| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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LA CALIFORNIE, NŒUD GORDIEN DU PACIFIQUE NORD (1769-1848)
Annick FOUCRIER 1
Lorsqu’il s’empara de la ville de Gordion, en Phrygie, Alexandre apprit des habitants une curieuse tradition. Dans l’acropole était exposé un char consacré à Zeus, et qui avait appartenu à Gordius, roi légendaire et père de Midas, Le joug était attaché au timon par des liens d’écorce de cornouiller imbriqués de telle sorte qu’il semblait impossible de les dénouer. L’oracle avait promis la domination de l’univers à celui qui serait capable de défaire le lien. Aucun n’avait encore réussi. Provoqué par un tel défi, Alexandre leva son épée et trancha d’un seul geste le noeud2, ouvrant par un coup de force la conquête de l’Asie. A partir du milieu du XVIIIe siècle, et pendant un siècle, les principales puissances maritimes, l’Espagne, la Russie, l’Angleterre, les Etats-Unis et la France, se trouvent engagées dans une rivalité dont l’enjeu est le contrôle et la possession des rives du Pacifique Nord. Leurs efforts se brisent comme le ressac sur les côtes de Californie, grève sur laquelle les conquêtes connaissent leur ultime progression, lieu où s’affrontent les empires espagnol, russe et anglais, dans une succession de bras de fer, jusqu’en 1848. San Francisco est dans cette confrontation un lieu stratégique, et les contemporains en avaient une claire conscience. Là, une fois franchis les brouillards qui en ont longtemps masqué l’entrée, s’enchevêtrent les fils d’un véritable noeud gordien qui ouvre l’accès à la domination du Pacifique : pour contrôler un océan aussi étendu, il faut une marine puissante. La baie de San Francisco offre un abri si vaste qu’elle semble aux voyageurs qui y jettent l’ancre pouvoir contenir toutes les marines européennes. Pourtant San Francisco n’est pas situé sur les routes maritimes les plus faciles à suivre. La direction dominante des vents et des courants gêne toute progression vers le nord le long des côtes, ce qui explique, avec la persistance des brouillards, pourquoi l’entrée de la baie est restée si longtemps inconnue. Plusieurs expéditions espagnoles sont passées au large sans soupçonner son existence, et si l’Anglais Francis Drake a relâché en 1579 dans une baie toute proche, il n’en a pas non plus franchi l’entrée. Le 17 septembre 1776, une expédition espagnole fonde le presidio et le 9 octobre dédie la mission nouvellement construite à "San Francisco de Asis". Ce n’est cependant qu’en 1836 que sont installées les premières habitations d’un village sur le bord du lagon, en un endroit appelé "Yerba Buena" (la bonne herbe), par référence à la menthe qui pousse sur les collines environnantes. Dès la fin du XVIIIe siècle, le port est fréquenté par des officiers et des marins de diverses nationalités, ce qui lui donne déjà sa vocation internationale et ce caractère si particulier de microcosme. L’exemple du lieutenant Ignacio Martinez, commandant du Presidio de 1822 à 1832, en est une illustration. Il peut s’exprimer, avec plus ou moins d’aisance, dans des langues différentes, l’anglais, le français, et même le russe, grâce aux connaissances qu’il a acquises par le contact avec les équipages et les passagers qui ont relâché dans la baie3. Au XVIIIe siÈcle, l’avancÉe des empires4 L’océan Pacifique du XVIIIe siècle,
"lac espagnol", n’est guère traversé que par le galion de
Manille, qui relie une fois l’an les Philippines et Acapulco. Au retour,
il suit un chemin très septentrional, pour aller chercher les vents et les
courants qui faciliteront sa progression le long des côtes du Nord-Ouest.
Il arrive que des pirates arraisonnent le lourd bâtiment mais, somme toute,
assez rarement5. Les façades ne sont guère
plus actives. La Chine limite les relations commerciales avec les étrangers
à un port, Canton, outre le poste de Kiakhta réservé au commerce des
fourrures avec les Russes6, et seulement
pendant quelques mois par an. Bien plus, elle ne consent à céder ses thés
et ses soieries que contre des monnaies d’argent, fournies par l’empire
espagnol, ce CARTE monde qui "transsude l’argent de toutes parts" 7, et en irrigue l’Europe. De l’autre côté du Pacifique Nord vivent d’une existence itinérante des tribus clairsemées qui pratiquent la chasse et la pêche sur les côtes du Nord-Ouest. Cependant ces régions présentent d’autant plus d’intérêt pour les puissances européennes désireuses de pénétrer dans le Pacifique Nord que la domination espagnole n’y est que théorique. Si des explorateurs en ont longé les côtes, et ont pratiqué les rites symboliques de prise de possession8, aucun établissement fixe n’y a été installé. Les Russes ont été les premiers à se présenter. A la recherche du fabuleux passage du Nord-Ouest que l’on croyait praticable de l’océan Pacifique à l’océan Atlantique, Vitus Bering, navigateur danois au service du tsar Pierre le Grand puis de ses successeurs, fait naufrage en 1741 sur l’île qui porte son nom et qui, située au large du Kamtchatka, appartient cependant à la chaîne des Aléoutiennes. Le capitaine succombe, mais une partie de son équipage parvient à survivre en se nourrissant de loutres marines dont les naufragés conservent les fourrures. Les commerçants russes avaient déjà établi depuis Irkoutsk des relations avec le marché chinois, et les fourrures de Sibérie se négociaient à Kiakhta. Lorsqu’elles y sont présentées, les loutres marines rencontrent un succès tel que de nombreuses expéditions sont organisées en direction des îles Aléoutiennes, et de l’Alaska. Les Russes prennent pied sur le continent américain et parcourent tout le Pacifique Nord. Les premiers arrivés sont les promysltleniki, chasseurs et aventuriers qui, par la violence et les mauvais traitements, obligent les Aléoutes à leur fournir les fourrures convoitées9. Ils sont assez rapidement évincés par des intérêts mieux organisés. En 1784, un premier poste permanent est installé sur l’île Kodiak, près des côtes d’Alaska, sous l’impulsion de Gregori Shelikov, un négociant d’Irkoutsk10. En 1799, il fonde la Compagnie russo-américaine. Grâce aux trois voyages de James Cook, la Grande-Bretagne bénéficie à son tour, en 1783, de renseignements précis sur la plupart des côtes et des archipels de l’océan Pacifique, au sud comme au nord, et s’apprête à fonder des établissements en Australie. Cette disposition est en partie la conséquence des guerres franco-anglaises dans l’océan Indien, qui ont montré la nécessité de posséder des lieux sûrs où hiverner et réparer les bâtiments11. Installée aux Indes, elle est bien placée pour pousser ses activités vers la Chine et vers la côte du Nord-Ouest de l’Amérique, qui est alors, à la fois, la moins connue des façades de l’océan, et la plus prometteuse, si l’on en croit l’expérience du capitaine Cook et de son équipage. Ayant troqué avec les Indiens de Nootka (île Vancouver) des pelleteries contre de la pacotille, les marins retirent un très fort bénéfice de ces fourrures de loutres de mer une fois rendues et vendues à Canton où elles atteignent jusqu’à cent piastres12 la pièce. Les Anglais découvrent ainsi un nouvel espace commercial, susceptible de dégager des profits élevés. Cependant l’existence de compagnies à charte, la Compagnie des Indes Orientales et la Compagnie de la Mer du Sud, constitue une entrave au libre développement de ce commerce entre les deux rives du Pacifique. La convergence des intérêts manifestés par les autres grandes puissances ne pouvait laisser le gouvernement français indifférent13. Le besoin de renseignements de première main, fiables et suffisamment récents, appelle une réponse appropriée. Le premier août 1785, l’expédition qui quitte Brest sous la direction de Jean-François Galaup de Lapérouse est, sous couvert de voyage scientifique d’exploration, chargée d’estimer les avantages réels de la traite des fourrures, et a pour mission d’informer le gouvernement français de ce qui se passe dans le nord du Pacifique14. Le mythe du "passage du Nord-Ouest" n’est pas encore tout à fait abandonné, et il lui faut aussi chercher en ce sens. Les Espagnols s’irritent de voir les limites de ce qu’ils considèrent comme leur domaine de plus en plus ouvertement transgressées. Les secrets, autrefois bien gardés, des routes et des côtes sont maintenant percés par des expéditions à but officiellement scientifique qu’il devient impossible d’empêcher. Une lettre écrite le 15 février 1776 par Juan de Guzman y Mendoza, résident de Londres d’origine espagnole, et destinée probablement au gouverneur des Philippines, le prévient du prochain départ des deux bâtiments de James Cook, le Resolution et le Discovery, ajoutant que Cook aurait reconnu, dans des conversations privées, que son intention était d’ouvrir la côte ouest de l’Amérique du Nord au commerce, et d’opérer "l’occupation de la Californie, pour dédommager l’Angleterre de la perte prévisible de ses colonies, alors en révolte" 15. Les déplacements du capitaine Cook sont étroitement surveillés par les autorités espagnoles qui envoient expédition sur expédition après chacun de ses passages à Tahiti pour s’assurer qu’il n’y a pas fondé d’établissement16. Ces voyages fournissent aux puissances européennes des informations qui ne peuvent pas manquer de mettre en évidence les faiblesses d’un empire démesurément étiré. Ainsi, face à l’expansion russe, face aux incursions anglaises, l’Espagne est obligée de reprendre sa marche en avant, d’occuper des territoires que le droit de découverte et surtout l’éloignement ne protègent plus des convoitises étrangères, et d’y installer des établissements fixes. A partir de 1769, les Franciscains sont chargés de poursuivre l’oeuvre entreprise en basse Californie par les Jésuites, expulsés en 1767, et d’établir une chaîne protectrice de missions sur les côtes de Californie, ce qu’ils font de San Diego en 1769 à San Francisco Solano (Sonoma) en 1823. Les missions, les presidios (forts), et les pueblos (villages) ont une double vocation. Il s’agit, comme dans le reste du monde hispano-américain, de faire avancer la frontière du monde connu et civilisé, en repérant des régions encore inexplorées, et en en convertissant les habitants aux façons de vivre et de penser des Européens. Il faut aussi, et la nécessité en est plus urgente pour l’Espagne, écarter ses rivaux, en particulier les Russes, des domaines dont elle tire ses richesses. Mais cet empire immense, résultat de trois siècles d’expansion et de conquêtes, est trop vaste pour une monarchie affaiblie à laquelle la conjoncture européenne n’est pas favorable. En mars 1788, deux bâtiments espagnols découvrent à Nootka, sur un territoire que l’Espagne estime être sien, plusieurs bâtiments marchands britanniques et américains, installés pour faire la traite des fourrures17. Deux d’entre eux, qui refusaient de déguerpir, sont capturés. Il s’agit de deux bâtiments britanniques, bien que naviguant sous pavillon portugais. Les Espagnols découvrent d’autre part que le capitaine de l’un d’eux, James Colnett, avait reçu mission de la South Sea Company (Compagnie de la mer du Sud) d’installer, en tant que "gouverneur", un poste fixe à Nootka. C’est le début d’un conflit anglo-espagnol qui, par le jeu des alliances, mène l’Europe au bord de la guerre. En mai 1789, l’Angleterre proteste et menace. Le roi d’Espagne se tourne vers Louis XVI, son cousin et allié (par le Pacte de Famille de 1761). Mais celui-ci est alors aux prises avec les empiètements de l’Assemblée Constituante, qui saisit l’occasion pour lancer un débat sur le "droit de guerre et de paix"18. Les atermoiements de Louis XVI, les discours exaltés des députés, inquiètent suffisamment le roi Charles IV et son ministre très conservateur Floridablanca pour les inciter à céder aux pressions habiles de William Pitt, le chancelier de l’échiquier anglais. En octobre 1790, après plusieurs mois de tension et de menaces de guerre, l’Angleterre impose, par la convention de Nootka Sound, sa présence au nord des territoires effectivement occupés par l’Espagne. Cette victoire anglaise brise le monopole espagnol et ouvre la région aux navires marchands de diverses nationalités, qui viennent chercher des fourrures. Elle favorise aussi une meilleure connaissance de ces côtes bordées d’îles19. En faisant de Nootka la cause possible d’un conflit armé, l’Angleterre arrête la progression de l’empire espagnol, qui se retrouve confiné dans sa zone d’occupation effective, c’est-à-dire de fait limité à son poste le plus septentrional, San Francisco. Cet avant-poste, créé pour absorber les populations indiennes, devient une marche frontière destinée à défendre les domaines espagnols contre les empiètements de leurs concurrents. En cédant provisoirement, l’Espagne peut cependant espérer conserver l’essentiel. Le Mexique est pour elle plus important que les fourrures. Nootka n’a jamais réellement été habité par des hommes plus attirés par les terres chaudes des latitudes méridionales. L’installation de l’Angleterre semble avoir pour avantage de bloquer la progression des Russes. Cependant l’affaiblissement de l’Espagne en Europe ne lui permet pas de prendre sa revanche, et son pouvoir s’effondre peu à peu, à l’abri d’une frontière impériale qui réussit difficilement à conserver les apparences. Les Anglais et les Américains parviennent aussi à atteindre les côtes du Nord-Ouest par voie de terre. Le 19 juillet 1793, Alexander Mackenzie, chargé dans la région du lac Athabasca des intérêts de la Northwest Company, une compagnie de commerce de fourrures basée à Montréal, aperçoit le Pacifique après avoir traversé les Montagnes Rocheuses20. Avant même l’acquisition de la Louisiane, Thomas Jefferson avait déjà soutenu deux projets, non réalisés, d’exploration de la côte ouest, celui de John Ledyard qui devait passer par la Sibérie, et celui d’André Michaux, un savant français. Devenu président et ayant en 1803 conclu avec Napoléon la transaction qui apportait aux Etats-Unis un territoire immense et marquait le désengagement définitif de la France dans la région, il renouvelle ses tentatives, avec plus de succès. La première expédition transcontinentale des Etats-Unis, celle de Lewis et Clark, quitte Saint-Louis en 1804 et atteint l’océan en novembre 180521. Les guerres de la Révolution et de l’Empire avec la France écartent temporairement les Anglais de la région. San Francisco voit relâcher des bâtiments américains, attirés par les fourrures de loutres marines. En 1811, un homme d’affaires new-yorkais, John Jacob Astor, installe un éphémère comptoir de traite, Astoria, à l’embouchure de la rivière Columbia, malgré les dangers que la barre fait courir aux navires. En 1812, lors de la guerre anglo-américaine, le comptoir est occupé par les Anglais qui installent leur propre poste plus en amont, à Fort Vancouver. En 1818, Astoria est rétrocédé aux Américains, mais il est laissé à l’abandon. Les compagnies anglo-canadiennes, la Northwest Company d’abord, puis après son rachat en 1821, la Compagnie de la Baie d’Hudson, dominent largement le territoire. Les Russes quant à eux poursuivent leur
progression vers le sud, poussés par les difficultés d’approvisionnement
de leurs bases trop septentrionales. En avril-mai 1806, un bâtiment russe,
le Juno, ayant Les puissances maritimes s’intéressent aussi aux îles Hawaï (îles Sandwich), point stratégique du commerce entre les rives orientale et occidentale du Pacifique23. Sous le règne du roi Kamehameha I (1795-1819), l’archipel connaît un vigoureux développement de ses activités. Les capitaines engagés dans le commerce des fourrures sur la côte du Nord-Ouest viennent d’abord y chercher des vivres et du repos pour leurs équipages, et les moyens de réparer leurs bateaux. Ils s’y procurent aussi le bois de santal, qui constitue un article d’exportation vers la Chine24. Mais cette ressource s’épuise assez rapidement, par suite d’une mauvaise gestion de son exploitation. Kamehameha I s’était réservé le monopole du commerce de bois de santal. Son successeur, Liholiho, autorise les autres chefs à profiter de cette source de revenu, qui développe chez eux le goût et les moyens d’acquérir les produits nouveaux. L’inflation des dettes contractées pour se procurer les marchandises apportées par les capitaines et subrécargues étrangers augmente la quantité d’arbres coupés, sans considération pour l’avenir. A la fin des années 1820, le commerce du bois de santal touche à sa fin, du fait de l’épuisement de cette ressource naturelle. Mais l’archipel n’est pas pour autant délaissé par le commerce international. Les petits bâtiments américains qui vont chercher en Chine des marchandises pour les revendre en Californie et sur les côtes américaines y laissent une partie de leurs cargaisons. Peu à peu les îles en viennent à jouer un rôle d’entrepôt entre les côtes américaines et chinoises. A partir des années 1820, les baleiniers apportent dans les ports une nouvelle activité, bien que de façon saisonnière. Depuis le passage de George Vancouver en 1792, l’influence anglaise est prépondérante dans les îles Hawaï, ravivée par le passage périodique de navires de guerre. En 1816-1817, la Compagnie russo-américaine essaie de prendre pied sur une des îles, Kauai. Un agent de la Compagnie, Igor Scheffer, signe des conventions de protectorat avec le chef de Kauai, ce qui déclenche de véritables opérations de représailles de la part de Kamehameha I et des résidents américains et anglais, inquiets de voir leurs intérêts menacés. Faute de soutien officiel de la part du tsar Alexandre I, soucieux d’éviter une prise de position difficile à défendre diplomatiquement, la tentative échoue25. A partir de 1821, des missionnaires américains s’installent et substituent peu à peu leur influence à celle des Anglais. L’affaiblissement des vieux empires L’indépendance mexicaine, en 1821, marque l’effacement définitif de l’Espagne dans la région. La Californie prête serment à l’empire d’Iturbide en 1822, puis à la République en 1823. Le nouvel Etat mexicain est affaibli par ses dissensions internes, les luttes politiques et religieuses, les tendances régionales centrifuges, et de ce fait laisse le champ libre aux convoitises et aux intrigues des puissances étrangères. Les Russes cherchent à profiter de la situation. En 1821, sous l’influence de Vassili Golovnin, capitaine de la Marine chargé d’inspecter la Russie d’Amérique avant le renouvellement de la charte de la Compagnie, un oukaze impérial avance la frontière de la colonie jusqu’au 51e degré de latitude, et en interdit l’accès aux étrangers26. Anglais et Américains s’inquiètent de cette tentative de transformer le Pacifique Nord en lac russe. Ils obligent le tsar à revenir sur cette mesure par la signature de traités en 1824 avec les Etats-Unis et en 1825 avec la Grande-Bretagne, traités qui fixent la frontière méridionale des Etablissements russes de nouveau à 54°40’. Les deux puissances anglo-saxonnes se sont mises d’accord depuis 1818 sur une possession conjointe de la région située entre San Francisco et la limite des possessions russes, région que l’on appelle l’Oregon. Les intérêts anglais y sont prédominants, mais l’épuisement des fourrures les incite à déplacer vers le sud leur champ d’activité. Les trappeurs employés par la Compagnie du Nord-Ouest puis, après son rachat en 1821, par la Compagnie de la Baie d’Hudson, principalement des Canadiens-Français, descendent chaque hiver en Californie, entre 1832 et 1843, pour traiter avec les tribus indiennes. La Compagnie de la Baie d’Hudson entretient des relations suivies avec les établissements californiens, et achète en août 1841 un bâtiment à Yerba Buena27 pour y établir un entrepôt. Mais la traite des fourrures décline aussi dans les territoires du sud. La Compagnie russo-américaine opère un repli vers ses bases septentrionales. En 1841, ses propriétés de La Bodega sont vendues à un Suisse naturalisé mexicain, Johann Sutter, après avoir été proposées aux autorités californiennes et même au gouvernement français28. Cet achat se fait à titre purement privé29, mais Sutter dans sa mégalomanie est incapable de remplir ses engagements. Les Américains ne restent pas inactifs. Ils manifestent très tôt leur intérêt pour la Californie. Les premières démarches officielles sont tentées en 1835 par le président Andrew Jackson30. Elles ont pour objet l’achat au Mexique de la baie de San Francisco, reconnue comme le meilleur lieu de relâche pour les baleiniers, dont l’activité est en plein essor. L’indépendance du Texas, proclamée le 2 mars 1836 contre le Mexique, relance les espoirs des partisans de l’expansion territoriale vers l’ouest. Certains d’entre eux, comme le sénateur du Missouri, Thomas Hart Benton, un expansionniste convaincu, rêvent d’une grande république du Pacifique, allant du Texas au Pacifique, et alliée des Etats-Unis. En 1837, le président Jackson fait deux nouvelles tentatives. Par la première, il propose au président mexicain Santa Anna de lui acheter la Californie. Parallèlement, il conseille au représentant du Texas à Washington de revendiquer tout le territoire situé entre ses frontières et l’océan Pacifique31. La question de la Californie apparaît clairement liée à l’avenir du Texas. Mais celui-ci provoque des conflits internes aux Etats-Unis. Les Etats du Sud sont particulièrement attentifs à ce qui s’y passe, car ils ont besoin de terres et ils y voient leur débouché naturel. Par contre les Etats du Nord s’inquiètent d’un possible renforcement de l’influence du Sud dans un équilibre éminemment fragile. Lorsque, en octobre 1838, le Texas demande son entrée dans l’Union, il se voit opposer un ferme refus par le Congrès, où les Etats du Nord ont pesé de tout leur poids. Mais cette décision ne fait que repousser des problèmes qui, n’étant pas réellement réglés, se posent de nouveau quelque temps plus tard. En attendant, l’indépendance du Texas est reconnue par la France et par la Grande-Bretagne, soulagées d’interposer ainsi un obstacle aux poussées expansionnistes de la république américaine. Alors même que leurs tentatives d’expansion sont contrecarrées, au moins temporairement, les Etats-Unis envoient dans l’océan Pacifique leur première grande mission d’exploration, dirigée par le lieutenant Charles Wilkes32. Celui-ci visite avec beaucoup de soin la côte du Nord-Ouest et la Californie. A San Francisco, le 18 octobre 1841, il croise Eugène Duflot de Mofras, lui-même chargé par le gouvernement français de s’informer sur la situation politique et économique de la Californie et de l’Orégon33. A la suite de cette rencontre, Wilkes s’enquiert, avec une inquiétude non dissimulée, des faits et gestes de Duflot de Mofras, et des intentions que l’on prête à la France concernant la Californie. La France et les Etats-Unis manifestent envers la Californie les mêmes intérêts "scientifiques", dont s’inquiètent les autorités californiennes. Aux limites de l’océan Pacifique et de l’océan Indien, la France tente de s’implanter en Nouvelle-Zélande, mais la Grande-Bretagne fait échouer ces projets34. Le développement des pêcheries dans cette région a attiré l’attention du gouvernement français, soucieux de favoriser une activité prospère. Les responsables politiques sont sollicités par des aventuriers français qui affirment avoir acheté des terres aux indigènes (le Baron de Thierry, le capitaine Langlois), et qui insistent pour obtenir la protection du gouvernement. Le capitaine Langlois, soutenu par le duc Decazes35, constitue, avec des négociants de Bordeaux et de Nantes, la "Compagnie de Bordeaux et de Nantes pour la colonisation de l’île du Sud de la Nouvelle-Zélande et ses dépendances" le 5 novembre 1839. Ses hautes protections lui obtiennent un traitement favorable, et, par un contrat du 9 décembre 1839, le ministère de la Marine met un navire de transport, le Comte de Paris, ex-Mahé, à la disposition de la Compagnie pendant un an. Il lui assure aussi la présence d’une corvette pour la protection de l’établissement et des baleiniers. En échange, la Compagnie s’engage à céder à l’Etat le quart des terrains qu’elle aura acquis. Derrière l’écran d’une société privée, c’est bien un projet de colonisation d’origine gouvernementale. Mais, entre temps, des initiatives privées ont assuré des droits prioritaires à la Grande-Bretagne. Une compagnie s’est constituée pour occuper la Nouvelle Zélande. Malgré ses intentions affirmées de ne pas acquérir de nouveaux territoires dans le Pacifique, le gouvernement anglais se décide à faire de la Nouvelle-Zélande une colonie anglaise, "pour traverser les projets de la compagnie" 36. Le 6 février 1840, le capitaine de vaisseau Hobson négocie avec les chefs des Maoris le traité de Waitangi, qui les place sous la protection de la reine Victoria. Le 17 juin, la souveraineté anglaise est acceptée par les chefs de l’île du Sud. Ainsi, avant même l’arrivée le 11 juillet du capitaine de corvette Lavaud sur l’Aube, et celle du bâtiment de la Compagnie Nanto-Bordelaise, le 17 août 1840, la prise de possession par la Grande-Bretagne est effective. Les années 1830 sont des années d’observation, de frein aux diverses tentatives d’expansion. Les empires les plus anciens marquent leur essoufflement. L’empire espagnol s’effondre, et l’empire russe doit reculer devant la détermination des deux puissances les plus dynamiques, l’Angleterre et les Etats-Unis, qui bloquent leurs rivaux et consolident leurs propres positions. Les coups de force des annÉes 1840 Les années 1840 voient une reprise décisive
de l’activité des puissances maritimes dans le Pacifique37.
En 1840, l’Angleterre fait une entrée en force dans l’espace Pacifique,
par une guerre avec la Chine. A la suite de la guerre de l’opium,
l’empire du Milieu doit s’incliner et signer le 29 août 1842 le traité
de Nankin. Les Anglais CARTE obtiennent l’ouverture au commerce de quatre nouveaux ports, dont Shanghaï, des droits de douane très faibles, et l’île de Hong-Kong, qui devient une colonie britannique et constitue la base navale désirée. La Chine doit ensuite signer des traités semblables avec les autres puissances commerciales, le traité de Shanghaï avec les Etats-Unis le 3 juillet 1844, le traité de Whampoa le 24 octobre 1844 avec la France. La perspective d’une ouverture du marché chinois relance la recherche d’escales sûres. "Le problème des voies d’accès à l’Empire du Milieu commence aussi à retenir l’attention des grandes puissances. La "question du Pacifique" n’est, au fond, qu’un aspect des convoitises éveillées autour du marché chinois"38. Les regards français se portent en 1842 sur l’île de Basilan39, dans l’archipel de Sulu, au nord de Bornéo. Mais l’Espagne proteste, au nom d’un traité de protectorat signé en 1836 avec le sultan de Sulu. Une convention est cependant signée entre les chefs indigènes et les agents français, mais en août 1845, François Guizot renonce à la faire ratifier, car il craint des difficultés avec la Grande-Bretagne, ou plutôt avec l’Espagne, au moment où la politique française est tournée vers les mariages espagnols. Dans ses Mémoires, François Guizot reconnaît le lien qui existe entre la tentative avortée en Nouvelle-Zélande en 1840, et l’opération menée en 1842 aux îles Marquises : "Il fallait aller chercher ailleurs qu’à la Nouvelle-Zélande l’établissement que nous désirions dans l’Océan Pacifique"40. Le contre-amiral Dupetit-Thouars est nommé en 1841 commandant des forces navales du Roi dans l’océan Pacifique, avec la mission spéciale de procurer de nouveaux territoires à la France. Il connaît bien les parages pour y avoir dirigé, quelques années auparavant, un voyage d’exploration, dont le récit a été publié en 184141. Le 20 décembre 1841, il quitte Brest sur la Reine Blanche. Le 7 mars 1842, il arrive à Valparaiso, où son apparition, suivie de celle d’autres bâtiments de guerre, étonne et inquiète. Le 1er mai 1842, comme le lui commandent ses instructions, il prend possession des îles Marquises au nom du roi de France. C’est l’aboutissement logique d’une politique de protection des activités commerciales42. Le 9 septembre, par contre, c’est de sa propre autorité qu’il accepte le protectorat sur Tahiti, qui lui est offert par la reine Pomaré et les chefs, à l’instigation de Jacques Moerenhou43. Le départ de Dupetit-Thouars de Valparaiso rend les Anglais manifestement si nerveux que le consul général de France au Chili, Cazotte, déclare au consul britannique, Walpole, que l’expédition "avait pour but soit la Californie, soit l’une des îles de l’Océanie" 44, ce qui suffit pour calmer les inquiétudes de son interlocuteur. Les Anglais craignaient en fait que l’expédition fût dirigée vers la Nouvelle-Zélande. Les Américains ne sont pas moins anxieux. En mai 1842, le commandant de la station navale des Etats-Unis dans le Pacifique, le commodore Thomas Ap Catesby Jones, informe ses supérieurs qu’en mars, avant son arrivée, une large flotte française a quitté Valparaiso pour une destination secrète, dont il craint qu’il ne s’agisse des Californies. Il ajoute que s’il avait été présent, il aurait suivi cette expédition, pour en demander les raisons au commandant45. Le 19 octobre suivant, le commodore Jones se trouve à Monterey, où, apparemment sans raison aucune, il hisse le drapeau américain en signe de prise de possession. Son action est en fait le résultat d’un double malentendu. Au début du mois de septembre, en station au Callao, il reçoit des informations qui lui laissent croire que la guerre est déclarée entre les Etats-Unis et le Mexique, et que la Californie a été cédée à l’Angleterre en paiement des dettes mexicaines. Le départ précipité du contre-amiral Thomas, le 3 septembre, pour une destination inconnue, à la suite d’ordres qu’il venait de recevoir d’Angleterre, renforce ses soupçons et ses inquiétudes à un degré suffisant pour l’engager à tout faire afin de devancer les menées supposées des Anglais, et de s’emparer avant eux de la Californie. Le 18 octobre, il est en vue de Monterey, son équipage prêt aux combats46. Le 21 octobre, reconnaissant que les bruits de guerre n’étaient pas fondés, il restitue la ville aux autorités locales. Cette précipitation ne fait que confirmer les multiples rumeurs qui dénoncent des intentions américaines sur la Californie. Malgré leurs dénégations officielles, les Etats-Unis affichent ainsi clairement sur la côte occidentale du Mexique des ambitions qui ne peuvent plus être ignorées. Les nouvelles conditions d’accès au marché chinois relancent non seulement l’intérêt pour les archipels, mais aussi pour les façades américaines, et la Californie n’est pas la moins célébrée. Deux puissances s’affrontent pour le contrôle du Pacifique Nord : les Anglais de la Compagnie de la Baie d’Hudson, solidement installés sur la côte du Nord-Ouest, de San Francisco aux territoires russes, et les Américains, qui contrôlent les archipels. Mais le pouvoir appartient aux puissances qui dominent les façades47. Le conflit va éclater à propos de ces façades, et d’abord en Orégon où les Américains reprennent, contre les Anglais, les prétentions espagnoles de l’époque de Nootka. Elles sont surtout soutenues par un important mouvement de migration de pionniers agriculteurs, poussés par la crise économique qui sévit dans la vallée du Missouri. Ils se dirigent d’abord vers l’Orégon, encouragés par un projet de loi voté en 1841 par le Sénat, mais non par la Chambre des Représentants, qui accorde des terrains en Orégon à tous ceux qui accepteront de partir s’y installer. A partir de 1843, certains se tournent vers la Californie, dont l’accès à travers les Montagnes Rocheuses est rendu moins difficile grâce aux explorations menées par John Charles Frémont, le gendre du sénateur Benton, le grand avocat de l’expansion. En Orégon l’augmentation de l’immigration américaine fait peser une réelle menace sur l’autorité britannique. Les chasseurs, Indiens aussi bien que Blancs, sont supplantés par les agriculteurs. Le commerce des fourrures, soumis à une rude concurrence, est devenu moins profitable. Ces diverses considérations incitent la Compagnie de la Baie d’Hudson à déplacer son quartier général de l’embouchure de la Columbia vers l’île Vancouver. En janvier 1845, lorsque le représentant de la Compagnie de la Baie d’Hudson à Yerba Buena, Willam G. Rae, se suicide, pour des raisons personnelles, il n’est pas remplacé. Peu après, le poste est fermé. Au début des années 1840, le Texas joue de plus en plus difficilement son rôle de frein à l’expansion américaine. Après quatre années d’existence, sa viabilité comme Etat indépendant est encore trop aléatoire pour que l’Angleterre et la France s’engagent à le soutenir, si ce n’est pour des motifs de politique internationale, c’est-à-dire pour entraver la progression vers l’ouest des Etats-Unis. Face à ces agissements, le gouvernement américain maintient vis-à-vis du Mexique une politique constante de propositions d’achat du Texas et d’une partie au moins de la Californie, appuyées sur des menaces de guerre, sans cependant s’aventurer trop ouvertement. Mais l’opinion publique est de plus en plus favorable à l’expansion. En 1844, un président démocrate, James Polk, partisan déclaré de l’annexion du Texas, est élu. L’entrée du Texas dans l’Union est ratifiée le premier mars 1845 par l’ensemble du Congrès, et acceptée cinq mois plus tard par le nouvel Etat. L’avenir de la Californie apparaît très lié au sort du Texas, qui se prévaut d’ailleurs de droits sur cette province. D’autre part, l’annexion constitue un précédent, qui ne peut manquer d’éclairer les puissances européennes sur la situation dans l’Amérique du Nord, et les obliger à prendre position. La réussite de l’entreprise renforce la confiance des Américains, et les pousse en avant vers le Pacifique. Les Démocrates clament haut et fort leur volonté d’obtenir aussi les territoires de la côte du Pacifique, jusqu’au 54°40’, c’est-à-dire jusqu’aux territoires russes. "Fifty-four Forty or Fight" devient un slogan facile et mobilisateur. La tension monte. En juillet 1845, Polk offre à l’Angleterre de traiter sur la ligne des 49°. Mais celle-ci refuse d’abandonner la vallée de la Columbia. Aux Etats-Unis, la formulation de la "Manifest Destiny" par le journaliste O’Sullivan48 enflamme ceux qui voient dans les Américains le peuple choisi par Dieu pour occuper le continent de l’est à l’ouest, et, en contrôlant les côtes, pour dominer le commerce des deux océans, sur l’océan Atlantique avec l’Europe, sur l’océan Pacifique avec les façades asiatique et sud-américaine49. A la fin de l’année 1845, la guerre pouvait sembler inévitable entre les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. Cependant, moins de six mois plus tard, les adversaires parviennent à un compromis, et signent le 15 juin 1846 un traité qui semble donner satisfaction aux deux parties, même si ceux qui aux Etats-Unis réclamaient l’annexion de tout le territoire contesté crient à la trahison. Le 49e degré est adopté comme frontière, sauf dans l’île Vancouver, qui reste dans sa totalité britannique. Le compromis est atteint grâce à des concessions mutuelles : les Etats-Unis modèrent leurs prétentions de 54°40’ à 49°, et la Grande-Bretagne leur abandonne les territoires qu’elle occupait pourtant effectivement sur la rivière Columbia. Il semble, malgré les discours belliqueux, que les conditions étaient prêtes depuis le début de l’année pour aboutir à un accord. Il restait cependant à le faire accepter aux opinions publiques respectives. Aux Etats-Unis, des voix s’élèvent pour déprécier les territoires réclamés au-delà du 49° de latitude Nord, et pour au contraire célébrer les avantages des côtes situées au sud50. Si l’Ouest refuse de céder un pouce de terrain de ses revendications, les intérêts commerciaux du Nord-Est vantent les ports de la côte, d’une plus grande utilité économique, insistent-ils, que les terres cultivables, dont les Etats-Unis disposent déjà en abondance51. Trois ports surtout présentent un intérêt stratégique, Puget Sound, San Francisco et San Diego. Le 3 février 1846, le New York Herald résume les véritables enjeux tels qu’ils apparaissent de plus en plus clairement : "Nous devons céder une tranche d’Oregon, si nous voulons acquérir une tranche de Californie52." Ce glissement des intérêts favorise la progression vers un accord, et rejoint les intentions de ceux qui, dans les Etats du Sud, se battent pour une diminution des taxes douanières entre les Etats-Unis et l’Angleterre, en l’occurrence l’abaissement du tarif américain et l’abrogation des Corn Laws. En Grande-Bretagne, dès mars 1844, Lord Aberdeen, le ministre des Affaires étrangères, était personnellement enclin à traiter sur la ligne du 49°, pourvu que l’honneur du pays ne paraisse pas bradé. Les difficultés engendrées en Angleterre par les mauvaises récoltes de pommes de terre et le mouvement contre les Corn Laws contribuent à développer un esprit de conciliation53. L’abaissement des droits de douane par l’Union donne satisfaction aux Anglais, de même que l’abrogation des Corn Laws est bien reçue dans les Etats du Sud, favorables au libre échange. Le gouvernement anglais se montre disposé à envisager des concessions, dans l’espoir d’en retirer la possession incontestée d’une partie du territoire disputé. La Grande-Bretagne doit céder parce qu’elle ne peut matériellement plus soutenir ses droits. Une nouvelle conception de la souveraineté territoriale prévaut. En 1790, la Grande-Bretagne avait contesté les revendications de l’Espagne, fondées sur le droit de découverte, en arguant qu’il n’y avait pas occupation effective, et maintenant, ses propres droits, appuyés pourtant sur le peuplement du territoire, sont remis en cause par un autre Etat, au nom de la supériorité numérique de ses propres ressortissants, stratégie déjà expérimentée au Texas, et que certains tentent de mettre en oeuvre en Californie. Il n’échappe à personne, d’autre part, que si les Etats-Unis sont disposés à en rabattre sur leurs exigences, c’est à cause de l’intérêt grandissant que suscitent la Californie mexicaine et ses ports, San Francisco et San Diego, ports que le gouvernement américain tentait depuis plusieurs années d’acquérir par achat, et que désormais seule la guerre semble permettre d’obtenir. Des contestations sur les frontières fournissent le prétexte qui fait monter la tension. Les Etats-Unis affirment que le Texas s’étend jusqu’au Rio Grande, tandis que le Mexique soutient que la rivière Nueces est la seule limite acceptable. Le 28 mars 1846, le général Taylor fait avancer ses troupes sur le territoire contesté, et s’installe devant Matamoros avec une force de 3500 hommes54. Le 25 avril, des troupes mexicaines traversent le Rio Grande et attaquent une patrouille américaine. Le 13 mai, le président Polk annonce que "le sang américain a coulé sur le sol américain". Le 14 mai 1846, il demande au Congrès de constater l’état de guerre, bien qu’il n’y ait pas eu de déclaration formelle55. L’accord signé le 15 juin avec la Grande-Bretagne évite aux Etats-Unis d’avoir à lutter sur deux fronts, et leur laisse les mains libres face au Mexique56. La guerre qui débute entre les Etats-Unis et le Mexique décide de l’avenir de la Californie, proie désignée du plus fort. Le 1er juillet, l’escadre américaine du Pacifique arrive à Monterey, sous le commandement du commodore Sloat. Le 7 juillet, après de longues hésitations, celui-ci décide de prendre possession de la Californie, et fait hisser le drapeau américain. Le 9 juillet, la cérémonie est accomplie à Yerba Buena, et à Sonoma le 11. La lutte semble terminée, mais les habitants de Los Angeles se soulèvent en septembre, et, pratiquement sans armes et sans organisation, repoussent les troupes américaines. Le 6 décembre, a lieu près de San Diego la bataille de San Pascual, la plus célèbre rencontre de la guerre en Californie. Les cavaliers californiens, armés seulement de longues lances, remportent une victoire éclair contre l’armée de l’Ouest57, commandée par le général Kearny. Celui-ci, parti de Fort Leavenworth, Kansas, pour se saisir de la Californie et y installer un gouvernement civil et militaire, avait commis une double erreur : d’abord il avait renvoyé vers l’est la plus grande partie de ses forces, sur l’information que lui avait apportée Kit Carson au nom du commodore Stockton, que la Californie était déjà pacifiée, et surtout, ayant appris la présence de "rebelles", il avait décidé d’attaquer, négligeant l’état d’épuisement de ses soldats après une longue marche, sur l’assurance que lui avait donnée Kit Carson que les Californiens n’étaient que des lâches et des couards. Lui-même blessé dans l’affrontement, il lui avait bien fallu reconnaître que les Californiens étaient en fait "les meilleurs cavaliers du monde". Secourus par d’autres troupes américaines, les soldats de Kearny arrivent à San Diego le 12 décembre 1846. Le 10 janvier 1847, Los Angeles est reprise, sans fait d’armes notable. Le 13 janvier 1847, Andrés Pico, au nom des Californiens, signe avec John Charles Frémont la capitulation de Cahuenga, terminant ainsi la résistance en Californie. Mais ces opérations militaires présentent l’originalité d’être les seules victoires remportées par les Mexicains pendant cette guerre. Le Mexique est attaqué de tous côtés : par le nord, sur le Rio Grande, par l’est, à Vera Cruz et à Santa Fe, et par l’ouest, en Californie. Les forces américaines sont disproportionnées par rapport à celles du Mexique, où les fréquents coups d’Etat militaires ont encouragé la désorganisation, et qui surtout ne dispose pas de forces maritimes capables de faire échec au blocus américain. La victoire des Etats-Unis apparaît inévitable dès le début, mais la progression des armées est cependant lente, dans un pays où le réseau routier est déficient, et où la population leur est très hostile. En septembre 1846, les troupes du général Taylor prennent Monterey, et Buena Vista en février 1847. Celles du général Scott, débarquées à Vera Cruz en mars 1847, entrent le 14 septembre 1847 dans Mexico. Le Mexique semble abattu, à genoux. Mais ce n’est que le 2 février 1848 qu’un gouvernement hâtivement formé consent enfin à signer le traité de Guadalupe Hidalgo, qui lui retire 55 % de son territoire (du Texas au Pacifique), contre une indemnité de quinze millions de dollars. Le noeud est tranché. A San Francisco en 1846, l’occupation navale des Etats-Unis marque les débuts de l’essor du village. De moins de 50 habitants en 1844, la population passe à 200 en 1845, et à 459 (dont 375 blancs) au milieu de 184758. La ruée vers l’or apporte par la suite une modification quantitative considérable, mais s’intègre finalement dans une dynamique déjà en place. La politique française dans le Pacifique : colonies, points d’appui ou protectorat ? De l’observatoire que constitue la Californie, il est intéressant d’observer les progrès de la présence française dans l’océan Pacifique59, et les caractères de sa politique par rapport à ces régions. Ce sont les débuts d’une tradition par rapport à cet "océan de l’an 2000". De ce tourbillon de rivalités, la France apparaît bien absente, tandis que les principales puissances maritimes s’opposent sur les côtes de Californie. Elle conserve une attitude de retrait, toujours déchirée entre sa vocation maritime et sa politique continentale. Elle est tournée vers l’Europe, mais ses tentatives d’expansion y sont continuellement bloquées par ses voisins. Les guerres de la Révolution et de l’Empire l’ancrent sur le continent en détruisant sa flotte. Dès la paix signée, les négociants des ports, en particulier ceux de Bordeaux, cherchent à retrouver les anciens marchés où leurs rivaux se sont installés pendant leur longue absence, et s’efforcent d’ouvrir de nouvelles perspectives. Dès 1816, un armateur de Bordeaux, Balguerie junior, envoie un navire, le Bordelais, dans l’océan Pacifique, sur la côte du Nord-Ouest et en Chine60. Mais la Restauration marque un retour aux pratiques héritées de Colbert : mercantilisme et protectionnisme61. Les négociateurs de la paix s’attachent en priorité à récupérer les colonies à sucre des Antilles ou de l’océan Indien, afin de continuer la politique d’exploitation systématique qui était celle de l’Ancien Régime. Leur étroitesse de vue ne favorise pas les expéditions vers des espaces lointains, où les bénéfices sont incertains. La Monarchie de Juillet développe une nouvelle conception de la prospérité française dans laquelle s’intègre une politique de points d’appui, à la fois bases navales et entrepôts commerciaux. Pour cela il faut une marine marchande dynamique, que les aides gouvernementales cherchent à favoriser, et une Marine royale forte. La politique des points d’appui dans l’océan Pacifique ne se conçoit qu’accompagnée d’un développement de la présence de la Marine et inversement. Après l’échec en Nouvelle-Zélande, l’effort se porte vers l’acquisition des îles Marquises et de Tahiti. Ce sont des bases navales, mais le problème n’est pas résolu de savoir ce qu’elles deviendront. Par exemple, quel avenir envisager pour Tahiti, entrepôt ou colonie, celui de Singapour ou celui des Antilles ? C’est un problème économique auquel tous les membres du gouvernement n’apportent pas la même solution. Ainsi le ministère des Finances refuse-t-il d’envisager le moindre assouplissement de sa politique protectionniste. Le regard français se porte aussi sur les anciens établissements russes, dont la propriété est incertaine, et qui se trouvent situés entre l’Orégon, que se disputent l’Angleterre et les Etats-Unis, et la Californie. Situés juste au nord du port de San Francisco, leur position présente deux avantages, celui de bloquer la progression, de l’expansion anglo-saxonne venue du nord, et éventuellement de profiter des opportunités qui pourraient s’offrir dans le nord de la Californie. Le ministère des Affaires étrangères insiste en 1845 pour que des bâtiments de guerre passent en Californie, et le ministère de la Marine envoie des instructions en ce sens au contre-amiral Hamelin, commandant de la station navale française dans l’océan Pacifique62. La station française se compose de quatre bâtiments, et trois autres, dont un à vapeur, sont affectés à la subdivision des îles Marquises et Tahiti. Deux corvettes de charge assurent les approvisionnements63. Aucun bâtiment français ne se présente en Californie entre 1840 et 1845. Encore le passage de la Danaïde en 1840 est-il fortuit, et dû à une nouvelle alarmiste, mais fausse. En 1845, le commandant de l’Héroïne estime qu’il ne peut pas, et n’a pas besoin d’aller jusqu’à La Bodega, ce qui était pourtant sa mission explicite. Les marins stationnés sur place, commandants des stations ou même simples capitaines, manifestent une curieuse répugnance à se rendre et à séjourner dans des contrées qui leur semblent moins importantes que le sud du continent. La géographie des centres d’intérêt est très éclairante. La Marine et les Colonies s’occupent en priorité des archipels et de la côte sud du continent américain. Ce sont les Affaires étrangères qui désignent la côte du Nord-Ouest. Il ne s’agit pas de la Californie, dont le statut de province mexicaine est respecté. Un conflit avec le Mexique doit être évité, même si (et peut-être d’autant plus que) en 1838 la France n’a pas reculé devant une démonstration de force à Vera Cruz. La Bodega ferait un bon point d’appui, en particulier parce qu’elle peut fournir le bois dont la marine à voiles a besoin pour les mâts et les réparations. Mais son achat, proposé par Duflot de Mofras, et apparemment envisagé64, pose des problèmes diplomatiques par rapport à la Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. Si l’Orégon reste anglais, l’acquisition de La Bodega est possible, car cet ancien territoire russe constituerait un coin, une frontière entre les domaines anglais et mexicain. Si les Etats-Unis s’approprient l’Orégon, puis la Californie, un tel projet devient sans objet car il n’est pas tenable, et revient à créer un corps étranger facile à expulser. L’expansionnisme américain est soutenu par une population nombreuse, et en accroissement rapide. Il lui faut des terres. Il n’y a pas en France assez de population disponible pour une semblable entreprise, ni d’ailleurs de politique, de doctrine, de pratique coloniale permettant de prendre possession de la Californie65. Peut-être la France pourrait-elle cependant envisager une domination atténuée sous forme de protectorat. Certains veulent le croire, et Duflot de Mofras conseille d’envoyer des missionnaires français pour lui gagner une population déjà catholique. La France connaît en Californie un grand prestige militaire et culturel, dont les Français recueillent un bénéfice d’estime. Rien ne permet cependant d’assurer qu’un protectorat français serait accepté par les Californiens, même si la France compte des partisans dans le peuple aussi bien que parmi les dirigeants. A la fin de la guerre des Etats-Unis et du Mexique, en grande partie motivée par la volonté américaine d’annexer la Californie66, l’acquisition par l’Union de la moitié du territoire mexicain augmente en France les préoccupations que suscitent l’expansionnisme anglo-saxon protestant républicain, et les menaces qu’il fait planer sur le reste de l’Amérique hispanique catholique. La "doctrine de Monroe", considérée au début comme une rodomontade, commence à être envisagée avec inquiétude. L’établissement d’un régime républicain en 1848 étouffe provisoirement ce sentiment, mais il refait surface avec le Second Empire, et l’expédition du Mexique. Le flux et le reflux des empires67 Aux confins des empires, la Californie est un bon endroit d’où observer les phénomènes de substitution des pouvoirs. En Europe, l’esprit de conquête est depuis des siècles la cause de guerres meurtrières. Dans le Pacifique Nord, le heurt des Impérialismes commence seulement. A l’échelle du Pacifique Nord, la fin du XVIIIe siècle est marquée par la progression l’un vers l’autre de deux empires, celui des Espagnols et celui de la Russie. Mais si l’on considère une période longue de plusieurs siècles, et si l’on prend en compte le point de départ de ces progressions, il apparaît clairement que ces deux empires, dont l’expansion est très ancienne, sont en bout de course. S’ils veulent se réserver des territoires peu occupés, ils n’en ont pas vraiment les moyens. C’est ce que montre le début du XIXe siècle. L’Espagne ne peut pas conserver ses colonies américaines. Quant à la Russie, il lui faut en priorité consolider ses positions sur la frontière chinoise. Pendant les années 1830 et 1840 elle se tourne davantage vers l’Asie centrale, où la route vers la Chine à travers le Turkhestan est la cause de guerres avec les petits potentats locaux qui la contrôlent. Les Anglais sont une force montante. Ils ont appuyé leur empire sur le commerce maritime. Aussi le Pacifique leur inspire-t-il un intérêt certain, mais bien moindre cependant que l’océan Indien qui protège la route des Indes. Les épices et l’opium sont bien plus importants que les fourrures, même si la possession d’une fenêtre sur le Pacifique à hauteur de l’île Vancouver reste vitale. La France est écartelée entre sa triple vocation, continentale, méditerranéenne et océanique, et connaît une expansion par à-coups. Les premières explorations menées dans le Pacifique ne sont pas suivies d’effets, la Louisiane, perdue en 1783 mais récupérée en 1801, est vendue en 1803. Jusqu’en 1843, faute de bases, la Marine reste exposée dans le Pacifique aux aléas politiques des régions instables de l’Amérique du Sud. La France n’a pas dans l’océan Pacifique de politique claire et continue, et diverses tentatives, en direction de la Nouvelle-Zélande, des Philippines, et même des îles Hawaï, n’aboutissent pas. Par contre, les Etats-Unis accordent à la
côte sur le Pacifique une importance stratégique déterminante. Les commerçants
venus de Nouvelle Angleterre et de New York y pratiquent depuis longtemps un
commerce qui n’est qu’un maillon de leurs relations avec la Chine et les
archipels. Ils apprécient à leur juste valeur les ports de CARTE Californie, et se soucient fort d’éviter qu’ils ne tombent entre les mains de leurs concurrents britanniques. Désireux de les annexer, ils trouvent des alliés naturels dans les agriculteurs de l’Ouest à la recherche de terres nouvelles et de marchés plus profitables. Le mythe d’une Californie jardin d’Eden68, le slogan de la "Destinée manifeste" réservée par Dieu au peuple américain mobilisent les énergies. Les Etats-Unis ont sur leurs concurrents l’avantage d’être une nation jeune, avec une grande vitalité, plus proche aussi des côtes du Pacifique, une fois passées les Montagnes Rocheuses. Ils tirent de leur progression vers l’ouest une très grande confiance dans leur capacité d’absorption de territoires et de peuples. En 1846, les Etats-Unis et le Mexique se trouvent face à face, puissances présentes sur le même continent et opposées pour la domination des mêmes territoires. Mais les forces sont inégales. Les Etats-Unis conjuguent l’attaque par mer et la progression par voie de terre. La rapidité avec laquelle la marine américaine s’empare de la Californie montre la faiblesse du Mexique, qui ne peut rien opposer au blocus de ses côtes69. En 1846, les Etats-Unis ont onze bâtiments dans l’océan Pacifique. Par comparaison, la France en a seize, et l’Angleterre quinze70, mais leurs terrains principaux d’action sont ailleurs. L’arrivée des Américains sur la côte du Pacifique clôt un cycle d’avancée par une guerre d’expansion71. Le 11 août 1847, le Times de Londres commentait ainsi l’occupation de la Californie par les Etats-Unis : "A partir d’un port aussi avantageux, la voie est tracée de façon directe et claire vers la Polynésie, les Philippines, la Nouvelle Hollande (l’Australie), et la Chine, et il n’est pas absurde de supposer que les négociants actifs sur ce futur marché pourraient aussi ouvrir le commerce du Japon 72." En effet, les étapes suivantes dans la progression des Américains, après l’ouverture du Japon en 1853, l’achat de l’Alaska en 1867, les conduisent jusqu’aux îles Samoa en 1878, et en 1898 aux îles Hawaï et Philippines.
________ Notes: Cette étude est inspirée d’une partie de ma thèse soutenue en janvier 1990 sur "Les relations de la France et de la Californie avant la ruée vers l’or (1786-1848)" à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, 4 vol., 936 p. bibli, index, récompensée par le prix des Jeunes Historiens de la Commission Française d’Histoire Maritime, et du séminaire du professeur Jean Heffer, de l’E.H.E.S.S., qui prépare un livre sur les Etats- Unis et le Pacifique du XVIIIe au XXe siècle. Plutarque, Vies des Hommes illustres de la Grèce, Alexandre, 18. Alfred Robinson, Life in California, 1ére ed. 1846, Santa Barbara, Peregrine Press, 1970, p. 40. Carte 1, l’avancée des empires dans le Pacifique Nord. Je tiens à exprimer ma très vive reconnaissance à Bernard Alidières, qui a réalisé les cartes qui illustrent cet exposé. Warren Cook, Flood Tide of Empire, Spain and the Pacific Northwest, 1543-1819, New Haven and London, Yale University Press, 1973, p. 9. Louis Dermigny, La Chine et l’Occident. Le commerce de Canton au XVIIIe siècle. 1719-1833, Paris, Imprimerie nationale, 4 vol., 1964. Louis Dermigny, "Circuits de l’argent et milieux d’affaires au XVIIIe siècle", Revue historique, 1954, p. 241. Henry R. Wagner, "Creation of Rights of Sovereignty through Symbolic Acts", Pacific Historical Review, vol..7, 1938, pp. 297-326. Warren Cook, op. cit., p. 43. P. A. Tikhmenev, A History of the Russian-American Company, translated and edited by Richard N. Pierce and Alton S. Donnelly, Seattle and London, University of Washington Press, 1978, 522 p. Martine Acerra et Jean Meyer, La grande époque de la marine à voile, Rennes, Ouest-France, 1987, p. 153. Monnaie d’argent espagnole. Dans son introduction au Voyage autour du monde pendant les années 1790, 1791, 1792 par le capitaine Etienne Marchand 4 vol., Paris, Imprimerie nationale, an VI, Charles Pierre Claret de Fleurieu écrit p.lxxv, "Le gouvernement de France ... ne pouvoit voir avec indifférence le mouvement général qui se préparoit dans le commerce étranger." Catherine Gaziello, De l’expédition de Lapérouse aux voyages de Cook, 1785-1788, Paris, Comité des Travaux Historiques et Scientifiques, 1984, 321 p. William L. Schurz, "The Spanish Lake", The Hispanic American Historical Review 1922, p.186 note 17. Margaret Steven, Trade, Tactics and Territory. Britain in the Pacific 1783-1823, Melbourne, Melbourne University Press, 1983, p. 20. William R. Manning, "The Nootka Sound Controversy", Annual report of the American Historical Association for the Year 1904, Washington, Government Printing Office, 1905, pp. 281-478. Archives parlementaires 1787-1860, vol. XV-XVIII. 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Instructions du secrétaire d’Etat, John Forsyth, au chargé d’affaires américain à Mexico, Anthony Butler, 6 août 1835. R. G. Cleland, op. cit., p. 17. Cdt Charles Wilkes, Narrative of the United States Exploring Expedition during the Years 1838, 1839,1840, 1841, 1842, 5 vol., London, Wiley & Putnam, 1845. La mission d’Eugène Duflot de Mofras est étudiée en détail dans le chapitre 12 de ma thèse. Jean-Paul Faivre, L’expansion française dans le Pacifique, 1800-1842, Paris, Nouvelles Editions Latines, 1953, pp. 443-458. Grâce à son affiliation à la franc-maçonnerie. Léonce Jore, L’océan Pacifique au temps de la Restauration et de la Monarchie de Juillet, 1815-1848, 2 vol., Paris, Besson et Chantemerle, 1959, tome I, p. 195. L. Jore, op. cit., tome I, p. 201. Carte 2, les rivalités des années 1840. Pierre Renouvin, Histoire des Relations internationales, tome V, Paris, Hachette, 1954. P. Renouvin, op. cit., p. 229. François Guizot, Mémoires pour servir à l’Histoire de mon temps, 8 vol., Paris, Michel Lévy frères, 1858-1867, tome VII, 1865, p. 45. Abel Aubert Dupetit-Thouars, Voyage autour du monde sur la frégate la Vénus pendant les années 1836-1839, Paris, Gide, 1840-1864, 11 vol. Note sur les îles Marquises, Archives nationales Marine BB/2/287. J.P. Faivre, op. cit., pp. 487-489. Dépêche du consul général au Chili, Cazotte 2 avril 1842, Archives des Affaires étrangères (A.E.) Correspondance Consulaire et Commerciale Santiago vol.3, p. 448. H.H. Bancroft, op. cit., tome IV, p. 301. H.H. Bancroft, op. cit., tome IV, pp. 302-311. J.P. Faivre, op. cit., p. 32. John O’Sullivan, The United States Magazine and Democratic Review, vol.17, July-August 1845, pp. 7-10. Robert G. Cleland, "Asiatic trade and American Occupation of the Pacific Coast", Annual Report of the American Historical Association for 1914, vol. I, pp. 281-289. Les récits de voyageurs soulignent les avantages des ports de Puget Sound et San Francisco, par exemple Charles Wilkes, op. cit. 51. Norman Graebner, Empire on the Pacific, A Study in American Continental expansion, New York, Ronald Press, 1955, 278 p. Cité par Norman A Graebner, "Maritime Factors in the Oregon Compromise", Pacific Historical Review, vol. 20, 1951, p. 340. Frederick Merk, "The British Corn Crisis of 1845-1846 and the Oregon Treaty", Agricultural History, vol. 8, July 1934, pp. 95-123. Il faut aussi considérer que les responsables anglais estimaient qu’un conflit avec les Américains entraînerait une guerre avec la France dans les six mois. Correspondance, Peel to Ellenborough 8 Feb. 1846, Ellenborough to Peel, 8 March 1846, citée par John gach, "The Imperial Defense of the Pacific Ocean in the Mid-Nineteenth Century : Ships and bases", American Neptune, vol. 32, 1972, p. 237. 8 avril 1846, A.E. Correspondance politique USA vol. 102, f. 76. "Ainsi pour la première fois (mais non la dernière) un président américain avait engagé la nation dans une guerre, sans la déclaration formelle que demandait la Constitution", John A Garraty, The American nation, A History of the United States to 1877, New York, Harper & Row, 1983, vol. l, p. 297. La Grande-Bretagne profite de l’éclatement du conflit pour laisser entendre qu’elle pourrait aider le Mexique, et ainsi hâter la solution de son propre litige avec les Etats-Unis. P. Renouvin, op. cit., tome V, p. 240. William H. Emory, Notes of a Military Reconnaissance, from Fort Leavenworth in Missouri, to San Diego, in California, With the Advanced Guard of the ’Army to the West", Washington, Wendell and van Benthuysen, 1848. T. S. Berry, Early California Gold Prices Trade, Richmond, 1984, p. 7. Ces questions sont développées dans la troisième partie de ma thèse, chapitres 11 et 13. Camille de Roquefeuil, Journal d’un voyage autour du monde, pendant les années 1816, 1817, 1818 et 1819, 2 vol., Paris, Ponthieu, 1823. Robert Boutruche, "Existe-t-il une continuité dans la politique coloniale de la France ?", Revue historique, vol.173, 1933, p. 264. 20 février 1845, dépêche du ministère de la Marine au contre-amiral Hamelin, Archives nationales Marine BB/4/633. AN Marine BB/4/633. La même année les Anglais ont onze bâtiments et les Américains huit. J. Bach, op. cit., p. 237. En 1844, au ministère de la Marine, une lettre du consul de France à Mazatlan est annotée : "...cette communication prouve que nous pouvons tirer grand parti de la Californie pour nos Etablissements de l’Océanie... Si Mr Bruat doit suivre ces opérations avec la Californie, ce serait une excellente occasion pour lui de faire étudier l’affaire de la Bodega." Malgré les thèses développées par le professeur Abraham Nasatir, French Activities in California : An Archival Calendar-guide, Stanford University, Stanford University Press, 1945, 541 p. Don E. Fehrenbacher, "The Mexican War and the Conquest of California" in Essays and Assays : California History Reappraised, San Francisco, California Historical Society, 1973, pp. 55-63. Carte 3, axes d’expansion et rivalités. Henry Nash Smith, Terres Vierges. De l’Ouest américain considéré comme symbole et comme mythe, Vent d’Ouest, 1967, ed. anglaise Harvard University Press, 1950. Il tente d’accorder des lettres de course à des Français, ce dont se plaignent les Etats-Unis, et le gouvernement français l’empêche. D’après les archives de l’Amirauté. J. Bach, op. cit., p. 237. Claude Fohlen, "La tradition expansionniste des Etats-Unis au XIXe siècle", dans L’expansionnisme et le débat sur l’impérialisme aux Etats-Unis, 1805-1909, Americana n° 2, Paris, Presses de l’Université Paris-Sorbonne, 1988, pp. 11-20. Cité par David M. Pletcher, Diplomacy of Annexation, Texas, Oregon and the Mexican War ; Columbia, MO, University of Missouri Press, 1913, p. 577.
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