| Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d'Histoire Militaire, Institut d'Histoire des Conflits Contemporains |
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CHAPITRE IV - OGARKOV ET LA REVISION DE LA DOCTRINE (1976-1985)
La période 1976-1985 a été marquée, dans le domaine stratégique et politico-militaire, par une situation de crise proche parfois de l’affrontement entre les deux systèmes. En juin 1978, le secrétaire général du PC soviétique, Léonide Brejnev, reconnaissait ainsi que le monde connaissait "sinon un retour de la guerre froide" tout au moins traversait une période de "guerre fraîche"95. Tel expert occidental parlait, de son côté, de "nouvelle guerre froide"96, tel autre de "seconde guerre froide". Cette période a également été marquée par la personnalité du maréchal Ogarkov, le chef de l’état-major général soviétique, qui relance - au moins dans sa dimension publique - le débat stratégique en URSS. Son objectif consiste à faire introduire dans le discours politique un véritable aggiornamento en matière stratégique. Il s’agit en priorité de faire admettre, par le pouvoir politique, le concept de dissuasion qui paraît déjà admis par nombre d’officiers de l’état-major. Le débat sur ce point s’inscrit aussi dans le cadre de la révision d’aspects plus opérationnels du concept stratégique, confirmant, une fois encore, la validité de l’hypothèse d’un conflit - nucléaire ou non - limité à l’Europe.
C’est à partir du dernier tiers de la décennie soixante-dix que l’on peut relever des allusions de plus en plus claires et précises qui conduiront, cette fois-ci explicitement et officiellement, le pouvoir soviétique à reconnaître la fonction dissuasive de ses propres armes nucléaires. Il est communément admis que le discours que prononce L. Brejnev à Toula, le 18 janvier 1977, marque le début de l’adoption du concept de dissuasion dans la doctrine stratégique soviétique. Dans ce discours, le secrétaire général annonce notamment l’adoption par l’URSS du principe de non-emploi en premier de l’arme nucléaire, précisant que : "les efforts [de l’URSS] sont orientés de façon à ce qu’il ne puisse y avoir ni première ni deuxième frappe et qu’en général, il n’y ait pas de guerre nucléaire. Notre approche de cette question peut être formulée ainsi : le potentiel défensif de l’URSS doit être suffisant pour que personne ne prenne le risque de violer notre vie pacifique" 97. Tels étaient les propos de Brejnev à Toula, qui reprenait, notamment sur la question du non-emploi en premier de l’arme nucléaire, une proposition avancée deux mois plus tôt par le Comité politique consultatif du Pacte de Varsovie. Dans sa déclaration du 26 novembre 1976, le Pacte avait en effet proposé aux pays signataires de l’Acte final d’Helsinki, de "souscrire à l’obligation de ne pas utiliser en premier l’arme nucléaire les uns contre les autres" 98. En réalité, il faut revenir au printemps de cette même année 1976 pour constater les premiers signes d’un changement sollicité par les plus hautes instances du pouvoir. En avril 1976, Iu. Andropov, alors membre du Bureau politique et chef du KGB, déclare que la question de la guerre et de la paix "qui n’est pas neuve doit, aujourd’hui, être reposée et résolue de façon nouvelle. Ceci est lié au fait que, dans les relations internationales, est apparu le socialisme mondial, puissant et influent… Ceci est lié aussi à l’apparition d’une arme d’une énorme force de destruction qui rendrait catastrophiques les conséquences d’une guerre" 99. Dans ce discours, le futur secrétaire général du PCUS affirme deux choses. La première est un appel à une rénovation de la réflexion sur les questions de la guerre et de la paix, en relation avec l’apparition d’armes nouvelles et d’une conception nouvelle de l’équilibre stratégique. La seconde, plus implicite, est qu’une guerre nucléaire conduirait à un suicide pour l’humanité toute entière et non plus, comme cela était admis jusqu’alors en URSS, pour les seuls initiateurs d’une telle guerre. Or, de tels propos sont, on l’a vu, condamnés depuis les années cinquante par les tenants de l’orthodoxie. Le lancement de l’idée du non-emploi en premier, l’affirmation selon laquelle il faut empêcher le déclenchement d’une guerre nucléaire et la réévaluation des conséquences d’une telle guerre marquent un incontestable changement dans le discours stratégique soviétique. Pourtant, il ne semble pas pour autant que l’on puisse raisonnablement faire remonter l’introduction de la notion de dissuasion dans l’arsenal conceptuel soviétique au discours de Brejnev à Toula. Ce discours marque certes une étape, mais il s’inscrit dans un ensemble plus vaste. Le fait que certains aient pu tirer de telles conclusions pourrait être dû à l’existence de certaines traductions en anglais de ce discours de Toula, des traductions que l’on peut considérer comme approximatives - volontairement ou non - et qui ont pu conduire à une telle interprétation. En effet, que dit le texte en russe ? Il dit, mot à mot, que le potentiel soviétique doit "être suffisant pour que personne ne risque de violer notre vie pacifique". La traduction en anglais de ce texte - une traduction effectuée par les soviétiques mais reprise par de nombreux auteurs anglo-saxons, y compris les plus sérieux et les plus compétents en la matière - utilise le verbe "dissuader"100. La question qui se pose est de savoir, dans ce cas, pourquoi Brejnev n’a pas utilisé le terme de dissuasion puisque, un terme - et même deux - existe dans la langue russe. L’interprétation la plus logique de cette situation est que, pour des raisons qui seront étudiées plus loin, Brejnev ne souhaitait pas utiliser une telle formule car elle ne correspondait pas à l’essence même de son propos : la suffisance prônée par le secrétaire général ne peut pas alors être conçue comme un équivalent de la dissuasion. Mais il est aussi une autre raison qui s’oppose à cette interprétation et qui doit être reliée au communiqué du Pacte de Varsovie de novembre 1976 et à la proposition, reprise à Toula, de non-emploi en premier de l’arme nucléaire. Cette proposition de non-emploi en premier peut être lue de deux manières : la première renforce l’hypothèse selon laquelle l’URSS se préparerait à mener un conflit en Europe, limité à l’utilisation des armes classiques pour lesquelles elle dispose toujours de la supériorité. La seconde, découlant de la première, renforcerait effectivement l’hypothèse selon laquelle les armes nucléaires stratégiques soviétiques assurent effectivement une fonction dissuasive entre les deux superpuissances. Mais cette dissuasion serait une dissuasion ex post (intra-war deterrence) et non une dissuasion ex ante (pre-war deterrence) destinée à interdire le déclenchement d’un conflit majeur101. Ceci dit, si l’utilisation du terme de dissuasion pour traduire ce qui disait Brejnev à Toula est effectivement abusive, il n’en demeure pas moins que, sur le fond, les choses commencent à bouger en URSS. Mais cette mutation n’arrivera à son terme que deux ans plus tard. C’est en effet à partir de 1979 que se multiplient les références, non pas tant à la dissuasion elle-même, qu’à l’idée d’impossibilité ou d’absurdité d’une guerre nucléaire, d’impossibilité d’obtenir la victoire dans une telle guerre. Autant d’affirmations qui peuvent être considérées comme des éléments constitutifs de la dissuasion. Le mot lui-même n’en reste pas moins encore tabou en URSS et impropre à qualifier sa pensée militaire. Mais il est certain qu’à la fin de la décennie soixante-dix, l’on assiste à une incontestable rupture par rapport aux discours antérieurs. Il faut pourtant attendre le début de la décennie suivante pour que cette nouvelle approche soit officiellement intégrée dans le discours. Entre ces deux moments, ce sont essentiellement les "experts" qui sont chargés de lancer un débat qui conduira à l’officialisation du changement. De ce point de vue, on peut s’interroger sur le rôle joué par le Congrès mondial de science politique qui se tient à Moscou en août 1979. C’est en effet à l’occasion de ce congrès que plusieurs orateurs lancent ce qui paraît être moins des "ballons d’essai" que des signaux - tant à usage interne qu’externe - sur un changement d’approche de la stratégie soviétique. Cette date de 1979 n’est d’ailleurs pas innocente puisque c’est au cours de cette même année que le maréchal Ogarkov, alors chef d’état-major général, publie son article "stratégie" dans l’Encyclopédie militaire (voir plus loin). Au cours de ce Congrès de science politique et dans les sessions consacrées aux questions politico-militaires et internationales, plusieurs auteurs soviétiques vont en effet tenir un certain nombre de propos qui ne trouvaient jusqu’alors guère d’échos dans le discours politique. L’académicien Georgi Arbatov, directeur de l’Institut des États-Unis et du Canada, reconnaît ainsi explicitement l’utilité de la dissuasion dans la prévention des guerres à l’âge nucléaire, affirmant notamment : "Mis à part quelques écarts et d’énormes excès, le développement des systèmes d’armes stratégiques a tendu, durant les deux décennies passées, à réfréner - ou à dissuader - et peut-être à renforcer la dissuasion. Sans idéaliser le moins du monde l’idée de la dissuasion, disons qu’elle fut à l’origine de la situation d’impasse stratégique qui a permis, jusqu’à présent, d’éviter un conflit nucléaire général" 102. Lus avec le recul du temps, ces propos de G. Arbatov paraissent bien archaïques et encore fort bellicistes. Mais, par rapport aux discours entendus à l’époque, ils constituent une innovation d’autant plus importante qu’elle n’est pas isolée puisque d’autres orateurs ont également adopté, certes sur un autre registre, une approche similaire. Fedor Bourlatski, ancien conseiller de Khrouchtchev, en semi-disgrâce sous Brejnev, mais qui reviendra sur le devant de la scène politique avec M. Gorbatchev, a également, à l’occasion de ce même congrès de science politique, adopté une vision que l’on pourrait qualifier de "révisionniste". Il commençait en effet à s’attaquer à l’un des mythes les plus solides de la réflexion stratégique soviétique : la formule de Clausewitz, dans sa version léniniste. Sans utiliser explicitement le terme de dissuasion, il n’en définit pas moins tous ses contours. Sur le fond, et par rapport au dogme établi, on peut considérer que sa conception est encore plus avancée que celle de G. Arbatov. F. Bourlatski affirme ainsi, à la suite, notamment du général Talenski, qu’"à l’époque nucléaire, les objectifs politiques de la guerre changent considérablement. La formule de Clausewitz affirmant qu’une grande et puissante guerre correspond à une grande et puissante politique ne convient plus dans les conditions d’un conflit thermo-nucléaire car, plus une telle guerre prend de l’envergure, moins elle est conforme aux intérêts de la grande politique, étant donné que les vainqueurs ne seront pas dans une situation meilleure que les vaincus" 103. Et Bourlatski ajoutait, pour confirmer sa conception, que "la course aux armements et le perfectionnement des armes de destruction massive rendent la guerre mondiale tellement absurde que sa menace disparaît d’elle-même" 104. De telles analyses sont certes importantes mais, d’une part elles ne sont pas neuves, d’autre part, elles restent insuffisantes pour affirmer qu’un changement est d’ores et déjà admis, officialisé. Il s’agit là, plutôt, de l’étape intermédiaire qui précède l’officialisation du changement car tous ces "signaux" ou "ballons d’essai" sont confirmés et confortés par des textes ou déclarations de personnalités aux fonctions plus affirmées. Ceci intervient à deux niveaux distincts. Le premier niveau, plus indirect et plus discret, est l’article "stratégie" de l’Encyclopédie Militaire signé par le maréchal Ogarkov. Le second, plus explicite, mais dans un ordre "hiérarchique" autre, est un article paru dans l’organe théorique du Comité central, la revue Kommunist. Dans son article de l’Encyclopédie Militaire, le maréchal Ogarkov présente de la stratégie soviétique une vision pour le moins ambivalente au regard de la conception sokolovskienne. Cet article peut en effet être lu comme une refonte totale de la doctrine en vigueur en ce que le maréchal Ogarkov n’envisage pas comme inéluctable, dès la phase initiale de la guerre, l’engagement des armes nucléaires, celles-ci restant destinées moins à l’emploi qu’à la menace de leur emploi105. Mais le contexte politique d’alors ne permet pas encore d’affirmer explicitement que l’URSS aurait adopté un concept stratégique nouveau. C’est plutôt par des considérations indirectes du chef de l’état-major que l’on peut percevoir l’annonce du changement - plus que le changement lui-même. Ces considérations se rapportent notamment à la guerre limitée et à sa phase initiale (voir plus loin). C’est d’ailleurs sur ces questions que le maréchal Ogarkov et ses partisans feront porter leurs priorités, considérant que, pour les militaires, la question de la fonction dissuasive des armes nucléaires stratégiques est une affaire réglée et qu’il convient désormais de s’attacher à moderniser les armements classiques. L’autre élément de confirmation du changement de doctrine est le fait d’un article, publié au début de 1980 dans la très officielle et orthodoxe revue Kommunist. Et l’on sait que les textes qui y sont publiés ont - ou tout au moins avaient à l’époque - nécessairement l’aval du Comité central et donc du pouvoir politique dans son ensemble. Dans son numéro d’avril, cette revue publie un article d’Alexeï Arbatov - le fils du Georgi Arbatov, déjà cité - dans lequel il est explicitement écrit que "la doctrine stratégique soviétique a un caractère foncièrement défensif et [que] sa puissance nucléaire balistique sert à dissuader un adversaire potentiel" 106. Mais si le progrès dans la reconnaissance du changement est incontestable en ce début de 1980, il faut encore attendre un an avant que le changement ne soit officialisé par les plus hautes instances du pouvoir. Car, et cela est une des constantes de la vie politique soviétique, tant que le secrétaire général et, pour ce qui concerne les questions politico-militaires, le ministre de la Défense, n’ont pas personnellement repris les idées, les concepts ou… les mots nouveaux, le changement ne peut pas être considéré comme stabilisé et officialisé. C’est donc au cours de l’année 1981 que Brejnev va aborder cette question sinon directement de la dissuasion, tout au moins de l’impossibilité ou de l’absurdité de mener une guerre nucléaire. De plus - et c’est le lieu le plus solennel pour officialiser un changement - c’est à la tribune du XXVIe Congrès du PCUS qui se tient en février 1981 que Brejnev apporte des nuances au discours passé. Le secrétaire général affirme ainsi que "l’équilibre militaro-stratégique instauré entre l’URSS et les États-Unis, entre l’OTAN et le Pacte de Varsovie sert objectivement le maintien de la paix sur notre planète" 107. Poursuivant cette logique, il affirme plus loin que "les peuples doivent connaître les conséquences désastreuses qu’aurait pour l’humanité une guerre nucléaire" 108. Quelque temps plus tard, Brejnev revient sur cette question dans un discours qu’il prononce à Kiev, le 9 mai 1981, et dans lequel il affirme : "Les moyens de conduite des guerres, les moyens de destruction massive ont pris actuellement une dimension telle, que leur utilisation poserait la question de l’existence de nombreux peuples et même plus, de toute la civilisation actuelle" 109. Et il réitère cette affirmation devant le Soviet suprême le 23 juin suivant : "Nous savons que le caractère des armes modernes est devenu tel que, si elles étaient mises en œuvre, l’avenir de toute l’humanité serait posé" 110. Pourtant, le 22 mai précédent, à Tbilissi, Brejnev avait montré quelles étaient les limites du tolérable pour ce que l’on n’appelait pas encore "les conservateurs" du régime soviétique. Si le pouvoir en place veut bien admettre une mutation dans la conception des guerres et de leur fonction politique, il est encore certains mots qui, au moins dans la bouche des politiques, restent difficiles à prononcer. Ainsi, le mot dissuasion : "La paix fondée sur la dissuasion (Ustrachenie) mutuelle ne nous convient pas. Nous préférons la paix dans laquelle le niveau des armements est de plus en plus réduit et le niveau et la qualité de la coopération dans tous les domaines croît et se renforce" 111. On peut donc considérer que, au moins sous certains de ses aspects, le concept de dissuasion a fait son entrée officielle dans la doctrine stratégique soviétique à partir de 1981. Ceci dit, tous les responsables politiques et militaires soviétiques n’ont pas nécessairement la même conception de la dissuasion. De même, les motivations qui ont conduit certains experts - civils ou militaires - et les politiques à intégrer la dissuasion dans leur discours sont loin d’être identiques. Si le maréchal Ogarkov doit être à l’époque considéré comme le chef de file des "modernistes", les réticences de nombreux militaires sont évidentes, ce à quoi il faut ajouter l’ambiguïté de l’attitude du ministre de la Défense, le maréchal Oustinov. Est-ce ainsi un hasard si le maréchal Oustinov ne prend pas la parole lors du XXVIe Congrès du PCUS et s’il n’aborde guère cette nouvelle approche de la guerre nucléaire dans les premiers mois de 1981 alors que le secrétaire général lui-même avait lancé le "cours" nouveau ? Est-ce parce qu’il avait compris qu’en adoptant son principe, le pouvoir brejnévien venait d’en détourner le sens profond et remettait en cause la politique de modernisation prônée par le maréchal Ogarkov et, sans doute peut-être par lui-même ? Sans doute, si l’on en juge par son affirmation selon laquelle "l’URSS ne peut miser sur une victoire dans la guerre nucléaire" 112. En fait, la situation au cours des deux ou trois premières années de la décennie quatre-vingt est plus complexe qu’il n’y paraît. Il apparaît que les motivations qui, à la fin des années soixante-dix, avaient conduit les experts "modernistes" ou "réformateurs" à lancer ce nouveau discours sur la dissuasion ne sont pas identiques à celles des politiques, et notamment à celles des plus "conservateurs" qui, pourtant, finissent par s’y rallier. De plus, au moment où les politiques changent la ligne, les experts sont déjà passés à une étape ultérieure du changement. Les dirigeants politiques soviétiques n’auraient en effet intégré le concept nouveau qu’à partir du moment où ils ont estimé que celui-ci correspondait à leur propre perspective politique. Ils ont donc "récupéré" le thème de la dissuasion dans une perspective qui ne correspond pas à celle qui avait motivé son introduction par les miliaires. Car, au contraire de ce qu’espéraient les "réformateurs", la reconnaissance de la dissuasion par le pouvoir brejnévien doit d’abord servir une volonté de … ne rien faire en matière de modernisation des armes classiques et donc, indirectement, de réforme de l’économie soviétique dans son ensemble ! Après la mort de M. Brejnev, en novembre 1982, la fonction dissuasive des armes nucléaires stratégiques a été totalement assumée par la nouvelle direction soviétique et par Andropov notamment. Celui-ci affirmait en effet, non sans un certain humour - ou cynisme ! - : "on se demande pourquoi tout en reconnaissant à la France et à la Grande-Bretagne le droit à la dissuasion, on nous refuse à nous le droit d’avoir nos propres forces correspondantes de dissuasion, juste autant qu’en ont les Français et les Britanniques ?" 113. Certes, il ne mentionnait ici que des forces nucléaires soviétiques de portée intermédiaire, mais il ne faut pas oublier que ces forces sont intégrées, en URSS, dans le commandement des forces nucléaires stratégiques. Ceci dit, les données stratégiques entre l’est et l’ouest vont être largement modifiées à partir de 1983, à la suite du lancement du projet IDS par le Président Reagan. Il n’en demeure pas moins que l’un des arguments des Soviétiques contre ce projet - un projet qu’ils dénoncent immédiatement et totalement - sera justement d’accuser les États-Unis de vouloir empêcher le fonctionnement de la dissuasion nucléaire entre les deux systèmes. C’est donc paradoxalement au nom de la dissuasion que les Soviétiques condamnent l’IDS en ce qu’elle offre une "prime" à l’offensive et à des frappes nucléaires susceptibles de rester impunies. Après toutes ces années au cours desquelles experts civils et militaires ont tenté d’introduire la dissuasion dans le concept stratégique, on peut considérer que, dans cette première moitié des années quatre-vingt, et malgré l’ambivalence de ses interprétations, la dissuasion est bien ancrée dans le discours politique soviétique. Or, cette "victoire" de ceux que l’on pouvait considérer comme les "réformateurs" sera de courte durée puisque, dès le mois d’octobre 1985, six mois après son entrée en fonction, M. Gorbatchev va lancer une offensive contre le dissuasion (voir chapitre 5). Parallèlement au débat, devenu essentiellement politique, sur la dissuasion se déroule un autre débat, sous l’égide du maréchal Ogarkov et qui vise à réévaluer une doctrine Sokolovski toujours officiellement en vigueur. L’adoption du concept de dissuasion confirme surtout l’hypothèse selon laquelle l’URSS a cherché à obtenir la sanctuarisation des territoires des deux superpuissances. Mais l’adoption de ce concept a également conduit à la réévaluation de plusieurs thèmes de la réflexion stratégique soviétique. Certains sont d’ordre plus politique, tel la réactualisation d’un débat quelque peu délaissé… depuis les années vingt et qui porte sur les deux aspects de la doctrine militaire ; d’autres sont plus directement militaires, tels la réévaluation de l’articulation du nucléaire et du conventionnel, la résurgence d’un débat sur la surprise qui redevient un facteur essentiel dans la phase initiale de la guerre et qui est replacé dans le cadre d’un retour de l’art opératif avec "l’invention" des Groupes de manœuvre opérative (GMO). La distinction entre les deux aspects de la doctrine militaire (voir chapitre 1) avait été quelque peu négligée durant les années soixante et soixante-dix, évacuant ainsi une contradiction évidente entre un discours politique affirmant la nature foncièrement pacifique et défensive de la doctrine et une stratégie affichée ouvertement axée sur l’offensive. En remettant au goût du jour le thème des deux aspects de la doctrine développé par Frounze114, le maréchal Ogarkov a voulu sortir de cette contradiction dans laquelle s’était enferré le discours stratégique en URSS et rendre plus cohérent l’énoncé de la stratégie nouvelle dont l’élaboration est alors en cours. L’aspect socio-politique, rappelant la nature intrinsèquement pacifique du marxisme-léninisme est remis à sa place qui correspond au passage idéologique obligé sans lequel il n’est pas possible d’aborder "les choses sérieuses". Et de rappeler que l’URSS ne saurait se contenter d’opposer passivement à l’agresseur potentiel des moyens exclusivement défensifs. Il s’agit pour elle de "porter des coups destructeurs en riposte et de défaire l’ennemi dans n’importe quelle condition" 115. Si, sur le fond, les principes restent inchangés, il convient de relever que la préoccupation essentielle du maréchal Ogarkov est de rendre sa cohérence au discours stratégique en insistant sur la relation dialectique qu’entretiennent l’offensive et la défensive. Le chef de l’état-major va même accentuer ce point en tentant d’autonomiser les deux aspects de la doctrine l’un par rapport à l’autre. Dans un article qu’il publie peu après la sortie de l’ouvrage précité116, il affirme notamment, à propos des deux aspects de la doctrine que si l’un - socio-politique - est une "partie essentielle de la doctrine", l’autre - technico-militaire - représente les "moyens concrets pour atteindre les objectifs" définis par le premier. En d’autres termes, il convient désormais de dépasser le discours convenu pour ne s’intéresser qu’aux moyens concrets permettant l’obtention de la victoire. Mais, l’URSS étant entrée dans la logique de la dissuasion, ces aspects technico-militaires constituent également un moyen de prévention de la guerre. Quelques années plus tard, il précisera en effet qu’"à côté des facteurs socio-politiques, il en existe actuellement d’autres, purement militaires, limitant la possibilité du déclenchement d’une nouvelle guerre par les impérialistes : l’immense progrès scientifique et technique" 117. En relation avec ces deux points qui ressortissent plutôt à la théorie, l’objectif véritable du maréchal Ogarkov semble bien d’avoir voulu radicalement modifier le dogme sokolovskien d’une guerre qui serait nécessairement mondiale et nucléaire dès sa phase initiale. Il s’attache ainsi, dès la fin des années soixante-dix, à nuancer les principes en vigueur - dans les limites des contraintes qui sont imposées par le système. Ainsi, dans l’Encyclopédie militaire dont il reprend la direction de la publication à la mort du maréchal Gretchko, se charge-t-il lui même de rédiger l’article "stratégie militaire"118. Cet article, déjà cité, est particulièrement représentatif des changements en cours en URSS et des méthodes à employer pour les faire accepter car le texte proposé peut être lu de deux manières : l’une "orthodoxe", l’autre "révisionniste". Selon le nouveau chef de l’état-major général, "une guerre mondiale peut commencer à être menée, pour un temps déterminé, avec les seuls armements classiques". La lecture "orthodoxe" de ce texte peut s’inscrire dans la continuité des considérations de Sokolovski, notamment dans la troisième édition de son manuel, concernant les guerres locales susceptibles de s’étendre au niveau mondial. Mais on peut y voir également le lancement d’une conception nouvelle de la stratégie soviétique selon laquelle la future guerre mondiale pourrait commencer par une phase conventionnelle : l’emploi initial des armes classiques concernerait, dans ce cas, le théâtre central de l’affrontement et non un quelconque théâtre périphérique. Il s’agirait dans ces conditions d’inverser la logique qui prévalait jusqu’alors concernant l’articulation du nucléaire et du conventionnel. Cette vision "révisionniste" est confirmée par diverses déclarations mais aussi par la montée en puissance des armes classiques sur le théâtre européen. Elle correspond également à l’attitude du maréchal à propos de la nécessaire réforme d’une économie qui n’est plus en état de supporter une charge supplémentaire en matière de défense et qui pourrait conduire l’URSS à perdre son statut de superpuissance. Car un armement classique de la nouvelle génération ne peut guère être conçu et surtout produit par une économie en pleine crise et soumise à une planification par trop rigide. D’ailleurs, dès 1982, le maréchal s’en prendra indirectement à la planification en demandant que soit mis en place "un développement harmonieux" - et non plus "planifié" - de toutes les catégories de forces armées. S’agit-il là d’une tentative d’autonomisation de l’armée et des industries de défense à l’égard politique ? L’hypothèse est peut-être excessive mais la fronde des militaires "modernisateurs" coûtera incontestablement sa place au chef d’état-major en 1984. Son limogeage par le secrétaire général, Konstantin Tchernenko, dont le bref règne a surtout été marqué par l’immobilisme le plus total, pourrait s’inscrire dans cette logique. Toujours est-il que, dans ses nouvelles fonctions de commandant du théâtre européen, le maréchal Ogarkov a pu expérimenter les moyens de ses conceptions stratégiques, portant notamment sur la conduite d’un conflit limité - nucléaire ou non - en Europe. Car, tel est semble-t-il l’essentiel du débat stratégique soviétique. "Débarrassés" des perspectives d’un conflit majeur avec l’autre superpuissance, les Soviétiques peuvent dès lors envisager de plus en plus explicitement l’hypothèse d’un conflit est-ouest qui se déroulerait exclusivement sur le théâtre européen et au moyen des seules armes classiques. L’armement nucléaire ne serait alors susceptible d’intervenir que comme ultima ratio et plus dans une logique de frappe décisive - conformément à la tradition admise durant toute l’ère soviétique - que comme échelon de l’escalade du conflit119. Le déploiement des SS 20 dès 1976-77 entre dans cette conception qui a nécessairement été pensée une dizaine d’années plus tôt, c’est-à-dire au moment où Léonide Brejnev vient d’accéder au pouvoir et où se développe dans les milieux militaires le débat sur la réactualisation de l’opération en profondeur quelque peu négligée depuis la fin de la dernière guerre. Mais, pour mener de telles opérations en profondeur, les Soviétiques doivent tenir compte du développement très rapide, à l’ouest, de techniques d’armement d’une nouvelle génération au cours des décennies soixante-dix et quatre-vingt. Or, l’industrie soviétique d’armement ne paraît pas à même d’opérer cette "révolution industrielle" en raison de l’obsolescence générale à la fois de son appareil de production et de ses méthodes de gestion. D’où le cri d’alarme lancé par le maréchal Ogarkov en 1984 peu avant le limogeage. Celui-ci constate qu’il existe des armes classiques nouvelles dont "l’efficacité se rapproche de celle des armes de destruction massive… changeant le caractère de la préparation et de la conduite des opérations" ; et de conclure que "la mise en œuvre de types d’armes jusqu’ici inconnus… notamment par les États-Unis… sera une réalité dans un futur proche. Ne pas en tenir compte maintenant serait une faute grave" 120. Le débat est donc à la fois stratégique, mais aussi budgétaire et structurel pour l’URSS. Car la mise au point de telles armes a un coût auquel l’URSS est d’autant moins à même de faire face qu’elle est dans le même temps confrontée au défi de l’IDS qui constitue, à partir de 1983, sa préoccupation première. Néanmoins, on ne peut considérer que l’IDS ait été l’élément moteur du retour à l’hypothèse d’un conflit majeur limité à l’Europe puisque, on l’a vu, les premiers signes de ce changement d’approche apparaissent bien avant 1983. Cette reconnaissance officielle - et non plus à travers des articles de presse signés d’auteurs plus ou moins représentatifs - se manifeste lorsque le chef de l’état-major remet au goût du jour un certain nombre de thèmes qui s’inscrivent dans la perspective d’un tel conflit limité. Ainsi le rôle de la surprise et de la phase initiale de la guerre sont-ils des signes indubitables de cette nouvelle approche en ce qu’ils sont désormais considérés comme des "facteurs d’une signification stratégique essentielle" 121. La reprise de ces thèmes doit être également mise en corrélation avec celui de l’importance de la phase de mobilisation. Sur un plan plus conjoncturel, cette insistance sur la mobilisation semble devoir être mise en corrélation avec les difficultés de mise en œuvre que l’URSS a connues au cours de l’automne 1981. En liaison avec la crise polonaise, l’armée soviétique a en effet organisé un tel exercice en Biélorussie au cours duquel sont apparues de graves défaillances d’organisation122. C’est aussi dans ce contexte de résurgence du rôle de la surprise qu’il convient de mentionner la publication d’un manuel de tactique dans la collection de la "bibliothèque de l’officier" qui, même s’il ne traite pas de stratégie, est en étroite corrélation avec les nouvelles conceptions en vigueur en URSS123. Même si les exemples donnés dans cet ouvrage ne dépassent pas l’échelon de la brigade, ils donnent néanmoins un certain nombre d’indications concernant l’emploi du nucléaire. Ce dernier, d’après le manuel de tactique, peut aussi bien être que ne pas être employé, laissant par ailleurs supposer une non automaticité de l’escalade en cas de mise en œuvre des armes nucléaires124. Il est donc possible qu’il y ait dissociation entre le nucléaire tactique - arme militaire - et les armes de portée intermédiaire et stratégiques. Une bataille en centre-Europe avec l’emploi d’ANT serait-elle dans ces conditions considérée comme ayant ouvert un échelon de l’escalade ? La réponse reste, sur ce point, incertaine. À la même époque, les Soviétiques auraient également commencé à développer des Groupes de manœuvre opérative (GMO)125. En réalité ces groupement ne représentent pas une réelle innovation dans le dispositif militaire soviétique. Les GMO sont plutôt une modernisation d’unités préexistantes et répondent à la nouvelle conception de la guerre limitée en Europe. Ils s’inscrivent pleinement dans la continuité de l’organisation des forces armées soviétiques depuis les années trente et sont les héritiers directs des conceptions développées par Triandafilov, Toukhatchevski et autres théoriciens de cette époque126. Mais les Américains, pour justifier leur nouveau concept stratégique pour l’Europe, avaient besoin de cette "découverte", ce qui n’exclut en rien la réalité de la montée en puissance des GMO qui répondent à la nouvelle conception stratégique soviétique. En conclusion, l’on peut considérer que la "période Ogarkov" a été particulièrement riche en événements sinon en innovations qui se sont déroulées en réalité plus en continuité qu’en rupture avec la fin des années soixante. Ces innovations ont conduit à une remise en cause attendue d’un "dogme sokolovskien" qui devenait de moins en moins "présentable" au regard de l’évolution des techniques, de l’évolution de la situation politique internationale et militaire de l’URSS. Cette remise en cause du dogme n’a cependant pas été effectuée avec les mêmes présupposés chez les militaires qui cherchaient avant tout une modernisation de l’arsenal classique qui passait nécessairement par la modernisation de l’appareil de production dans son ensemble ; et chez les politiques qui n’ont accepté la rénovation du discours que comme un moyen de rester dans l’immobilisme. Pourtant, ces transformations doctrinales ne seront jamais confirmées par un ouvrage de base et synthétique, similaire à celui de Sokolovski, car deux événements ont bouleversé les réflexions stratégiques engagées et qui arrivaient alors à maturité : le lancement du programme IDS par les États-Unis en 1983 et l’accession au pouvoir d’un nouveau secrétaire général du PCUS qui cherchera à remettre en cause certains des principes stratégiques qui venaient d’être admis. ________ Notes:
95 Discours prononcé à Prague, le 31 mai 1978, Pravda, 1er juin 1978.96 Titre d’un ouvrage de Stanley Hoffmann, Paris, Berger-Levrault, 1983.97 L.I. Brejnev, Na Straje Mira i Socializma (A la garde de la paix et du socialisme), Moscou, Voenizdat, 1981, pp. 486-87.98 Pravda, 27 novembre 1976.99 Iu. Andropov, Izbrannye Retchi i Statii (Discours et articles choisis), Moscou, Politizdat, 1983, p. 130 (Discours prononcé à l’occasion de la commémoration de l’anniversaire de Lénine, le 22 avril 1976).100 L.I. Brejnev, Our Course : Peace and Socialism, Moscou, Novosti, 1978, p. 17. Le texte anglais dit précisément : “The defence potential of the Soviet Union must be at a level that would deter anyone from attempting to disrupt our peaceful life”.101 Sur la distinction entre ces deux approches de la dissuasion, voir notamment J. Klein, “Stratégie de non-guerre et hypothèse de conflit nucléaire”, Défense nationale, mai 1979, pp. 18-46.102 G. Arbatov, “La détente internationale et le problème des conflits” in La Politique Soviétique de Paix, Moscou, Académie des Sciences, 1979, p. 38.103 F. Bourlatski, “La prévention de la guerre mondiale et la planification de la paix universelle” in Ibid., p. 78.104 Ibid., p. 80.105 SovetskajaVoennaja Enciklopedija (Encyclopédie militaire soviétique), Moscou, Voenizdat, tome 7 (1979), p. 564. Le maréchal Ogarkov précisera, mais cinq ans plus tard : “Il est criminel de considérer la guerre nucléaire comme un moyen rationnel voire légitime de continuation de la politique” Istorija Utchit Bditel’nosti (L’histoire enseigne la vigilance), Moscou, Voenizdat, 1985, p. 88.106 A. Arbatov, “Strategija jadernogo bezrassudstva” (Une stratégie de démence nucléaire), Kommunist, 6, avril 1980, p. 110.107 L. Brejnev, Na Straje Mira…, op. cit., pp. 749-750.108 Ibid., p. 756.109 Ibid., p. 781.110 Ibid., p. 797.111 Ibid., p. 790.112 D. Ustinov, Otvesti ugrozu jadernoj vojny (Écarter la menace d’une guerre nucléaire), Moscou, Politizdat, 1982, p. 7.113 Interview de Iu. Andropov au Spiegel, Pravda, 25 avril 1983. En pleine crise des euromissiles, cette déclaration correspond à la proposition d’Andropov visant à limiter le nombre des SS 20 soviétiques au nombre des armes nucléaires stratégiques détenues par la France et la Grande-Bretagne.114 Frounze est par ailleurs remis à la mode par un autre important penseur militaire soviétique de cette époque, le général M. Gareev qui publie en 1985 un ouvrage : Frunze Voennij Teoretik (Frounze, théoricien militaire) aux éditions militaires (Voenizdat).115 N. Ogarkov, Vsegda v Gotovnosti k Zachtchite Otetchestva (Toujours prêts pour la défense de la Patrie), Moscou, Voenizdat, 1982, pp. 56-58. Ce texte a été traduit en français et publié dans le n° 21 (1984-1) de la revue Stratégique (pp. 7-76).116 Izvestia, 9 mai 1982.117 N. Ogarkov, Istorija Utchit Bditel’nosti, op. cit., p. 75.118 Sovetskaja Voennaja Enciklopedija, op. cit., tome 7 (1979), pp. 555-565. Il est à relever que l’Encyclopédie était publiée sous la direction du maréchal Gretchko, ministre de la Défense et, qu’à la disparition de ce dernier, la direction est reprise par le maréchal Ogarkov, chef de l’état-major et non par le nouveau ministre de la Défense, Dimitri Oustinov.119 L’acceptation de “l’option zéro” et même “double zéro” par M. Gorbatchev au printemps 1987 s’inscrit totalement dans cette perspective. Soviétiques et Américains ne laissent plus sur le champ de bataille européen que des armes “militaires”. Sont par contre éliminées les armes plus “politiques” qui étaient susceptibles de provoquer une escalade jusqu’à sa phase paroxystique et avaient par conséquent une forte fonction dissuasive. Il est vrai que deux ans plus tard, cette analyse perd de sa pertinence.120 Krasnaja Zvezda, 9 mai 1984. Ce cri d’alarme est repris dans son ouvrage, paru l’année suivante : Istorija Utchit… op. cit., p. 54.121 N. Ogarkov, Vsegda v Gotovnosti, op. cit., p. 60.122 Cette opération de Biélorussie a également été considérée comme un exercice préalable à une éventuelle intervention armée en Pologne, similaire à celle qui a été effectuée en Hongrie en 1956 ou en Tchécoslovaquie en 1968. L’échec de cet exercice aurait constitué l’une des raisons pour lesquelles les Soviétiques ont renoncé à mener une telle intervention armée.123 Taktika, (Tactique), Moscou, Voenizdat, 1984.124 Ibid., p. 42.125 On emploie ici le terme de “opératif” de préférence à “opérationnel” pour bien préciser le lien qui existe entre ces groupements et l’art opératif.126 “L’inventeur” des GMO (Revue Internationale de Défense, n° 9, 1982) a d’ailleurs publié ensuite un article dans lequel il replace ces formations dans la continuité de l’organisation militaire et des conceptions de l’art opératif soviétiques. C. Donnelly, “L’élaboration du concept soviétique d’échelonnement”, Revue de l’OTAN, n° 6, décembre 1984, pp. 9-17.
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