoralisé ; le bombar­dement  pourrait être très dur sans induire de désertion dans les forces de première ligne ; toute attaque pourrait révéler une haine énergique plutôt que de la passivité ; et la destruction du palais pourrait susciter plus de sympathie populaire envers le dirigeant que de mépris et de révolte.

10.                   Deux remarques peuvent être faites à ce stade :

a)    le bombardement  de cibles “évocatrices” est potentielle­ment beaucoup plus rentable financièrement et proportion­nellement moins fiable ;

b)    les bombes ne sont pas des armes expressives.

L’attaque  de cibles “évocatrices” est probablement peu effi­cace[3] - et peut très facilement être contre-productive - si elle n’est pas synchronisée avec des messages cohérents (guerre psycholo­gique ) vers la population concernée, pour expliquer ce qui est fait et expliquer quelle réactions sont espérées.

Même avec de tels messages, l’attaque  de cibles “évocatrices” peut échouer pour n’importe qu’elle raison (souvent simplement parce que la répression est plus redoutée que l’attaque à distance).

Mais, sans messages cohérents, l’attaque  de cibles “évoca­trices” échouera indubitablement.

11.    Il existe des exemples de bombardements sur des cibles “évocatrices” coordonnés avec des messages politiques[4], et leurs résultats furent très économiques. Dans ce cas particulier, il n’est pas évident qu’un média de qualité ou des messages soigneu­sement élaborés (objet des récents efforts et dépenses américai­nes) soient nécessaires : des exemples de succès passés montrent l’efficacité de transmissions par radio  d’informations simples et d’instructions claires - mais coordonnées avec le bombardement [5].

Dans tous les cas, si les planificateurs de la campagne aérienne  découvrent qu’on leur refuse les messages cohérents qui leurs sont nécessaires, les cibles “évocatrices” seront abandon­nées sur le champ (lors de la guerre du Golfe  de 1991, les efforts psychologiques stratégiques ont été tardifs et marginaux, par suite d’une indécision politique).

12. Note complémentaire sur la désignation de cibles instables et à faible contraste.

Compte tenu de l’urgence actuelle à étendre le domaine de la puissance offensive  aérienne en y incluant les cibles peu stables[6] à bas contraste, parmi tous les remèdes possibles - même peu orthodoxes -, on pourrait aussi étudier plus complètement les problèmes d’acquisition de cible. Il s’agira par exemple :

a)    des interceptions en temps quasi réel des téléphones cellulaires, avec identification de la voix, qui pourraient doréna­vant permettre la désignation de groupes d’individus comme objectifs, en utilisant des récepteurs largués d’avion ou placés sur des emplacements connus (pour permettre une radiogonio­métrie) ;

ou, beaucoup plus généralement :

b)    de la désignation par des troupes terrestres clandestins, avec des armes de précision  larguées d’avion.

À ce jour, cependant, le gouvernement américain ne possède pas de capacité de ce type. En ce qui concerne les capacités clan­destines (c’est-à-dire cachées dans la nature, ou militaires), la politique militaire américaine préfère conserver de fortes et coûteuses forces spéciales, sans les employer plus intensivement que les forces classiques[7] (comme l’a montré la politique CENT­COMM lors de “Bouclier du désert ”). De plus, la désignation depuis le sol de cibles pour une attaque  aérienne est uniquement une mission secondaire des unités des forces spéciales, qui sont encadrées, entraînées et équipées pour accomplir beaucoup plus que pour observer sans être observées[8] ; leur seule signature présente un risque à l’intérieur du territoire ennemi. En partique, seules des unités spécialisées sont capables de remplir cette mission.

Dans le passé, l’US Air Force  (et avant elle l’USAAF) ne se gênait pas pour innover, et mettait en œuvre avec brio des méthodes très peu orthodoxes pour répondre aux besoins nou­veaux et urgents (comme par exemple la création du “Project Rand”, pour obtenir le contrôle des forces de missiles au sol affectées à la stratégie nucléaire , à une époque où ce contrôle était disputé). Désormais, c’est le besoin urgent d’élargir l’appli­cation de la puissance aérienne  offensive  qui réclame les remèdes non orthodoxes pour mettre en place des unités terrestres spéciales[9].

La formulation de théories de paralysie

1.    Le plan d’une offensive  stratégique aérienne se réduit à une pyramide complète de théories. Au sommet, il y a la théorie maîtresse, qui affirme que l’ennemi désigné sera vaincu si des entités organisationnelles de large échelle (par exemple, le service de sécurité du régime, une armée) sont empêchées d’exécuter leur fonction (répression des émeutes, avancée dans la profondeur , etc.).

Puis, une théorie spécifique est nécessaire pour chaque type d’organisation, prévoyant qu’elles seront paralysées lorsque leurs unités subordonnées seront gênées par des attaques réussies contre leurs centres dynamiques  (les centres de commu­nications spécifiques, les réservoirs de carburant du régiment, etc.).

2.                 Seuls les centres dynamiques  (c’est-à-dire fonctionnel­lement pertinents) sont suffisamment spécifiques pour constituer des cibles, et seules les entités opérationnelles sont assez subs­tantielles pour permettre l’identification des centres dynamiques.

Mais le processus de planification  doit commencer dès le haut de la pyramide, car il faut :

tout d’abord, définir l’ennemi composite à partir de tous les éléments possibles ;

deuxièmement, déterminer les priorités entre les entités à grande échelle ; et, enfin,

troisièmement, hiérarchiser les entités entre elles ; alors seulement la sélection des centres dynamiques  peut débuter.

3.    La séquence ci-dessus signifie dans le même temps que - et c’est malheureusement le cas - la connaissance intellectuelle (c’est-à-dire la manière dont les décisions politiques sont prises dans une culture donnée) domine la connaissance technique (c’est-à-dire comment une électrode de centrale nucléaire  fonc­tionne) dans tout le processus de planification  ; ainsi, le but visé requiert une réaction bien particulière de l’ennemi, et ne peut pas être simplement réduit à une paralysie .

4.    En théorie, les planificateurs de la bataille aérienne of­fensive  peuvent s’appuyer sur le renseignement  politique fourni par la communauté du renseignement, peut-être complété par des experts professionnels et universitaires. Malheureusement, même s’ils connaissent bien la culture, les politiques, les organi­sations, de tels experts ne peuvent prédire avec efficacité quelles seront les réactions à une attaque  de précision  aérienne (une forme de destruction tout aussi dévastatrice que concentrée).

L’intervalle entre la connaissance en général et la connais­sance nécessaire pour une offensive  aérienne est tel que les planificateurs devraient être prêts à ne s’appuyer que sur leurs études de l’ennemi ; c’est pourquoi ils doivent être sélectionnés sérieusement.

5.                 Mais les ennemis sont toujours mal compris, sans doute parce que la connaissance de l’ennemi induit une barrière sur la communauté et donc une difficulté à sa compréhension.

Le danger permanent de la planification  des opérations aériennes offensives, au cours desquelles les mauvaises cibles sont attaquées avec une grande précision [10], ne peut être réduit que dans la mesure où la paralysie  physique de l’ennemi est suffisante pour atteindre le but de l’offensive .

6.    Si cela est autorisé, les planificateurs peuvent procéder à un classement par priorité entre et au sein des entités organi­sationnelles que sont les sources de puissance ennemies et celles qui constituent ses forces armées, en laissant de côté toutes les cibles intangibles (c’est-à-dire le soutien politique, la cohésion militaire) et les cibles psychologiques (voir 9 ci-dessous). Dans toute les organisations conventionnelles, les planificateurs peu­vent se concentrer sur :

a)      les organismes de production, de stockage et de distribu­tion que constitue le système logistique en tant qu’infrastructure de soutien civil ;

b)    les organisations administratives, de commandement et de communication, tant pour des besoins militaires que civils ;

c)    les unités des forces armées et les infrastructures de soutien.

7.                 L’identification des entités opérationnelles et des infra­structures fixes que constituent les besoins ci-dessus demande une connaissance “matérielle”, dont la majeure partie pourrait ou devrait être facilement obtenue grâce au renseignement  clas­sique et culturellement neutre, à partir des sources et des méthodes ouvertes.

8.                 D’un autre côté, le renseignement  nécessaire pour l’étape finale d’identification et de localisation des centres dynamiques  est un problème beaucoup plus difficile. Une telle connaissance (celle culturellement neutre) est encore possible mais évasive, et peut être vulnérable à la manipulation ennemie, aux dissimu­lations et aux mesures de déception. De plus, le processus à long terme d’amélioration de la précision  dans la communauté du renseignement (“près de Bagdad”,  “après le kilomètre 131”) con­jugué à la plus grande précision des meilleures armes aujour­d’hui disponibles a tout juste commencé.

Différentiation entre sources et forces

1.    Ce qui est exposé ci-dessus s’applique de manière iden­tique tant aux sources de force qu’aux forces armées qu’elles soutiennent, par opposition aux objectifs intangibles que sont le moral ou la cohésion par exemple.

Les “sources” comme les forces sont constituées par des objectifs définitifs, fondamentalement vulnérables à l’attaque . Mais la nature de leur vulnérabilité est assez différente, et ce de manière significative en ce qui concerne la planification  de l’offensive  aérienne.

2.                 Excepté certaines installations militaires, la plupart des structures physiques et des entités fonctionnelles qui contiennent de manière variée les sources de force, tels que les quartiers généraux, les centres de télécommunication, les usines, les entre­pôts, les centrales électriques, les ponts, etc., sont naturellement fragiles, simplement parce qu’elles sont noyées dans la société civile et ont par là même un caractère civil. Elles ne peuvent être normalement ni facilement protégées comme peuvent l’être des forces déployées du fait de leurs capacités de dispersion, de mobilité, de camouflage et de fortification.

3.    De plus, les objectifs associés aux sources de force recè­lent une valeur intrinsèque beaucoup plus grande que ceux associés aux forces armées réparties sur le théâtre du conflit (jusqu’à ce que soit précisée la valeur de l’infanterie déployée sur des positions défensives). Le degré de concentration de valeur est bien sûr hautement significatif pour l’ensemble de l’économie d’une attaque  aérienne. En effet, cette dernière ne peut entrer en concurrence avec la capacité des forces terrestres à contrôler dans la durée de vastes zones.

4.    Par dessus tout, les objectifs associés aux sources de force sont beaucoup plus communément immobiles, et ceci représente un triple avantage :

a)                 pour sélectionner les objectifs, lors de la planification ,

b)                   pour l’exécution effective de l’attaque ,

c)                   pour l’évaluation de l’efficacité de l’attaque .

5.                 Alertées par avance d’une attaque  aérienne, les entités fonctionnelles, à l’exception des structures associées aux sources de force, peuvent aussi être dispersées. Cependant, la dispersion, si elle est réalisable, conduit invariablement à une perte d’effica­cité qui peut être drastique. Souvent, cette perte d’efficacité à elle seule assure la rentabilité d’une attaque aérienne.

De plus, dans le cas d’installations de décision, la dis­persion accroît le besoin en intercommunication, réduisant ainsi une vulnérabilité mais accroissant une autre. De même, la disper­sion de la production accroît le besoin en moyens de transport destinés à acheminer les composants et les sous-ensembles, ré­duisant là encore une vulnérabilité pour en accroître une autre.

Plus communément, les entités fonctionnelles associées aux sources de force ne peuvent pas être désagrégées dans un but de dispersion. Il est vrai que des centrales électriques, des raffine­ries, des usines chimiques et même des chemins de fer  ont été, par le passé, désagrégés avec succès. Cependant, cela n’a été fait que dans le contexte de conflits s’étendant sur des années et non sur quelques mois.

D’autre part, des entités fonctionnelles telles que des raffi­neries ou des chemins de fer  ne peuvent être camouflées ou forti­fiées qu’au prix d’efforts exceptionnels (comme ceux entrepris par le passé en Suisse , en Suède  et en Israël ).

6.                 Historiquement, l’impossibilité générale de protéger les entités fonctionnelles associées aux sources de force reflétait leur vulnérabilité fondamentale, comparée à celle des forces de com­bat directement exposées à l’action de l’ennemi. Aussi longtemps que la guerre a été confinée à la surface, les sources de force ne pouvaient être envahies ou endommagées sans que les forces de combat interposées n’aient été au préalable défaites. Ce séquen­cement caractérisait de manière évidente la guerre de surface comme une série d’engagements dans l’espace intermédiaire (sur terre ou en mer) séparant les sources de force de chacune des parties.

Dans la mesure ou l’attaque  aérienne dans la profondeur  est de plus en plus reconnue comme étant le mode normal de la guerre de haute intensité, les parties concernées sont suscep­tibles de consentir de plus grands efforts pour réduire la vulnéra­bilité des objectifs “source”.

“centres vitaux ” et “centres dynamiques

1.                 Sauf dans le cas ou l’ennemi visé est un micro-état, ou une partie spécifique d’une structure étatique complète (une usine d’armement nucléaire  par exemple), l’offensive  aérienne ne peut réussir pleinement. Le bombardement,  perçu comme dévas­tateur et prolongé, ne peut détruire qu’une infime partie de toutes les structures et des objectifs possibles qui pourraient se trouver dans un pays développé de taille assez grande.

Ainsi, l’offensive  aérienne ne peut réussir que comme une sorte d’acupuncture.

Ceci nécessite bien sûr la définition correcte de “diagrammes anatomiques ” des entités organisationnelles à traiter en priorité, ainsi que de leurs entités fonctionnelles associées.

À ce stade, parmi chacune de celles-ci, apparaîtront des “centres vitaux ” tous usages, mais ils seront trop nombreux dans la plupart des cas.

La sélection ultime des objectifs dépend donc de l’identifi­cation de “centres dynamiques ”, c’est-à-dire de centres vitaux  qui soient pertinents au regard de la fonction spécifique à mettre hors-service.

2.    La manœuvre générale d’une brigade de chars, par exemple, dépend de la centaine de chars dont elle dispose ; il représentent les centres vitaux  insécables. Les planificateurs de l’offensive  aérienne pourraient se satisfaire de ce nombre d’objec­tifs, comparé aux 3 000 hommes et 700 véhicules divers de la brigade, et leur attaque  peut déjà être considérée comme très économique.

Mais, attaquer uniquement les centres dynamiques  est encore plus économique. Si, par exemple, les planificateurs de l’offensive  aérienne ne sont pas intéressés par le fonctionnement général de la brigade, mais par sa capacité à progresser, il peuvent atteindre leur but en attaquant moins d’objectifs que les 100 chars qui la constituent. Ainsi, si des fossés antichars doivent être traversés, la brigade aura besoin de chars poseurs de ponts, si des champs de mines doivent être traversés, l’usage de chars de déminage sera impératif ; si de longues distances sont à couvrir, des véhicules citernes devront assurer le ravitaillement en carburant. Or, ces ensembles de véhicules (ou leur totalité) sont beaucoup moins nombreux que les 100 chars de la brigade et plus vulnérables que les chars eux-mêmes.

Dans ce cas, les centres dynamiques  ne représentent plus que 5 à 10 % du nombre des centres vitaux  et offrent une solution économique pour empêcher la brigade d’opérer dans le contexte que le planificateur envisage.

3.    Un parallèle évident avec l’infrastructure civile pourrait différencier de même les “centres vitaux ” qui seraient des ponts d’autoroute en général, et les “centres dynamiques ” qui seraient les ponts situés sur les seules routes représentant un intérêt.

De nombreuses entités fonctionnelles ont un mode unique de fonctionnement, les centrales électriques, les commutateurs télé­phoniques, et toutes les usines de transformation depuis les raffi­neries jusqu’aux usines de munitions ; dans leur cas, centres vitaux  et centres dynamiques  sont confondus.


[1]         Dans le lexique de la politique étrangère américaine, il n’y a plus de notion de “population ennemie”, mais seulement la population innocente d’un ennemi, laquelle ne doit pas être attaquée directement comme les Allemands et les Japonais l’ont été pendant le Seconde Guerre mondiale .

[2]         Comme les communications civiles prêtes à être utilisées pour les besoins du régime.

[3]           Néanmoins, elles introduisent des changements dans les moyens de défense aérienne  ennemis d’un théâtre ou d’un secteur, si c’est le but visé.

[4]         Voir Lawrence C. Soley, Radio Warfare, OSS and CIA Subver­sive Propaganda, New York, Praeger, 1989.

[5]         Ibid, p. 11.

[6]         Le processus d’“internalisation”, qui tend à réduire l’étendue et l’intensité des conflits tout en augmentant leur fréquence, conduit à accroî­tre le nombre de cibles mobiles et à faible contraste.

[7]         Dans certains cas en affectant leurs capacités. Contrairement aux for­ces terrestres classiques, les forces spéciales, de type commando, ont besoin d’entraînement très réels pour rester efficaces. Ceci s’explique par la diffé­rence dans la chronologie entre les exercices complexes et le combat réel ; pour cette raison, la politique des anglais, des français et des israéliens est d’utiliser leurs forces spéciales aussi souvent que possible.

[8]         Une fonction analogue à l’éclairage classique (par opposition à la re­connaissance ), définie par des moyens légers d’autodéfense (avec des armes légères, très simples et faciles à cacher), et réalisée par des personnels très compétents, sélectionnés pour leur patience et leur capacité d’analyse plus que pour leurs capacités commandos.

[9]         Deux précédents sont le “Sayeret Maglan” de l’armée israélienne et le Commando 148 de contre-observation d’artillerie de l’armée royale britanni­que ; le premier a été créé en tant qu’unité de l’armée de l’air spécialisée pour la désignation laser ; la seconde pour pointer l’artillerie navale sur les côtes hostiles.

[10]        De nombreux bombardement  de la Seconde Guerre mondiale  se rédui­sent à rater les mauvaises cibles ; la précision  n’aurait aidé que dans certains cas.




[1]         Notons la haute proportion de F-16  biplaces de l’armée de l’air israélienne.

[2]         C’est son insuffisante manœuvrabilité qui fait plutôt du Tornado  anglo-italo-allemand un avion d’assaut ou un intercepteur  s’il est équipé d’un radar  adéquat.

[3]         Karl J. Eschmann, Linebacker , The untold Story of the Air Raids over North Viet-Nam, New York, Ballantine, 1989, p. 85.

 

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